Wagon de l'Armistice

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Wagon de l'armistic
Wagon de l'armistice.

Le wagon de l'Armistice est la voiture de chemin de fer[1] dans laquelle furent signés l'Armistice du 11 novembre 1918 entre l'Allemagne, la France et ses alliés, puis celui du 22 juin 1940 entre l'Allemagne et la France, tous deux à la clairière de Rethondes dans la forêt de Compiègne dans l'Oise. Cette voiture fut mise en service en 1914 par la Compagnie des wagons-lits, affecté au train du maréchal Foch en 1918, exposée aux Invalides puis dans la clairière de Rethondes pendant l'Entre-deux-guerres. Emmenée en Allemagne après la signature de l'armistice en 1940 et exposée à Berlin, elle fut détruite en avril 1945 par les SS, sur ordre d'Hitler ; un mois avant la capitulation allemande.

Une voiture similaire, issue de la même série de 1913[2], est exposée dans un mémorial sur le site de la clairière de Rethondes dans la forêt de Compiègne.

Construction[modifier | modifier le code]

Photo prise juste après la signature de l'Armistice avec au premier plan le maréchal Foch, encadré par les amiraux britanniques Hope et Rosslyn Wemyss
Photo prise juste après la signature de l'Armistice avec au premier plan le maréchal Foch, encadré par les amiraux britanniques Hope et Rosslyn Wemyss.

En 1913, deux séries de wagons restaurants, soit 37 voitures, sont commandés par la Compagnie internationale des wagons-lits[3] et livrés à partir de 1914. Comme les wagons et voitures de l'époque, la caisse est en bois, montée sur un châssis en acier. Le 4 juin de cette année, la voiture-restaurant 2419 D reçoit l'autorisation de circuler et est affectée sur la section de Paris-Montparnasse où elle dessert les lignes de Saint-Brieuc (1914), Le Mans (1915-1916) puis sur Paris-Saint-Lazare pour desservir Deauville-Trouville (1918)[3]. En septembre 1918, dans le cadre des réquisitions de temps de guerre, elle revient aux ateliers de Saint-Denis pour être transformée en voiture-salon-bureau. Elle est alors prise en charge par le général Weygand qui l'incorpore le 15 octobre au train du Grand Quartier général à Senlis mis à disposition du maréchal Foch, commandant allié du front de l'Ouest[3]. Elle fut effectivement mise à disposition de l'État-Major le 29 octobre 1918.

Armistice de 1918[modifier | modifier le code]

La voiture fut incluse dans le train qui, le 7 novembre 1918, fut acheminé dans une futaie de la forêt de Compiègne. C'est ce lieu isolé mais peu éloigné du front et du Quartier Général allié qui fut choisi par la Direction des transports militaires aux Armées (DTMA) et approuvé par Foch, pour les négociations de l'armistice entre les Alliés et les Allemands. Ce site, qui deviendra plus tard la clairière de Rethondes, était équipé de deux épis ferroviaires[4], distants d'une centaine de mètres et reliés à la ligne de Compiègne. Ils servaient alors pour le tir de très longue portée sur les lignes allemandes[3]. Un second train fut aménagé pour abriter la délégation allemande.

Les négociations furent menées dans la voiture-salon et le 11 novembre entre 5 h 12 et 5 h 20 du matin, après une ultime séance débutée à 2 h, l'armistice y fut signé le 11 novembre 1918 avec une application sur le front fixée à 11 h du matin[3]. Entre le 8 et 11 novembre, peu de photographies des deux trains sont prises, le Maréchal Foch les ayant interdites. Seul un cheminot a réussi à prendre quelques photos volées[5].

Autour de la table étaient assis en se faisant face[3] :

  • pour les Alliés : le maréchal Foch entouré de l'amiral de la flotte britannique Wemyss, du contre-amiral britannique Hope et du général français Weygand ;
  • pour les Allemands : le ministre d'État Matthias Erzberger, le général major von Winterfeldtl de l'armée impériale, le comte Alfred von Oberndorff des Affaires étrangères et le capitaine de vaisseau Vanselow de la Marine impériale.

