Ronce commune

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Rubus fruticosus

La ronce commune, ronce des bois ou ronce des haies (Rubus fruticosus) est un arbrisseau épineux de la famille des rosacées, très commun dans les régions tempérées, qui produit un fruit comestible : le mûron ou mûre. Elle est parfois appelée le mûrier des haies, le mûrier sauvage ou la ronce ligneuse.

Description[modifier | modifier le code]

Aspect général.
Feuilles trifoliées, bouton floral et fleur.
Inflorescence.
Mûrons.
Feuille attaquée par l'anthracnose.

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

La ronce commune est un sous-arbrisseau vivace par ses tiges souterraines, produisant chaque année de nouvelles tiges aériennes sarmenteuses qui fructifient la deuxième année puis meurent. La plante forme des tiges d'abord dressées puis s'arquant. Elles peuvent alors atteindre six mètres de long, et leur extrémité rejoint le sol la deuxième année et s'enracine par marcottage, émettant ensuite de nouvelles tiges qui colonisent rapidement le terrain pour former des fourrés impénétrables appelés ronciers.

Les feuilles typiques, alternes, sont composées palmées, à 3-5 (7) folioles (caractère trifolié, pentafolié ou même heptafolié selon la position des feuilles) denticulées, les latérales étant plus ou moins pétiolulées. Elles sont épineuses sur le pétiole et les nervures. Les stipules linéaires font moins de 1 mmm de large, contrairement à la ronce bleue[1].

Les tiges et les pétioles des feuilles portent des aiguillons acérés. Les tiges arquées peuvent atteindre trois à quatre mètres de long, et leur extrémité rejoint le sol la deuxième année et s'enracine par marcottage, émettant ensuite de nouvelles tiges qui colonisent rapidement le terrain.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Les fleurs, blanches ou blanc rosé, de deux à trois centimètres de diamètre, sont regroupées en corymbes. Elles ont cinq sépales, cinq pétales et de nombreuses étamines et plusieurs carpelles.

Les fruits rouges deviennent noirs bleuâtres à maturité, vers septembre. Ce sont des fruits composés formés de l'agrégation des carpelles modifiés et transformés en petites drupes (drupéoles) qui restent adhérentes au réceptacle floral, en emportant une partie quand on les cueille, ce qui les distingue du framboisier[2].

Confusions possibles[modifier | modifier le code]

Cette ronce est parfois confondue avec le framboisier et le mûrier, dont le fruit est également nommé « mûre » qui se ressemble par l'aspect et par le goût. Les fruits du framboisier se séparent du réceptacle floral lorsqu'ils sont cueillis tandis le mûrier a des feuilles simples, entières ou plus ou moins lobées. Certaines distinctions restent parfois difficiles car lesRubus sont un grand genre polymorphe, actuellement en processus d'évolution active, par voie de mutation ou d'hybridation.

Faune et flore associées[modifier | modifier le code]

Certains animaux sont amateurs de mûres ou de feuilles de ronce. La ronce est mellifère et est la plante hôte des chenilles de plusieurs papillons, comme le bombyx de la ronce, le minime à bande jaune, la petite violette, le nacré de la ronce, le nacré de la sanguisorbe, l'hespérie du faux-buis, l'hespérie des sanguisorbes. En dehors des insectes, le mûrier est une des nourritures appréciées en hiver par les chevreuils en forêt et le muscardin, un petit rongeur roux, vit souvent dans les ronciers où il construit parfois son nid[3]. Bon nombre d'oiseaux se nourrissent des fruits, se chargeant ainsi de la dissémination des graines.

De plus, les ronciers abritent certains grands mammifères, tels que les sangliers et les renards. La ronce présente donc un intérêt cynégétique et écologique dans son aire d'origine. Mais dans les pays où elle se présente comme une espèce invasive, en Australie notamment, elle favorise la prolifération de ces animaux eux aussi invasifs et nuisibles.

La végétation exubérante permet aux graines de germer à l'abri du mauvais temps ou de la sécheresse, tandis que les ronces munies d'aiguillons permettent aux plantules de pousser sans être mangées par les herbivores. Chez les essences héliophiles (frêne, chêne, merisier, bouleau), le couvert n'est toléré qu'en prime jeunesse. Une fois le stade fourré atteint, le forestier opère des dégagements pour détruire la végétation adventice (ronces, orties, fougères) et favoriser la croissance de ces arbres. Ce milieu favorable à l'établissement d'un stade pré-forestier explique que les sylviculteurs appellent la ronce (et aussi l'ortie au rôle protecteur analogue avec ses poils urticants) la « mère du chêne »[4].

