Huit Femmes (film)
| Réalisation | François Ozon |
|---|---|
| Scénario |
François Ozon Marina de Van |
| Musique | Krishna Levy |
| Acteurs principaux |
Danielle Darrieux Catherine Deneuve Isabelle Huppert Emmanuelle Béart Fanny Ardant Virginie Ledoyen Ludivine Sagnier Firmine Richard |
| Sociétés de production |
Fidélité Productions Mars Films BIM Distribuzione |
| Pays de production |
|
| Genre |
Comédie policière Musical |
| Durée | 111 minutes |
| Sortie | 2002 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Huit Femmes (également typographié 8 femmes) est un film franco-italien réalisé par François Ozon, sorti en 2002.
Il s'agit de la seconde adaptation cinématographique de la pièce de théâtre du même nom de Robert Thomas.
Dans les années 1950, on se prépare à fêter Noël dans une grande demeure bourgeoise. Une découverte macabre bouleverse cependant ce jour de fête... Le maître de maison est retrouvé mort, assassiné dans son lit avec un poignard planté dans le dos. Autour de lui, huit femmes. Chacune a un secret jalousement gardé qu'il faut révéler, car l'une d'entre elles est coupable. Mais laquelle ?
Synopsis
[modifier | modifier le code]Dans les années 1950, à la veille de Noël, c’est le matin et il neige abondamment. Gaby, la matriarche et épouse de Marcel, rentre à la maison avec Suzon, sa fille aînée, qui fait ses études à Londres et est revenue le matin-même par le train pour passer les fêtes en famille. Elle retrouve les autres femmes de la maisonnée : Mamy, sa grand-mère en fauteuil à cause de ses jambes fatiguées ; Mme Chanel, la gouvernante ; Louise, la nouvelle femme de chambre que sa mère a embauchée ; Augustine, la tante acariâtre et amère, reconnaissante envers son beau-frère Marcel pour l'hébergement mais profondément jalouse de sa sœur Gaby ; et Catherine, jeune adolescente de 16 ans rebelle et effrontée, qui entretient une relation taquine avec sa sœur Suzon et qui admire et respecte profondément son père.
Alors que Louise monte le petit déjeuner de Monsieur (Marcel), qui n’est toujours pas levé, elle découvre avec horreur qu’il est mort, un couteau planté dans le dos. Catherine se jette dans la chambre pour mieux en ressortir, bouleversée, avant que Suzon, Gaby et Augustine n'y montent, pour constater que Marcel est étendu inerte sur son lit.
Elles décident d'appeler la police, mais en vain : le fil du téléphone a été sectionné, coupant toute communication avec l'extérieur. Louise remarque que les chiens de garde n'ont pas aboyé de la nuit et de la matinée, ce qui indique que le meurtrier était déjà présent dans la maison. Les sept femmes se réunissent alors, avec Suzon qui s'improvise inspectrice. Gaby indique que les affaires de Marcel allaient mal, mais qu'il était un homme secret qui ne lui parlait pas beaucoup de ses problèmes. En tant qu'héritière directe de son mari, Gaby est soupçonnée.
On apprend par Augustine que le couple Marcel-Gaby battait de l'aile : ils faisaient chambre à part depuis un moment. Mme Chanel apporte l'idée que le meurtrier pourrait très bien être une femme. À la suite d'une scène d'Augustine, les femmes présentes constatent alors avec étonnement que Mamy, qui tente de suivre Augustine pour la raisonner, a en fait toujours l'usage de ses jambes. Gaby apprend à ses filles que Mamy avait refusé de donner ses titres financiers (qu'elle garde jalousement sous son oreiller) à Marcel, malgré son hospitalité et le fait qu'il connaisse des difficultés ; et également que Marcel n'aimait pas ces deux femmes.
Gaby, Suzon et Catherine apprennent par Louise que Monsieur a demandé une tisane à minuit, qu'elle est allée lui porter, alors qu'il n'en boit jamais. Suzon et Catherine sont soupçonneuses, Madame Chanel étant partie à ce moment-là (elle loge dans le pavillon de chasse). Louise leur apprend que Chanel joue aux cartes le soir, avec nulle autre que Pierrette, la sœur de Marcel, ancienne danseuse exotique. De son côté, Mamy confie à Suzon que son père avait refusé les titres qu'elle souhaitait lui donner, pour ensuite se les faire voler il y a deux jours.
