Saliout 7

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Салют-7
(Saliout 7)
Description de l'image Salyut7 with docked spacecraft.jpg.
Données générales
Organisation Drapeau de l'URSS Union soviétique
Programme Saliout
Domaine Station spatiale orbitale
Lancement
Lanceur Proton
Durée 3 216 jours (dont 816 jours d'occupation humaine)
Désorbitage
Identifiant COSPAR 1982-033A
Caractéristiques techniques
Masse au lancement 19 824 kg
Orbite
Orbite Orbite terrestre basse
Périapside 219 km
Apoapside 278 km
Période 89,2 min
Inclinaison 51,6°
Orbites 51 917

Saliout 7 est une station spatiale soviétique, dernier exemplaire de la famille des programme Saliout. Elle est placée sur une orbite terrestre basse le par un lanceur lourd Proton. La station spatiale a été occupée de manière semi permanente par six équipages composés de 2 cosmonautes pour des missions longues de trois à six mois tandis que 10 autres équipages y ont séjourné pour des missions courtes de 7 à 11 jours. La station est restée en orbite jusqu'à sa rentrée atmosphérique le 7 février 1991 soit 9 ans après son lancement. Les équipages ont réalisé des expériences scientifiques et ont testé l'assemblage de modules de grande taille, dérivés du vaisseau spatial TKS, préfigurant la station Mir. Des astronautes étrangers indien et français ont participé aux missions courtes.

Saliout 7, construit initialement pour pouvoir remplacer Saliout 6 en cas d'échec de la mise en orbite de ce dernier, présente des caractéristiques similaires. Constitué d'un seul module de plus de 19 tonnes, son espace intérieur offre un volume pressurisé de 90 m3. La station spatiale dispose de deux ports d'amarrage qui permettent à un deuxième vaisseau de ravitaillement ou de relève d'accoster. Les responsables soviétiques choisissent de lancer Saliout 7 à la suite du retard pris dans le développement de la station Mir qui devait constituer la nouvelle génération de stations spatiales. En orbite, la station a connu de nombreux problèmes techniques dont la rupture d'une conduite de carburant qui a nécessité une sortie extra-véhiculaire pour effectuer des réparations depuis l'extérieur et la perte totale de contrôle à la suite d'une défaillance électrique qui nécessita le lancement d'une opération de sauvetage périlleuse mais réussie.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le développement de la première station spatiale soviétique se fait initialement sous l'appellation Almaz pour répondre aux besoins des militaires soviétiques. Lorsque le programme habité soviétique lunaire échoue face au programme Apollo, les dirigeants soviétiques, pour lesquels le spatial a une forte valeur de propagande, choisissent de soutenir le projet d'une station spatiale civile dérivée d'Almaz qui sera renommée Saliout. Parmi les huit stations Saliout lancées, trois sont néanmoins des stations militaires Almaz à l'architecture distincte dont les objectifs militaires sont ainsi dissimulés. Après des débuts difficiles marqués par la perte de plusieurs stations spatiales et la tragédie de Soyouz 11 les soviétiques apprennent avec Saliout 6 à maitriser tous les aspects des séjours prolongés dans l'espace. Mais les stations spatiale Saliout ne comportent qu'un seul module, ce qui limite le volume utilisable disponible et une nouvelle architecture est mise au point aboutissant au développement de la station Mir conçue dès le départ pour comprendre plusieurs modules. Ce projet accumulant les retards les dirigeants soviétiques décident de lancer un dernier exemplaire du modèle existant, la station spatiale Saliout 7, copie de Saliout 6. Les objectifs poursuivis sont de mener des missions beaucoup plus longues. Les aménagements sont modifiés en conséquence pour apporter plus de confort aux cosmonautes. Il s'agit également d'exploiter les capacités de la nouvelle version (T) du vaisseau Soyouz qui peut séjourner plus d'une semaine dans l'espace et permet ainsi à un équipage visiteur de prolonger sa visite de la station spatiale. Les dirigeants soviétiques espèrent également pouvoir enchainer deux séjours de longue durée d'équipage, sans laisser la station inoccupée, ce qui évite les lourdes opérations d'extinction puis de réactivation de la station spatiale.

Déroulement des missions à bord de Saliout 7[modifier | modifier le code]

Le lanceur Proton sera utilisé pour lancer toutes les stations Saliout. Ici lancement de Zvezda lointain descendant des Saliout.