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce est originaire d'Eurasie. Très commune, elle s'est naturalisée un peu partout. Elle est souvent considérée comme plante envahissante, colonisant les haies, les lisères forestières, les friches rudérales annuelles. Espèce nitrophile comme toutes les ronces, elle se développe en effet aux alentours des habitats campagnard, des enclos d'animaux mais aussi des parkings et aires de pique-nique, partout où l'homme et les animaux abandonnent déchets et déjections[5].

L'arbuste présenté au monastère Sainte-Catherine du Sinaï comme étant le « Buisson ardent » de la Bible est une ronce commune.

Variétés[modifier | modifier le code]

Il existe quelques variétés horticoles, notamment Inermis, variété sans épines. On la trouve spécialement dans les forêts d'Allemagne et d'Autriche[réf. nécessaire].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Alimentaires[modifier | modifier le code]

Les bourgeons (à la saveur fruitée et tanisée) et les pétales de fleurs sont comestibles crus (ajoutées aux salades), de même que les jeunes pousses de l'année, appelées turions, qui ont une saveur de noisette ou noix de coco, avec une note de framboise. Les feuilles et les tiges plus âgées deviennent plus riches en tanins et plus astringentes, aussi sont-elles consommées cuites ou séchées et fermentées pour en faire une infusion au goût de framboise[6]. Dans l'Orléanais, on prépare un vin de pousses de ronce[7].

Leurs fruits, les mûres ou mûrons, très riches en différentes formes de vitamine B (sauf B12) et vitamine C (36 mg/100 g), sont consommés crus, seuls ou dans des salades de fruits, ou cuits en tartes, sirops, gelées et confitures. Ils se congèlent bien. On en fait également une boisson alcoolisée, la crème de mûre, à la base de variante de kir, un vin de mûre et du vinaigre aromatisé à la mûre.

Les fruits de toutes les autres espèces sont eux aussi comestibles.

Au jardin  : prélever des tronçons d'une ronce, partie des racines marcottées (blanches) hachées menu et mises dans de l'eau donne une excellente hormone de bouturage.

On utilise aussi l'écorce pour faire des éclisses pour la vannerie.

Propriétés médicinales[modifier | modifier le code]

Grâce à leur richesse en tanins astringents, les feuilles séchées et les jeunes pousses fermentées sont utilisées en gargarismes détersifs, en tisanes. Elles apportent également de la vitamine C.

Les vertus médicinales de la ronce sont connues depuis l'Antiquité : Pline l'Ancien la vante pour ses vertus anti-inflammatoires de l'intestin et de la bouche. Au Moyen Âge, Hildegarde de Bingen la préconise contre les hémorragies du fondement[8]. Dans l'esprit de la pensée magique médiévale reposant sur la théorie des signatures (plaies sur la peau analogues à la piqûre des aiguillons), la ronce est réputée retirer les affections de peau en rampant sous ses arceaux et être le meilleur antidote des morsures de serpents[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Flore d'Île-de-France, Editions Quae, , p. 394.
  2. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Flore d'Île-de-France, Editions Quae, , p. 393.
  3. Maurice Dupérat, Mammifères de France, éditions Artemis, , p. 43.
  4. Nicole Tonelli, François Gallouin, Des fruits et des graines comestibles du monde entier, Lavoisier, , p. 463.
  5. Nicole Tonelli, François Gallouin, Des fruits et des graines comestibles du monde entier, Lavoisier, , p. 462-463.
  6. Michel Botineau, Guide des plantes comestibles de France, Humensis, (lire en ligne), p. 197-198.
  7. François Couplan, Le régal végétal : plantes sauvages comestibles, Editions Ellebore, , p. 264.
  8. Marie d'Hennezel, Les plantes pour tout guérir, Fleurus, , p. 83.
  9. Henri Leclerc, Les fruits de France, Legrand et Cie, , p. 30.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pour l'amour d'une ronce, Bernard Bertrand, 01/01/2008, Terran (Éditions de) - (ISBN 978-2-913288-79-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]