Gaby apprend aux autres que la voiture ne démarre pas : les fils du moteur ont été sectionnés. Pierrette, la sœur de Marcel, arrive à la maison à ce moment-là. Sous les yeux à la fois suspicieux et interdits des autres femmes, elle se présente et annonce qu'elle vient ici à la suite d'un mystérieux coup de téléphone qu'elle a reçu ce matin de cette maison lui annonçant la mort de Marcel, ce qu’elles lui confirment malheureusement. Alors qu'elle tente d'entrer dans la chambre de Marcel, qui est fermée à clé, elle constate avec les autres que ce n'est pas la bonne clé et qu’elle a été échangée.
Pierrette fait la connaissance des femmes présentes, et notamment d'Augustine. Elle révèle alors à tous qu'Augustine et elle sont abonnées au même club de lecture, et qu'Augustine est une lectrice assidue de romans à l'eau de rose, ce que cette dernière dément. Dans un livre qu'elle a lu juste après elle, Pierrette a notamment découvert le brouillon d'une lettre qu'Augustine adressait à Marcel, dans laquelle on apprend qu'elle désirait Marcel et souhaitait devenir sa maîtresse ; ce qu’elle réfute violemment.
Suzon fait avouer à Chanel que Pierrette lui rend visite pour jouer aux cartes, corroborant le fait qu'elle soit déjà venue ici. Suzon tente de dresser le programme de chacune des femmes cette nuit, afin de voir ce que chacune faisait. Toutes étaient dans leur chambre, mais se sont levées ou ont entendu d'autres personnes. Mamy, descendue au salon à une heure, affirme avoir entendu des éclats de voix dans la chambre de Marcel, sans les reconnaître. À minuit, en portant la tisane de Monsieur, Louise croise Augustine. Madame Chanel confirme être partie vers minuit, juste après la commande du tilleul. Louise, que tout accuse car étant théoriquement la dernière à avoir vu Monsieur vivant, avoue toute la vérité : à minuit, Pierrette, qui prétendait de son côté être avec une personne de sa connaissance sans rapport avec le drame en cours, était en réalité avec son frère dans sa chambre. Pierrette est sortie de la chambre quelques instants après, et a offert 10 000 francs à Louise pour son silence sur cette visite, Louise ayant cru comprendre au moment de son arrivée que Pierrette menaçait son frère.
Catherine, à la suite de ce passage en revue, demande également des explications à Suzon sur son emploi du temps, après l’avoir vue entrer chez son père à quatre heures du matin, révélant ainsi à la surprise générale des autres qu’elle était également à la maison hier soir, alors qu’elle n’était censée arriver par le train que ce matin. Suzon souhaitait s'entretenir avec son père avant de revenir à la maison, ayant un secret à lui confier et conditionnant son retour à son approbation. Elle est ensuite retournée à la gare comme prévu pour faire croire à son arrivée le matin même. Devant sa mère, déconcertée par cette révélation, Suzon est effondrée et avoue son secret : elle est enceinte.
Plus tard, réunies dans le salon, les femmes se regroupent autour d’Augustine qui fait un malaise. Les cachets pour le cœur d’Augustine sont bizarrement introuvables, avant que Suzon ne remette la main dessus… sous le lit de Gaby. Celle-ci a une discussion avec Pierrette au sujet du testament de Marcel, qui peut faire tomber l’une ou l’autre : Gaby savait que Marcel allait léguer deux millions à sa sœur, faisant ainsi d'elle la principale suspecte si jamais le testament a été fait ; mais Pierrette argue que si le testament n’a pas encore été rédigé, Gaby, en tant qu’héritière, est la suspecte numéro un. Suzon, à la suite de son entretien nocturne avec son père, annonce que le testament n’est pas encore fait : Marcel prévoyait de se rendre chez le notaire le jour même, et tester en faveur de Suzon.