L'équipage Berezovoy - Lebedev(mai-décembre 82)[modifier | modifier le code]

La station Saliout 7 est placée sur orbite le 19 avril 1982 par un lanceur lourd soviétique Proton. Identique à la version précédente Saliout 6 Le premier équipage permanent composé de Anatoli Berezovoï et Valentin Lebedev est lancé à bord du vaisseau Soyouz T-5 le 13 mai 1982. Après s'être amarré et avoir mis en ordre de marche la station spatiale, il reçoit le 24 juin le premier vaisseau visiteur. Parmi les trois hôtes de l'équipage permanent figurent le français Jean-Loup Chrétien premier visiteur étranger à ne pas venir d'un pays communiste (Mission spatiale franco-soviétique Saliout 7). Durant les opérations d'amarrage, on frôle la catastrophe. Arrivé à 300 mètres de la station, l'ordinateur de Soyouz T-6 tombe en panne et le vaisseau au lieu de freiner poursuit sur sa lancée à 30 km/h tout en culbutant sur lui-même. Le pilote Vladimir Djanibekov tente de reprendre le contrôle du vaisseau mais le vaisseau passe à quelques mètres de la station manquant de peu de la percuter[1].

Djanibekov parvient ensuite avec l'aide des petits moteurs RCS à stabiliser l'orientation du vaisseau, puis à le freiner et enfin à l'amarrer à Saliout 7. L'arrivée de nouvelles têtes est la bienvenue dans la mesure où elle met fin au tête à tête de Berezovoï et Lebedev qui ne s'entendent pas vraiment bien. Mais le séjour des visiteurs, par ailleurs épuisant pour tous, ne dure qu'une dizaine de jours. Le deuxième équipage de visiteurs est lancé à bord de Soyouz T-7 le 19 aout. Il comprend pour la première fois depuis le vol de Valentina Terechkova en 1963 une femme Svetlana Savitskaya. Il s'agit pour les responsables soviétiques d'atténuer l'impact de l'envoi dans l'espace des premières astronautes américaines recrutées pour les vols de la Navette spatiale américaine. Le séjour est bref et les deux hommes de l'équipage permanent doivent de nouveau faire face à leur difficile cohabitation. Lebedev s'occupe de manière obsessionnelle des plantes qui poussent dans différentes serres miniatures[1].

Berezovoï tombe malade au point qu'on envisage d'interrompre la mission. Les deux hommes sont fortement irrités à l'idée d'être rapatriés sur Terre alors qu'ils sont sur le point d'établir un nouveau record de séjour dans l'espace et qu'ils ont dû se supporter jusque-là. Finalement Berezovoï se rétablit et lorsqu'ils reviennent sur Terre les deux hommes ont établi un nouveau record d'endurance à 211 jours [1],[2].

L'équipage Liakhov - Aleksandrov (juin-novembre 83)[modifier | modifier le code]

La mise en place d'un nouvel équipage permanent va prendre plus de temps que prévu. L'équipage de Soyouz T-8, constitué de Vladimir Titov, Guennadi Strekalov et Aleksandr Serebrov, est lancé le 20 avril 1983. Le vaisseau ne parvient pas à s'amarrer à la station spatiale car les antennes du système de rendez-vous ont été endommagées durant le lancement et l'équipage doit revenir sur Terre. L'équipage de Soyouz T-9 constitué de Vladimir Liakhov et Aleksandr Pavlovitch Aleksandrov est lancé le 28 juin 1983 et parvient à s'amarrer à la station. Peu avant le cargo spatial de type TKS Cosmos 1443 s'est amarré de manière automatique à la station avec un fret de 3,5 tonnes dont de nouveaux panneaux solaires. Les moteurs de ce vaisseau vont être également utilisés durant son séjour dans l'espace pour rehausser l'altitude de la station spatiale et contrôler son orientation. Un équipage de visiteurs doit aider l'équipage permanent à installer les panneaux solaires. Le 26 septembre, alors que le vaisseau Soyouz T-10-1 est sur le point d'être lancé, son lanceur prend feu. Titov et Strekalov, qui subissent là un deuxième échec, parviennent in extremis avant l'explosion de la fusée à déclencher l'éjection du vaisseau en déclenchant la mise à feu de la tour de sauvetage. Après avoir subi une accélération de près de 15 g, les astronautes se posent à bord de leur capsule à 4 kilomètres du pas de tir. Le vaisseau TKS Cosmos 1443 dispose d'une capsule qui permet de ramener des hommes ou du fret sur Terre qui est remplie par l'équipage permanent avec les résultats d'expériences menées dans la station spatiale représentant une masse de 350 kg. Le 14 aout, Cosmos 1443 se détache de la station puis le véhicule de rentrée VA se détache du vaisseau TKS et réalise des manœuvres dans l'espace durant quatre jours pour démontrer sa capacité à fonctionner de manière autonome. Le 23 aout la capsule effectue une rentrée atmosphérique et atterrit sans encombre. Le vaisseau principal FGB est détruit durant sa rentrée atmosphérique le 19 septembre 1983. L'équipage permanent effectue deux sorties extravéhiculaires les 1 et 3 novembre pour installer les panneaux solaires. L'équipage permanent ne reçoit aucune visite durant son séjour qui dure 150 jours. Alors que celui-ci tire à sa fin, l'équipage et les contrôleurs au sol constatent qu'un des réservoirs de carburant fuit ce qui limite fortement la capacité de la station à contrôler son orientation. Les responsables soviétiques décident de confier la résolution de ce problème à l'équipage suivant et Liakhov et Aleksandrov quittent la station spatiale le 23 novembre[3].

