Vercors (écrivain)

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Vercors est le pseudonyme littéraire adopté pendant la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale, par l'illustrateur et écrivain français Jean Bruller. Jean Marcel Adolphe Bruller est né le 26 février 1902 à Paris XVe et mort le 10 juin 1991 à Paris Ier. L'état civil indique “Brüller” sur l'acte de naissance[1], mais tous les livres publiés[2] et l'usage utilisent “Bruller”.


Sommaire

[modifier] Biographie

Jean Bruller, dit “Vercors”, est né le 26 février 1902 à Paris, de l'union d'une mère française (Ernestine Bourbon, institutrice) et d'un père d'origine hongroise (Louis Bruller, éditeur) qui est venu de Hongrie à Paris. L'histoire de son père, arrivé à Paris et auquel des amis de ses parents vont trouver un emploi, a inspiré la nouvelle La marche à l'Étoile publiée pendant l'Occupation. Après des études d'ingénieur électricien, dont il obtient le diplôme à l'École Breguet (ESIEE-Paris). En 1923, il devient dessinateur humoristique et illustrateur dans la lignée de Gus Bofa. Il illustre en particulier l'album pour enfants Patapoufs et Filifers, fable d'André Maurois sur les méfaits de la ségrégation, et écrit 21 recettes pratiques de mort violente[3].

Pacifiste jusqu'en 1938, il est mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale à Mours St-Eusèbe près de Romans au pied du massif du Vercors. Il entre ensuite dans la Résistance, encouragé par Pierre de Lescure, et prend le pseudonyme de Vercors, nom d'un massif montagneux, procédé utilisé par de nombreux résistants. En 1941, il co-fonde, avec Pierre de Lescure, les Éditions de Minuit, maison d'édition clandestine et y publie sa nouvelle Le Silence de la mer en 1942. Il est le concepteur du logo à l'étoile des Éditions de Minuit. Il participe également au Comité national des écrivains (CNE) et au Mouvement de la paix. Il a écrit ses souvenirs dans La Bataille du silence. Il fait partie de la Commission d'épuration de l'édition, mais il en démissionne en raison de l'inégalité des sanctions à l'encontre des écrivains, collaborateurs avec l'Allemagne nazie, et à l'encontre de leurs éditeurs, jamais pénalisés. Il refuse dans le même temps de participer à l'établissement d'une « liste noire » et renvoie les auteurs au jugement de leur conscience.

Voir aussi publié par Louis Aragon avec une préface de Vercors : "Deux voies françaises Péguy - Péri" ed.de minuit, 1944.

En 1960, il fait partie, avec Sartre, des signataires du Manifeste des 121 écrivains et artistes qui déclarent « le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie ». En guise de protestation contre la torture pratiquée en Algérie, Vercors refusa la Légion d'honneur.

Dans Le Silence de la mer, Vercors ne dédie pas son livre à un grand résistant ou à une figure de la liberté mais à Saint-Pol-Roux, Poète assassiné. Saint-Pol-Roux est un écrivain, vieil homme qui meurt de chagrin en 1940 quand son manoir contenant tous ses textes inédits est pillé, peu après qu'un soldat allemand ait violé sa servante et blessé sa fille. Tout comme Le Silence de la mer veut évoquer une résistance muette au bord des cris, cet homme qui meurt brisé, presque futilement, est le symbole même de la lutte silencieuse de Vercors.

Il est aussi connu pour un roman philosophique, Les Animaux dénaturés, dont fut tirée la pièce Zoo ou l'assassin philanthrope. Il meurt à Paris le 10 juin 1991.

Le fonds d'archives de l'écrivain est désormais consultable à la bibliothèque de l'Université du Maine, au Mans, qui a depuis pris le nom de bibliothèque universitaire Vercors.

[modifier] Œuvres

[modifier] Romans

  • Les Animaux dénaturés, Albin Michel (1952)
  • Colères, Albin Michel (1956)
  • Sylva, Grasset (1961)
  • Quota ou les Pléthoriens avec Paul Silva-Coronel, Stock (1966)
  • Le Radeau de la Méduse, Presses de la Cité (1969)
  • Sillages, Presses de la Cité (1972)
  • Comme un frère, Plon (1973)
  • Tendre naufrage, Plon (1974)
  • Les Chevaux du temps, Tchou (1977)
  • Le tigre d'Anvers, Plon (1986)
Cette œuvre regroupe en fait deux récits publiés en 1951 : Les Armes de la nuit et La Puissance du jour. C'est une réécriture de la même histoire dans des décors différents.