Suzon apprend par sa mère, à la suite des insinuations de Pierrette, que son père n'était pas Marcel, mais qu'il s'agit d'un homme dont elle était follement amoureuse et qui est mort avant sa naissance. De retour au salon, Mamy interroge Chanel sur la présence étrange de son manteau dans l’entrée à une heure du matin, au moment de sa descente au salon. Madame Chanel avoue en effet être revenue après minuit, à la recherche de Pierrette : elle en est amoureuse, et était jalouse de sa relation avec Marcel. Madame Chanel, repoussée physiquement par Pierrette et désavouée par Gaby, rebutée par cette révélation, se retire dans la cuisine. Pierrette décide de continuer les révélations au salon en annonçant à toutes que Louise et Marcel se connaissaient en réalité depuis cinq ans, et entretenaient une liaison. Confrontée par Gaby, la tendancieuse Louise lui avoue sans réserve leurs ébats et lui retourne la pareille. Augustine, revenue parmi elles, recrée une scène qui monte en tension entre elle, sa sœur et sa mère.
Madame Chanel fait irruption dans la pièce, annonçant avoir reconstitué l’histoire et résolu l’énigme autour du crime : elle doit juste vérifier quelque chose en jetant un œil dehors, et sort. Les autres femmes, qui la pensent alors coupables, se cachent. Lorsqu'elle rentre dans la maison, le salon est vide, et on tente à ce moment de lui tirer dessus : elle s’effondre. Elle est indemne et se retrouve alitée, mais muette de choc.
Augustine, lassée de toute cette histoire, souhaite partir et rejoint sa mère à la cuisine, laquelle est en train de boire. Mamy apprend alors à Augustine que les accusations qu'avait lancées Gaby sont avérées : elle a bien empoisonné son mari. C’était un colonel, un gentleman riche et bon, mais qu’elle n’aimait absolument pas. Augustine, qui ne s’est jamais remise de la mort de son père, devient hystérique à la suite de cette révélation et se jette sur sa mère en tentant de l’étrangler. Gaby intervient et assomme sa mère, dont les nerfs lâchent également. À la suite d'une dispute et après avoir giflé Catherine, Suzon lui annonce qu’elle n’est pas sa sœur, et prétend que l’enfant qu’elle porte est de Marcel. De son côté, Gaby retrouve Louise dans une pièce, laquelle prend beaucoup de libertés et fait preuve d’irrespect envers sa maîtresse, avec laquelle elle a un comportement ambigu et licencieux.
Lorsque Augustine revient, elle s’est métamorphosée : maquillée, les cheveux détachés et bien coiffés, vêtue d’une élégante robe fourreau, elle a troqué son apparence rigide pour une tenue de femme séduisante. Il semblerait que Pierrette soit partie, mais son sac est encore là. Suzon y trouve un pistolet caché, ce qui achève Gaby de penser qu’elle est la coupable. Confrontée à ce sujet par Gaby lorsqu'elle redescend de la salle de bain, Pierrette nie avoir connaissance de cette arme et clame son innocence. Suzon propose de sortir de cette maison à tout prix, et sort accompagnée d’Augustine, Louise et Catherine afin de trouver un moyen de sortir de l’enceinte du domaine.
Pierrette et Gaby s'affrontent. Pierrette annonce à Gaby qu’elle est au courant pour sa liaison avec un autre homme. Bisexuelle et aux mœurs volages, elle flirte avec Gaby pendant qu’elles discutent. Pierrette avoue avoir menacé Marcel, après que celui-ci lui a fermé sa porte. Gaby avoue à son tour qu’elle avait quitté Marcel et qu’elle devrait être loin actuellement, avec son amant. Marcel avait en réalité bien donné de l’argent à sa sœur, pour 500 000 francs dans une enveloppe bleue, mais celle-ci l’a donné à un homme qu’elle aime, qui devait partir en voyage. Gaby réalise alors qu’elle a reçu le jour même une enveloppe bleue de 500 000 francs de la part de son amant, Jacques Farnoux, l’associé de son mari. Devant la réalisation qu’elles partagent le même amant, les deux femmes se battent et tombent à terre, avant que ce rapprochement ne se termine plus délicatement, sur un baiser qu’elles échangent. Le groupe de Suzon, revenu à ce moment-là, leur apprend qu’il est impossible de sortir : il a trop neigé, la grille est trop haute et le portail est coincé. Catherine va chercher Mamy, toujours dans le placard, au moment où Madame Chanel revient parmi elle inopinément : elle annonce tout savoir et somme Catherine de dire la vérité. Les huit femmes sont réunies au salon.