L'équipage Kizim - Solovyov - Atkov (février-octobre 84)[modifier | modifier le code]

Soyouz T-10 est lancé le 8 février avec un nouvel équipage permanent composé de Leonid Kizim, Vladimir Soloviov et du médecin Oleg Atkov chargé d'étudier l'effet de l'apesanteur sur ses camarades d'équipage au cours d'une nouvelle tentative de record de séjour dans l'espace. Le premier objectif de Soloviov et Kizim est toutefois de réparer la fuite de carburant. Au cours de six sorties extravéhiculaires les deux hommes parviennent à mettre fin à celle-ci et installent de nouveaux panneaux solaires. Durant leur séjour il reçoivent deux équipages de visiteurs. Le premier équipage comprend le premier cosmonaute indien Rakesh Sharma. Svetlana Savitskaya est de retour avec le deuxième équipage de visiteurs et est la première femme à réaliser une sortie extravéhiculaire. Les trois hommes de l'équipage permanent EO-3 reviennent sur Terre le 2 octobre après avoir établi un nouveau record de séjour dans l'espace désormais porté à 237 jours[4].

La mission de sauvetage de Djanibekov-Savinykh (juin-septembre 1985)[modifier | modifier le code]

Le 11 février 1985 les contrôleurs au sol du TsUP dans la banlieue de Moscou, qui surveillent les paramètres de fonctionnement de la station spatiale inoccupée, observent une brusque variation de l'intensité électrique à bord de Saliout 7. Celle-ci déclenche un disjoncteur chargé de protéger l'émetteur radio principal des surintensités. Le poste radio de secours est automatiquement mis en marche. L'anomalie ne présente aucun caractère d'urgence et l'équipe de contrôleurs qui a achevé son quart se contente de laisser un message à leurs remplaçants pour qu'ils fassent intervenir des spécialistes des systèmes électriques et radio. Mais ceux-ci, partant de l'hypothèse que le déclenchement du disjoncteur est peut-être accidentel, décident de réactiver l'émetteur radio principal. Cette action déclenche immédiatement une série de courts-circuits dans la station spatiale qui mettent hors service non seulement les émetteurs radio mais également les récepteurs. Saliout 7 est désormais complètement coupée du centre de contrôle[5].

Les responsables du programme spatial ont le choix entre abandonner Saliout 7 et attendre le lancement de la station Mir (prévu dans un an) ou tenter de lancer une mission de sauvetage. Les soviétiques optent pour cette dernière option car le programme Saliout a, jusque-là, été émaillé de nombreux échecs et le prestige de l'astronautique soviétique est menacé par les succès de la Navette spatiale américaine qui semble avoir inauguré avec succès une nouvelle étape de l'ère spatiale. Pour remettre en état la station spatiale, l'équipe de sauvetage va devoir s'amarrer à la station spatiale et travailler à l'intérieur de celle-ci. Mais s'amarrer à une station dont l'orientation et la position ne sont plus contrôlés est une opération dangereuse. La procédure standard d'amarrage repose sur un système de rendez-vous automatique qui exploite les données transmises par l'ordinateur de la station spatiale. Celles-ci permettent d'évaluer la distance et la vitesse relative entre la station spatiale et le vaisseau emportant l'équipage. Saliout 7 désormais muette n'est plus en mesure de transmettre ces paramètres vitaux. Par ailleurs la station spatiale ne fournissant plus ses paramètres de fonctionnement, les contrôleurs ne savent pas dans quel état se trouve celle-ci. L'incident initial résulte peut être de la perforation de la paroi par un débris spatial qui a vidé de son air Saliout 7 ou il pourrait être la conséquence d'un incendie qui a ravagé ses installations[5].

