Terre déserte

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Page d'aide sur l'homonymie À ne pas confondre avec Terre Déserte qui est un lieu de la légende arthurienne

La terre déserte est une tactique militaire qui fut employée pour la première fois en France lors de la guerre de Cent Ans par Charles V le Sage, lequel la résume ainsi : « Mieux vaut pays pillé que pays perdu. »

La tactique de la terre déserte consiste à faire le vide devant l'adversaire en stockant hommes et biens dans des endroits hors d'atteinte, mais sans détruire le pays. Elle se différencie donc de la politique de la terre brûlée qui consiste en la destruction pure et simple de toutes les ressources et moyens de production du pays, afin qu'ils ne tombent entre les mains de l'ennemi.

Historique[modifier | modifier le code]

Charles V (vue d'artiste, auteur inconnu).

Suite aux désastres militaires de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, le dauphin Charles a la garde d'un royaume dévasté et meurtri, tandis que son père le roi Jean II le Bon est prisonnier en Angleterre. Le pays est à la merci des pillages britanniques : les fameuses « chevauchées » anglaises.

Le dauphin Charles, futur Charles V le Sage, ne veut plus risquer le sort de la France en une seule bataille. Les malheurs de son père sont pour lui de douloureux exemples : il en tire une stratégie personnelle bien particulière.

Le pays est menacé par les Anglais et Charles le Mauvais. Le dauphin, qui est régent du royaume, vient de mettre un terme à la guerre civile (jacquerie) et à l'insurrection parisienne d'Étienne Marcel. Il a pris conscience que pour tenir un territoire il faut avoir le soutien de la population. Il a compris que la victoire finale de la Guerre de Cent Ans se jouerait sur le sentiment d'appartenance nationale. Il va donc laisser les Anglais se faire haïr à chacune de leurs chevauchées.

Nous sommes en 1359, et Édouard III d'Angleterre débarque à Calais dans le but d'envahir la France. En effet, il a pu imposer, à Jean le Bon (qui craint que Charles de Navarre prenne le pouvoir en France[1]) un traité de paix (l'Endenture) qui lui livrerait plus de la moitié du royaume de France; il est évident aux yeux des contemporains qu'il ne ferait qu'une bouchée de la portion de France qui resterait aux Valois.

Le dauphin Charles, avec l'appui solennel des États généraux, et le soutien secret de son père prisonnier outre-Manche, refuse de signer ce traité humiliant et catastrophique. Édouard III décide alors de passer à l'action.

Débarqué à Calais, il chevauche en direction de Reims, la ville du sacre. Mais le Dauphin Charles a pris les devants. Il a ordonné à tous les habitants des campagnes de se réfugier, avec toutes leurs provisions et matériels, dans les villes fortifiées. Ces villes sont alertées du danger et se tiennent sur leurs gardes. Édouard, traversant un pays vide, doit vivre sur les réserves qu'il a emmenées avec lui. Arrivé devant Reims, il trouve les portes fermées. Il demande la reddition de la cité. Les échevins refusent, par fidélité au Dauphin Charles. L'armée anglaise n'est pas assez équipée pour assiéger une ville, si bien qu'elle est obligée de plier bagages quelques jours plus tard.

Édouard est furieux, il cherche à provoquer une grande bataille avec les Français. Ceux-ci sont invisibles, mais les retardataires et les éclaireurs anglais tombent fréquemment dans des embuscades où ils sont massacrés. Finalement, Édouard arrive devant Paris, où le dauphin s'est enfermé ainsi que toute la population d'Île de France. Malgré les provocations, le dauphin interdit à ses chevaliers de livrer bataille. Il ne veut pas renouveler la défaite de Poitiers.

Édouard III quitte précipitamment Paris pour se rembarquer le plus vite possible, car il n'a plus de vivres, la plupart de ses chevaux sont morts faute de fourrage et il a perdu un nombre non négligeable d'hommes. Cette chevauchée de 1359 se solde par un échec retentissant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cazelles 2006, p. 230

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]