James Gralton

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James Gralton
Naissance
Effernagh (Irlande)
Décès (à 59 ans)
Manhattan, New York (États-Unis)
Nationalité irlandaise et américaine
Pays de résidence Irlande, États-Unis
Profession
diverses
Activité principale

James Gralton, né le à Effernagh (Irlande) et mort le à Manhattan (États-Unis), est un militant communiste et syndicaliste irlando-américain. Il est le seul Irlandais déporté de son pays depuis l’indépendance. Ses activités sociales et politiques en Irlande en 1932-1933 inspirent à Ken Loach, en 2014, le film Jimmy's Hall.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Effernagh, en Gowel, à quelques miles de Carrick-on-Shannon, dans le comté de Leitrim[1]. Il est l’un des sept enfants de Michael Gralton et d’Alice, née Campbell. Michael, qui cultive 10 hectares, est un vieux fénien et un membre important du mouvement coopératif. Alice est employée d’une petite bibliothèque ambulante[2]. James quitte l’école à 14 ans[3] pour travailler dans une épicerie.

Puis il part à Dublin, où il est barman. Il s’engage dans le Royal Irish Regiment (en) de l’Armée britannique[2]. Il refuse de servir en Inde, pour protester contre la politique britannique en Irlande. Il fait un an de prison, puis déserte. Il travaille alors sur les quais de Liverpool et dans les houillères galloises[3]. Il embarque comme chauffeur sur un « bat-la-houle »[2]. En 1907, il revient brièvement à Effernagh[2]. Il émigre.

Premier séjour à New York[modifier | modifier le code]

Il se fixe à New York, où il exerce divers métiers[1]. En 1909, il s’engage pour quelque temps dans l’US Navy, ce qui lui confère la nationalité américaine. Il est ensuite chauffeur de taxi et barman.

C’est un homme carré, sachant s’exprimer, engagé politiquement. Le conservatisme social du mouvement fénien le déçoit. Il adhère alors au Parti communiste USA[2]. Après les Pâques sanglantes (1916) et après avoir lu James Connolly, il fonde à New York le James Connolly Club[4]. Il lève des fonds pour l'IRA, qui mène depuis 1919 une guerre d’indépendance contre l’armée britannique.

Séjour irlandais de 1921-1923[modifier | modifier le code]

Le , il revient au pays natal[2]. Le , un cessez-le-feu met fin aux hostilités. Durant le conflit, les Black and Tans ont brûlé la maison de tempérance de la paroisse[5]. Gralton, avec l’aide de volontaires, construit sur les terres de ses parents[4] un nouvel établissement qu'il appelle le Pearse-Connolly Hall[1]. Le 6 décembre, la signature du traité anglo-irlandais donne naissance à l'État libre d'Irlande, mais divise les indépendantistes.

Le Pearse-Connolly Hall ouvre le . Il sert d’école aux jeunes déscolarisés, délivrant des cours d’irlandais, d’anglais, de musique, de danse, d’instruction civique, d’agriculture[3]. Il sert aussi de lieu de rencontres communautaires. Son fonctionnement est confié à un comité composé de républicains, de fermiers et de syndicalistes. Il voit par ailleurs siéger les tribunaux du Sinn Féin : un Gowel land committee règle là les nombreux différends concernant l’attribution des terres[2]. Toutes ces initiatives provoquent la fureur de l’Église catholique. Gralton est régulièrement dénoncé en chaire et dans des lettres. Il y est décrit comme un socialiste extrêmement dangereux et un « antéchrist »[3].

Les activités de Gralton irritent aussi l'INA, la nouvelle armée nationale irlandaise[6]. Le , après l’implication de Gralton dans une vigoureuse attribution de terre, l’INA opère une descente sur le Hall pour tenter de l’arrêter[3]. En juin, éclate la guerre civile, qui oppose l’INA à la nouvelle IRA.

Deuxième séjour à New York[modifier | modifier le code]

En 1923, Gralton retourne à New York[1]. En 1927, il adhère au Leitrim Republican Club of New York[2].

Séjour irlandais de 1932-1933[modifier | modifier le code]

foule massée autour d'un pont sur lequel est célébré un office religieux
Congrès eucharistique de Dublin, en juin 1932.