Une procédure d'amarrage manuelle à la station est mise au point. Elle nécessite toutefois que le cosmonaute chargé de cette manœuvre ait déjà pratiqué le pilotage manuel d'un vaisseau Soyouz. Ce critère aboutit à la sélection de Vladimir Djanibekov qui avait déjà dû en juin 1982 amarrer manuellement son vaisseau Soyouz T-6 à la suite de la défaillance du système de rendez-vous automatique. Les deux autres cosmonautes disposant d'une expérience similaire sont Leonid Kyzym et Iouri Malychev. Mais Malyshev a une expérience trop limitée dans les autres domaines tandis que Kizim revient d'une mission de longue durée et n'a pas encore retrouvé une forme physique suffisante. Djanibekov est expérimenté (il a déjà 4 séjours dans l'espace à son actif) et a été entrainé à la fois pour les vols de longue durée et les sorties extravéhiculaires. Il est toutefois interdit de vol de longue durée par le corps médical. Après une période d'observation de quelques semaines, sa sélection est quand même décidée pour une durée qui ne devra pas excéder 100 jours. Le deuxième cosmonaute est sélectionné sur la base de sa maitrise des systèmes de la station spatiale qu'il va devoir réparer. Viktor Savinykh, qui devait effectuer la prochaine mission de longue durée, est le seul cosmonaute à satisfaire ce critère. Le vaisseau Soyouz qui doit emporter les deux cosmonautes est modifié pour permettre la mission de sauvetage. Le système de rendez-vous automatique est déposé et un télémètre laser est installé à sa place pour permettre au pilote d'évaluer les distances durant la manœuvre d'approche. Le troisième siège est démonté ce qui permet d'emporter de la nourriture et de l'eau supplémentaires. Les réservoirs d'ergols sont remplis au maximum en profitant de la masse gagnée par la suppression du troisième siège et du système de rendez-vous. Enfin les cosmonautes reçoivent des lunettes de vision nocturne qui doivent leur permettre un amarrage sur la face nocturne de la Terre[5].

Vladimir Djanibekov et Viktor Savinykh sont lancés en orbite le 6 juin à bord de Soyouz T-13 quatre mois après la perte de contact avec la station spatiale. Alors qu'ils s'approchent de Saliout 7, ils constatent que celle-ci est intacte mais qu'elle n'est manifestement pas dans un état normal : les panneaux solaires qui devraient être tous orientés de manière à faire face au Soleil pointent dans des directions différentes ce qui implique que le système chargé de contrôler leur orientation est complètement défaillant et que l'alimentation électrique de Saliout 7 est sans doute touchée. Bien que Saliout 7 soit en rotation autour de son axe longitudinal, Djanibekov parvient à amarrer son vaisseau au port d'amarrage avant de la station spatiale en utilisant les commandes manuelles de Soyouz. les deux cosmonautes pénètrent à l'intérieur du sas, qui constitue la première section de la station, après avoir suivi une procédure très prudente au cas où la station serait dépressurisée. L'équipage constate que la température est de 3 à °C ce qui signifie que le système de contrôle thermique ne fonctionne plus. Or la station spatiale n'a pas été conçue pour fonctionner dans ces conditions de température. Les réserves d'eau sont sans doute gelées. Sans surprise l'éclairage ne fonctionne plus confirmant que le fait que les batteries, qui ne sont plus alimentées, se sont complètement déchargées. Les cosmonautes effectuent une analyse de l'atmosphère pour identifier une éventuelle contamination par de l'ammoniac, du monoxyde de carbone ou du dioxyde de carbone indices d'un incendie. Ils ne détectent rien d'anormal et décident d'ouvrir l'écoutille permettant d'accéder au compartiment principal de la station[6].

