Croisillon (signe)

Le croisillon, ou carré au Canada[1], est un signe typographique noté ‹ # › et souvent confondu avec le symbole musical dièse transcrit ‹ ♯ ›.
Histoire
[modifier | modifier le code]En notation musicale, le bécarre ‹ ♮ ›, initialement un b à panse carrée au Moyen-Âge, a parfois la forme d’un croisillon, avant que les deux formes soient utilisées distinctement. Le dièse indique un demi-ton et le bécarre indique la hauteur naturelle à partir de la fin du XVIIe siècle, avec leurs formes et usages modernes à partir du XVIIIe siècle[2].
En imprimerie, le croisillon est utilisé comme signe de correction en marge d’une ligne où il faut insérer une espace entre deux mots, par exemple déjà dans un ouvrage de Joseph Moxon de 1683[3].

Aux XVIIIe et XIXe siècles, une forme de croisillon est utilisée comme signe pour le ducat[4],[5], et au XIXe siècle comme signe pour le milréis (en).
Le croisillon # courant en dactylographie et informatique est à l’origine une stylisation de ℔ ligature de « lb » avec un trait abréviatif, l'abréviation de libra le nom latin de la livre, unité de masse[6],[7]. En anglais aux États-Unis, il est utilisé avant un nombre comme l’abréviation de number (« numéro ») déjà dans un manuel de 1853[8], comme no en français, et après un nombre comme ℔ pour pound (« livre ») déjà dans un manuel de 1880[9]. Au XIXe siècle, il est aussi utilisé en allemand avec un o en exposant, #o pour Nummer (« numéro »)[10].