[modifier] Nouvelles

  • Le Silence de la mer (1942)
  • La Marche à l'étoile (1943)[inclus dans le recueil de nouvelles Le Silence de la mer]
  • Le Songe (1943)
  • Ce jour-là (1943) [inclus dans le recueil de nouvelles Le Silence de la mer]
  • L'impuissance (juillet 1944) [inclus dans le recueil de nouvelles Le Silence de la mer]
  • Le Cheval et la Mort (1944) [inclus dans le recueil de nouvelles Le Silence de la mer]
  • L'imprimerie de Verdun (1945) [inclus dans le recueil de nouvelles Le Silence de la mer]
  • Les Armes de la nuit (1946)
  • Les Yeux et la lumière, Albin Michel (1948)
  • La Puissance du jour, Albin Michel (1951)
  • Sur ce rivage, I - III, Albin Michel (1958-1960)
  • Clémentine (1959)
  • Sept sentiers du désert, Presses de la Cité (1972)
  • Le Piège à loup (1979)

[modifier] Pièces

[modifier] Albums

  • 21 recettes pratiques de mort violente précédées d'un Petit Manuel du Parfait Suicidé, éd. Tchou (réédition), Paris, 1977 (21 aquarelles, chez l'artiste, 1926)
  • Hypothèses sur les amateurs de peinture, 16 lithographies, chez l'artiste (1927)
  • Un homme coupé en tranches, Hartmann (1929)
  • Nouvelle clé des songes, avec vingt aquarelles de l'auteur représentant les rêves typiques, Creuzevault (1934)
  • L'enfer, 27 aquarelles, Aux Nourritures Terrestres (1935)
  • Visions intimes et rassurantes de la guerre, Aux Nourritures Terrestres (1936)
  • Silences, huit estampes dessinées, gravées, imprimées et coloriées à la main, Aux Nourritures Terrestres (1937)
  • La danse des vivants (1932-1938):
Les Relevés Trimestriels, 12 fascicules, 120 estampes, Aux Nourritures Terrestres, 1932, 1933 et 1934.
Première suite aux Relevés Trimestriels, Aux Nourritures Terrestres, 1935.

[modifier] Divers

  • Chroniques bibliophiles, La Quinzaine Critique (fin des années 1920), Arts et Métiers Graphiques (années 1930)
  • Le Sable du temps, essai, Emile Paul (1945)
  • Les Mots (1944), essai, Emile Paul, réédité par Actes-Sud (1994)
  • Souffrance de mon pays, essai, Emile Paul (1945)
  • Portrait d'une amitié, essai, Albin Michel (1946)
  • Plus ou moins homme, essai, Albin Michel (1948)
  • Les Pas dans le sable, essai, Albin Michel (1954)
  • Les Divagations d'un Français en Chine, essai, Albin Michel (1956)
  • P. P. C. Pour prendre congé, essai, Albin Michel (1957)
  • Goetz (un écrit sur l'art), essai, Musée de poche (1958)
  • Les Chemins de l'être, essai, Albin Michel (1965)
  • La Bataille du silence, mémoires, Presses de la Cité (1967)
  • Les Contes des cataplasmes, contes pour enfants, Rouge et Or (1971)
  • Questions sur la vie à MM les biologistes, essai, Stock (1973)
  • Tendre Naufrage (1974)
  • Ce que je crois, essai, Grasset (1975)
  • Sens et non-sens de l'Histoire, essai, Galilée (1978)
  • Je cuisine comme un chef, Seghers (1976)
  • Camille ou l'enfant double, pour enfants, Rouge et Or (1978)
  • Assez mentir !, essai, Ramsay (1979)
  • Cent ans d'histoire : I. Moi, Aristide Briand (1981), II. Les occasions perdues (1984), III. Les nouveaux jours (1985), Presses de la Cité
  • Ann Boleyn, Perrin (1985)
  • Costumes et décor de L'orphelin de Chine de Voltaire, mise en scène Jean Mercure, Comédie-Française, Paris (1965)
  • « Frisomouche fait de l'auto », 1926, pour la société Citroën, édité par Nathan.