Après avoir enfilé des vêtements plus appropriés au froid et mis des masques respiratoires par précaution Djanibekov et Savinykh pénètrent dans le compartiment principal. Les volets mis en place par l'équipage précédent obturent les hublots et faute d'éclairage le vaste compartiment est plongé dans l'obscurité. Les lampes torches des cosmonautes éclairent les cloisons qui sont couvertes de givre produit par la condensation de l'air froid. Les pales des ventilateurs chargés normalement de brasser l'air sont immobiles. Tous les équipements sont arrêtés et le silence oppressant achève de donner l'impression d'une station spatiale hors d'âge et abandonnée. Après ce premier état des lieux l'équipage prend du repos tandis que les contrôleurs au sol élaborent, à partir des observations effectuées par l'équipage, une stratégie pour remettre en état la station spatiale. À leur réveil les contrôleurs au sol demandent à l'équipage de vérifier en priorité l'état de Rodnik, le système d'alimentation en eau potable. Les ventilateurs étant à l'arrêt, un seul cosmonaute est autorisé à travailler dans la station spatiale car le dioxyde de carbone produit par la respiration n'est plus dispersé par les ventilateurs[7].

Savinikh découvre que de la glace obstrue les canalisations de Rodnik. Ce constat constitue une contrainte supplémentaire car l'équipage ne dispose que de l'eau emportée à bord de Soyouz soit 8 jours de consommation. En utilisant avec parcimonie celle-ci ainsi que la réserve d'urgence de Soyouz et deux sachets d'eau découverts dans le compartiment principal, ils peuvent tenir jusqu'au 21 juin ce qui leur donne 12 jours pour remettre en état Saliout 7. La priorité est désormais de remettre en marche le système d'alimentation électrique. Pour faire fonctionner celui-ci, il faut disposer d'énergie électrique de manière à pouvoir orienter les panneaux solaires. On pourrait alimenter le réseau électrique de la station spatiale en tirant des câbles depuis les batteries de Soyouz mais l'état du système électrique de Saliout 7 n'est pas connu et des courts-circuits pourraient mettre hors service le vaisseau Soyouz condamnant l'équipage. Les contrôleurs au sol élaborent donc une solution plus complexe. Ils demandent d'abord à l'équipage de tester les batteries de Saliout 7. Six sur huit d'entre elles peuvent encore être rechargées. Le plan est de mettre en place des connexions directes entre les panneaux solaires et les batteries en état de fonctionner. Les cosmonautes doivent connecter en tout 16 câbles malgré le froid mordant. Une fois ces connexions réalisées, ils s'installent dans le vaisseau Soyouz et utilisent les moteurs de celui-ci pour modifier l'orientation de la station spatiale de manière que les panneaux solaires soient éclairés par le Soleil. La recharge des batteries débute et au bout d'un jour, cinq d'entre elles sont rechargées. Les cosmonautes reconnectent les sorties électriques des panneaux solaires au système électrique de la station et constatent le bon fonctionnement de l'ensemble[7].

Progressivement, Djanibekov et Savinykh remettent en service l'ensemble des équipements de la station spatiale. L'éclairage est immédiatement opérationnel mais de longs travaux sont nécessaires pour que le système de purification de l'air puis l'émetteur radio soient remis en marche. Le 13 juin ce dernier est opérationnel et leur permet de contacter le centre de contrôle. Le système de rendez-vous automatique, indispensable pour permettre les opérations de ravitaillement par les vaisseaux Progress est testé et déclaré à son tour opérationnel. Enfin le système d'alimentation en eau potable Rodnik fonctionne à nouveau le 16 juin. L'équipage découvre durant ses travaux qu'un capteur défectueux est à l'origine de l'arrêt de l'alimentation du système électrique. Chargé de détecter la fin de charge d'une des batteries, il se déclenchait à tort dès que le système testait la nécessité de recharger les batteries entrainant l'épuisement progressif et définitif de celles-ci[7]. Les deux hommes entament alors une mission longue dans un environnement redevenu normal. Trois mois plus tard, le 18 septembre le Soyouz T-14 avec à son bord Vladimir Vassioutine, Gueorgui Gretchko et Aleksandr Volkov qui doivent constituer le quatrième équipage de la station Saliout 7, est lancé. Le relais est assuré en présence de Djanibekov et Savinykh qui reviennent sur Terre le 26 septembre 1985[4].

