Juan Diego Cuauhtlatoatzin

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Statue Juan Diego dans l'église San Juan Bautista, Coyoacán, DF

Juan Diego Cuauhtlatoatzin, né en 1474 et décédé le à Mexico, est le premier chrétien amérindien déclaré saint par l'Église catholique. Canonisé par le pape Jean-Paul II en 2002 il est liturgiquement commémoré le 9 décembre par l'Église dont la tradition en fait un Indien mexicain de la tribu des Nahuas qui aurait assisté en 1531 à l'apparition de la Vierge Marie sous la forme de la Vierge de Guadalupe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, il est né en 1474 dans l'État de Mexico, à Cuautitlán, une ville aztèque à 20 km au nord de Tenochtitlan (aujourd'hui Mexico). Le nom donné à sa naissance - Cuauhtlatohuac - signifie « aigle parlant », en langue nahuatl.

Lors de l'arrivée des conquistadors espagnols et de la chute de l'empire aztèque, il se convertit au catholicisme vers 1524 ou 1525 et prend le nom de Juan Diego. Il se retire alors dans une mission catholique de frères franciscains à Tolpetlac.

Au pied de la Colline de Tepeyac.

Lors d'une promenade le , une vision de la Vierge Marie lui serait apparu sur la colline de Tepeyac, et lui aurait parlé en langue nahuatl. Elle lui aurait alors demandé de construire une église en ce lieu. Juan Diego va en parler à un évêque espagnol, Juan de Zumárraga, mais celui-ci ne le croit pas, et lui demande un signe probant de la demande mariale. La Vierge Marie apparaît alors une deuxième fois à Juan Diego et l'invite à aller cueillir les roses sur la colline (alors qu'on était en plein hiver). Juan Diego trouve les roses et les présente à l'évêque. Lorsque celles-ci tombent de la tunique, une icône de la Vierge reste imprimée sur le tissu. L'évêque est alors convaincu de l'authenticité de la démarche du religieux amérindien.

Une église (Notre-Dame de Guadalupe) est édifiée, et cette vision mystique de Juan Diego favorise le mouvement de conversions religieuses au catholicisme, encouragée par les missionnaires espagnols.

Juan Diego meurt à Mexico, le , à l'âge de 74 ans. Il est béatifié en 1990 et canonisé en 2002 par le pape Jean-Paul II.

Aujourd'hui, Notre-Dame de Guadalupe est considérée comme la sainte patronne du Mexique et est toujours vénérée par de nombreux catholiques au Mexique et en Amérique latine. Le lieu des apparitions mariales est un centre de pèlerinage très fréquenté.

Historicité du personnage[modifier | modifier le code]

L'historicité de Juan Diego soulève un débat historiographique car aucune mention historique concernant ce personnage ne remonte avant 1648 (date à laquelle le prêtre Miguel Sánchez (en) écrit dans son ouvrage théologique Imagen de la Virgen María quelques phrases sur la vie de Juan Diego dans un ermitage, depuis ses apparitions jusqu'à sa mort) et que les documents sont le plus souvent de seconde main[1]. De nombreux historiens restent ainsi sceptiques quant à l'existence de Juan Diego[2].

Sur le mont Tepcyac, lieu de pélerinage et sanctuaire de Tonantzin-Cihuacoatl, il s'est probablement opéré le syncrétisme entre ces grandes divinités de l'ancien Mexique et la plus grande sainte du christianisme, la Vierge Marie, mais il reste difficile de démêler les ambiguïtés de l'apparition de Notre-Dame de Guadalupe et de retracer la complexité historique de l'évangélisation du Mexique[3].

Les plus importantes documents approuvés par l'Église Catholique lors du procès en canonisation de Juan Diego sont :

  • Le Nican mopohua, le récit des apparitions écrit en náhuatl, la langue parlée par les indiens de la vallée de l’Anahuac (Mexico) écrit vers 1545-1548[4] par Antonio Valeriano (en). Élève brillant du Collège de Santa Cruz de Tlatelolco, où il apprit l’espagnol et le latin, il fut nommé professeur à 21 ans, puis vice-recteur du collège et informateur de l'historien Fray Bernardino de Sahagún. Son texte fut publié pour la première fois en 1649. Une des copies originales de l'époque de ce très précieux document se trouve à la Bibliothèque Publique de New York[5], et a fait l’objet d’une multitude d’études par un grand nombre d’historiens.

Le livre-dossier (El encuentro de la Virgen de Guadalupe y Juan Diego) dont les auteurs, Fidel González Fernández, Eduardo Chávez Sánchez et José Luis Guerrero Rosado, postulateurs pour la cause de Juan Diego, nous présentent les événements vécus par le Mexique au XVIe siècle, est le fruit des années de longues recherches dans le but de démontrer historiquement la vérité sur la vie de Juan Diego,

Le Pape Jean-Paul II déclare Juan Diego bienheureux le 9 avril 1990 et le canonise le 31 juillet 2002 à l'occasion de son voyage au Mexique, malgré la réticence d'une partie du clergé mexicain (notamment de l'évêque Guillermo Schulenburg (en) de la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe de Mexico) qui considère que l'existence historique du nouveau saint est infondée. Le secrétaire de la conférence des évêques mexicains déclara même alors : « Juan Diego Cuauhtlatoatzin a-t-il existé ou pas? A-t-il fait des miracles? L'important, c'est que notre peuple mexicain croit en la vierge de Guadalupe. C'est peut-être cela le plus grand des miracles ! »[7],[8]

Juan Diego devient ainsi le premier saint amérindien de l'Église catholique, fêté le 12 décembre, et cette canonisation augmente la popularité de la Vierge de Guadalupe dont l’image est omniprésente dans les foyers, les taxis, commerces et lieux publics du Mexique. Le maire de la municipalité indienne de Tatahuicapan, peu favorable à la démarche religieuse, a senti le besoin de préciser : « la canonisation de JDC n'a rien à voir avec la reconnaissance de nos droits et de notre culture. Pour le gouvernement, ce n'est que de la publicité. »[7]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Maxwell E. Johnson, The Virgin of Guadalupe, Rowman & Littlefield,‎ 2002, p. 36
  2. Stafford Poole, Did Juan Diego Exist? Questions on the eve of canonization, Commonweal Foundation, 2002
  3. Stafford Poole, Our Lady of Guadalupe. The Origins and Sources of a Mexican National Symbol, 1531-1797, University of Arizona Press,‎ 1995, p. 319
  4. (en) Eduardo CHAVÉZ, Carl ANDESRON,, Our Lady of Guadalupe, Mother of the Civilization of Love,, Ney York,, Doubleday Religion,,‎ , p. 171
  5. Collection Lennox, Section de Manuscrits, Monuments Guadalupéen
  6. (es) GONZÁLEZ FERNÁNDEZ Fidel, CHÁVEZ SÁNCHEZ Eduardo y GUERRERO ROSADO José Luis,, El encuentro de la Virgen de Guadalupe y Juan Diego, México, Porrúa,‎
  7. a et b « Humaniste », l'Eglise ?, Monde nouveau, 2004, p. 15-17.
  8. John Allen Jr, Maybe he isn’t real but he’s almost a saint, National Catholic Reporter, 25 janvier 2002.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Stafford Poole, The Guadalupan Controversies in Mexico, Stanford, Stanford University Press, 2006. (ISBN 978-0-8047-5252-7).

Liens externes[modifier | modifier le code]