Affaire du Russiagate

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L'affaire du Russiagate est une affaire judiciaire et politique américaine aux multiples ramifications qui commence en septembre 2016[1], l'ensemble se produisant dans le cadre de soupçons de collusion entre des membres de la campagne présidentielle de Donald Trump et la Russie et d’interférence du président dans le déroulement de l’enquête.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Dans les médias, le suffixe -gate est fréquemment ajouté à un nom pour créer le néologisme qui désignera une affaire relative à des actions illégales, des mensonges ou des scandales, réels ou allégués, étouffés par une autorité gouvernementale. Cet usage trouve son origine dans le scandale du Watergate, à la suite de la révélation des écoutes électroniques à l'hôtel du Watergate.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dès le 4 septembre 2016, le candidat à la vice-présidence de Clinton, Tim Kaine prétend que « Donald Trump encourage la Russie à hacker les courriels de Hillary Clinton »[2]. Deux jours plus tard, Hillary Clinton déclare que Trump « encourage Moscou à l'espionner »[3]. Après la défaite de Mme Clinton, le thème est repris[4],[5], accompagné de demande d'enquête[6].

Le 31 octobre 2016, le New York Times rapporte que le FBI avait enquêté sur les rapports présumés entretenus entre Trump et la Russie, sans en trouver[7]. À cette époque, les dirigeants du FBI pensaient que la Russie essayait de répandre le chaos de façon générale, et non de faire spécifiquement élire Trump[7].

En décembre 2016, Barack Obama affirme que des cyber-activites russes avaient pour but d’influencer l’élection présidentielle[8] et le FBI publie une note informelle sur les « cyber-activités russes malveillantes »[9].

Selon la chronologie établie par le Washington Post[10], en janvier 2017 James Comey témoigne devant le Congrès sur les interférences russes présumées dans l'élection, mais refuse de confirmer que le FBI enquête sur l'équipe de la campagne électorale de Trump. Juste avant son investiture, Donald Trump informe Comey de son intention de le garder comme directeur du FBI. En mars, Comey révèle que le FBI enquête sur d'éventuels liens entre l'équipe de Trump et la Russie.

Le 2 mars 2017 Jeff Sessions, suite à des révélations de la presse sur ses contacts avec l'ambassadeur de Russie, et lors de l'audition par le Sénat pour valider sa désignation comme ministre de la Justice, annonce qu'il n’interférera pas dans les enquêtes sur la présumée ingérence russe dans l'élection présidentielle[11].

Limogeage de James Comey[modifier | modifier le code]

James Comey

Le 9 mai 2017, Donald Trump limoge le directeur du FBI, James Comey. Le président justifie cette décision en s'appuyant sur un mémo sévère[12] de l'adjoint du ministre de la justice Rod Rosenstein (en)[13],[14].

L'argument avancé pour écarter James Comey, et surtout le moment choisi, ne convainquent pas le camp démocrate, le limogeage survenant alors que Comey supervisait une autre enquête sur de possibles liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et les hackeurs russes qui avaient déstabilisé celle de Hillary Clinton. Ce renvoi provoque une importante polémique aux États-Unis et relance les interrogations sur les relations de Trump avec les Russes[15],[16],[17].

Le 12 mai Donald Trump écrit sur Twitter que « James Comey ferait mieux d’espérer qu'il n'y ait pas d'enregistrements de nos conversations avant de fuiter vers la presse ! »[18].

Mémos de conversations[modifier | modifier le code]

Le 16 mai est rendu public l'existence de mémorandums rédigés par Comey sur ses entretiens avec le président qui laisse entendre que le président aurait tenté de faire pression sur lui pour qu'il abandonne l'enquête sur son ancien conseiller à la sécurité Michael T. Flynn. Suite à la publication détaillée du contenu de ces mémos par les médias, la Maison Blanche publie un communiqué affirmant que « le président n'a jamais demandé à M. Comey ou à quiconque de mettre fin à toute enquête, y compris toute enquête impliquant le général Flynn » et que le contenu des mémos « n'est pas une vérité ou une description exacte de la conversation entre le président et M. Comey »[19].

Le 18 mai, un procureur spécial, Robert Mueller, est chargé par le département de la justice d'enquêter sur les collusions présumées entre les autorités russes et des proches du président[20].