Aux extrémités de la table se trouvaient l'officier interprète français Laperche[6] et le capitaine allemand von Helldorff.

Assistaient également mais en retrait, le capitaine britannique Mariott et le capitaine allemand Geyer.

Dans le petit bureau-salon adjacent, au centre de la voiture et servant aux transmissions, se tenaient deux officiers français le commandant Riedinger et le capitaine de Mierry. Dans les anciennes cuisines du wagon avaient été aménagés le bureau des secrétaires Henri Deledicq et Émile Grandchamp ainsi que celui des cartographes.

Le Wagon de l'armistice après 1918
Le Wagon de l'armistice après 1918.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

La réquisition de la voiture est levée en septembre 1919. Elle est restituée à la Compagnie des Wagons-Lits qui le retransforme en wagon restaurant[3]. Elle est réaffectée brièvement à Paris Saint-Lazare sur la ligne d'Évreux[3] mais le gouvernement dirigé par Georges Clemenceau ayant demandé à la CIWLT de lui céder cette voiture pour l'exposer au musée de l'Armée aux Invalides à Paris, la CIWLT décide d'en faire don à l'État et une convention est signée entre elle et le gouvernement le 1er octobre 1919.

La voiture est alors affectée au train du président de la République, Alexandre Millerand et effectue un seul voyage à Verdun, le 8 décembre 1920[3]. Elle est ensuite placée dans la cour d'honneur des Invalides le 27 avril 1921. Il y restera six ans jusqu'au 8 avril 1927.

À la suite d'une demande récurrente du député-maire de Compiègne, Robert Fournier-Sarlovèze et au mécénat d'un Américain de Pasadena, Arthur-Henry Fleming, le wagon est restauré et convoyé jusqu'à la clairière de Rethondes où un bâtiment[7] pour l'abriter a été construit. L'ensemble est inauguré le 11 novembre 1927 en présence du maréchal Foch et de tous les officiers alliés présents lors de la signature de l'Armistice[3].

Armistice de 1940[modifier | modifier le code]

Hitler (la main au côté) et des officiers allemands regardant la statue du maréchal Foch avant d'entrer dans le wagon de l'Armistice
Hitler (la main au côté) et des officiers allemands regardant la statue du maréchal Foch avant d'entrer dans le wagon de l'Armistice.
Signature de l'armistice le 22 juin 1940. À gauche le maréchal Keitel, à droite, la délégation française avec le général Huntziger entouré du général d'aviation Bergeret et du vice-amiral Le Luc (de profil).

L'armistice du 22 juin 1940, cette fois-ci demandé par la France à l'Allemagne après la Bataille de France, fut signé par la volonté d'Hitler dans cette même voiture historique placée exactement au même endroit qu'en 1918, selon le désir d'Hitler, montrant ainsi son esprit de revanche envers la France, qui, selon lui, avait humilié l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Hitler se venge ainsi du Diktat de Versailles.

Le 20 juin, l'Organisation Todt casse une partie du bâtiment qui abritait le wagon pour pouvoir déplacer la voiture et la replacer sur la clairière à une centaine de mètres de là, débarrassé de ses drapeaux alliés. Le monument où figure l'aigle allemand foudroyé est recouvert du drapeau nazi. Le 21 juin 1940, Hitler, plusieurs hauts dignitaires allemands (Hermann Göring, Erich Raeder, Rudolf Hess et Ribbentrop) et l'interprète Schmidt montent dans la voiture pour le premier jour des négociations d'armistice, Hitler n'assistant qu'à la lecture du préambule. Celui-ci sera signé le lendemain 22 juin à 18 h 52 par le maréchal Keitel pour l'Allemagne et le général Huntziger, chef de la délégation française[8].

