Chlordécone

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Chlordécone
Structure et représentation du chlordécone
Structure et représentation du chlordécone
Structure et représentation du chlordécone
Identification
Nom IUPAC decachloropentacyclo[5.3.0.02.6.03.9.04.8]decan-5-one[1]
Synonymes Képone
décachlorocétone
nom nomenclature CAS: 1,1a,3,3a,4,5,5,5a,5b,6-decachlorooctahydro-1,3,4-metheno-2H-cyclobuta[cd]pentalen-2-one
No CAS 143-50-0
No EINECS 205-601-3
SMILES
InChI
Apparence cristaux blancs[2].
Propriétés chimiques
Formule brute C10Cl10O  [Isomères]
Masse molaire[3] 490,636 ± 0,028 g/mol
C 24,48 %, Cl 72,26 %, O 3,26 %,
Propriétés physiques
ébullition Point de sublimation : 350 °C (décompose)[2]
Solubilité 1-2 mg/L dans l'eau
Masse volumique 1,40 g/cm³
Pression de vapeur saturante 3.10-7 kPa à 20 °C
Thermochimie
S0gaz, 1 bar 764 J/(K.mole) (25°C)[4]
ΔfH0gaz -225,9 kJ/mole (25°C)
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T
Dangereux pour l’environnement
N



Transport
-
   2761   
SGH[7]
SGH06 : ToxiqueSGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxiqueSGH09 : Danger pour le milieu aquatique
Danger
H301, H311, H351, H410,
Classification du CIRC
Groupe 2B : Peut-être cancérogène pour l'homme[6]
Inhalation toxique
Peau toxique
Yeux toxique
Ingestion toxique
Écotoxicologie
LogP 3,45[2]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le chlordécone (ou Képone) est un produit phytosanitaire, pesticide organochloré de la famille des bishomocubanes comme le mirex (en) et le Kelevan. C'est un polluant organique persistant (POP). Considéré comme non biodégradable, sa DT50 est évaluée, suivant les conditions, de 3,8 à plus de 46 ans[8] dans les sols. De fortes suspicions de toxicité, alliées à cette persistance, l'ont fait interdire dans de nombreux pays (dès 1976 aux États-Unis). Les conséquences de son utilisation aux Antilles françaises jusqu'en 1993 ont fait la une des médias français en septembre 2007.

Toxicité[modifier | modifier le code]

L'AFSSA[9] rapporte que des ouvriers exposés de manière chronique à ce produit (dont par contact) dans une usine en produisant aux États-Unis, ont été victimes de problèmes neurologiques (irritabilité, tremblements, troubles de la vision, céphalées). Des effets toxiques sur le foie ont été observés, ainsi qu'une action de délétion de la spermatogenèse.

Une néphrotoxicité (atteinte rénale) et une suppression de la spermatogenèse ont été observées en laboratoire chez l'animal[réf. nécessaire]. Le chlordécone s'est par ailleurs révélé cancérogène chez l'animal (tumeurs du foie)[réf. nécessaire]. C'est ce qui a motivé[réf. nécessaire] le Centre international de recherche sur le cancer à classer le chlordécone comme « cancérogène possible » pour l’homme[réf. nécessaire]. Une étude de l'INSERM et du CHU de Pointe-à-Pitre établit un lien entre l’exposition à la molécule et le risque de cancer de la prostate[10].
Une élévation significative du risque de cancer de la prostate a également été récemment trouvée[11] chez les hommes (de Guadeloupe, Martinique, Haïti et Dominique) ayant été, selon des analyses de sang faites entre 2004 et 2007, très exposés au chlordécone ; ceux ayant le taux sanguin le plus élevé avaient un risque plus de 2,5 fois plus élevé que les moins exposés. Dans les Antilles françaises, des taux sanguins de plus de 1 microgramme par litre (μg/L) sont trouvés chez plus de 20 % de la population étudiée[12]. Le chlordécone était présent dans le sang de 68,7 % des malades et de 66,8 % des témoins à des concentrations médianes respectives de 0,44 et 0,40 (μg/l). Posséder certains caractères génétiques qui diminuent la capacité d'éliminer le chlordécone de l'organisme est associé à un risque accru de cancer de la prostate. Ceci laisse penser que le chlordécone puisse être un perturbateur endocrinien (féminisant, car mimant les œstrogènes, et que de manière générale, les œstrogènes sont sources de risques accrus de ce cancer[11]). L'étude a aussi montré que le risque était accru chez les hommes ayant vécu plusieurs années en métropole ou dans un pays occidental (risque multiplié par 5 pour des hommes ayant été exposés, ayant un antécédent familial de cancer de la prostate et ayant vécu dans un pays occidental)[13]).