Catherine explique alors tout ce qui s’est déroulé depuis le début : l’ensemble de cette histoire est un coup monté contre toutes ces femmes qui ont malmené son père. Catherine, cachée derrière les rideaux, a assisté à la ronde nocturne de toutes ces femmes la veille, tantôt jalouses tantôt avares. C’est d’abord Mamy à dix heures, qui prétend le vol de ses titres pour ne pas les lui donner ; Augustine à dix heures et demi, qui vient jouer les langues de vipère ; Gaby à onze heures, qui lui annonce qu’elle le quitte pour son associé responsable de sa faillite ; Louise à onze heures et demie, qui le séduit et couche avec lui ; puis Pierrette à minuit qui vient lui soutirer de l’argent, et Madame Chanel qui vient la chercher ; et enfin Suzon à quatre heures qui lui annonce sa grossesse.
Lorsqu’elle revient voir son père, à six heures, Catherine le trouve en larmes et effondré, et décide alors de monter un coup contre l’ensemble de la maisonnée : Marcel n’est jamais mort. Catherine monte une comédie macabre en maquillant le faux meurtre. C’est elle qui appelle Pierrette le matin puis qui coupe les fils du téléphone et de la voiture, qui cache les médicaments d’Augustine, qui vole les 500 000 francs de Gaby, qui cache le pistolet dans le sac de Pierrette et qui échange la clé de la chambre, afin qu’on ne puisse y entrer et que Marcel puisse écouter la scène au salon. Tout cela a permis que les masques tombent et que chaque vérité soit dévoilée, les accusations des unes remontant contre les autres. Seule Madame Chanel a fini par comprendre le plan, en allant dehors et en voyant Marcel à sa fenêtre. Le coup de feu de Catherine n’était destiné qu’à lui faire peur, afin de gagner du temps et de terminer les accusations.
Après avoir avoué toute la vérité, Catherine entre alors dans la chambre de son père, souhaitant partir avec lui loin de ces femmes. Mais Marcel, qui a tout entendu, se suicide en se tirant une balle dans la tempe. Le film se termine sur Catherine, lançant aux autres : « Cette fois, c’est vraiment vous qui l’avez tué ! »
Fiche technique
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Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiques IMDb, présente dans la section « Liens externes ».
- Titre original et québécois : 8 Femmes [Note 1]
- Titre international : 8 Women[1]
- Réalisation : François Ozon
- Scénario, dialogues et adaptation : François Ozon, en collaboration avec Marina de Van, d'après la pièce de théâtre éponyme de Robert Thomas
- Musique : Krishna Levy
- Décors : Arnaud de Moleron
- Costumes : Pascaline Chavanne
- Photographie : Jeanne Lapoirie
- Son : Pierre Gamet, Jean-Pierre Laforce, Bernard Chaumeil, Pedro Marques
- Montage : Laurence Bawedin
- Production : Olivier Delbosc et Marc Missonnier
- Production associée : Stéphane Célérier
- Sociétés de production[2] :
- France : Fidélité Productions, Mars Films, France 2 Cinéma, Canal+, Gimages 5, Local Films et le CNC
- Italie : BIM Distribuzione
- Société de distribution : Mars Distribution (France), BIM Distribuzione (Italie), Cinemien BE (Belgique)[3], Filmcoopi Zürich (Suisse romande), Seville Pictures (Québec)
- Budget : 8,46 millions d’ €[4]
- Pays de production :
France,
Italie - Langue originale : français
- Format[5] : couleur - 35 mm - 1,85:1 (Panavision) - son DTS | Dolby Digital
- Genre : comédie, policier, musical
- Durée : 111 minutes
- Dates de sortie[1] :
- Classification[9] :
- France : tous publics[10]
- Italie : tous publics (T - film per tutti)[11]
- Belgique : tous publics (Alle Leeftijden)[6]
- Québec : tous publics (G - General Rating)[8]
- Suisse romande : interdit aux moins de 12 ans[12]
Distribution
[modifier | modifier le code]- Catherine Deneuve : Gaby
- Fanny Ardant : Pierrette
- Isabelle Huppert : Augustine
- Ludivine Sagnier : Catherine
- Virginie Ledoyen : Suzon
- Emmanuelle Béart : Louise
- Danielle Darrieux : Mamie
- Firmine Richard : Madame Chanel
- Dominique Lamure : Marcel
Production
[modifier | modifier le code]Tournage
[modifier | modifier le code]Le tournage a eu lieu du au aux studios d'Aubervilliers[13].