L'équipage Gretchko-Volkov (septembre-novembre 1985)[modifier | modifier le code]

Le séjour de Gretchko et Volkov est beaucoup plus bref que ce qui était planifié. Courant octobre Vassioutine tombe gravement malade avec une température qui monte à 40 °C. Le contrôle au sol, dans un premier temps, temporise mais l'état du cosmonaute s'aggrave et finalement Valeri Rioumine demande à l'équipage de revenir sur Terre. Le temps de préparer la station à poursuivre son vol sans équipage, il s'écoule en fait près d'une semaine avant que l'équipage ne revienne sur le sol. Vassioutine est immédiatement hospitalisé où on diagnostique une infection de la prostate. Une mission avec un équipage composé uniquement de femmes cosmonautes était planifiée mais elle est abandonnée à la suite de ces événements. L'occasion d'un dernier séjour de longue durée à bord de la station est passée car la station spatiale Mir qui doit remplacer Saliout 7 est mise en orbite le 19 février 1986[8]. .

L'équipage Kyzym-Soloviov (mars-juillet 1986)[modifier | modifier le code]

Saliout 7 reçoit une dernière visite de l'équipage de Soyouz T-15 composé de Leonid Kyzym et de Vladimir Soloviov. Ceux-ci après s'être amarré à la station Mir et avoir activé celle-ci ont repris place dans leur vaisseau Soyouz et ont manœuvré pour rejoindre Saliout 7 et s'y s'amarrer le 5 mai. L'objectif était d'achever le travail entrepris par le dernier équipage permanent et emporter certains des résultats obtenus. Après un séjour de 50 jours ils reviennent achever leur mission dans la station Mir dans laquelle ils séjournent 25 jours. Saliout 7 reste en orbite jusqu'au 7 février 1991 avant d'être détruite durant sa rentrée atmosphérique[9]. C'est le plus gros engin spatial à être retombé sur terre de manière non contrôlée [10]. Il s'est désintégré au-dessus des Andes et des débris, non détruits lors de la rentrée dans l'atmosphère, sont tombés en Argentine[10], non loin de la frontière avec le Chili et sans faire de victimes[10].

Maquette à l'échelle 1 de la station spatiale Saliout 7 à laquelle sont amarrés un vaisseau Soyouz et un cargo spatial Progress.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

La station spatiale Saliout 7 prend la suite de Saliout 6, première station spatiale russe pouvant recevoir des vaisseaux de ravitaillement. Elle avait été construite en même temps que Saliout 6 en tant qu'engin de secours et repose donc sur une structure identique. À ce titre elle dispose de deux ports d’amarrage situés à chaque extrémité qui permettent à deux vaisseaux de la famille Soyouz (vaisseau Soyouz et cargo spatial Progress) d'être amarrés simultanément. Elle dispose de trois panneaux solaires, deux à angle droit et un dans le prolongement de la station. Des améliorations ont été apportées au modèle Saliout 6 pour accroitre le confort de l'équipage dans la perspective de séjours de plus en plus longs : ajout d'un petit réfrigérateur pour stocker les vivres frais apportés par les vaisseaux de ravitaillement, zones de rangements supplémentaires qui se révéleront toutefois insuffisante sur la durée. Grâce au nouveau modèle de vaisseau Soyouz-T, les visites d'équipages de visiteurs chargés de remplacer le Soyouz arrivant en fin de potentiel par un vaisseau plus récent peuvent être espacées soulageant la charge de travail pour l'équipage permanent. Le Soyouz-T autorise plus de souplesse au niveau des fenêtres de lancement et permet aux visiteurs de séjourner plus longtemps à bord. Les responsables du programme espèrent grâce à cette souplesse opérationnelle accrue que le relais entre deux équipages permanents puisse s'effectuer à bord de la station spatiale, supprimant la nécessité de désactiver puis de réactiver les différents systèmes de la station lors du départ d'un équipage.