De plus, en Martinique, une analyse du risque de cancer (par zones) commandée par l'InVS a conclu à une « surincidence statistiquement significative du myélome multiple »[14] chez l'homme adulte résidant dans la zone où le chlordecone a été le plus utilisé et serait encore le plus présent dans les sols (selon le BRGM).

Effets synergiques[modifier | modifier le code]

Des études[15] indiquent que le chlordécone amplifie gravement (67 fois) les effets toxiques (hépatiques) des composés comme le tétrachlorure de carbone, le chloroforme et le dichlorométhane.

Pollution aux Antilles françaises[modifier | modifier le code]

Interdit dès 1976 aux États-Unis, le chlordécone n'a été interdit qu'en 1990 pour la France métropolitaine. Il a été utilisé comme insecticide, notamment contre le charançon du bananier dans les Antilles françaises en Guadeloupe et Martinique) où il n'a été interdit qu'en 1993[16]. Des sols de cultures bananières, y compris ceux qui ont été rendus à la culture vivrière après avoir été contaminés, sont à l'origine de pollutions graves des nappes d'eau souterraine, d'aliments pour animaux et de végétaux[9]; pollutions qui continuent d'empoisonner notamment les populations locales avec des risques avérés de prématurité et de cancer de la prostate[17].

Le chlordécone est responsable de séquelles importantes de pollution, en raison de son utilisation dans les bananeraies, notamment à la Guadeloupe et à la Martinique.

De forts indices de pollutions et des preuves locales de contamination des écosystèmes ou des aliments ont été cités de manière récurrente depuis la fin des années 1970, notamment par les rapports suivants :

  • le rapport Snégaroff (INRA, 1977) ;
  • le rapport Kermarec, 1979-1980 ;
  • une étude de l’estuaire du Grand Carbet (UNESCO, 1993) ;
  • le rapport Balland-Mestres-Faget, mission d’inspection diligentée par les ministères de l’environnement et de l’agriculture (1998) ;
  • le rapport Bonan-Prime[18] (IGAS-IGE, rendu le 5 juillet 2001 à Mme Dominique Voynet, Ministre de l'environnement, et à Mme Dominique Gillot, Secrétaire d’état à la Santé), faisant en 86 pages un nouvel état de pollution de l'eau et des sols, après une mission sur le terrain (12-17 mars 2001), qui note que « malgré la crise aigüe du printemps 2000, force est de constater que le plan d'amélioration des pratiques agricoles n'est pas véritablement lancé, ce qui est difficilement admissible compte tenu des enjeux.. » (p. 3) ;
  • éléments d'état des lieux collectés pour le SDAGE et les travaux de la MISE (Mission interservice de l'Eau), mais sans moyens d'analyse de pesticides sur place ;
  • en octobre 2002, 1,5 tonne de patates douces importées de la Martinique sont saisies sur le port de Dunkerque, en raison d'une forte teneur en chlordécone, par la DGCCRF ;
  • les travaux du Comité national de l’eau (2003) ;
  • le rapport d'Éric Godard, ingénieur du génie sanitaire à la Direction de la Santé et du Développement social de la Martinique (Forum international environnement santé, mars 2003) ;
  • mission d’information parlementaire en Martinique et Guadeloupe (début 2005). Elle a produit mi-juillet 2005 un rapport qui confirme que le chlordécone pose problème dans ces régions[19].

Type de pollution[modifier | modifier le code]

Il s'agit surtout de pollutions concernant l'eau et les sols qui ont secondairement contaminé certains aliments (légumes, poissons). En effet le chlordécone est très stable à l'abri de l'air et de la lumière mais, heureusement, se décompose très rapidement dans les aérosols.

Depuis 1973, dans les Antilles françaises, son utilisation était destinée à protéger les bananeraies d'un charançon. Son autorisation à la vente avait été retirée en 1990 par le gouvernement français, mais une dérogation[20] en a permis l'usage jusqu'en 1993[21], à la suite de la demande pressante des producteurs de banane, relayée par le député de la Martinique, Guy Lordinot. Son usage s'est poursuivi en réalité jusqu'aux années 2005-2007.

