Points de suspension

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Point de suspension
...
Graphies
Graphie ...
Codage
Nom Point de suspension
Unicode U+002E U+002E U+002E
U+2026
Bloc Latin de base,
Ponctuation générale
Windows alt+0133

Le point de suspension est représenté par trois points alignés horizontalement au niveau de la ligne de base d’écriture : classiquement par la suite de trois fois le caractère « point » ‹ ... › (espacés ou non), ou par le caractère unique « point de suspension » ‹ … ›[1],[2].

Selon l’usage en français et espagnol, ‹ ... ›, les trois points se suivent sans espace afin de former le point de suspension[3] d’une largeur théorique d’un cadratin[4]. Parfois en anglais, ‹  . . . ›, les trois points sont séparés à l’aide du caractère « espace insécable »[5],[6]. ‹ … › ne correspond parfois pas à l’usage dans une langue ou un contexte selon la police de caractère utilisée[7],[8].

En français[modifier | modifier le code]

Le caractère « point de suspension » n’a pas d’espace avant mais une espace après[9].

Le point de suspension marque la fin d’un énoncé alors que la phrase n’est pas complète ; cela indique au lecteur que la phrase précédente aurait pu être poursuivie. La phrase précédente peut même être grammaticalement incorrecte. Cela peut être :

  • un procédé rhétorique laissant la fin de la phrase en sous-entendu ;
  • une figure de style indiquant une rupture ou une suspension du discours, ou aposiopèse ;
  • une figure de style marquant une omission volontaire à fins de raccourci, ou ellipse ;
  • un procédé littéraire permettant, dans un dialogue, de marquer une hésitation, ou quelqu’un qui coupe la parole.

Le point de suspension a la même signification grammaticale que le point si l’on s’arrête après lui, alors est suivi d’une majuscule. Mais il est également possible de reprendre immédiatement son propos, par exemple si le point de suspension exprimait seulement une hésitation. Dans ce cas, ils jouent un rôle équivalent au point-virgule, et donc la reprise de phrase qui suit se fait sans majuscule (sauf s’ils sont suivis d’un mot qui par lui-même prend une majuscule — d’ailleurs dans ce dernier cas il est impossible de savoir si le point de suspension joue le rôle de fin de phrase ou non).

Cas d’utilisation :

  • dans un dialogue :
    • lorsqu’une phrase est interrompue, par exemple par l’intervention d’une autre personne,
    • pour représenter l’hésitation,
    • pour représenter des grossièretés que l’on ne souhaite pas écrire explicitement ;
  • indication de présence d’un sous-entendu dans la phrase les précédant ;
  • sollicitation de l’imagination du lecteur ;
  • à la fin de listes non exhaustives : « … » a la même valeur que « , etc. » ("« etc… » est une forme erronée, bien que répandue”)[10] ;
  • pour signaler l’absence de réponse ou de commentaire ;
  • pour représenter le silence.

Pour indiquer un passage coupé dans une citation, on emploie le point de suspension entre crochets, « […] », ou entre parenthèses[11], « (…) » : le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, préconise l’usage des crochets en précisant qu’il n’y a pas d’espace entre les crochets et le signe de ponctuation[12], mais plusieurs guides invitent à utiliser les parenthèses[11],[13],[14].

Selon l’utilisation, les mots suivant le point de suspension peuvent être considérés comme formant une phrase ou non. Si c’est le cas, une majuscule est utilisée après le point de suspension. Si le point de suspension peut être remplacé par un point, on emploiera une majuscule pour le mot suivant ; on ne le fera pas (sauf mot l’imposant par nature) s’il peut se remplacer par une virgule, un deux-points, un point-virgule, ou n’être suivis d’aucune ponctuation.

Usage combiné[modifier | modifier le code]

Le point de suspension peut se combiner avec un point d’exclamation ou d’interrogation si une ellipse est combinée avec une exclamation ou une question.

La lettre J’accuse avait donné comme manchette de journal « J’accuse…! ». Hergé utilisait beaucoup cette forme : dans un album des Aventures de Tintin comme Objectif Lune, presque toutes les bulles de dialogue finissent par un point de suspension, qu’il soit précédé ou non de point d’interrogation ou d’exclamation (Monsieur va bien ?…)[15],[16].

