Ernst Röhm

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Ernst Röhm
Ernst Röhm, en 1933.
Ernst Röhm, en 1933.

Naissance
Munich
Décès (à 46 ans)
prison de Stadelheim à Munich
Origine Allemand
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement Sturmabteilung (SA)

Ernst Röhm (ou Roehm), né le à Munich et mort assassiné le à la prison de Stadelheim, à Munich, est un officier, homme politique et chef de groupe paramilitaire allemand, fondateur des Sturmabteilung (SA) nazies.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ernst Röhm nait le 28 novembre 1887 à Munich, en Bavière. Il est le troisième enfant de Julius et Emilie Röhm, une famille dont le père est inspecteur en chef aux chemins de fer[1]. Ernst est proche de sa mère et de sa sœur Eleonor mais au contraire distant de son frère aîné Robert[1], plus studieux et de son père qu'il décrit comme strict, « dur pour lui-même, juste et économe »[2]. Tout au long de sa vie, Röhm conservera un profond attachement teinté de romantisme, à la maison royale bavaroise des Wittelsbach. Il fait ses études au prestigieux Koenigliches Maximilian Gymnasium de Munich de 1897 à 1906, où il reçoit une formation classique qui comprend le latin, le grec, le français, les sciences et l'histoire[2].

Il fait partie du mouvement de jeunesse des Wandervogel, où l'on se salue déjà du « heil » ariosophique et où l'homosexualité semble répandue, qui conforte son désir de s'engager dans une carrière militaire[2]. En 1907, il rejoint l'Académie de guerre de Bavière d'où il sort 98e sur 124 élèves en 1908 et est enrôlé comme lieutenant du 10e régiment d'infanterie Royal bavarois et caserné à Ingolstadt où il mène une vie de garnison[2]. Peu avant que la Première Guerre mondiale éclate, il est nommé premier-lieutenant.

Durant la guerre, il participe à différentes batailles jusqu'à la fin du conflit, essentiellement sur le front français où il est sérieusement blessé à plusieurs reprises notamment, dès septembre 1914, au visage, où il conserve des cicatrices profondes. Il reçoit la Croix de fer et est nommé capitaine en 1917[3]. De mai 1917 à avril 1918, il est transféré en Roumanie comme officier d'état-major auprès du général-major von Nagel zu Aichberg avant de retourner vers le front de l'ouest où il est victime de la grippe espagnole et dont il est évacué en octobre 1918[3].

L'après guerre[modifier | modifier le code]

Ernst Röhm en 1933.

La défaite allemande et la chute de la monarchie atteignent profondément Röhm qui estime qu'elles sont dues « à la fripouille commerçante et juive » du front intérieur : il se porte volontaire pour le débriefing des soldats démobilisés auprès desquels il contribue à la diffusion de la théorie du « poignard dans le dos »[3]. L'historien Joachim Fest note que Röhm se sentait plus proche, dans son activité de militant, « des communistes que des bourgeois », méprisant les « embusqués, [les] déserteurs et [les] profiteurs », qui n'avaient pas été soldats[4].

Dès janvier 1919, il rejoint différentes organisations comme le parti royaliste bavarois, en faveur de la restauration de Rupprecht de Bavière, ou comme le Eiserne Faust (« Poing de fer ») une association d'officiers nationalistes où il se lie avec Gerhard Rossbach avec lequel il combat le soulèvement communiste en Bavière en hiver 1919. C'est avec ce denier qu'il rejoint un corps franc dirigé par le militaire d'extrême droite Franz von Epp, le Freikorps Epp[3]. Von Epp fait de Röhm son aide de camp, un poste d'où celui-ci organise un trafic d'armes à l'insu des alliés et de ses supérieurs au profit de diverses organisations paramilitaires[5].