[modifier] Illustrations

  • Dessins dans L'ingénu, Sans Gêne, Les Échos Parisiens, Le rire, Fantasio, Allô Paris, Les Annales, Vendredi (années 1920 et 1930)
  • Couleurs d'Égypte, par Paul Silva-Coronel (1928)
  • 1992, par André Maurois, Hartmann (1929)
  • Le corbeau, par Edgar Poe, chez l'artiste (1929)
  • Comédie en marge du monde, par Rudyard Kipling, Hartmann (1930)
  • Patapoufs et Filifers par André Maurois, Hartmann (1930)
  • Puck de la Colline, par Rudyard Kipling, Hartmann (1931)
  • 10 légendes en marge du livre, par S. Sylvestre de Sacy, Creuzevault (1931)
  • Pétanque de Toulon (1932)
  • Les Plaideurs, par Jean Racine, Les Bibliophiles du Palais (1933)
  • Baba Diène et Morceau-de-Sucre, par Claude Aveline (N.R.F., 1937), illustré de 30 dessins par Jean Bruller. Ouvrage naïf destiné à l'apprentissage du français par les Japonais.
  • Silence par Edgar Poe (1941)
  • La ballade du vieux marin, par S. Coleridge (1942)
  • Reproductions de tableaux de maîtres par le procédé « La callichromie » (Léger, Braque, Monet, Renoir, Van Gogh, Picasso, Degas, Pissarro, Sisley...) [1952-1958]
  • La danse des vivants, recueil d'estampes de Jean Bruller, édition établie par Alain Riffaut, Culture et Recherche (2000)

[modifier] Traductions (en collaboration avec Rita Barisse-Vercors)

  • Hamlet, de William Shakespeare, illustré par Jean Bruller, Vialletay (1965)
  • Œdipe, de Sophocle, Perrin (1970)
  • Chat !, de I. Orkeny, Gallimard (1974)
  • Macbeth, de William Shakespeare, Galilée (1978)
  • Ah ! Hollywood..., de Christian Hampton, Actes Sud (1985)
  • Pourquoi j'ai mangé mon père, de Roy Lewis, Actes Sud (1990)

[modifier] Sur Vercors

  • Anne Simonin, Les Éditions de Minuit, 1942-1955, Le devoir d'insoumission, Paris, IMEC éditions, 1994 (ISBN 2-908295-20-2).

[modifier] Hommage

Le jour de l’anniversaire de la naissance de Vercors, le 26 février 2002 une plaque commémorative a été apposée sur le Pont des arts, lieu qui symbolise le rayonnement culturel de la France dans le monde. Ce choix a été fait pour deux raisons :

  • Lieu de rencontre

Sur ce pont, Vercors rencontrait Jacques Lecompte-Boinet, chef du mouvement "Ceux de la résistance", pour lui confier des exemplaires des Éditions de Minuit (dont le premier ouvrage publié fut Le silence de la mer) destinés au Général de Gaulle.

  • Hommage littéraire

Dans "La marche à l'Etoile", Vercors raconte la vie de Thomas Muritz, jeune Hongrois nourri de la culture française qui traverse l'Europe vers la France, qui est pour lui cette terre de Justice et de Liberté. Plus précisément, l'objectif du héros est de rejoindre le fameux, l'unique Pont des Arts, merveille parisienne. Arrivé, après un mois de périple dans un continent tourmenté par la guerre, devant le Pont, il s'enflamme pour ce Pont, un "point du monde où l'on embrasse à la fois (...) l'Institut, le Louvre, la Cité- et les quais aux bouquins, les Tuileries, la butte latine jusqu'au Panthéon, la Seine jusqu'à la Concorde".

[modifier] Notes et références

  1. Archives Paris
  2. Catalogue général de la BnF
  3. Titre original : 21 Recettes pratiques de mort violente, à l’usage des personnes découragées ou dégoûtées de la vie pour des raisons qui, en somme, ne nous regardent pas précédées d’un Petit manuel du Parfait Suicidé par J. Bruller, usager des chemins de fer de l’État, album de 21 dessins coloriés au pochoir, 1928.
  • Catalogue Jean Bruller, éditions Arts-Plus (1990)

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes

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