Dans ce cas, l’usage est très hésitant sur la typographie à adopter pour le troisième et quatrième signe d’un point de suspension : exemple, Avez-vous déjà vu..?) ou autre exemple « J’accuse…! ». L’usage hésite aussi sur la place d’une espace entre le troisième et le quatrième point : exemple, ’’es-tu… ?’’

L’Office québécois de la langue française recommande d’utiliser le signe double comme quatrième point et de ne pas mettre d’espace (’’es-tu…:’’). Il mentionne la possibilité de placer le point d’exclamation ou d’interrogation avant ou après, sans préciser la nuance que cela apporte[17]. D’autres sources considèrent simplement que ce signe est censé être employé seul[18].

Le point de suspension peut se combiner avec une barre oblique, sous la forme « …/… » et figurer alors en bas et à droite d’un document comprenant plusieurs pages, sans indication de pagination, pour indiquer que le document se poursuit[19],[20].

Typographie résumée[modifier | modifier le code]

L’utilisation classique du point de suspension est de la forme typographique sans blanc ; il est suivi d’une espace justifiante normale :

  • il n’est jamais précédé de virgule ou point-virgule ;
  • il n’est jamais précédé d’une espace, sauf s’il est utilisé en remplacement d’un mot ou d’un groupe de mots, dans ce cas il est alors précédé et suivi de l’espacement normal ;
  • tenant lieu de fin de phrase, il est collé à la dernière lettre.

En anglais[modifier | modifier le code]

Les mêmes remarques sur l’usage et les majuscules à placer ou non s’appliquent. En revanche, ceux qui suivent le code typographique américain réputé, The Chicago Manual of Style[5], ou le manuel typographique de l’Oxford University Press[6], se distinguent sur plusieurs points des usages en français :

  • il y a une espace insécable devant et derrière chaque point : on écrit « But . . . he is my friend! » (« Mais… c’est mon ami ! ») ;
  • le point de suspension n’absorbe pas le point normal (point final, point d’abréviation). En conséquence, si on achève un paragraphe par un point de suspension, on place quatre points, mais sans espace avant le premier ;
  • quand un personnage se fait couper la parole, on utilise un tiret, le point de suspension étant réservé à l’interruption volontaire d’une phrase.

En anglais, certains usages français du point de suspension n’existent pas. Notamment quand on utilise le point de suspension pour dire : « Je pourrais en dire plus si je voulais. » Ainsi une expression informelle comme « Quoique… » n’a pas son équivalent en anglais.

L’introduction des films Star Wars a conservé après traduction les quatre points : « Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine…. » Toute la saga, dans toutes les langues, a repris cette particularité.

En chinois[modifier | modifier le code]

En chinois, ce caractère ‹ …… › s’écrit par six points formant le point de suspension. Il occupe la place de deux caractères (en pleine chasse). Voir ponctuation chinoise.

Imprimerie et informatique[modifier | modifier le code]

Classiquement, le point de suspension est imprimé exactement comme trois points d’affilée. En informatique, le standard ASCII et d’autres codages couvrant plus de langues comme l’ISO/CEI 8859 ne disposaient pas de caractère unique pour le point de suspension, l’utilisation de points successifs convenant parfaitement comme dans l’imprimerie. Cependant sur les anciennes machines à écrire (utilisant des caractères à chasse fixe) rendait l’impression de points successifs assez déplaisant à cause de leur espacement excessif. Ainsi est apparu le point de suspension en tant que caractère unique (alors qu’il n’était pas nécessaire en imprimerie classique). Cet usage s’est perpétué à l’informatique sur les premiers terminaux qui utilisaient encore l’impression à chasse fixe comme dispositif de sortie, puis sur les premiers terminaux d’affichage non graphiques, puis dans les anciens jeux de caractères codés sur 8 bits. Avec Unicode aujourd’hui ce caractère n’est plus utile que pour la compatibilité avec les anciennes normes ou pour un rendu avec des polices à chasse fixe.