Son utilisation a pollué l'ensemble de l'écosystème antillais et se retrouve à des concentrations supérieures à 100 fois la norme, notamment dans les eaux et les sols. Traité localement depuis 2001[22],[23], ce scandale est resté sans écho en France métropolitaine jusqu'à la création de la commission qui a abouti au rapport parlementaire de 2005 à la suite de l'action du député de la Martinique, Philippe Edmond-Mariette [24] à l'Assemblée nationale française.

Selon le BRGM du fait des 1 250 tonnes de chlordécone épandues avant que l'usage ne soit définitivement interdit (1993) la pollution devrait disparaître dans 7 000 ans[25].

En 2009, le Préfet de région a interdit par arrêté la pêche de certaines espèces de poissons et de langoustes contaminées par le chlordécone[26].

Lutte contre la pollution au Chlordécone[modifier | modifier le code]

Plans d'actions[modifier | modifier le code]

La pollution a d'abord été prise en compte dans un premier plan d’action national couvrant la période 2004-2008[27], suivi d'un premier plan d'action spécifique couvrant la période 2008-2010[28] puis d'un deuxième couvrant la période 2010-2013 d'un montant financier de plus de 33 millions d’euros[29],[30] et associant les utilisateurs de produits[31].

Pistes d'actions :

  • Installation progressive en 2001 et 2002 de systèmes d'adsorption de pesticides sur charbon actif pour le réseau d'eau potable et meilleure interconnexion (par exemple, en Basse-Terre, l'eau provient essentiellement d'une nappe contaminée, et l'eau manque en saison sèche) ;
  • Installation de matériel de dosage de pesticides dans l'eau, à l'Institut Pasteur de Guadeloupe ;
  • Recherche de plantes sélectionnées pour leur résistance aux insectes et non plus uniquement pour leur productivité ;
  • Recherche sur la lutte intégrée (exemple : des champignons microscopiques du genre Beauveria (Beauveria bassania) ou des nématode entomopathogène comme genre Steinernema (Steinernema carpocapsae) peuvent lutter contre le charançon du bananier, mais à utiliser avec précaution en raison du risque qu'ils s'attaquent à des espèces non-cibles (les risques d'invasion biologique à partir d'espèces volontairement ou involontairement introduites semblent beaucoup plus élevés dans les îles que sur les continents). Aujourd'hui, les agriculteurs luttent contre le charançon genre Cosmopolites (Cosmopolites sordidus) à l'aide de pièges qui émettent des phéromones d’agrégation [32].

Des études pour mieux gérer la contamination des denrées alimentaires[modifier | modifier le code]

Le chlordécone est une molécule très persistante que l’on peut trouver dans l'eau et l'alimentation, notamment aux Antilles françaises. Les denrées pouvant être contaminées sont : - les viandes surtout les poissons et crustacés mais aussi les bovins et les volailles élevées au sol ; - les légumes-racines (patate douce, chou caraïbe (malanga), dachine (madère), igname, carotte, navet, etc.) et, dans une moindre mesure, les produits végétaux poussant près du sol (cucurbitacées telles que concombre et giraumon, salade, cives / oignons pays) en plein champ. Un grand nombre de fruits et légumes ne sont pas contaminés par cette molécule[33].

Seuls les produits cultivés ou les animaux élevés en plein air sur parcelle contaminée peuvent être eux-mêmes contaminés. Le pouvoir contaminant du sol dépend de sa nature : les andosols, ayant un fort pouvoir de rétention du chlordécone, peuvent être fortement contaminés mais sont peu contaminants pour les végétaux ; à l’inverse des ferralsols et nitisols (sols brun rouille) étant faiblement contaminés mais au pouvoir contaminant plus élevé[34],[35].

Sensibilité des productions végétales au transfert de chlordécone et seuils de teneur du sol en chlordécone pour recommandation de mise en culture (schéma Florence Clostre, Cirad, 2011).