En février 1932, l’arrivée au pouvoir du Fianna Fáil d'Éamon de Valera fait naître, chez Gralton comme chez beaucoup d’Irlandais, l’espoir d’une politique plus sociale[4]. En mars, James Gralton revient à Effernagh, en partie pour des raisons familiales : son frère Charles, qui exploitait la ferme, vient de mourir, et ses parents sont en mauvaise santé[2]. Il rouvre le Pearse-Connolly Hall, fermé depuis plusieurs années. L’endroit redevient un foyer d'éducation et de loisirs, mais aussi de réunions politiques permettant d’aborder les questions de chômage et de droits des travailleurs et des métayers[3]. En mai, Gralton adhère au Fianna Fáil. Il presse le parti de créer des emplois dans les zones rurales. Ses exigences sociales ne tardent pas à le faire exclure.

Cependant, le curé de Gowel s’en prend violemment à Gralton, à ses activités sociales, à son attirance pour le communisme. Il dénonce le Hall comme un « antre de prostitution[2] » et « d'iniquité[4] ». Une chasse aux sorcières à la fois prude et anticommuniste s'organise, exacerbée par le déroulement en juin 1932, à Dublin, d’un congrès eucharistique. En août, Gralton intervient au côté de l’IRA du comté de Roscommon pour réintégrer une famille de Keadue (en) chassée de chez elle[3]. Il adhère au Revolutionary Worker's Group (qui deviendra l'année suivante le CPI, le Parti communiste d'Irlande)[6]. Le radicalisme de Gralton et son incessant combat d’éveil politique et social mettent à bout les conservateurs. Dans la nuit du 27 novembre, tandis que 60 personnes dansent dans le Hall, une douzaine de coups de feu sont dirigés sur la salle. Plus tard, on essaie de la faire sauter[5]. La rumeur attribue ces attentats à l'IRA locale[1] qui est résolument réactionnaire[7]. Le 24 décembre, le Hall est anéanti par un incendie criminel[4].

Lors des élections générales de janvier 1933, le clergé soutient ouvertement le candidat local du Fianna Fáil, l’aidant à obtenir un siège au Dáil Éireann[6]. Le 3 février, sous la pression de l'Église catholique, le gouvernement de Valera ordonne que James Gralton soit déporté en tant qu'« étranger indésirable »[8]. Gralton réussit à fuir. Le Revolutionary Workers' Group lance une campagne en sa faveur[1]. Des comités de soutien se forment. Le Fianna Fáil local condamne Gralton pour « propagation d’idées anglaises ». L’IRA du Leitrim est opposée à sa déportation, mais elle défend sa cause avec tiédeur[2]. Le , Gralton est capturé à Gorvagh (en). Il est transféré le lendemain à la prison de Cork[6] et le surlendemain à Cobh[4] où on l’embarque sur un vapeur en partance pour les États-Unis[2]. Il reste le seul Irlandais déporté de son pays depuis l’indépendance[9].

Retour définitif aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En octobre, il se présente sans succès en tant que candidat communiste à l’élection du 13e district de Manhattan[6]. Il devient un responsable syndical et un membre de l'Irish Workers' Club[10]. Il fait réimprimer les brochures de James Connolly. Durant la guerre civile espagnole, il lève des fonds pour les Brigades internationales[6]. Il reste un membre actif du Parti communiste USA[10]. Peu avant sa mort, il épouse Bessie Cronogue, une Irlandaise de Drumsna (en), dans le comté de Leitrim. Il meurt à Manhattan (New York) le , d’un cancer de l’estomac[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mary M. Banta, The red scare in the Irish Free State 1927–37, University College Dublin, 1982.
  • (en) Des Guckian, Deported: Jimmy Gralton An Undesirable Allien, 1986. Rééd. CPI.
  • (en) Margaret Gralton, My cousin Jimmy, Manorhamilton, Drumlin, 1991.
  • (en) Peter O'Connor, Tony Moriarty, A soldier of liberty: Recollections of a Socialist and Anti-fascist Fighter, MSF, 1996.
  • (en) Uinseann Mac Eoin, The IRA in the twilight years: 1923–1948, Argenta, 1997.

Documentaire radiophonique[modifier | modifier le code]

  • (en) Pat Feely, The Gralton affair, RTÉ Radio 1, Ireland, 1986.

Films[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Carolan, Deported: The Gralton Story, Alsace Productions, 1996. Documentaire.
  • Le séjour que James Gralton effectue en Irlande en 1932-1933 inspire à Ken Loach, en 2014, la fiction Jimmy's Hall.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]