En 1919, Röhm devient membre de l’état-major de la Reichswehr à Munich puis à la Wehrkreis VII[6]. Il rencontre alors Adolf Hitler au cours d'une réunion du Eiserne Faust le 17 mars 1920 à l'hôtel Deutsches Reich. Celui-ci était chargé par les services de renseignement de l'armée allemande d'enquêter sur le Deutsche Arbeiterpartei ou DAP (Parti ouvrier allemand), petit groupe politique de droite venant juste d'être fondé par Anton Drexler. Hitler, invité à y adhérer après un discours ayant impressionné l'assistance, le rejoint malgré une réticence initiale[7].

Hitler et le Putsch de Munich[modifier | modifier le code]

Röhm (2e à dr.) parmi les prévenus du procès du Putsch de Munich, avril 1924

En 1921, Adolf Hitler évince Anton Drexler et prend la tête du parti devenu le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands ou parti Nazi) que Röhm rejoint - notamment attiré par l'article 22 des statuts qui appelle à la création d'une « armée populaire » - bien qu'il reste membre du parti royaliste bavarois[5]. Il le réorganise pour en faire un parti élitiste[8], recrutant des cadres, rachetant et animant un hebdomadaire, le Völkischer Beobachter. Röhm reçoit régulièrement Hitler chez sa mère et fournit le petit parti en argent, en armes et en nouveaux membres[5]. Ensemble, Röhm et Hitler forment les sections d'assaut, la Sturmabteilung (SA), ou les « chemises brunes », véritable milice chargée de faire office de service d'ordre dans les meetings et d'agresser les adversaires des nazis dans la rue.

En novembre 1923, à la suite de l'occupation de la Ruhr en Rhénanie par les troupes françaises et belges, Adolf Hitler profite de l'émoi du peuple allemand pour tenter de renverser le gouvernement bavarois. Cette tentative de coup d'État, connue sous le nom de « Putsch de la Brasserie », se solde par un échec et conduit Hitler à être condamné et incarcéré durant 13 mois.

Libéré en avril 1924 après avoir passé cinq mois en prison[9], Ernst Röhm compte au nombre de 32 députés qui sont élus en mai 1924 au Reichstag pour le Nationalsozialistische Freiheitsbewegung (NSFB), une fusion du part Nazi alors interdit avec le Deutschvölkische Freiheitspartei, (DVFP, « Parti populaire allemand de la liberté »), qui bénéficie de la publicité que lui apporte le procès des accusés du Putsch de Munich[10]. Le parti perd dix-huit de ces sièges en décembre 1924.

Après cette défaite électorale, privé de moyens et de troupes, devant vivre d'expédients et quand, victime d'un vol, il est épinglé dans la presse pour son homosexualité, Röhm est en proie à la dépression[9]. En décembre 1928, sur les conseils d'un ami militaire[9], Röhm s'exile en Bolivie où il officie durant deux ans comme instructeur dans l'armée bolivienne qui lui confère le grade de lieutenant-colonel[11] .

Les Sections d'Assaut[modifier | modifier le code]

Après le succès électoral de septembre 1930, Adolf Hitler le rappelle pour reprendre en main les SA. En 1932, les sections d'assaut comptent près de 400 000 hommes, dont les méthodes brutales et souvent incontrôlables, ont une influence négative sur les résultats électoraux. Mais Ernst Röhm souhaite pousser encore plus loin l'élan révolutionnaire en absorbant la Reichswehr, et fait des SA le bras armé de l'aile activiste du NSDAP[12]. Dans le même temps, Hermann Göring (président du Reichstag) et Heinrich Himmler (chef des SS) s’inquiètent des prétentions d'Ernst Röhm et finissent par convaincre Hitler que le chef de la SA complote afin de l’éliminer. En effet, dès 1932, Röhm s'est opposé à Hitler lorsque celui-ci a amorcé son rapprochement avec les milieux d'affaires et les forces conservatrices pour parvenir à la présidence.

Nuit des Longs Couteaux[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler et Ernst Röhm en 1933.
Kurt Daluege, Heinrich Himmler et Ernst Röhm en 1933.
Article détaillé : Nuit des Longs Couteaux.