Lettre adressée au Congrès[modifier | modifier le code]

Dans une lettre adressée au Congrès le 7 juin 2017, James Comey confirme des « révélations » de la presse américaine sur « l'ingérence de Trump » selon lesquelles le président américain aurait bien demandé à l'ex-patron du FBI « d'abandonner l'enquête sur son conseiller à la sécurité mêlé à l'affaire de l'ingérence russe dans l'élection »[21].

Déposition devant la Commission judiciaire du Sénat[modifier | modifier le code]

Une commission du Sénat américain

Le 8 juin 2017, James Comey fait une déposition devant la Commission judiciaire du Sénat, durant laquelle il déclare avoir fait l'objet de pressions et se dit convaincu que le président l'a limogé afin de « modifier la façon dont l’enquête sur la Russie était conduite »[22]. Il n'en apporte cependant pas de preuve, Trump lui ayant simplement dit qu'il « espérait » que l'enquête sur Flynn pourrait être abandonnée, sans lui donner d'ordre direct en ce sens[22]. Durant son interrogatoire par les sénateurs, James Comey admet avoir fuité des informations sur le président afin de provoquer grâce aux médias la nomination d'un procureur spécial[23].

Réaction de Donald Trump[modifier | modifier le code]

Le 9 juin 2017, les avocats de Donald Trump annoncent qu'ils vont porter plainte contre l'ancien directeur du FBI auprès du département de la Justice des États-Unis pour divulgation d'informations confidentielles[24].

Parallèlement, durant une conférence de presse avec le président roumain Klaus Iohannis, Donald Trump accuse James Comey « d'avoir menti lors de son audition devant le congrès ». Il a ajouté qu'il était prêt à « à 100% à contredire le témoignage de James Comey sous serment, notamment devant le procureur spécial Robert Mueller »[25].

Le 15 juin, Trump qualifie dans un tweet les enquêtes en cours comme étant « la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire politique américaine » et qu'elle était conduite par « des personnes très mauvaises et conflictuelles »[26].. Dans un autre tweet, il demande « pourquoi les liens d' Hillary Clinton avec la Russie ne font pas l'objet d'un examen similaire »[27].

Le 18 juin, l'un de ses avocats, Jay Sekulow (en), a démenti que ces tweets accréditent la thèse « qu'il serait lui-même visé par les investigations menées par le procureur spécial Robert Mueller » et affirmé « qu'il n'existe pas d'enquête visant le président des États-Unis. Point à la ligne »[28].

Rôle de Jeff Sessions[modifier | modifier le code]

Jeff Sessions
Sergey Ivanovich Kislyak, ambassadeur de Russie à Washington.

Le 11 juin, le procureur général des États-Unis Jeff Sessions annonce vouloir comparaître devant le Comité sénatorial du renseignement pour « discuter de son enquête sur l'ingérence présumée de la Russie lors de l'élection présidentielle de 2016 ». Dans une lettre adressée au sénateur Richard Shelby, il précise que sa demande découle du témoignage de James Comey et qu'il est important qu'il puisse aborder ces questions devant le forum approprié[29]. Le 13 juin, en préambule à son audition, il nie avoir omis de déclarer une rencontre avec l’ambassadeur russe ou tout autre entretien avec un représentant du Kremlin à propos de l’élection présidentielle et dément les allégations de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump, les qualifiant de « mensonge détestable et consternant ».

Au cours de son audition, Sessions confirme deux éléments du témoignage livré une semaine plus tôt par J. Comey. D'une part, le tête-à-tête de ce dernier avec le président au terme d’une réunion à laquelle Sessions avait lui-même pris part, au cours duquel Trump aurait suggéré à Comey de mettre un terme à une enquête concernant son ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn. Et d'autre part, le fait que Comey avait fait part à Sessions de son malaise face à au comportement du président, à la suite de ce même entretien[30]. Sessions contredit toutefois le témoignage de James Comey selon lequel il l'aurait « imploré de ne pas le laisser seul avec le président, sans obtenir de réponse »[31].

Sous les questions répétées de certains sénateurs démocrates ou indépendant, en particulier Ron Wyden, Martin Heinrich et Angus King, Sessions reconnaît comme « possible » une troisième rencontre, jamais mentionnée jusqu'alors, avec l'ambassadeur russe à Washington, Sergey Ivanovich Kislyak. À de nombreuses reprises de cette audition mouvementée, Sessions affirme « ne pas se rappeler », et lorsqu'il est interrogé de manière insistante par les sénateurs sur le contenu de ses conversations avec Donald Trump concernant l'enquête en cours, il refuse de répondre aux questions au motif que le président n'a pas pu les valider au préalable.

