Désindustrialisation

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Définition[modifier | modifier le code]

La désindustrialisation est la disparition progressive des activités industrielles d'un pays, d'une région, d'une ville.

Facteurs de désindustrialisation[modifier | modifier le code]

Elle peut être due à la délocalisation de ces activités dans d'autres pays ou régions, à l'automatisation des chaînes de montage, à la disparition de ces activités, à l'externalisation de certaines fonctions (comptabilité, gestion du personnel, R&D, marketing, logistique, gestion des locaux), mais elle est avant et surtout imputable au phénomène de déformation de la structure de la demande liée aux gains de productivités réalisés par l'industrie. Ce phénomène touche particulièrement (mais inégalement) les pays d'Europe et d'Amérique du Nord depuis les années 1970. Il peut se traduire par des phénomènes de crise économique et de chômage massif, mais peut également transformer l'économie des pays concernés en une économie postindustrielle, c'est-à-dire de services, tertiaire, qui se traduit par une tertiarisation de l’économie, autrement dit un glissement de l’industrie vers les services. D’un point de vue macroéconomique, la désindustrialisation se caractérise par une baisse de la part de l’industrie dans le PIB, c’est à dire par une baisse de la valeur ajoutée du secteur de l’industrie en volume. La désindustrialisation peut également être vue comme une conséquence de la globalisation des échanges, qui permet d’importer tous types de produits et de services parfois à des prix plus intéressants, ce qui pousse l’industrie à l’abandon de la production de produits n’étant pas jugés rentables tant l’écart de prix avec la production étrangère est notable et poussant les industries à adopter une stratégie de corebusiness (recentrage sur le cœur de métier) centrée sur les productions à forte productivité.

Une étude de la Direction du Trésor (2010)[1] évalue la part des divers facteurs dans la désindustrialisation en France (mesurée par les pertes d'emplois) entre 1980 et 2007 :

  • externalisation des activités tertiaires des entreprise industrielles : 25 % ;
  • déformation de la structure de la demande due aux gains de productivité : 30 % :
  • concurrence étrangère : 13 % selon une approche comptable, entre 9 % et 70 % selon une approche économétrique.

Statistiques[modifier | modifier le code]

En France, l'industrie a perdu 1,9 million d’emplois entre 1980 et 2007, soit 36 % de ses effectifs[1].

En Europe, la désindustrialisation est générale, mais avec des rythmes très différents d'un pays à l'autre :

Part de la production manufacturière dans le PIB[2]
Pays 2005 2013
Allemagne 22,3 % 22,2 %
Union européenne 16,8 % 15,1 %
Italie 17,2 % 14,9 %
France 13,3 % 11,3 %
Royaume-Uni 11,9 % 9,7 %

La crise de 2008 a causé une forte baisse de la production industrielle[3] européenne, qui a été en partie compensée depuis, mais dans des proportions très variables : la baisse de la production industrielle entre janvier 2008 et décembre 2014 a été[4] :

  • en Allemagne de 1,4 %,
  • en Grande-Bretagne de 6 %,
  • en Italie de 25 %,
  • en Espagne de 30 %,
  • en France de 16,5 %.

En termes d'emploi, et sur une période plus longue, la désindustrialisation est encore plus marquée :

Part de l'industrie dans l'emploi total[5]
Pays 1995 2013
Allemagne 32,6 % 24,7 %
Union européenne 28,5 % 22,1 %
Italie 30,9 % 24,3 %
France 23,2 % 17,9 %
Royaume-Uni 23,3 % 16,0 %

Mise en place[modifier | modifier le code]

L’industrie se lance alors dans le tertiaire en créant des services, ce qui pour les entreprises se traduit bien souvent par des services ajoutés à leur activité principale. Les filières industrielles sont alors externalisées au profit du développement et des techniques de commercialisation. D'autre part, la délocalisation des sites industriels vers l'étranger entraîne une reconversion de la population qui se désintéresse progressivement des métiers de l'industrie. La part des services dans le PIB dépasse alors celle de l'industrie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La désindustrialisation en France, Cahiers de la DG Trésor, juin 2010
  2. L'industrie stoppe enfin l'hémorragie, Les Échos, 11 février 2015.
  3. la notion d'industrie manufacturière est plus restrictive que celle d'industrie : elle exclut l'agro-alimentaire, la construction, l'énergie et l'eau
  4. La France, élève moyen de la zone euro, Les Échos, 11 février 2015.
  5. Croissance de l'emploi et branches d'activités - moyennes annuelles - Industrie en % de l'emploi total, Eurostat.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Désindustrialisation : c'est encore plus grave, La Tribune, 3 mars 2014
  2. La désindustrialisation en France, Rapport de Lila DEMMOU pour le DG Trésor, site du Trésor, juin 2010.