Bande originale
[modifier | modifier le code]Les chansons sont des reprises, alors que la musique instrumentale originale est composée par Krishna Levy.
- 8 femmes 8 fleurs
- Papa, t'es plus dans l'coup (interprétée par Ludivine Sagnier, version originale chantée par Sheila)
- Message personnel (interprétée par Isabelle Huppert, version originale par Françoise Hardy, musique de Michel Berger)
- À quoi sert de vivre libre (interprétée par Fanny Ardant, version originale par Nicoletta)
- Mon amour, mon ami (interprétée par Virginie Ledoyen, version originale par Marie Laforêt)
- Pour ne pas vivre seul (interprétée par Firmine Richard, version originale par Dalida)
- À pile ou face (interprétée par Emmanuelle Béart, version originale par Corynne Charby)
- Toi jamais (interprétée par Catherine Deneuve, version originale par Sylvie Vartan)
- Il n'y a pas d'amour heureux (interprétée par Danielle Darrieux, version originale par Georges Brassens basée sur le poème de Louis Aragon)
- Thème 8 femmes (générique de fin)
- La Fenêtre
- Confession de Suzon
- Augustine s'évanouit
- Pierrette seule
- Augustine seule
- Portrait de Gaby
- Envie d'être belle
- Complicité féminine
- Le Baiser
- La Machination
- Fin
Accueil
[modifier | modifier le code]Accueil critique
[modifier | modifier le code]Pour Jean Tulard, « en dépit d'une distribution éclatante (Deneuve, Huppert...) et d'un dénouement astucieux, il s'agit d'une mauvaise parodie de polar »[14].
Pour Télérama, le film est un « Cluedo policier, coffre à jouets cinéphile, radiographie mélancolique des passions féminines, comédie musicale et drolatique, portrait amoureux et vachard de quelques grandes actrices françaises : 8 femmes est tout cela. Avec talent, maîtrise et une petite dose de perversité, François Ozon joue et gagne »[15].
Pour Rolling Stone, « Faute d'être plus intelligent que le film, il ne reste donc qu'à l'admirer, chose faite dès le générique. Tels les bons restaurants, où il suffit de humer une fois la porte passée pour savoir si on va se régaler alors que rien n'a encore rejoint l'assiette, 8 Femmes impose d'emblée sa perfection. »[15]
Box-office
[modifier | modifier le code]Les données ci-dessous proviennent de l'observatoire européen de l'audiovisuel[16].
| Zone géographique | Nombre d'entrées |
|---|---|
| 7 083 024 | |
| 3 561 759 | |
| 1 429 871 | |
| 545 172 | |
| 531 239 | |
| 109 724 |
Distinctions
[modifier | modifier le code]Entre 2002 et 2003, 8 femmes a été sélectionné ou nommé dans diverses catégories et a remporté 10 récompenses[17],[18].