Interrogeant le procureur général au sujet de l'enquête en cours sur les interférences russes dans l'élection présidentielle de 2017, le sénateur indépendant Angus King lui demande s’il croyait que la Russie avait voulu « interférer dans l’élection de 2016 », ce à quoi Sessions répond : « Il semble que oui ». « Mais vous n’avez jamais posé de question à ce sujet », relance le sénateur. « Non », se contente de répondre Sessions[30].

À la suite de cette audition, Sessions est accusé d'« obstruction » par les sénateurs de la commission lui reprochant « d'entraver l’enquête »[32].

Le 21 juillet suivant, le Washington Post rapporte les propos de responsables du renseignement américain affirmant que Sessions avait parlé stratégie politique avec l'ambassadeur russe pendant la campagne présidentielle. L'article fait également état de communications interceptées entre Sessions et Kislyak et entre Kislyak et sa hiérarchie, qui contredisent les affirmations répétées par Sessions selon lesquelles il n'aurait jamais évoqué la campagne de Trump avec l’ambassadeur[33].

Rôle de Paul Manafort[modifier | modifier le code]

Selon CNN, au cours de l'été 2016 des conversations russes interceptées par le FBI montreraient des contacts entre des personnalités associées à la campagne électorale de Trump et des personnes suspectées d'intelligence avec les Russes. Par la suite, ces écoutes montreraient que des Russes ont tenté de coordonner avec des personnes associées à Trump des tentatives d'affaiblir la position électorale de Hillary Clinton. Paul Manafort ferait partie de ces personnes[34].

Le 9 août 2017 la Washington Post annonce que le FBI a procédé à une perquisition au domicile de Paul Manafort le 26 juillet 2017, ce que confirme un porte-parole de Manafort[35].

Enquête de Robert Mueller[modifier | modifier le code]

Robert S. Mueller

Le 14 juin, le Washington Post affirme que le procureur spécial Robert Mueller a ouvert une enquête sur Donald Trump pour entrave à la justice. Il chercherait à déterminer si le président américain a tenté de freiner ou bloquer l'enquête sur les proches du président. Selon ce journal, qui cite des sources anonymes, les enquêteurs s’intéressent aussi à de « potentiels délits financiers chez les collaborateurs du milliardaire républicain ». L'avocat du président, Marc Kasowitz (en), déclare que « La fuite d’information du FBI concernant le président est scandaleuse, inexcusable et illégale » sans se prononcer sur le fond de l'affaire [36].

Le 3 août 2017 la presse annonce que Robert Mueller est en train de former un grand jury, ce qui lui permettra notamment d'émettre des assignation obligeant des personnes à lui fournir des documents ou d'autres preuves. Le travail d'un grand jury est couvert par le secret, ce qui signifie que ni ses membres ni le procureur ne peuvent dévoiler ce qu'un témoin a pu dire au cours de son audition[37],[38].

Réactions[modifier | modifier le code]

Vladimir Poutine[modifier | modifier le code]

Le 15 juin 2017, le président russe, Vladimir Poutine a déclaré ironiquement, lors d'une session de questions-réponses avec des électeurs russes : « Quelle est la différence entre le directeur du FBI (James Comey) et M. Snowden ? » se référant à l'ancien employé de l'Agence nationale de sécurité américaine, Edward Snowden, qui avait obtenu l'asile politique en Russie en 2013 après avoir divulgué des informations classifiées sur les opérations d'espionnage américaines. Il a ajouté toujours en plaisantant que Comey devrait, comme Snowden, être considéré comme un « militant des droits de l'homme » et que s'il fait l'objet de persécutions il est prêt à lui accorder à lui aussi l'asile politique. Plus sérieusement il a estimé que Comey, dans son témoignage au Congrès, « n'avait fourni aucune preuve que la Russie avait interféré dans les élections américaines »[39].

Donald Trump, Jr.[modifier | modifier le code]

Donald Trump, Jr. durant la campagne présidentielle de son père, en novembre 2016.