  • Longueur : environ 16 m
  • Diamètre maximal : 4,15 m
  • Volume habitable : 90 m3
  • Poids au lancement : 19 824 kg
  • Lanceur : fusée Proton (trois étages)
  • Inclinaison orbitale : 51,6°
  • Espace entre les panneaux solaires : 17 m
  • Surface de panneaux solaires : 51 m2
  • Nombre de panneaux solaires : 3
  • Puissance électrique : 4,5 kW
  • Vaisseaux de ravitaillement : Soyouz-T, Progress, TKS
  • Nombre de points d'amarrage : 2
  • Nombre total de missions habitées : 12
  • Nombre total de missions non-habitées : 15
  • Nombre total de missions longue durée : 6
  • Nombre de moteurs principaux : 2
  • Puissance des moteurs principaux (chacun) : 2,9 kN

Liste des équipages de Saliout 7[modifier | modifier le code]

Mission Type Équipage Date
de lancement
Mission aller Date
de retour
Mission retour Durée
(jours)
Note
Saliout 7 -
EO-1
Permanent Anatoli Berezovoy,
Valentin Lebedev

09 h 58 05 UTC
Soyouz T-5
19 h 02 36" UTC
Soyouz T-7 211,38
Saliout 7 -
EP-1
Visiteur Vladimir Dzhanibekov,
Aleksandr Ivanchenkov,
Jean-Loup Chrétien Drapeau de la France France

16 h 29 48" UTC
Soyouz T-6
14 h 20 40" UTC
Soyouz T-6 7,91
Saliout 7 -
EP-2
Visiteur Leonid Popov,
Aleksandr Serebrov,
Svetlana Savitskaya

17 h 11 52" UTC
Soyouz T-7
15 h 04 16" UTC
Soyouz T-5 7,91
Saliout 7 -
EO-2
Permanent Vladimir Liakhov,
Aleksandr Pavlovitch Aleksandrov

09 h 12 00" UTC
Soyouz T-9
19 h 58 00" UTC
Soyouz T-9 149,45
Saliout 7 -
EO-3
Permanent Leonid Kizim,
Vladimir Solovyov,
Oleg Atkov

12 h 07 26" UTC
Soyouz T-10
10 h 57 00" UTC
Soyouz T-11 236,95
Saliout 7 -
EP-3
Visiteur Yuri Malyshev,
Gennady Strekalov,
Rakesh Sharma Drapeau de l'Inde Inde

13 h 08 00" UTC
Soyouz T-11
10 h 48 48" UTC
Soyouz T-10 7,90
Saliout 7 -
EP-4
Visiteur Vladimir Dzhanibekov,
Svetlana Savitskaya,
Igor Volk

17 h 40 54" UTC
Soyouz T-12
12 h 55 30" UTC
Soyouz T-12 11,80
Saliout 7 -
EO-4-1a
Permanent Viktor Savinykh
06 h 39 52" UTC
Soyouz T-13
10 h 31 00" UTC
Soyouz T-14 168,16 Mission de sauvetage
Saliout 7 -
EO-4-1b
Permanent Vladimir Dzhanibekov
06 h 39 52" UTC
Soyouz T-13
09 h 51 58" UTC
Soyouz T-13 112,13 Mission de sauvetage
Saliout 7 -
EP-5
Visiteur Georgi Grechko
12 h 38 52" UTC
Soyouz T-14
09 h 51 58" UTC
Soyouz T-13 8,88
Saliout 7 -
EO-4-2
Visiteur Vladimir Vasyutin,
Alexander A. Volkov

12 h 38 52" UTC
Soyouz T-14
10 h 31 00" UTC
Soyouz T-14 64,91 Mission interrompue à cause de la maladie d'un des membres de l'équipage
Saliout 7 -
EO-5
Visiteur Leonid Kizim,
Vladimir Solovyov

12 h 33 09" UTC
Soyouz T-15
12 h 34 05" UTC
Soyouz T-15 125,00
50 sur S7
Achèvement des travaux interrompus par l'équipe précédente

Liste des sorties extra-véhiculaires effectuées par les équipages de Saliout 7[modifier | modifier le code]

Mission Marcheurs Début (UTC) Fin (UTC) Durée Commentaires
Saliout 7 - PE-1 - EVA 1 Lebedev, Berezevoi
02 h 39

05 h 12
2 heures 33 minutes Récupération d'expériences
Saliout 7 - PE-2 - EVA 1 Liakhov, Alexandrov
04 h 47

07 h 36
2 heures 50 minutes Ajout d'un panneau solaire
Saliout 7 - PE-2 - EVA 2 Liakhov, Alexandrov
03 h 47

06 h 62
2 heures 55 minutes Ajout d'un panneau solaire
Saliout 7 - PE-3 - EVA 1 Kizim, Solovyov
04 h 31

08 h 46
4 heures 20 minutes Réparation de l'ODU
Saliout 7 - PE-3 - EVA 2 Kizim, Solovyov
02 h 40

