Affaire du Russiagate

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L'affaire du Russiagate est une affaire judiciaire et politique américaine aux multiples ramifications qui commence en 2017, l'ensemble se produisant dans le cadre de soupçons de collusion entre des membres de la campagne présidentielle de Donald Trump et la Russie et d’interférence du président dans le déroulement de l’enquête.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme « Russiagate » est un néologisme politique inspiré de « Watergate » généralement utilisé par les médias pour amalgamer les démêlés de Donald Trump avec les instances judiciaires américaines avec ceux de Richard Nixon qui avaient conduits à sa destitution le 9 août 1974.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le 31 octobre 2016, le New York Times rapporte que le FBI avait enquêté sur les rapports présumés entretenus entre Trump et la Russie, sans en trouver[1]. À cette époque, les dirigeants du FBI pensaient que la Russie essayait de répandre le chaos de façon générale, et non de faire spécifiquement élire Trump[1].

En janvier 2017, James Comey témoigne devant le Congrès pour confirmer l'ingérence de la Russie durant les élections américaines de 2016 et confirme qu'une enquête est en cours. Le président élu Trump déclare son intention de garder Comey en tant que directeur du FBI. En mars, Comey confirme que le FBI enquêtait sur des liens entre la campagne Trump et la Russie[2].

Le 2 mars 2017, Jeff Sessions, le procureur général des États-Unis annonce se récuser de toute enquête sur la présumée ingérence russe dans l'élection présidentielle, face aux critiques dont il fait l'objet suite à des révélations de la presse sur ses contacts avec l'ambassadeur de Russie[3].

Le 16 juin 2017, en réaction à un article du Washington Post citant des sources anonymes[4], affirmant que « le procureur spécial Robert Mueller a ouvert une enquête sur Donald Trump pour entrave à la justice et des délits financiers », Rod Rosenstein (en), Procureur général adjoint des États-Unis invite les Américains à « faire preuve de prudence avant d'accorder de la crédibilité à des informations attribuées à des fonctionnaires non identifiés ». Il a ajouté que « Le ministère de la Justice a depuis longtemps adopté une politique de ne pas confirmer ou nier de telles allégations »[5].

Limogeage de James Comey[modifier | modifier le code]

James Comey

Le 9 mai 2017, Donald Trump limoge le directeur du FBI,James Comey, qui avait entre autres la responsabilité de l'enquête sur les éventuelles collusions de son équipe de campagne avec la Russie[6]. Cette enquête vise des proches de Trump et non des soupçons sur Trump lui-même, ce que Comey confirme par la suite lors de sa déposition devant le Sénat le 8 juin 2017[7]. Motivé, selon Trump, par une mauvaise gestion de l'affaire des e-mails de Hillary Clinton, ce renvoi provoque une importante polémique aux États-Unis[8], tout en relançant les interrogations sur les relations de Trump avec les Russes.

Le 12 mai Donald Trump écrit sur Twitter que « James Comey ferait mieux d’espérer qu'il n'y ai pas d'enregistrements de nos conversations avant de fuiter vers la presse ! »[9].

Mémos de conversations[modifier | modifier le code]

Le 16 mai est rendu public l'existence de mémos (en) rédigés par Comey sur ses entretiens avec le président qui laisse entendre que le président aurait tenté de faire pression sur lui pour qu'il abandonne l'enquête sur son ancien conseiller à la sécurité Michael T. Flynn. Suite à la publication détaillée du contenu de ces mémos par les médias, la Maison Blanche publie un communiqué affirmant que « le président n'a jamais demandé à M. Comey ou à quiconque de mettre fin à toute enquête, y compris toute enquête impliquant le général Flynn » et que le contenu des mémos« n'est pas une vérité ou une description exacte de la conversation entre le président et M. Comey »[10].

Le 18 mai, un procureur spécial, Robert Mueller, est chargé par le département de la justice d'enquêter sur les collusions présumées entre les autorités russes et des proches du président[11].

Lettre adressée au Congrès[modifier | modifier le code]

Dans une lettre adressée au Congrès le 7 juin 2017, James Comey confirme des « révélations » de la presse américaine sur « l'ingérence de Trump » selon lesquelles le président américain aurait bien demandé à l'ex-patron du FBI « d'abandonner l'enquête sur son conseiller à la sécurité mêlé à l'affaire de l'ingérence russe dans l'élection »[12].

