De la guerre

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De la guerre (en allemand : Vom Kriege) est un traité de stratégie militaire écrit par le général prussien Carl von Clausewitz. Il fut écrit en majeure partie après les guerres napoléoniennes entre 1816 et 1830 et compilé puis publié par son épouse après sa mort en 1832.

C'est l'un des traités les plus importants sur la stratégie militaire jamais écrit et, encore aujourd'hui, il est toujours recommandé dans les académies militaires. C'est dans ce livre que la fameuse citation de Clausewitz trouve son fondement, selon laquelle : « La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ».

De la guerre devait se composer au total de huit tomes mais on n'en possède que six et l'ébauche d'un septième[réf. nécessaire]. Ces tomes sont organisés de la manière suivante :

  • Livre I : De la nature de la guerre
  • Livre II : De la théorie de la guerre
  • Livre III : De la stratégie en général
  • Livre IV : L'engagement
  • Livre V : Les forces militaires
  • Livre VI : La défensive
  • Livre VII : L'attaque
  • Livre VIII : Le plan de guerre

À travers tous ces tomes, il traite de notions telles que les schémas opératoires ou bien encore les moyens stratégiques d'exploiter la victoire.

L'interprétation qui a été faite en France de cet ouvrage, notamment par Ferdinand Foch, a conduit à la stratégie de l'offensive à outrance en 1914[1].

Interprétations[modifier | modifier le code]

René Girard et la montée aux extrêmes[modifier | modifier le code]

Tandis que Hegel, dans tous les antagonismes avait situé l’oscillation entre l’opposition animée par la réciprocité et la relation qui en est l’issue (la guerre et la paix), Clausewitz, après ses études sur les guerres napoléoniennes montre qu’il s’agit surtout d’une montée aux extrêmes (la guerre sans merci). La conscience malheureuse de Hegel n’était qu’une manière de prendre acte du fait que les hommes sont désormais identiques dans leurs désirs comme dans leurs haines, jamais aussi près de se réconcilier que quand ils se font la guerre.
René Girard intègre cette conception dans la théorie mimétique, où le désir humain est de nature mimétique. Le désir d'un objet naît toujours du désir d'un modèle pour cet objet, qu'il soit réel ou métaphysique. Le sujet désirant et le modèle se trouvent alors en situation de rivalité pour la possession de l'objet. De là naît la violence, qui est elle aussi de nature mimétique  : on n'est violent que parce que l'autre est violent ou jugé comme tel. La violence réciproque s'accompagne d'un accroissement de la violence, jusqu'à la destruction de l'humanité appelée apocalypse.
« Polémos, écrivait Héraclite, est père et roi de tout. » Cette loi des rapports humains a été reformulée dans un bureau de l'Ecole militaire de Berlin, quelques années après la chute de Napoléon  : il s'agit de « la montée aux extrêmes », cette incapacité de la politique à contenir l'accroissement réciproque, c'est-à-dire mimétique, de la violence. [...] Ce traité posthume, De la guerre, se présente comme un ouvrage de stratégie. [...] C'est l'ensemble des rapports franco-allemands que fait fonctionner Clausewitz, de la défaite de la Prusse en 1806 à l'effondrement de la France en 1940. [...] Clausewitz a ainsi eu une intuition fulgurante sur le cours soudain accéléré de l'histoire, mais il l'a aussitôt dissimulée pour essayer de donner à son livre le ton d'un traité technique et savant. Il nous faut donc achever Clausewitz en allant jusqu'au bout du mouvement qu'il a lui-même interrompu. [...] Si la compréhension de ce texte est elle-même inachevée, c'est peut-être qu'on l'a trop attaqué ou trop défendu. Tout se passe comme si on n'avait pas encore voulu comprendre l'intuition centrale que ce texte cherche à cacher. [...] Clausewitz pense les relations mimétiques entre les hommes, alors même que, s'il avait une philosophie, ce serait la raison des Lumières qu'il utiliserait. Il donne tous les moyens de montrer que le monde va de plus en plus vite vers les extrêmes, et néanmoins son imagination vient à chaque fois contrecarrer et limiter ses intuitions. Clausewitz et ses commentateurs ont été freinés par leur rationalisme  : preuve, s'il en était besoin, que c'est à un autre type de rationalité qu'il faut en appeler pour comprendre la réalité de ce qu'il a entrevu. Nous sommes la première société qui sache qu'elle peut se détruire de façon absolue. [...] « Par cette action réciproque, l'effort vers les ténèbres extérieures »  : Clausewitz est celui qui, sans s'en rendre compte, a trouvé non seulement la formule apocalyptique, mais que cette formule était liée à la rivalité mimétique. [...] Ce belliciste a vu des choses qu'il est le seul à avoir vues. En faire un diable, c'est s'endormir sur un volcan. » (René Girard, Introduction, in Achever Clausewitz)

Éditions en français[modifier | modifier le code]

  • De la guerre, traduction par le Lieutenant-Colonel De Vatry, édition complétée et révisée par Jean-Pierre Baudet, volume relié, Champ Libre, 1989 ; éditions Ivrea, 2000. ISBN 2-85184-212-9
  • De la guerre, traduction de Jean-Baptiste Neuens, Paris, Astrée, 2014. ISBN 979-10-91815-04-8
  • De la guerre, traduction par Denise Naville, collection Arguments, 1955 ; éditions de Minuit.
  • De la guerre, traduction par Laurent Murawiec (édition abrégée), collection Tempus, 2006 ; éd. Librairie Académique Perrin. ISBN 2-262-02458-8

Références[modifier | modifier le code]

  1. [Jean-Louis Dufour, Maurice Vaisse, La guerre au XXe siècle]

Articles connexes[modifier | modifier le code]