07 h 40
4 heures 56 minutes Réparation de l'ODU
Saliout 7 - PE-3 - EVA 3 Kizim, Solovyov
01 h 35

04 h 20
2 heures 45 minutes Réparation de l'ODU
Saliout 7 - PE-3 - EVA 4 Kizim, Solovyov
23 h 15

02 h 00
2 heures 45 minutes Réparation de l'ODU
Saliout 7 - PE-3 - EVA 4 Kizim, Solovyov
17 h 52

20 h 57
3 heures 05 minutes Ajout d'un panneau solaire
Saliout 7 - VE-4 - EVA 5 Savitskaya, Dzhanibekov
14 h 55

18 h 29
3 heures 35 minutes Première SEV pour une femme
Saliout 7 - PE-3 - EVA 6 Kizim, Solovyov
08 h 46

13 h 46
5 heures 00 minute Réparation complète de l'ODU
Saliout 7 - PE-4 - EVA 1 Dzhanibekov, Savinykh
07 h 15

12 h 15
5 heures 00 minute Accroissement des panneaux solaires
Saliout 7 - PE-6 - EVA 1 Kizim, Solovyov
05 h 43

09 h 33
3 heures 50 minutes Test du renforcement, récupération d'échantillons
Saliout 7 - PE-6 - EVA 2 Kizim, Solovyov
04 h 57

09 h 57
5 heures 00 minute Test du renforcement

Liste des vaisseaux et équipages[modifier | modifier le code]

(Équipages et vaisseaux lancés, et dates d'atterrissage listées)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Baker 2007, p. 69-71
  2. Zimmerman 2003, p. 166-181
  3. Baker 2007, p. 72-73
  4. a et b Baker 2007, p. 74-75
  5. a b et c (en) Nickolai Belakovski, « The little-known Soviet mission to rescue a dead space station », sur Ars Technica, , p. 1
  6. (en) Nickolai Belakovski, « The little-known Soviet mission to rescue a dead space station », sur Ars Technica, , p. 2
  7. a b et c (en) Nickolai Belakovski, « The little-known Soviet mission to rescue a dead space station », sur Ars Technica, , p. 3
  8. Baker 2007, p. 75
  9. Baker 2007, p. 75-77
  10. a b et c "Où va tomber le satellite à la dérive de la NASA ?" Le Monde.fr (avec AFP), .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David M Hartland, The story of space station Mir, Springer Praxis, (ISBN 0-387-23011-4)Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Histoire des stations spatiales Almaz, Saliout et Mir
  • (en) B.J. Bluth et M Helppie, Soviet Space stations as analogs 2ème edition, NASA, (lire en ligne)
    Description détaillée des caractéristiques des stations Saliout par la NASA réalisée en 1986.
  • (en) Boris Tchertok, Rockets and People volume 4 : the moon race, NASA History series, (ISBN 978-0-16-089559-3, lire en ligne)
    Mémoires du bras droit de Korolev couvrant la genèse de la station Saliout et ses débuts.
  • (en) Robert Zimmerman, Leaving earth, Joseph Henry Book, (ISBN 978-0-309-08548-9)
    Histoire des stations spatiales de Saliout à la Station spatiale internationale
  • (en) Philip Baker, Manned space stations an introduction, Springer Praxis, (ISBN 978-0-387-30775-6)Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Synthèse sur l'histoire des stations spatiales de Saliout à la Station spatiale internationale
  • (en) Albert A. Harrison, Spacefaring : the human dimension, University of California Press, (ISBN 978-0-520-92965-4, 978-0-585-39162-5 et 978-1-597-34909-3, OCLC 49570329)
    La dimension humaine des missions spatiales
  • (en) Grujica S. Ivanovitch, Salyut the first space station : Triumph and Tragedy, Springer Praxis, (ISBN 978-0-387-73585-6)
    Genèse de la station Saliout et mission de l'équipage de Soyouz 11.

Film[modifier | modifier le code]

Le film dramatique russe Saliout 7 sorti en 2017 relate de manière dramatisée un des épisodes les plus marquants de l'histoire de la station Saliout 7 : la mission de Vladimir Djanibekov et Viktor Savinykh mis en orbite le 6 juin 1985 à bord de Soyouz T-13 pour tenter de sauver la station spatiale laissée inoccupée avec laquelle tout contact avait été perdu à la suite d'une panne électrique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]