Lotos (satellite)

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Lotos est une famille de satellites de renseignement d'origine électromagnétique russe dont le premier exemplaire a été lancé en 2009. Ce type de satellite qui est utilisé pour obtenir des renseignements à partir des émissions électromagnétiques d'appareillages électroniques (radars...) prend la suite de la série des Tselina. La nouvelle série est développée dans le cadre du programme Liana destiné à rapatrier les compétences stratégiques russes se retrouvant en territoire étranger à la suite de l'éclatement de l'Union soviétique en 1991. Le développement des Lotos rencontre de nombreux déboires liés principalement à la désorganisation de l'économie russe qui se traduisent par un glissement important du planning et des performances à peine supérieures à celles des Tselina pourtant conçus 30 ans auparavant.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le développement des premiers satellites de renseignement d'origine électromagnétique débute en Union soviétique en 1964 avec la construction des Tselina-O et -D . Le premier lancement réussi a lieu en 1967. En parallèle les séries des US-P, US-A puis US-PM, sont mis au point pour l'écoute des émissions électroniques navales. La version Tselina-2 est développée pour permettre la récupération des données en temps réel via des satellites de télécommunications relais situés en orbite géostationnaire. Le premier satellite de cette série est lancé en 1984 et le dernier en 2007. À la suite de l'éclatement de l'Union soviétique en 1991, le constructeur des Tselina, le Bureau d'études Ioujnoïe situé à Dnepropetrovsk, se retrouve en territoire ukrainien. Les dirigeants russes décident de rapatrier sur leur territoire un savoir-faire jugé stratégique : dans le cadre du programme Liana mis sur pied à cet effet, le développement d'une nouvelle génération de satellites construits par des établissements russes est décidée[1].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Le satellite Lotos est long de plus de 7 mètres pour un diamètre de 2,7 mètres. Sa masse de 5 à 6 tonnes lui permet d'être placé en orbite basse par un lanceur Soyouz. Le satellite Lotos utilise la plateforme Iantar dont le développement remonte à la fin des années 1960 et qui est utilisé par tous les satellites de reconnaissance optique russes. La plateforme comprend un système de propulsion composé d'un moteur-fusée principal d'une poussée de 2,94 knewtons et de plusieurs petits propulseurs d'une poussée de 5 à 100 newtons utilisés pour le contrôle d'attitude et les petites corrections orbitales. Ces moteurs brulent un mélange hypergolique de UDMH et de peroxyde d'azote pressurisé par de l'hélium. Le satellite emporte 900 kg d'ergols. Le système de contrôle d'attitude permet d'effectuer un pointage avec une précision de 0,2 minutes d'arc et une dérive de 17 secondes d'arc par seconde. Les caractéristiques de la charge utile développée par l'Institut de technologie radio TsNIRTI ne sont pas connues[1].

Développement[modifier | modifier le code]

En 1993, l'Institut de technologie radio TsNIRTI (ou Institut Berg), choisi pour sa maitrise de la guerre électronique, définit le cahier des charges du programme Liana et en particulier de la charge utile baptisée Bars. Le développement du programme Liana va connaitre toutes les vicissitudes communes à l'industrie de la défense russe de cette époque : sous-financement, fuite des cerveaux, pilotage de mauvaise qualité, détérioration des infrastructures. Initialement le satellite est conçu pour être lancé par la fusée ukrainienne Zenit. Pour pouvoir répondre aux besoins divergents de l'écoute électronique navale et terrestre, les ingénieurs russes proposent de développer deux variantes du nouveau satellite  : les Lotos doivent remplacer les Tselina tandis que les Pion-NKS prennent la suite des US-PM (analyse des signaux maritimes) mais également des US-A (reconnaissance radar navale). En 1996-1997 le mot d'ordre est de ne plus dépenser un rouble en Ukraine et les responsables du programme décident de remplacer le lanceur ukrainien Zenit par la fusée russe Soyouz-2-1.b tandis que le site de lancement de Plessetsk se substitue à Baïkonour. Le développement de la plateforme est confié à l'établissement KB Arsenal installé à Saint-Pétersbourg mais celui-ci ne parvient pas à mettre au point un système répondant aux besoins notamment dans le domaine thermique. En conséquence il est décidé en 2002 d'utiliser la plateforme Iantar développée à la fin des années 1960 par l'usine TsSKB Progress de Samara pour les satellites de reconnaissance optique Kobalt et Resours DK. L'assemblage final du satellite reste attribué à KB Arsenal. Ces bouleversements entrainent la nécessité de réduire de 30% la masse du satellite tout en repoussant l'entrée en production du nouveau système. La charge utile devant être réduite d'un facteur 2,5 à 2,8 les ingénieurs russes doivent modifier la conception du système en passant au tout numérique ce qui permet en contrepartie de déléguer à l'ordinateur embarqué le soin de pointer les instruments vers les sources des émissions électroniques. En 2005 les utilisateurs finaux demandent que la durée de vie du satellite passe à 5 ans (4 ans pour la variante Pion). Différents problèmes techniques et financiers débouchent sur la décision de développer une première version allégée Lotos-S (14f138) lancé par une Soyouz-U avant le lancement de la version opérationnelle par une fusée Soyouz-2-1.b. Au bout du compte le nouveau satellite s'avère beaucoup plus couteux que son prédécesseur Tselina tout en apportant peu sinon aucun accroissement des performances[2].

Vie opérationnelle[modifier | modifier le code]

Le premier exemplaire du nouveau satellite, de type Lotos-S (version allégée), arrive sur le pas de tir de Plessetsk en juillet 2009. Mais il doit être renvoyé à KB Arsenal car il a subi une contamination par des particules d'huile due aux mauvaises conditions d'assemblage. Une partie de l'établissement KB Arsenal avait été en effet sous-loué pour servir d'entrepôt à conteneurs générant un trafic de poids-lourds sources de la contamination. Finalement le satellite est lancé le 20 novembre et placé sur une orbite de 200 x 905 km avec une inclinaison de 67,2° qui est circularisée à 905 x 890 km. Le satellite emporte une charge utile scientifique : l'expérience Nuklon est destinée à détecter des rayons cosmiques à haute énergie. Différentes sources non officielles indiquent que le satellite souffre de dysfonctionnements importants - déploiement d'antennes inopérant , ... - et qu'il serait incapable de remplir sa mission principale[2].

Le lancement de la version opérationnelle du satellite prévu en 2012 est repoussé sans doute à la suite des problèmes rencontrés par la version allégée. Finalement le 25 décembre le deuxième exemplaire est lancé par une fusée Soyouz-2-1b[2].

Historique des lancements (maj 12/2014) [3],[4]
Date Modèle Lanceur Base de lancement Orbite Catalogue NASA Résultat Autres caractéristiques
20 novembre 2009 Lotos-S (Prototype) Soyouz-U Plessetsk altitude 900 km inclinaison 67° 2009-063A Succès, plusieurs anomalies de fonctionnement Transporte l'expérience Nuklon
25 décembre 2014 Lotos (série) Soyouz-2-1b Plessetsk altitude 900 km inclinaison 67° 2014-086A Succès

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Patrick Blau, « Soyuz 2-1B - Lotos-S Launch Updates », spaceflight101,
  2. a, b et c (en) Anatoly Zak, « History of the Liana project », russianspaceweb.com (consulté le 27 décembre 2014)
  3. (en) Gunter Dirk Krebs, « Lotos (14F145) », Gunter's space page (consulté le 27 décembre 2014)
  4. (en) Gunter Dirk Krebs, « Lotos-S (14F138) », Gunter's space page (consulté le 27 décembre 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]