Perdant dans les douze catégories des Césars où il concourt, le film bat alors le record précédemment établi par Coup de torchon comme étant le long métrage ayant reçu le plus de nominations sans remporter un seul prix. Le record précédent était de dix nominations sans aucune victoire. En 2013, le film Camille redouble bat ce record avec treize nominations infructueuses.[réf. souhaitée]
Distinctions en 2002
[modifier | modifier le code]Distinctions en 2003
[modifier | modifier le code]| Évènement ou cérémonie | Catégorie / Récompense | Nommé(es) / Résultat | |
|---|---|---|---|
| GLAAD Media Awards (Alliance gaie et lesbienne contre la diffamation) | Film exceptionnel - Sortie limitée | Nomination | |
| Chicago Film Critics Association Awards | Meilleur film en langue étrangère | Nomination | |
| Online Film and Television Association Awards | Meilleur film en langue étrangère | Nomination | |
| César | Meilleur film | François Ozon | Nomination |
| Meilleure actrice | Fanny Ardant | ||
| Meilleure actrice | Isabelle Huppert | ||
| Meilleure actrice dans un second rôle | Danielle Darrieux | ||
| Meilleur réalisateur | François Ozon | ||
| Meilleur espoir féminin | Ludivine Sagnier | ||
| Meilleur scénario original ou adaptation | François Ozon et Marina de Van | ||
| Meilleure musique originale | Krishna Levy | ||
| Meilleure photographie | Jeanne Lapoirie | ||
| Meilleurs décors | Arnaud de Moleron | ||
| Meilleurs costumes | Pascaline Chavanne | ||
| Meilleur son | Pierre Gamet, Benoît Hillebrant, Jean-Pierre Laforce | ||
| Motion Picture Sound Editors | Meilleur montage sonore dans un long métrage - Musique - Comédie musicale | Nomination | |
| Étoiles d'or du cinéma français | Étoile d’or du premier rôle féminin français | Isabelle Huppert | Lauréat |
| Étoile d’or du compositeur de musique originale de films français | Krishna Levy | ||
| Festival nazionale del doppiaggio voci nell'ombra (Festival italien de doublage) | Meilleur doublage général | Francesco Vairano | Nomination |
| Lumières de la presse internationale | Meilleur réalisateur | François Ozon | Lauréat |
| ChlotrudisAwards | Prix du public de la meilleure actrice dans un second rôle | Isabelle Huppert | Lauréat |
| Meilleure distribution | Nomination | ||
| Meilleur scénario adapté | Marina de Van et François Ozon | ||
| Meilleure actrice dans un second rôle | Isabelle Huppert | ||
| Gold Derby Awards | Meilleur film en langue étrangère | Nomination | |
| Online Film Critics Society Awards | Meilleure distribution | Nomination | |
| Meilleure conception de costumes | Pascaline Chavanne | ||
Analyse
[modifier | modifier le code]Personnages et archétypes féminins
[modifier | modifier le code]Dans Huit Femmes, François Ozon met en scène des personnages typés, hérités du théâtre de boulevard et du mélodrame, qu'il revendique comme des figures archétypales assumées plutôt que comme des portraits réalistes[19].
Gaby apparaît comme une épouse soucieuse des apparences sociales et obsédée par l'argent, tandis qu'Augustine incarne une figure de frustration et de jalousie sociale. Mamie, initialement présentée comme une autorité maternelle conciliante, se révèle progressivement avare et manipulatrice. Pierrette, femme libre et provocante, fait irruption comme un élément perturbateur au sein du foyer, tandis que Suzon et Catherine représentent deux figures antagonistes de la jeunesse féminine, entre conformité et rébellion. Les personnages de Madame Chanel et de Louise occupent quant à eux une position liminale, révélant les tensions de classe et de sexualité qui traversent la maison[19],[20].
Figure du père et renversement du pouvoir
[modifier | modifier le code]Bien que Marcel, le père, soit absent à l'écran pendant la majeure partie du film, sa figure structure l'ensemble du récit. Jean-Marc Lalanne souligne que le cinéma de François Ozon repose fréquemment sur la représentation de figures paternelles dominantes, abusives ou fantomatiques, autour desquelles s'organisent les conflits familiaux[19].
Dans Huit Femmes, cette figure paternelle est d'abord présentée comme toute-puissante, avant d'être progressivement désacralisée. Le retournement final, révélant que Marcel observait secrètement les femmes de la maison, puis son suicide, opère un renversement des rapports de domination et place la jeune Catherine face à la faillite morale de l'autorité paternelle.
Symbolique visuelle et esthétique artificielle
[modifier | modifier le code]Le film se distingue par une esthétique volontairement artificielle et très stylisée, rendant hommage au cinéma hollywoodien en Technicolor des années 1950. Les couleurs vives, les décors clos et l'association systématique de chaque personnage à une couleur dominante et à une fleur, présentée dès le générique, participent de cette logique[19].