Un caractère unique représente le point de suspension dans des jeux de caractères comme Windows-1252 (à partir de la version utilisée dans Windows 3.1[21]), MacRoman, ou certains codages CJC, et, par compatibilité avec ceux-ci, Unicode (U+2026). Dans certaines polices, le caractère affiché est beaucoup plus serré ou plus espacé que les trois points[7]. Les logiciels de traitement de texte comme Microsoft Word et les dernières versions d’OpenOffice Writer ou de LibreOffice, ainsi que la correction d’orthographe automatique d’OS X, remplacent automatiquement trois points d’affilée ‹ ... › par le caractère unique ‹ … › ; mais cette substitution automatique peut être indésirable ou perçue comme inutile (voire nuisible même pour la compatibilité si les polices utilisées pour faire le rendu final ne disposent pas de ce caractère) sur un document non destiné à être mis en forme avec des polices à chasse fixe et on peut donc la désactiver dans ces logiciels.

En HTML, le caractère unique point de suspension est représenté par l'entité . On peut utiliser le caractère point de suspension ‹ … › directement dans le code HTML lorsque celui-ci est en UTF-8.

Dans LaTeX, le point de suspension peut s’obtenir par \dots, cependant les points sont espacés pour l’usage anglais et les trois points successifs peuvent être préférables en français[8] ou en espagnol[3]. Dans l’environnement mathématique ($…$ ou \[…\]), on peut utiliser la commande \ldots ; on peut également utiliser des points médians pour le point de suspension ainsi que des alignements verticaux et diagonaux, par exemple pour des matrices, avec les commandes \cdots (), \vdots () et \ddots ()[8].

Sur clavier bépo, le point de suspension s’obtient avec la combinaison AltGr + .. Sur le clavier AZERTY sur Mac, touche option + « ; »[22].

Les points obtenus par points normaux successifs restent les plus utilisés, car ils sont conformes aux recommandations d’Unicode[23], parfois mieux espacés[7] et plus simples à obtenir au clavier que le caractère unique destiné uniquement à des rendus sur d’anciens dispositifs (aujourd’hui obsolètes dans bien des cas) qui n’étaient pas adaptés pour prendre en charge les meilleures recommandations typographiques de l’imprimerie.

En mathématiques[modifier | modifier le code]

Le point de suspension est utilisé pour alléger ou raccourcir les notations. Il peut être représenté horizontalement, verticalement ou obliquement (par exemple dans des matrices). Il ne dénote pas une absence ou un manque, mais au contraire une énumération d’objets entièrement déterminés par l’ensemble des symboles qui les entourent. Le lecteur averti est capable sans difficulté de comprendre comment construire, sans risque d’ambiguïté, les éléments mis en ellipse, à partir de leur contexte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André 2013
  2. Typoguide.ch
  3. a et b Bezos 2002
  4. Microsoft Typography, Character design standards: Punctuation Characters for Latin 1, s.v. Ellipsis, em leader and en leader
  5. a et b Special Characters, The Chicago Manual of Style
  6. a et b Ritter 2002, p. 128
  7. a b et c Andries 2008, p. 151
  8. a b et c Lozano 2008, p. 15 et p. 45‒46
  9. Évitez les erreurs de points de suspension… romy.tetue.net 10 janvier 2012 vu 21 septembre 2019
  10. Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale (ISBN 2-7433-0482-0), p. 147
  11. a et b Bescherelle, Kannas 2013, p. 63 sur Google Livres
  12. Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale (ISBN 978-2-7433-0482-9), p. 52 et 149
  13. Rédiger, présenter, composer. : l’art du rapport et du mémoire sur Google Livres
  14. « Guide de typographie pour les documents publiés en français au CERN » [PDF], sur cern.ch, CERN,
  15. J'accuse…!
  16. Le titre original de « On a marché sur la lune » avait le point de suspension.Objectif Lune
  17. Banque de dépannage linguistique, « Points de suspension »
  18. La-ponctuation.com
  19. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada 2015, 6.7.5 Pagination
  20. Banque de dépannage linguistique, « Pagination de la lettre »
  21. Aivosto.com
  22. « docs.info.apple.com »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  23. Unicode 6.2.0, s.v. chapitre 3, section 3.7 Decomposition, D66

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]