Déposition devant la Commission judiciaire du Sénat[modifier | modifier le code]

Une commission du Sénat américain

Le 8 juin 2017, James Comey fait une déposition devant la Commission judiciaire du Sénat, durant laquelle il déclare avoir fait l'objet de pressions et se dit convaincu que le président l'a limogé afin de « modifier la façon dont l’enquête sur la Russie était conduite »[13]. Il n'en apporte cependant pas de preuve, Trump lui ayant simplement dit qu'il « espérait » que l'enquête sur Flynn pourrait être abandonnée, sans lui donner d'ordre direct en ce sens[13]. Durant son interrogatoire par les sénateurs, il admet avoir fuité des informations sur le président afin de provoquer grâce aux médias la nomination d'un procureur spécial[14].

Réaction de Donald Trump[modifier | modifier le code]

Le 9 juin 2017, les avocats de Donald Trump annoncent qu'ils vont porter plainte contre l'ancien directeur du FBI auprès du département de la Justice des États-Unis pour divulgation d'informations confidentielles[15].

Parallèlement, durant une conférence de presse avec le président roumain Klaus Iohannis, Donald Trump accuse James Comey « d'avoir menti lors de son audition devant le congrès ». Il a ajouté qu'il était prêt à « à 100% à contredire le témoignage de James Comey sous serment, notamment devant le procureur spécial Robert Mueller »[16].

Le 15 juin, Trump qualifie dans un tweet les enquêtes en cours comme étant « la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire politique américaine » et qu'elle était conduite par « des personnes très mauvaises et conflictuelles »[17].. Dans un autre tweet, il demande « pourquoi les liens d' Hillary Clinton avec la Russie ne font pas l'objet d'un examen similaire »[18].

Le 18 juin, l'un de ses avocats, Jay Sekulow (en), a démenti que ces tweets accréditent la thèse « qu'il serait lui-même visé par les investigations menées par le procureur spécial Robert Mueller » et affirmé « qu'il n'existe pas d'enquête visant le président des Etats-Unis. Point à la ligne »[19].

Déposition de Jeff Sessions[modifier | modifier le code]

Jeff Sessions

Le 11 juin, Jeff Sessions, le procureur général des États-Unis annonce vouloir comparaître devant le Comité sénatorial du renseignement pour « discuter de son enquête sur l'ingérence présumée de la Russie lors de l'élection présidentielle de 2016 ». Dans une lettre adressée au sénateur Richard Shelby, il précise que sa demande découle du témoignage de James Comey et qu'il est important qu'il puisse aborder ces questions devant le forum approprié[20]. Le 13 juin, durant son témoignage, il nie avoir omis de déclarer une rencontre avec l’ambassadeur russe ou tout autre entretien avec un représentant du Kremlin à propos de l’élection présidentielle et dément les allégations de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump les qualifiant de « mensonge détestable et consternant ». Par ailleurs, il contredit le témoignage de James Comey selon lequel il l'aurait « imploré de ne pas le laisser seul avec le président, sans obtenir de réponse »[21].

Questions et réactions de sénateurs démocrates[modifier | modifier le code]

Des sénateurs du parti démocrate ont accusé Jeff Sessions de « répondre évasivement » et de « faire obstruction » à leurs questions. Selon le Telegraph il aurait été « d'une colère rare » lorsque Ron Wyden a fait référence à des informations publiées par des médias sur « ses contacts avec les Russes » en les qualifiant « d'insinuations ». Martin Heinrich se serait lui aussi énervé quand le procureur lui a répondu « qu'il ne pouvait pas répondre à sa question, car il s'agissait d'une conversation privée avec le président Donald Trump » qu'il estimait « inapproprié » de divulguer. Heinrich a qualifié cette réponse « d’élusive et d'entrave à l’enquête ». Angus King, l’interrogea sur les raisons de son refus de répondre à ces questions, question à laquelle Sessions repondit qu'il ne pouvait pas non plus répondre[22].