- Gaby est associée à l'orchidée Ansellia africana et à des motifs léopard, évoquant le luxe, la sensualité et une féminité prédatrice ;
- Pierrette est liée à la rose rouge et au rouge vif, couleur de la passion amoureuse et du désir charnel ;
- Augustine est associée au fruit de roucou et à des tons bruns. Elle est la seule à ne pas être représentée par une fleur, mais par un fruit à épines dont l'intérieur révèle des graines rouges, image d'un refoulement affectif qui se fissure au cours du récit, notamment après son échange avec Louise sur le charme et la séduction ;
- Catherine est associée à la marguerite et à des teintes vertes et bleu clair, symbolisant l'innocence, la jeunesse et une forme de naïveté rebelle ;
- Suzon est liée à la rose rose et à la couleur rose, traditionnellement associée à l'amour idéalisé ;
- Louise est associée à l'orchidée papillon blanche, puis au blanc et au noir lorsqu'elle se défait de son tablier, couleurs qui renvoient à la fois à la pureté apparente et au mystère ;
- Mamie est associée à la pensée et au violet, couleur de la nostalgie et de la mort ;
- Madame Chanel est liée au tournesol et au jaune, évoquant la chaleur, la générosité, mais aussi une certaine forme d'orgueil.
L'ensemble de ces correspondances visuelles participe à une lecture symbolique du film, tout en facilitant l'identification immédiate des personnages par le spectateur, lesquels apparaissent comme des figures codifiées plutôt que comme des individus réalistes.
Fonction narrative des chansons
[modifier | modifier le code]L'une des singularités du film réside dans son recours à des numéros chantés, qui interrompent le récit policier. Ces chansons ne font pas progresser l'intrigue au sens strict, mais fonctionnent comme des apartés, permettant aux personnages d'exprimer leurs désirs, frustrations ou contradictions intimes[19].
Plusieurs critiques ont ainsi qualifié Huit Femmes de « pseudo-comédie musicale », où les numéros chantés révèlent moins une réalité objective qu'un point de vue subjectif sur les événements et les relations entre les personnages[21],[22].
- La chanson de Catherine (« Papa, t'es plus dans l'coup »), interprétée avec Gaby et Suzon, introduit la figure du père comme une autorité perçue comme dépassée, tout en caractérisant Catherine comme une adolescente insolente mais encore naïve ;
- « Message personnel », chantée par Augustine au piano, révèle la solitude et la fragilité émotionnelle d'un personnage jusque-là présenté comme excessif et ridicule ;
- « À quoi sert de vivre libre », interprétée par Pierrette lors de son entrée, affirme son mode de vie libertin et fait explicitement référence à la chorégraphie de Rita Hayworth dans Gilda (1946) ;
- « Mon amour, mon ami », chantée par Suzon avec Catherine, exprime une vision idéalisée de l'amour, dans une mise en scène volontairement enfantine ;
- « Pour ne pas vivre seul », chantée par Madame Chanel après la révélation de sa relation avec Pierrette, aborde explicitement l'homosexualité féminine et la solitude affective ;
- « Pile ou face », interprétée par Louise devant Augustine, met en scène une conception opportuniste des relations sentimentales et sexuelles ;
- « Toi jamais », chantée par Gaby face à Pierrette, exprime le désenchantement conjugal du personnage ;
- « Il n'y a pas d'amour heureux », interprétée par Mamie dans la séquence finale, constitue une conclusion amère du film, réunissant l'ensemble des femmes autour de la culpabilité et de la désillusion.
Références cinématographiques
[modifier | modifier le code]Le film multiplie enfin les références au cinéma classique, notamment hollywoodien. La chorégraphie de Pierrette évoque explicitement Gilda (1946), tandis que certains cadrages et accessoires rappellent Le Journal d'une femme de chambre (1964). Ces citations participent à l'inscription du film dans une tradition cinéphile assumée, souvent commentée par la critique[19].
Lors d'un échange avec sa fille Suzon, Gaby déclare : « Te voir, c'est à la fois une joie et une souffrance », phrase qui fait écho à des répliques prononcées par Jean-Paul Belmondo dans La Sirène du Mississippi (1969) [23] et par Gérard Depardieu dans Le Dernier Métro (1980), toutes deux adressées à Catherine Deneuve[24].
Un plan montrant Suzon et Catherine allongées tête contre tête sur le tapis rappelle la relation entre Paul et Élisabeth dans Les Enfants terribles (1950). La présence d'une photographie de Romy Schneider est également commentée par François Ozon comme un hommage au cinéma français des années 1970 et à une filiation symbolique entre Romy Schneider et Emmanuelle Béart : « Le film d'elle qui m'a le plus marqué, c'est Un cœur en hiver de Claude Sautet […] »[25].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Titre alternatif : Huit Femmes.