Début 1934, Adolf Hitler, devenu chancelier, décide de se séparer de la direction SA et de la liquider afin d'unifier politiquement le parti. C’est pourquoi, dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, appelée la nuit des Longs Couteaux, il lance les SS d'Heinrich Himmler, avec le soutien de l'armée, dans une opération d'envergure ; de Berlin à Munich, plusieurs centaines de SA et d'opposants devront être arrêtés ou assassinés. Pour ce faire, Himmler et son adjoint direct, Reinhard Heydrich, chef du service de sécurité de la SS, fabriquent un dossier de fausses preuves prétendant que Röhm avait été payé douze millions de marks par la France pour renverser Hitler, dossier que les principaux dirigeants de la SS découvrent le 24 juin, ce qui fonde l'accusation contre Röhm suspecté de fomenter un complot contre le gouvernement (le Röhm-Putsch)[13].

Le 30 juin à h 30, Hitler arrive à la pension Hanselbauer à Bad Wiessee où les SA avaient l'habitude de séjourner ensemble pour leurs vacances. Pistolet au poing, il entre en trombe dans la chambre de Röhm, le traite de traître et le déclare en état d'arrestation[14]. Hitler, le pistolet toujours au poing, poursuit sa course et cogne contre la porte d'une chambre voisine[15] : il y découvre le chef de la SA de Breslau, Edmund Heines, qui a manifestement passé la nuit avec un membre de la SA de dix ans son cadet[16].

Röhm est brièvement emprisonné à la prison de Stadelheim à Munich, Hitler hésitant sur le sort à lui réserver, notamment compte tenu des services rendus par Röhm au mouvement nazi. Röhm ne peut pas être retenu en détention indéfiniment, ni exilé ; un procès public rendrait inévitable un examen minutieux de la purge, ce qui n'est évidemment pas souhaitable[17]. Sous la pression de Göring, Himmler et Heydrich, Hitler ajoute le nom de Röhm à la liste des personnes à exécuter, sur laquelle il ne figurait pas[18].

Le 2 juillet, à la demande de Hitler, Theodor Eicke, le commandant du camp de concentration de Dachau, et Michel Lippert rendent visite à Röhm dans sa cellule. Ils lui remettent un pistolet chargé d'une seule balle et la dernière édition du Völkischer Beobachter et lui expliquent qu'il a dix minutes pour se suicider, pour éviter une exécution. Röhm refuse et déclare que « si je dois être tué, laissez Adolf le faire lui-même »[19]. Après le temps imparti, les tueurs reviennent dans la cellule de Röhm où ils le trouvent torse-nu dans un geste de bravade[20]. Les derniers mots de Röhm sont « Mon Führer, mon Führer », auxquels Eicke répond par « Il fallait songer à tout cela un peu avant, maintenant il est un peu tard »[21]. Lippert l'assassine à bout portant.