Le 8 juillet 2017, le New York Times fait état d'une rencontre entre Donald Trump, Jr., Jared Kushner et Paul Manafort avec une avocate russe, Natalia Vesselnitskaïa (en), présentée comme « liée au Kremlin » qui aurait voulu divulguer des informations compromettantes concernant le financement de la campagne électorale de Hillary Clinton. Bien que confirmant la tenue de la rencontre, le fils de Donald Trump dément que des informations à ce sujet lui ont été communiquées tandis que le Kremlin nie tout lien avec l'avocate[40],[41]. Le lendemain, Natalia Vesselnitskaïa, déclare lors d'un entretien avec NBC avoir reçu un appel téléphonique d'une personne qui lui était inconnue « la sommant de rencontrer Trump, Jr. ». Elle confirme « ne pas avoir d'informations sur la campagne de Clinton ni travaillée pour le gouvernement russe » et précise que Kushner a quitté la pièce après quelques minutes et que Manafort bien que présent n'a pas pris part à la discussion[42].

Le 11 juillet 2017, Donald Trump, Jr. publie l’échange de mails avec l’intermédiaire, Robert Goldstone, ayant proposé la rencontre[43]. Le journaliste Robert Mackey note que les personnes à l'origine du rendez-vous, à savoir Emin Agalarov et son père Aras Agalarov (en), un oligarque proche du procureur général de Russie Yury Chaika (en), sont également nommés dans un des rapports controversés de Christopher Steele (en), ancien agent du MI6 qui enquête sur la possible existence de liens entre Donald Trump et la Russie. Le même jour, l'opposant russe Alexey Navalny écrit sur son compte Tweeter qu'une connexion entre Poutine, Chaika, Agaralov et Trump est « très plausible[44] ».

Le 13 juillet 2017, Chuck Grassley, le leader des Républicains du Comité judiciaire du Sénat des États-Unis, ainsi que Dianne Feinstein la cheffe des Démocrates de ce comité ont exprimé leur intention de convoquer Trump Jr pour des éclaircissements. Le fils Trump a déclaré « être heureux de partager ce qu'il sait ». Son père a réagi le même jour lors d'une conférence de presse commune avec le président Emmanuel Macron à Paris en déclarant que « La plupart des gens auraient accepté cette rencontre et que rien n'en est sorti », ajoutant que la presse fait beaucoup de bruit sur ce que beaucoup auraient fait[45].

Le 14 juillet 2017, The Associated Press révèle la présence au coté de Vesselnitskaïa non seulement de Robert Goldstone, mais aussi d'un lobbyiste américain d'origine russe, Rinat Akhmetshin (en), lié aux services de renseignement russes et ayant servi dans le contre-espionnage de l’armée soviétique. Selon lui, Trump Jr aurait mis fin à la discussion quand il s'est avéré que l'avocate russe ne pouvait fournir aucune preuve contre Clinton[46]. Néanmoins, Akhmetshin explique également que durant l'entrevue Natalia Vesselnitskaïa aurait transmis des documents qui, selon elle, démontreraient ce qu'elle pensait être des flux de fonds illicites à destination du Comité national démocrate[47]. Outre les personnes citées ci-dessus, Anatoli Samochornov, citoyen américain d'origine russe et traducteur habituel de Madame Vesselnitskaïa lorsqu'elle plaide devant des tribunaux américains, aurait également assisté à l'entrevue[48].

Selon le juriste Saikrishna Bangalore Prakash l'entrevue entre Trump Jr. et une juriste russe ne peut certainement pas être qualifiée de trahison, comme l'ont laissé entendre certains commentateurs et pas davantage comme une contribution sollicitée à la campagne électorale de son père. Il considère que le plus gros problème pour Donald trump Jr. et de son père est d'ordre politique plutôt que juridique. Alors que ce dernier avait nié depuis des mois tout contact avec la Russie, le fait que son fils, son beau-fils et son directeur de campagne ont assisté à une entrevue avec une avocate russe supposée être liée au gouvernement russe en vue d'obtenir des informations préjudiciables à Hillary Clinton apparaît comme embarrassant[49].

Selon Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche, Donald Trump serait intervenu dans la rédaction du premier communiqué publié par son fils au sujet de cette affaire. Elle contredit ainsi une déclaration antérieure faite par Jay Sekulow (en), un des avocats du Président. Cette information pousse certains observateurs à se demander si l'intervention de Donald Trump pourrait être considérée comme une obstruction à la justice[50].