Croisillon sur clavier d'ordinateur ou de tablette
[modifier | modifier le code]Ce symbole est appelé aux États-Unis pound du nom anglophone de l'unité livre de mesure de masse. Les autres pays anglo-saxons parlent plutôt de number sign ou hash. Le symbole # étant d'abord inconnu des usages francophones lorsque les premiers claviers à le proposer y sont arrivés, même azerty par exemple, l'on a nommé la touche correspondante « touche dièse » du fait de cette ressemblance visuelle avec le symbole musical. Cependant, les anglophones parlent bien de hash key ou de pound key (« touche hash » ou « touche livre »).
En informatique, on notera l'exception C# du langage de programmation, qu'on devrait écrire normalement « C♯ » et non « C# », parce qu'elle se prononce C sharp (traduction anglaise de C dièse) alors qu'il s'agit bien d'un croisillon. Microsoft utilise certes le terme musical dans le nom de ce langage, mais par commodité d'écriture via le symbole courant du croisillon / hash[11].
Utilisation
[modifier | modifier le code]Divers
[modifier | modifier le code]Le croisillon peut être utilisé comme[12] :
- symbole de la livre (unité de masse), pound sign en anglais, à ne pas confondre avec £, le symbole de la livre (monnaie), aussi appelé pound sign en anglais[12] ;
- symbole du mot « numéro » en anglais américain (« no 1 » ou « №1 » s’écrit « #1 ») ;
- opérateur mathématique (préfixe) du cardinal (« #E » désignant le nombre d’éléments de l’ensemble E)
- symbole sur une touche des claviers téléphoniques appelée dièse en France ou (petit) carré en Belgique et au Canada francophone, jouxtant celles des 10 chiffres et de l’astérisque / étoile[13] ;
- hashtag, mot-dièse ou mot-clic, marqueur introductif d'un renvoi, lié au domaine d'Internet ;
- notation algébrique de la situation finale d'échec et mat au jeu d'échecs ;
- symbole de correction utilisé, en imprimerie, en marge d’une ligne indiquant qu’il faut ajouter une espace à un endroit entre deux mots indiqué à l’aide d’un autre signe comme une barre verticale ou un caret[14],[15], ou utilisé pour indiquer une espace sécable (l’espace insécable étant plutôt indiquée avec # dans un carré)[16].
Programmation
[modifier | modifier le code]Le # est très utilisé en programmation informatique comme :
- un identificateur de fragment, c’est-à-dire d'un élément d’une page Web ou autre ressource, dans une URI telle que visible dans la barre d'adresse d'un navigateur web (par exemple le lien #Voir_aussi pointe vers la section Voir aussi ci-dessous) ;
- début d’un commentaire dans de nombreux langages (notamment des langages de script) ; par exemple Bash, AWK, Make, PowerShell ou Python ;
- premier caractère du shebang «
#!» ; - en C ou C++, une instruction passée au préprocesseur, par exemple pour inclure une autre portion de code avec, par exemple :
#include <iostream>, définir une macro#define ..., etc. ; - signe introduisant un sélecteur d'identifiant dans les feuilles de style CSS. Le code de mise en page sélectionné par
#myIds'applique aux éléments dont l'identifiant estmyId; - signe introduisant un code de couleur dans les langages informatiques utilisés sur Internet. Ainsi, le code
#fea347renvoie à la couleur mandarine ; - le signe utilisé dans la graphie courante officielle du nom du langage de programmation C# (par difficulté de composer le caractère dièse (♯)) ;
- en Lisp, il sert notamment à créer des étiquettes
#N=et des renvois#N#dans les expressions de listes circulaires, par exemple#1=(1 2 #1#)est une liste dont le troisième élément est elle-même ; - en Lua, la fonction donnant la longueur d'une chaîne de caractères ou le nombre d'éléments d'un tableau ;
- en Markdown, un titre ;
- en Mathematica, l'argument primitif d'une fonction. Par exemple,
f[#, a, #, b] &[x, y]donnef[x, a, y, b]; - en OCaml, un appel de méthode ;
- en TeX et LaTeX, il sert à indiquer les arguments positionnels d'une macro, par exemple
#1est le premier argument. Pour afficher le croisillon, il faut faire\#; - en Metafont et Lilypond, il sert à déclarer une valeur numérique transmise avec son unité de base,
u#:=4/9pt#; - un élément d'une liste ordonnée / numérotée en syntaxe wiki ;
- en Visual Basic, il sert à déclarer le type de variable Double ; ou utilisé dans un motif, il sert à comparer un chiffre.
Unicode
[modifier | modifier le code]En Unicode, plusieurs caractères sont assignés :
- U+0023 # croisillon (HTML :
#) ; - U+FE5F ﹟ croisillon minuscule (HTML :
﹟) ; - U+FF03 # croisillon pleine chasse (HTML :
#) ; - U+E0023 étiquette croisillon (HTML :
󠀣).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Croisillon » (voir la liste des auteurs).
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Dièse » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « croisillon », Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le ).
- ↑ (en) Frederick Niecks, « The flat, sharp, and natural. A historical sketch », Proceedings of the Musical Association, vol. 16, , p. 79-100 (JSTOR 765359, lire en ligne)
- ↑ (en) Joseph Moxon, Mechanick Exercises, vol. 2, (lire en ligne), p. 262
- ↑ (de) Christlieb von Clausberg, Demonstrative Rechenkunst, Leipzig, (lire en ligne), [xxxii]
- ↑ (de) August Schiebe, Die Kaufmännische Correspondenz, Grimma, (lire en ligne), p. 39
- ↑ (en) Keith Gordon Irwin, The romance of writing, from Egyptian hieroglyphics to modern letters, numbers, and signs, New York, Viking Press, (lire en ligne), p. 125
- ↑ (en) Keith Houston, « The Octothorpe, part 1 of 2 », sur Shady Characters, (consulté le )
- ↑ (en) S. W. Crittenden, An Elementary Treatise on Book-keeping by Single and Double Entry, Philadelphia, E., C., & J. Biddle, (lire en ligne), p. 10
- ↑ (en) C. P. Duff, W. H. Duff et R. P. Duff, Book-Keeping By Single and Double Entry, Harper and Brothers, (lire en ligne), p. 21
- ↑ (de) A. F. Rohmeder, Die Abkürzung der Wörter, München, Kellerer, (lire en ligne), p. 58-59
- ↑ (en) C#/.NET History Lesson.
- « croisillon », sur vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca (consulté le )
- ↑ « touche Carré », sur vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca (consulté le )
- ↑ M. S. Boulard, Le manuel de l’imprimeur, Paris, Boulard, (lire en ligne), p. 66
- ↑ Albert Doppagne, Guide pratique de la publication de la pensée à l'imprimé, Gembloux, Duculot, (ISBN 2-8011-0307-1, lire en ligne), p. 83
- ↑ Aurel Ramat et Anne-Marie Benoit, Le Ramat de la typographie, , 11e éd. (ISBN 978-2-9813513-3-3), p. 22