Officiellement, il fut exécuté pour homosexualité[22]. Pour une grande majorité des Allemands, ce massacre renforce leur confiance dans le régime, et ils estiment alors que Hitler a sauvé l'Allemagne du chaos[23].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Eleanor Hancock, Ernst Röhm: Hitler's SA Chief of Staff, Palgrave Macmillan, (ISBN 9780230604025, lire en ligne), p. 8
  2. a, b, c et d (en) Joseph Howard Tyson, The Surreal Reich, iUniverse, (ISBN 9781450240208), p. 240
  3. a, b, c et d (en) Joseph Howard Tyson, The Surreal Reich, iUniverse, , p. 241-242
  4. Joachim Fest (trad. Simone Hutin et Maurice Barth), Les maîtres du IIIe Reich, Paris, B. Grasset, coll. « Le Livre de Poche Référence », (réimpr. 2011) (1re éd. 1965) (ISBN 978-2-246-72701-9), p. 255.
  5. a, b et c (en) Joseph Howard Tyson, The Surreal Reich, iUniverse, , p. 243
  6. (en) Bruce Campbell, The SA Generals and the Rise of Nazism, University Press of Kentucky, , p. 83
  7. Mein Kampf, p. 113 : « Je n'avais nullement l'intention de me joindre à un parti existant, mais je voulais en fonder un dont je fusse le chef. »
  8. Mein Kampf, p. 299 : « Un succès décisif, dans une révolution, sera toujours atteint, si une nouvelle conception du monde est enseignée à tout le peuple […] et que, d'autre part, l'organisation centrale — donc le mouvement — englobe seulement le minimum d'hommes absolument indispensables pour occuper le centre nerveux de l'État. »
  9. a, b et c (en) Joseph Howard Tyson, The Surreal Reich, iUniverse, , p. 245-246
  10. (en) Deanna Spingola, The Ruling Elite, Trafford Publishing, (ISBN 9781490734743), p. 9-10
  11. (en) Eleanor Hancock, Ernst Röhm: Hitler's SA Chief of Staff, Palgrave Macmillan, (ISBN 9780230604025, lire en ligne), p. 95
  12. « Les S.A. n'étaient ni plus “avancés” ni plus “socialisants” que Hitler. Ce n'était qu'une faction, jalouse de son indépendance. » Claude David, Hitler et le nazisme, Collection Que sais-je ?, Paris, Presses universitaires de France, 1993, p. 29.
  13. (en) Richard Evans, The Third Reich in power, 1933-1939, New York, Penguin Press, , 941 p. (ISBN 978-1-594-20074-8, 978-0-713-99649-4 et 978-0-143-03790-3, OCLC 61451667), p. 30.
  14. Ian Kershaw (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), Hitler : 1889-1936 : hubris, vol. 1 : Hubris, Paris, Flammarion, (ISBN 978-2-082-12528-4), p. 517, 727.
  15. Heinz Höhne, L'Ordre noir, histoire de la SS, Casterman, Tournai, 1972, p. 78-79.
  16. Joseph Goebbels soulignera plus tard dans la propagande ce fait, justifiant la purge comme une lutte contre la turpitude morale des SA, cf. (en) I. Kershaw, op. cit., p. 514.
  17. (en) Joachim Fest, Hitler, New York, Harcourt, 1974, p. 458.
  18. Heydrich, p. 82.
  19. (en) William L. Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich, New York, Simon and Schuster, 1960, p. 221.
  20. (en) R. Evans, op. cit., p. 33.
  21. Heinz Höne, op. cit., p. 84.
  22. Mais Hitler cache au peuple allemand que ces pratiques étaient répandues chez les hauts dignitaires nazis et dans les jeunesses hitlériennes, selon Harry Oosterhuis, Medecine, Male Bonding and Homosexuality in Nazi Germany, Journal of Contemporary History, vol. 32, no 2, avril 1997, p. 187-205.
  23. (en) Ian Kershaw, The « Hitler Myth » : Image and Reality in the Third Reich, Oxford University Press, 2001, p. 87 : « Il était clair que la propagande délibérément mensongère du régime faisait l'objet d'une large acceptation ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Mario Dederichs (trad. Denis-Armand Canal), Heydrich : le visage du Mal, Paris, Tallandier, (ISBN 978-2-847-34411-0).
  • Max Gallo, La nuit des longs couteaux : 29-30 juin 1934, Paris, Laffont, coll. « Ce jour-là », (réimpr. 1974 1977 2003) (1re éd. 1971) (ISBN 9782221023730).
  • Heinz Höhne, L'Ordre noir, histoire de la SS, Casterman, Tournai, 1972.

En anglais[modifier | modifier le code]

  • (en) Richard Evans, The Third Reich in Power, New York, Penguin Group, 2005.
  • (en) Joachim Fest, Hitler, New York. Harcourt, 1974.
  • (en) Ian Kershaw, Hitler : 1889–1936 Hubris, New York, W. W. Norton & Company, 1999.
  • (en) Ian Kershaw, The « Hitler Myth » : Image and Reality in the Third Reich, Oxford University Press, 2001.
  • (en) William L. Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich, New York, Simon and Schuster, 1960.

Liens externes[modifier | modifier le code]