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Enquête de Robert Mueller[modifier | modifier le code]

Robert S. Mueller

Le 14 juin, le Washington Post affirme que le procureur spécial Robert Mueller a ouvert une enquête sur Donald Trump pour entrave à la justice. Il chercherait à déterminer si le président américain a tenté de freiner ou bloquer l'enquête sur les proches du président. Selon ce journal, qui cite des sources anonymes, les enquêteurs s’intéressent aussi à de « potentiels délits financiers chez les collaborateurs du milliardaire républicain ». L'avocat du président, Marc Kasowitz (en), déclare que « La fuite d’information du FBI concernant le président est scandaleuse, inexcusable et illégale » sans se prononcer sur le fond de l'affaire [23].

Réactions[modifier | modifier le code]

Vladimir Poutine[modifier | modifier le code]

Le 15 juin 2017, le président russe, Vladimir Poutine a déclaré ironiquement, lors d'une session de questions-réponses avec des électeurs russes : « Quelle est la différence entre le directeur du FBI (James Comey) et Mr. Snowden ? » se référant à l'ancien employé de l'Agence nationale de sécurité américaine, Edward Snowden, qui avait obtenu l'asile politique en Russie en 2013 après avoir divulgué des informations classifiées sur les opérations d'espionnage américaines. Il a ajouté toujours en plaisantant que Comey devrait, comme Snowden, être considéré comme un « militant des droits de l'homme » et que s'il fait l'objet de persécutions il est prêt à lui accorder à lui aussi l'asile politique. Plus sérieusement il a estimé que Comey, dans son témoignage au Congrès, « n'avait fourni aucune preuve que la Russie avait interféré dans les élections américaines »[24].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Post Politics From Clinton emails to alleged Russian meddling in election: The events leading up to Comey’s firing »,
  2. « Jeff Sessions Recuses Himself From Russia Inquiry », sur New York Times,
  3. « Trump Lawyer: President Not Under Investigation », sur Voice of America,
  4. « Trump appears to confirm that he's facing obstruction probe », sur Atlantico,
  5. Donald Trump renvoie James Comey, le patron du FBI en charge de l'enquête sur ses liens avec la Russie, Huffington Post, 10 mai 2017
  6. « Trump toujours là mais fragilisé par le témoignage de Comey », sur Challenges,
  7. Le coup de force de Trump contre le FBI, Le Monde, 1 mai 2017
  8. « Democrats demand recordings after Trump tweets warning to Comey, hinting at 'tapes' », sur Chicago Tribune,
  9. « Trump Asked Comey to Drop Flynn Investigation, According to Memo Written by Former FBI Director », sur Wall Street journal,
  10. Un procureur spécial, vétéran du FBI, va enquêter sur Trump et la Russie, Libération, 18 mai 2017
  11. « L'ex-patron du FBI confirme avoir subi des pressions de Trump », sur L'Express,
  12. a et b L’ex-directeur du FBI dresse un portrait à charge de Donald Trump, Le Monde, 8 juin 2017
  13. « James Comey admits to leaking a Trump memo to Columbia professor to help get special prosecutor appointed », sur Daily News,
  14. « Trump's personal lawyer to file complaint after Comey testimony, source says », sur Fox News,
  15. « Donald Trump accuse l'ex-patron du FBI d'avoir menti au Congrès et se dit prêt à témoigner sous serment », sur franceinfo,
  16. « Trump lashes out at Russia probe; Pence hires a lawyer », sur Washington Post, 15 juin mai 2017
  17. « Donald Trump accuse l'ex-patron du FBI d'avoir menti au Congrès et se dit prêt à témoigner sous serment », sur New york Times,
  18. « Trump dénonce une "chasse aux sorcières", son avocat nie toute enquête », sur NouvelObs,
  19. « Attorney General Jeff Sessions to testify before Senate intel committee this week », sur Washington Times,
  20. « Jeff Sessions nie toute collusion avec la Russie », sur Métro News,
  21. Democrat senators accuse Jeff Sessions of 'evasiveness' and 'obstruction' in heated committee hearing, The Telegraph, 13 juin 2017.
  22. « Ingérence russe : le procureur spécial enquête sur Trump pour entrave à la justice », sur Europe 1,
  23. « Putin quips he's ready to grant asylum to ex-FBI chief Comey », sur Reuters,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]