Références
[modifier | modifier le code]- « « 8 Femmes - Titres et dates de sortie » » (dates de sortie), sur l'Internet Movie Database (consulté le ).
- ↑ « « 8 Femmes - Société de Production / Sociétés de distribution » » ((en) sociétés de production et de distribution), sur l'Internet Movie Database (consulté le ).
- ↑ (en) « 8 Femmes - Sociétés de distribution », sur unifrance.org (consulté le ).
- ↑ « Budget du film 8 Femmes », sur JP box-office.com (consulté le ).
- ↑ « « 8 Femmes - Spécifications techniques » » (spécifications techniques), sur l'Internet Movie Database (consulté le ).
- « Huit Femmes », sur cinebel.dhnet.be (consulté le ).
- ↑ « 8 Femmes », sur cineman.ch (consulté le ).
- « 8 Femmes », sur cinoche.com (consulté le ).
- ↑ « « Huit Femmes - Guide Parental » » ((en) guide parental), sur l'Internet Movie Database (consulté le ).
- ↑ « Visa et Classification - Fiche œuvre Huit Femmes », sur CNC (consulté le ).
- ↑ « Classification Parentale en Italie », sur darkness-fanzine.over-blog.com (consulté le ).
- ↑ « Guide Parental suisse », sur filmrating.ch (consulté le ).
- ↑ Fabrice Levasseur, « L2TC.com - Lieux de Tournage Cinématographique », sur www.l2tc.com (consulté le ).
- ↑ Jean Tulard, Dictionnaire du cinéma : les réalisateurs, Paris, Bouquins, 2003, p. 705.
- Jürgen Müller, 100 films des années 2000, Cologne, Taschen, , 847 p. (ISBN 978-3-8365-8733-4), p. 145.
- ↑ « LUMIERE : Film: 8 Femmes » (consulté le ).
- ↑ « « 8 femmes - Distinctions » » ((en) récompenses), sur l'Internet Movie Database (consulté le ).
- ↑ « Palmares du film 8 femmes », sur Allociné (consulté le ).
- Jean-Marc Lalanne, « Les actrices : Huit Femmes de François Ozon », Cahiers du cinéma, no 565, , p. 83.
- ↑ « 8 femmes », Positif, no 492, , p. 16-19.
- ↑ « "8 femmes" : au bonheur des dames et des ombres », sur Le Monde, .
- ↑ Gérard Lefort, Didier Péron, « Aujourd'hui mesdames. », sur Libération, .
- ↑ scène finale du film, visualisable sur you tube
- ↑ https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2014/10/21/le-dernier-metro-de-francois-truffaut/
- ↑ François Ozon, l'homme aux «8 femmes», dévoile l'alchimie secrète de sa troupe, Le Temps, 13 février 2002.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- François Ozon, 8 femmes, scénario, éditions de la martinière, 2002, 125 p., (ISBN 978-2846750226).
- Nicolas Jouenne, « Danielle Darrieux tout en délicatesse », Le Républicain lorrain N° 2101, groupe Républicain lorrain Communication, Woippy, , (ISSN 0397-0639)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Huit Femmes, la pièce originale
- La Nuit des suspectes (1960) de Víctor Merenda, première adaptation en film
- Whodunit
Liens externes
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- Site officiel
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Film français sorti en 2002
- Film italien sorti en 2002
- Comédie dramatique française
- Comédie dramatique italienne
- Comédie policière
- Film musical français
- Film musical italien
- Film musical des années 2000
- Film choral français
- Film choral italien
- Film musical jukebox
- Film réalisé par François Ozon
- Film produit par Olivier Delbosc
- Adaptation d'une pièce de théâtre française au cinéma
- Film se déroulant dans les années 1950
- Film tourné dans la Seine-Saint-Denis
- Film dont l'action se déroule en une journée
- Film à huis clos
- Film sur la jalousie
- Film français sur le lesbianisme
- Film italien sur le lesbianisme
- Film en français
- Film distribué par Focus Features
- Film distribué par Mars Films
- Film avec une musique composée par Krishna Levy
- Film produit par Marc Missonnier
- Film de France 2 Cinéma