Traitement par les médias[modifier | modifier le code]

Le 16 juin 2017, en réaction à un article du Washington Post citant des sources anonymes[51], affirmant que « le procureur spécial Robert Mueller a ouvert une enquête sur Donald Trump pour entrave à la justice et des délits financiers », Rod Rosenstein (en), Procureur général adjoint des États-Unis invite les Américains à « faire preuve de prudence avant d'accorder de la crédibilité à des informations attribuées à des fonctionnaires non identifiés ». Il a ajouté que « Le ministère de la Justice a depuis longtemps adopté une politique de ne pas confirmer ou nier de telles allégations »[52].

Le 26 juin 2017, la démission de trois journalistes notoires de CNN qui avaient dû se rétracter et s'excuser après qu'il est apparu qu'un article qui reliait Trump à un fonds d'investissement russe[53] n'était basé que sur une seule source anonyme et qu'ils ne pouvaient pas garantir l'exactitude de leurs affirmations, pousse le journaliste politique américain Glenn Greenwald à pointer du doigt plusieurs exemples d'imprudence médiatique concernant la menace que présenterait la Russie[54]. Il note que ces fautes journalistiques « vont toutes dans la même direction : faire du battage médiatique et exagérer la menace posée par le Kremlin ». Il admet que les journalistes puissent commettre des « erreurs », mais consacrées au même thème rhétorique, celles-ci finissent « par avancer vers le même but narratif »[54].

Selon Greenwald, il y a de grands avantages à récolter en publiant des revendications alarmistes concernant les liens qui existeraient entre la menace russe et Trump. Les histoires qui représentent le Kremlin et Poutine comme étant des méchants et des menaces graves sont celles qui sont le plus virales, créent le plus de trafic et génèrent le plus d'avantages professionnels tels que des offres des télévisions, ainsi que des éloges en ligne et des bénéfices commerciaux pour ceux qui les diffusent. Cette production se base sur un appétit vorace parmi les téléspectateurs anti-Trump sur les télévisions câblées ou sur internet pour ces récits, peu importe leur degré de véracité[54]. Glenn Greenwald se penche ainsi sur les erreurs commises par des médias de premier plan tels The Washington Post à deux reprises[54], Slate, C-SPAN, The Guardian, CrowdStrike (en), New York Times[54]. Pour Glenn Greenwald, ces imprudences journalistiques sont d'autant plus graves qu'elles alimentent et donnent du crédit à la campagne de l'administration Trump pour discréditer le journalisme en général[54].

Le même mois, dans le site Zero Hedge, un blog traitant de finance à Wall Street, John Bonifield, un des producteurs de la chaîne américaine CNN, explique dans un entretien enregistré en caméra cachée que la mise en avant quotidienne sur la chaîne TV des liens entre Trump et la Russie et de la soi-disant ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine ne repose sur rien de tangible et est créée « pour faire de l'audience »[55]. Le sujet serait poussé par le PDG de CNN, Jeff Zucker (en) qui estime que la majorité de l'audience de tendance démocrate de la chaîne souhaite que le président soit « descendu en flammes. »[55] Bonifield constate que le fait de choisir cette thématique permet à la chaîne de réaliser des audiences incroyablement élevées[55]. Dans un communiqué, CNN a déclaré que Bonifield ne parlait « que pour lui-même » et qu'elle n'avait aucune intention de prendre des mesures disciplinaires à son égard[56]. Paul Farhi du The Washington Post condamne la méthode utilisée pour obtenir ces entretiens[56].

Le 12 juillet 2017, une interview sur CNN de Sebastian Gorka (en), membre du bureau exécutif du président par Anderson Cooper tourne à la confrontation. Gorka estime que le bandeau d'information en continu présentant les révélations sur la rencontre entre Trump Jr et l'avocate russe comme une « crise » et une « tourmente » à la Maison-Blanche est « risible », tout en démentant cette information. Il ajoute « je suis triste de voir CNN tomber si bas à ce sujet, je sais que vous voulez une couverture salace et sensationnelle pour vos téléspectateurs afin que vos sponsors et vos propriétaires fassent plus d'argent, mais ce n'est pas du média, ce n'est pas du reportage. Ce ne sont que des fausses nouvelles ». Cooper réagit en déclarant « ne pas vouloir répondre aux insultes », et que c’est le manque de transparence préalable de Trump Jr qui fait perdurer l'affaire. Gorka lui répond « qu'il ne le visait pas personnellement, mais que l'histoire perdure du fait de l'obsession [envers le président] de l'industrie des fake news. Neuf mois d'accusations avec zéro, zéro preuve de quoi que ce soit d’illégal »[57].