Pour les végétaux, deux valeurs de teneur maximale du sol en chlordécone ont été déterminées afin de garantir la conformité des produits cultivés en fonction de leur sensibilité au transfert. Une denrée est conforme si la teneur du produit commercialisé est inférieure à la LMR, fixée actuellement à 20 µg/kg de poids frais. Les légumes racines peuvent être cultivés sur des sols ne dépassant pas 0,1 mg de chlordécone/kg de sol sec. Les produits ayant une sensibilité intermédiaire (cucurbitacées, salades, cives / oignons pays, etc.) peuvent être cultivés sur des sols contaminés jusqu’à 1 mg·kg-1 de sol sec. Sur les sols contaminés au-delà de 1 mg·kg-1 de sol sec, il est possible de cultiver toutes les productions peu sensibles, essentiellement les fruits et légumes aériens : tomates, haricots verts, bananes, ananas, goyaves, etc[33].

Une bioconcentration dans la viande et le poisson, via la chaîne alimentaire est plausible (c'est un phénomène connu et courant pour d'autres pesticides rémanents, organochlorés notamment), mais non documentée pour le chlordécone aux Antilles.

Des études pour mieux cerner le risque et le danger[modifier | modifier le code]

Des analyses faites chez des hommes et des femmes enceintes par l'étude HIBISCUS de l’INSERM et une étude sur la fertilité masculine en Guadeloupe, montrent des taux moindres que ceux mesurés chez les ouvriers américains cités ci-dessus, mais on manque de données sur les effets d'une exposition chronique à de faibles doses, ce qui entretient un doute sur le risque couru par les habitants des zones polluées.

Une centaine d’échantillons de lait maternel a fait l'objet d'analyses : 40 % des échantillons (analysés selon les standards OMS d'évaluation de l’exposition du nourrisson aux polluants organiques via l'allaitement) contenaient du chlordécone, mais à des taux inférieurs selon l'AFSSA, à la limite tolérable d'exposition pour le nourrisson.

(Cette « limite » citée par l'AFSSA n'étant par ailleurs pas encore consensuelle, l'une étant de 0,5 µg/kg en poids corporel et par jour ; en cas d’exposition chronique (elle est basée sur les effets du chlordécone sur le rein observés chez le rat). Mais une autre limite proposée est de 10 µg/kg p.c/jour pour l’exposition aiguë, ce seuil étant basé sur les effets étudiés sur le système nerveux du jeune rat.

En Guadeloupe, une étude « cas – témoin », est conduite par l’INSERM (Étude « Karuprostate ») visant à rechercher les causes des cancers de la prostate (dont le chlordécone le cas échéant) dans la population antillaise.

En Guadeloupe toujours, une autre étude ; de cohorte mère – enfant (Étude TIMOUN) est en cours par l’INSERM pour évaluer les effets d'expositions in utero ou du bébé au chlordécone sur le développement de l’enfant

L’AFSSA a mené en Guadeloupe à l'automne 2007 une étude sur l'exposition au chlordécone des nourrissons et jeunes enfants par l'alimentation, pour éclairer les études de cohorte TIMOUN (INSERM).

En 2005 et 2007, des enquêtes dites « RESO » ont été faites en Martinique et Guadeloupe, par la Cire Antilles-Guyane, l'AFSSA et la Direction de la Santé et du Développement Social de Guadeloupe, dosant notamment les taux de chlordécone dans 1 600 échantillons d’aliments commercialisés dans les Antilles françaises, afin de mieux évaluer l'exposition moyenne des consommateurs.

Au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), la sénatrice Catherine Procaccia (UMP, Val-de-Marne) et le député Jean-Yves Le Déaut (PS, Meurthe-et-Moselle) ont présenté le mercredi 24 juin 2009 un rapport dans lequel ils retracent, pour la première fois, le parcours du « chlordécone perdu ». Ils y soulignent certains manquements dans les études antérieures, notamment l'absence de connaissance sur la contamination des eaux fluviales et souterraines dont la cartographie « avance trop lentement » et l'impact dans les milieux marins, et ils incitent à multiplier les analyses toxicologiques sur les produits de la mer, très consommés aux Antilles[36].

Aliments à risque[modifier | modifier le code]

S'agissant des Antilles, il existe deux types de risque « chlordécone » :

  1. aliments très contaminés (exemples : légumes racines et produits de la pêche) mais éventuellement peu consommés ;
  2. aliments faiblement contaminés, mais très consommés (exemples : concombre, bananes (ti-nain et fruit), fruits type corossol).

L'AFSSA estime, en septembre 2007, qu'il faut considérer comme à risque : le madère, la patate douce, l’igname, la carotte, le chou caraïbe (malanga), les produits de la mer, la banane (ti-nain et fruit), le concombre et les fruits type « corossol ».