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Le 24 juin, sur ordre d'Hitler, la voiture est convoyée par la route à Berlin où elle est exposée une semaine devant la Porte de Brandebourg, puis au Lustgarten[3],[9] où la population peut la visiter et cotiser pour le Secours allemand. Le site de la clairière de Rethondes est arasé, les monuments démontés et la zone labourée et cultivée sur ordre d'Hitler.

Évacuée de Berlin en 1944, elle est mise à l'abri en Thuringe, à côté de Ruhla puis à Ohrdruf. Elle est brûlée non loin de là, à Crawinkel[3] par les SS en avril 1945[2], sur ordre d'Hitler à la suite de l'avancée des troupes alliées.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Un wagon-restaurant appartenant à la même série (il ne s'agit donc pas d'une réplique) et aménagé à l'identique, le no 2439 D, remplace la voiture de l'armistice originale dans la clairière de Rethondes, dans un bâtiment reconstitué. Cette voiture est réalisée en teck[10], bois imputrescible issu des anciennes colonies. Différents souvenirs du Maréchal Foch qui avaient été préservés y sont rassemblés et l'intérieur du wagon est reconstitué à l'identique de celui de l'armistice en novembre 1918. L'ensemble est inauguré le 11 novembre 1950[3].

Après la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande (Ohrdruf se trouvait dans l'ancienne RDA), on découvre que certains vestiges de la voiture qui n'avaient pas brûlé[3] (blason de la compagnie ferroviaire, lettres de la voiture et main-montoire dans la voiture) avaient été récupérés par des habitants. Ils furent donnés en 1992 au mémorial[3].

Le livre d'or du Wagon de l'Armistice, signé par le maréchal Foch, est depuis signé par les autorités officielles françaises lors de cérémonies officielles, notamment le premier ministre français le 11 novembre qui suit sa nomination[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'appellation de wagon et de voiture peuvent être conflictuelles : il s'agit bien ici d'une voiture de chemin de fer, mais nommée du fait de sa fonction wagon-restaurant. Le présent texte est écrit dans ce sens : le terme de voiture désigne le matériel roulant, celui de wagon ou wagon-restaurant la fonction.
  2. a et b Le wagon de l'armistice
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Document de 1991 du général C. Gamache, président des amis de l'Armistice, présentant l'histoire de la voiture. Ce document figure en légende explicative sur la voiture du Mémorial de l'Armistice à Compiègne.
  4. Les voies ferrées historiques ayant accueilli les trains des négociateurs de l'Armistice de 1918 sont les épis de Rethondes, désignés à l'époque, dans les documents militaires, « épis de Francport ». Les épis de Francport furent occupés par l'artillerie lourde sur voie ferrée (ALVF) du fait de l'avance allemande du printemps 1918. Les épis de Francport n'étaient pas « oubliés » du commandement en 1918 mais ils ne figuraient pas sur les cartes des réseaux ferrés pour des raisons de sécurité, ils apparaissaient seulement sur les cartes d'État-Major. Le train des plénipotentiaires allemands et celui du maréchal Foch stationnaient sur les deux rameaux ouest des épis de Francport, les deux rameaux est n'ayant pas été utilisés.
  5. Compiègne : La Clairière et le musée de l’Armistice du 11 novembre 1918
  6. Tout en haut à droite sur la photo
  7. Abri du Wagon dans lequel fût signé l'Armistice
  8. Marlis Steinert, Hitler, Fayard,‎ 1991, p. 157
  9. Fiche de l'Université Paris I, « Le Wagon de l'Armistice à Compiègne »
  10. « La clairière de l'Armistice, haut lieu de mémoire », sur Le Parisien,‎ 6 août 2008
  11. Cérémonies du 11 Novembre

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bonnard Jean-Yves, Rethondes, le jour où l'Histoire s'est arrêtée (11 novembre 1918 - 21 juin 1940), ed. du trotteur ailé, 2008.
  • Jean-Paul Caracalla, Le Goût du voyage, Flammarion, 2001. Histoire de l'Orient-Express, chapitre La voiture no 2419 - pp. 80 à 91. - (ISBN 2-0801-0648-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]