Le 19 juillet 2017, Ian Bremmer (en), chroniqueur pour plusieurs médias américains et président de Eurasia Group (en) spécialisé dans le conseil en communication politique et le risque politique révèle « dans une note à des clients » que Donald Trump a eu un « entretien secret » avec Vladimir Poutine lors d'un dîner donné par Angela Merkel aux dirigeants du G20 à Hambourg et leurs épouses qui s'est tenu les 7 et 8 juillet 2017. Il affirme « avoir parlé avec deux personnes ayant assisté au dîner affirmant que le président américain y a eu une discussion privée et animée d'environ une heure avec le président russe ». Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer et celui du conseil de sécurité nationale, Michael Anton, ont confirmé la tenue de l'entretien sans en préciser la durée. Anton précise toutefois qu'il s'agissait d'une discussion « détendue et superficielle » et qu'une « conversation de dessert ne peut pas être définie comme une rencontre ». Bremmer souligne que « seul le traducteur de Poutine faisait la traduction et que l'absence du traducteur américain a fait froncer les sourcils » et qu'il s'agit d'une « violation du protocole de sécurité nationale ». Selon la Maison Blanche, le dîner était réservé aux chefs d'États et leur épouses accompagnés d'un traducteur par couple. Donald Trump a réagi en tweentant « Les fake news deviennent de plus en plus malhonnêtes »[58],[59].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hillary Clinton Accuses Russia of Interfering With U.S. Election, New York Times, 5-09-2016.
  2. (en) Tim Kaine Compares Donald Trump’s Comments on Russian Hacking to Watergate Scandal, New York Times, 4-09-2016.
  3. (en) elections-223851491.html Clinton: 'Grave' concern Russia interfering in US elections, AFP, 6-09-2017.
  4. (en) John Podesta, Serious questions about Russia, sur Tweeter, 12-12-2016.
  5. (en) Last-days Obama's State Department: ‘Pretty obvious’ Russia was trying to hurt Hillary Clinton, Washington Times, 6-01-2017.
  6. (en) Robby Mook: Russians ‘could have’ cost us the election, Washington Times, 20-02-2017.
  7. Obama sanctionne la Russie pour avoir influencé l’élection américaine, Les Inrock, 30-12-2016.
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  10. « Jeff Sessions Recuses Himself From Russia Inquiry », sur New York Times,
  11. Documents officiels relatifs au limogeage de James Comey
  12. « Rod Rosenstein's letter recommending Comey be fired Director », sur BBC,
  13. "Un choix justifié par un mémo de Rod Rosenstein, le vice-ministre de la justice", Le Monde, 10 mai 2017.
  14. Donald Trump renvoie James Comey, le patron du FBI chargé de l'enquête sur ses liens avec la Russie, Huffington Post, 10 mai 2017
  15. Le coup de force de Trump contre le FBI, Le Monde, 1er mai 2017.
  16. « Trump toujours là mais fragilisé par le témoignage de Comey », sur Challenges,
  17. « Democrats demand recordings after Trump tweets warning to Comey, hinting at 'tapes' », sur Chicago Tribune,
  18. « Trump Asked Comey to Drop Flynn Investigation, According to Memo Written by Former FBI Director », sur Wall Street journal,
  19. Un procureur spécial, vétéran du FBI, va enquêter sur Trump et la Russie, Libération, 18 mai 2017
  20. « L'ex-patron du FBI confirme avoir subi des pressions de Trump », sur L'Express,
  21. a et b L’ex-directeur du FBI dresse un portrait à charge de Donald Trump, Le Monde, 8 juin 2017
  22. « James Comey admits to leaking a Trump memo to Columbia professor to help get special prosecutor appointed », sur Daily News,
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  25. « Trump lashes out at Russia probe; Pence hires a lawyer », sur Washington Post, 15 juin mai 2017
  26. « Donald Trump accuse l'ex-patron du FBI d'avoir menti au Congrès et se dit prêt à témoigner sous serment », sur New york Times,
  27. « Trump dénonce une "chasse aux sorcières", son avocat nie toute enquête », sur NouvelObs,
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  29. a et b États-Unis : Jeff Sessions, le ministre de la justice de Trump, minimise « l’affaire russe », Le Monde, 13 juin 2017.
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  58. « G20: l'autre discussion de Trump et Poutine », sur 24 heures,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]