Le risque d'exposition aiguë est maximal avec :

Melon, tomate et viande blanche de poulet, précédemment cités comme étant des contributeurs importants, ne le seraient pas, selon les analyses disponibles à cette date.

Les arrêtés d’interdiction de la pêche sont à respecter en Martinique et en Guadeloupe, rappelle l'AFSSA, de même qu'il faut en zone contaminée éviter de consommer les légumes racines du jardin plus de 2 fois par semaine.

Une difficulté est que d'autres pesticides -encore mal suivis et mesurés- ont été très utilisés sur les cultures intensives aux Antilles françaises, dont certains pourraient agir en synergie avec le chlordécone. Ce dernier produit ne doit donc pas être « l'arbre qui cache la forêt » rappelait le Dr Belpomme dans son rapport de mi-septembre 2007, car ce sont, ajoutait-il, plus de cent pesticides différents qui auraient été déversés durant les dix dernières années, en Guadeloupe notamment. De plus le climat chaud et humide pourrait favoriser des transferts et des bioconcentrations différentes de ce qui a été plus ou moins étudié en Métropole et dans les pays riches.

Précautions[modifier | modifier le code]

Le lavage des fruits et légumes voire leur épluchage sont des précautions qui permettent de diminuer l’exposition des consommateurs. En effet, le lavage permet d’éliminer les éventuels résidus de terre et en évite l’ingestion or les sols peuvent être contaminés à des teneurs très nettement supérieures à celles des végétaux. L’épluchage, quant à lui, permet de réduire l’exposition des consommateurs au chlordécone, la peau étant plus contaminée que la pulpe pour la majorité des légumes étudiés[33].

En zone à risque, un traitement de précaution des eaux (non traitées) destinées à la boisson et la cuisson des aliments, par filtration sur charbon actif régulièrement renouvelé, peut diminuer la toxicité dans une faible mesure.

Règlementation européenne[modifier | modifier le code]

Les teneurs maximales en chlordécone dans les produits végétaux et animaux ont été fixées par les règlements N° 149/2008 du 29 janvier 2008 et N° 839/2008 du 31 juillet 2008, documents consultables sur le site de la Direction générale de la santé et des consommateurs[37].[38].[39].

Polémiques et rôle des lobbies[modifier | modifier le code]

L'industrie bananière a utilisé son influence pour différer l'interdiction du chlordécone et poursuivre ainsi la pollution par ce produit dont l'interdiction n'a été effective aux Antilles que fin 1993 (voire jusqu'à écoulement effectif des stocks[40]) grâce aux dérogations, demandées par les parlementaires et accordées par les ministères, qui ont prolongé l'usage d'un produit interdit (retrait d'autorisation de vente le 1er février 1990)[41],[42].

