Otto Meissner

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Otto Meissner en 1934
Otto Meissner en 1932

Otto Meissner est un homme politique allemand né le à Bischwiller, décédé à Munich le qui servit sous la République de Weimar et le Troisième Reich.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père était un fonctionnaire des Postes originaire de Prusse, grand patriote et héros de la Guerre de 1870. Il avait été grièvement blessé au cours d'une action d'éclat, ce qui lui valut un avancement rapide et le fit par la suite officier de réserve. Fier de son uniforme il aimait, le dimanche, se rendre à l'église en grande tenue et casque à pointe. Il tint à s'installer dans cette Alsace « reprise aux Français », au milieu de ses «frères allemands» qu'il pensait avoir «libérés», et y épousa une Alsacienne qui mourut jeune en lui laissant cinq enfants. Il se remaria alors avec une arrière-petite-fille du général Kléber ; une telle alliance devait rendre sa famille «intouchable» lors du retour des Français, à l'issue de la Première Guerre mondiale.

Le jeune Otto Meissner grandit donc dans une ambiance particulière qui n'était pas rare dans les milieux germano-alsaciens, où un profond patriotisme allemand n'était pas jugé incompatible avec une culture française assez poussée. En l'occurrence il s'y ajoutait le culte du général Kléber qu'avait apporté sa belle-mère, laquelle sut donner aux orphelins toute l'affection nécessaire.

Après des études de droit de 1898 à 1903 à Strasbourg et Berlin, Otto Meissner reçut le grade de docteur à l'Université d'Erlangen. En 1908 il entra dans les Chemins de fer impériaux d’Alsace-Lorraine et épousa une jeune fille, elle aussi de père allemand et de mère alsacienne. De 1915 à 1917, pendant la Première Guerre mondiale, il servit dans le 136e Régiment d'Infanterie de l'armée prussienne et devint ensuite chargé d'affaires à Bucarest, puis à Kiev auprès du gouvernement ukrainien.

En 1918, du fait de ses compétences exceptionnelles, les nouvelles autorités françaises auraient bien voulu lui confier la direction des Chemins de Fer d'Alsace-Lorraine. Dans d'autres circonstances il aurait peut-être préféré rentrer chez lui, en Alsace, mais l'après-guerre y était marqué par un virulent anti-germanisme. Son fils Hans-Otto, devenu écrivain par la suite, raconte les scènes auxquelles il dut assister, comme l'expulsion de leurs amis Sonnemann ; même s'il se savait invinciblement protégé par l'ombre tutélaire du « bon oncle Kléber », le jeune enfant en fut profondément marqué. Otto Meissner resta donc à Berlin, comme d'autres membres de l'intelligentsia alsacienne, et ses qualités manquèrent à la reconstruction de la province. Grâce aux protections dont elle jouissait, sa famille put le rejoindre en emportant tous ses meubles et son argent. Ce traitement de faveur explique probablement l'attitude modérée qu'il eut par la suite vis-à-vis de la France.

En 1919,il devient conseiller de Friedrich Ebert, président de la république allemande. L'écrivain Ernst von Salomon rapporte l'anecdote selon laquelle Meissner, alors inconnu, s'est distingué aux yeux d'Ebert en lui rapportant des reçus correspondants aux montants des infrastructures construites en Ukraine pendant l'occupation allemande (1917-1918). Meissner, alors "responsable ferroviaire pour le front de l'Est", aurait contraint Petlioura a signer ces reçus juste avant son départ de Kiev que les Allemands occupait. Ebert se serait servi de ces reçus dans une négociation avec une commission alliée qui voulait confisquer des avoirs allemands en Ukraine[1].

En 1920 il devient chef du cabinet de Friedrich Ebert puis Secrétaire d'État en 1923. Il continue de servir à ce poste Paul von Hindenburg qui succède à Ebert en 1925 comme président de la république allemande.

Son rôle dans l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler demeure controversé. En tant que proche conseiller d'Hindenburg, membre de la "camarilla", il a sans doute eu une influence majeure sur le choix de Hitler par Hindenburg, notamment en tant qu'intermédiaire dans les pourparlers qui se tinrent entre nazis et conservateurs et qui aboutirent à l'accession de Hitler au poste de Chancelier, le 30 janvier 1933.

Après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, il conserve son poste, rebaptisé en 1934 "chef du bureau de la Chancellerie présidentielle" en raison de la fusion des postes de chancelier et de président après la mort de Hindenburg.

Conservant toujours ce poste, il accède au rang de ministre d'État mais il est relégué à des fonctions de représentation.

À ce titre, il fut arrêté par les Alliés le , jugé à Nuremberg au procès des ministères, et acquitté le . En mai 1949 il fut poursuivi à nouveau comme compagnon de route mais la procédure fut forclose en 1952[2].

Publications[modifier | modifier le code]

  • "Die Reichsverfassung. Das neue Reichstaatsrecht für den Praktischen Gebrauch", Berlin, 1919
  • "Das neue Staatsrecht des Reichs und seiner Länder", Berlin, 1921
  • "Grundriß der Verfassung und Verwaltung des Reichs und Preußens nebst Verzeichnis der Behörden und ihres Aufgabenkreises", Berlin, 1922
  • "Staatsrecht des Reichs und seiner Länder", Berlin, 1923
  • "Staats- und Verwaltungsrecht im Dritten Reich", Berlin, 1935
  • "Deutsches Elsaß, deutsches Lothringen. Ein Querschnitt aus Geschichte, Volkstum und Kultur", Berlin, 1941
  • "Elsaß und Lothringen, Deutsches Land, Verlkagsanstalt Otto Stollberg", (324 s.), Berlin, 1941.
  • "Staatssekretär unter Ebert, Hindenburg, Hitler. Der Schicksalsweg des deutschen Volkes von 1918 – 1945. Wie ich ihn erlebte", Hamburg, 1951 (Secrétaire d'État sous Ebert, Hindenburg et Hitler)

Son fils Hans-Otto a laissé un livre de souvenirs sur son enfance strasbourgeoise, Straßburg, o Straßburg, qui contient de précieux renseignements sur la perception de cette famille germano-alsacienne des événements qu'ils y ont vécus. Lire aussi du même auteur Junge Jahre im Reichspräsidentenpalais, Bechtle Verlag, 1988, (ISBN 3-7628-0469-9).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ernest von Salomon, Le Questionnaire, Gallimard, 1953, page 375
  2. (en) Robert S. Wistrich, Who's Who in Nazi Germany, Routledge,‎ , 312 p. (ISBN 9781136413810, lire en ligne), p. 169