Selon l'INRA et de l'Afsset (devenue ANSES depuis sa fusion avec l'AFSSA), dans 2 rapports évoqués le 24 août par l'AFP et le journal Le Monde puis mis à disposition du public sur le site de l'Observatoire des Résidus des Pesticides (ORP),) le ministère français de l'Agriculture n'a pas ou peu tenu compte des nombreuses alertes sanitaires et environnementales et a privilégié les intérêts économiques (culture bananière) sur l'environnement et la santé dans sa gestion du dossier[43], alors que dès 1977 des études alertaient les risques écologiques et sanitaires de ce produit. En 1979, l'OMS avait classé ce produit comme cancérogène possible, ce que confirmait l'INSERM en juin 2010, dans le Journal of Clinical Oncology, pour le cancer de la prostate[44].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. IUPAC Agrochemical information (http://sitem.herts.ac.uk/aeru/iupac/1293.htm)
  2. a, b et c CHLORDECONE, fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, consultée le 9 mai 2009
  3. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  4. 1. Dolfing J., Novak I., Archelas A., Macarie H. (2012). Gibbs free energy of formation of chlordecone and potential degradation products: implications for remediation strategies and environmental fate. Environ. Sci. Technol. 46, 8131-8139. DOI: 10.1021/es301165p
  5. « ESIS » (consulté le 3 février 2009)
  6. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Évaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 2B : Peut-être cancérogène pour l'homme », sur http://monographs.iarc.fr, CIRC,‎ 16 janvier 2009 (consulté le 22 août 2009)
  7. Numéro index 606-019-00-6 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  8. (en) Summary profiles of chemicals... sur le site Environnement de la Communauté européenne
  9. a et b Note AFSSA (Le chlordécone en Martinique et Guadeloupe, Questions/Réponses, septembre 2007)
  10. Claire Peltier, « Le chlordécone, ex-insecticide des bananeraies, serait bien cancérigène »,‎ 22 juin 2010 (consulté le 23 juin 2010)
  11. a et b Chlordecone exposure and risk of prostate cancer (Eurekalert 2010/06/22, consulté 2010/06/24)
  12. Luc Multigner, Jean Rodrigue Ndong, Arnaud Giusti, Marc Romana, Helene Delacroix-Maillard, Sylvaine Cordier, Bernard Jégou, Jean Pierre Thome, Pascal Blanchet [Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer] ; JCO Jun 21 2010: doi:10.1200/JCO.2009.27.2153] étude française publiée le 21 juin 2010 dans le Journal of Clinical Oncology dans le cadre d'un programme de recherche nommé Karuprostate
  13. Communiqué INSERM 2010 06 22
  14. [PDF] Dieye M., Quénel P., Goria S., Blateau A., Colonna M. et al., Étude de la répartition spatiale des cancers possiblement liés à la pollution des sols par les pesticides organochlorés, en Martinique, Saint-Maurice (Fr), Institut de veille sanitaire, août 2009, 27 p. (disponible sur le site de l'InVS)
  15. (en) Mechanism of the lethal interaction of chlordecone and CCl4 at non-toxic doses
  16. Observatoire des résidus pesticides - FAQ La molécule de chlordécone et les organochlorés : "(...) deux dérogations successives ont prolongé le délai d’utilisation (initialement de 2 ans) jusqu’au 30 septembre 1993 pour lutter contre le charançon noir de la banane. (...)"
  17. Antilles - Chlordécone : risques de prématurité et de cancer de la prostate confirmés - Le Nouvel Obs - 16 janvier 2014 "D'après une étude de l'Inserm, l’exposition maternelle au pesticide chlordécone est associée à un risque augmenté deprématurité. (...) l'exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit.(...) Dans une étude menée récemment au Centre hospitalier de Pointe-à-Pitre, le Dr Pascal Blanchet, urologue, établissait « un lien formel » entre le cancer de la prostate qui touche de nombreux hommes en Guadeloupe et l'exposition au chlordécone de ces derniers. (...) "]
  18. Le rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe (par le Dr Henri Bonan, Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et Jean-Louis Prime, Inspection générale de l'environnement (IGE)
  19. Rapport d’information sur l’utilisation du chlordécone et des autres pesticides aux Antilles - ASSEMBLÉE NATIONALE - CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 - DOUZIÈME LÉGISLATURE - RAPPORT D’INFORMATION N° 2430 DÉPOSÉ en application de l’article 145 du Règlement PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES, DE L’ENVIRONNEMENT ET DU TERRITOIRE - Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 30 juin 2005. "Sur l’utilisation du chlordécone et des autres pesticides dans l’agriculture martiniquaise et guadeloupéenne3
  20. dérogation du ministre de l'agriculture de l'époque, Henri Nallet,Rapport parlementaire du 30 juin 2005 sur les effets du chlordécone
  21. « Aux Antilles, le scandale sanitaire du chlordécone », Le Monde, 22 juin 2010.
  22. [PDF] Rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe
  23. Contamination aux Antilles ...+annexes et rapport - Ministère de l'écologie
  24. Proposition de résolution n° 1288 du 12 décembre 2003
  25. Article de Renaud Lecadre dans Libération du jeudi 30 août 2007
  26. http://www.domactu.com/actualite/992891318878155/guadeloupe-chlordecone-des-poissons-contamines/
  27. [1]
  28. [2]
  29. Observatoire des résidus pesticides ORP [http://Www.chlordecone-infos.fr Www.chlordecone-infos.fr "Le montant financier consacré à ce plan s’élève à plus de 33 millions d’euros."(...) S’inscrivant dans la continuité du précédent, mais avec des inflexions nouvelles, le plan interministériel chlordécone 2011-2013 s’organise autour de quatre objectifs définis dans une très large concertation (...)"]
  30. Plan d'action 2011-2013 ORP
  31. "(...) Il comprend quatre volets. Volet 1 : Renforcer la connaissance des milieux, Volet 2 : Réduire l'exposition et mieux connaître les effets sur la santé, Volet 3 : Assurer une alimentation saine et gérer les milieux contaminés, Volet 4 :Améliorer la communication et piloter le plan. (...)"
  32. Chabrier C., Mauléon H., Bertrand P., Lassoudière A., Quénéhervé P. 2005. Banane antillaise, les systèmes de culture évoluent : en Martinique, méthodes alternatives pour réduire l'utilisation des nématicides et insecticides en bananeraies. Phytoma - La défense des végétaux (584) : 12-16.
  33. a, b et c Clostre F., Lesueur-Jannoyer M. (2012), Transfert du chlordécone du sol vers les produits cultivés, document de synthèse Cirad, 19 p., http://agents.cirad.fr/pjjimg/magalie.jannoyer@cirad.fr/1_4Synthese_transfert.pdf
  34. Fernandes, P., Jannoyer-Lesueur, M., Soler, A., Achard, R., Woignier T., 2010, Effects of clay microstructure and compost quality on chlordecone retention in volcanic tropical soils: consequences on pesticide lability and plant contamination, in: 19th World Congress on Soils Science, 1-6 août 2010, Brisbane (Australie), p. 50-53, http://www.iuss.org/19th%20WCSS/Symposium/pdf/1472.pdf
  35. Cabidoche, Y.M., Achard, R., Cattan, P., Clermont-Dauphin, C., Massat, F., Sansoulet, J., 2009, Long-term pollution by chlordecone of tropical volcanic soils in the French West Indies: A simple leaching model accounts for current residue, Environmental Pollution 157, 1697-1705.
  36. L'inquiétant parcours du "chlordécone perdu", article du quotidien Le Monde, daté du 24 juin 2009.
  37. EU Pesticide Database, base de donnée européenne tenue par la DG Sanco, répertoriant les limites maximales de résidus (EU pesticides database)
  38. Commission Regulation (EC) No 839/2008 of 31 July 2008 amending Regulation (EC) No 396/2005 of the European Parliament and of the Council as regards Annexes II, III and IV on maximum residue levels of pesticides in or on certain products (Text with EEA relevance)
  39. Commission Regulation (EC) No 149/2008 of 29 January 2008 amending Regulation (EC) No 396/2005 of the European Parliament and of the Council by establishing Annexes II, III and IV setting maximum residue levels for products covered by Annex I thereto (Text with EEA relevance)
  40. " (...)Les planteurs obtiendront pourtant encore deux dérogations pour pouvoir écouler leurs stocks.(...)"
  41. Observatoire des résidus pesticides - FAQ La molécule de chlordécone et les organochlorés : "A la demande des professionnels de la banane et de parlementaires, motivée par une recrudescence des attaques de charançon suite au passage de deux cyclones en 1979 et 1980 et par l’absence de produits de substitutions jugés suffisamment efficaces, deux dérogations successives ont prolongé le délai d’utilisation (initialement de 2 ans) jusqu’au 30 septembre 1993 pour lutter contre le charançon noir de la banane."
  42. Rapport d'information N° 2430 Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 30 juin 2005. DÉPOSÉ PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES, DE L'ENVIRONNEMENT ET DU TERRITOIRE sur l'utilisation du chlordécone et des autres pesticides dans l'agriculture martiniquaise et guadeloupéenne "'(...) Ces décisions paraissent d'autant plus regrettables que des traitements alternatifs existaient : si l'on se fie à l'index ACTA (9), les agriculteurs avaient alors à leur disposition le Temik (substance active : aldicarbe), le Nemacur O (isophenphos et phénamiphos), le Rugby (cadusaphos) et le Counter (terbuphos). L'argument invoqué en 1990 pour justifier les demandes de prorogation du délai d'utilisation du Curlone, c'est-à-dire le caractère inabouti des recherches tendant à trouver des substituts satisfaisants au chlordécone, paraît en 1992 et 1993 dénué de fondement.(...)"
  43. Chlordécone : le ministère de l'Agriculture pointé du doigt dans deux rapports, Actu-Environnement, 25/08/2010
  44. Journal of Clinical Oncology "Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer" par Luc Multigner, Jean Rodrigue Ndong, Arnaud Giusti, Marc Romana, Helene Delacroix-Maillard, Sylvaine Cordier, Bernard Jégou, Jean Pierre Thome et Pascal Blanchet - Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale - publié en ligne sur www.jco.org le 21 juin 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]