Hermann Rauschning

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Hermann Rauschning en 1933.

Hermann Rauschning (né à Thorn (aujourd'hui Toruń, en Pologne) le 7 août 1887 - mort à Portland, Oregon, le 8 février 1982) est un essayiste et homme politique allemand, membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Président du Sénat de Dantzig, il démissionne en 1935, et doit fuir l'Allemagne. Exilé en Suisse, en France, puis aux États-Unis, il devient un opposant au régime nazi, et écrit plusieurs ouvrages dans lesquels il cherche à avertir ses contemporains de la nature nihiliste du mouvement dirigé par Adolf Hitler.

Biographie[modifier | modifier le code]

Descendant d'une famille de propriétaires terriens de Prusse-Orientale, appartenant à l'aristocratie militaire des Junkers, il intègre le corps des Cadets prussiens. Il est blessé au cours de la Première Guerre mondiale. Riche propriétaire, agronome compétent, il devient président de l'Association des agriculteurs de Dantzig. Le 21 mai 1924 il est initié en franc-maçonnerie dans la loge Zum Tempel der Eintracht de Pozen[1]. Pensant que le national-socialisme était le seul moyen de sortir l'Allemagne de la situation qu'elle connaissait alors, il adhère au NSDAP, puis est élu au Sénat de Dantzig, devenue ville-libre.

Mais quand le parti nazi exige de lui qu'il mette en œuvre la Gleichschaltung, fasse arrêter les prêtres catholiques s'opposant au régime, applique la législation discriminatoire à l'égard des Juifs et supprime les autres partis politiques, il refuse, et démissionne du parti. Aux élections d'avril 1935, il soutient le constitutionnalisme, et doit abandonner ses exploitations agricoles et finalement quitter Dantzig, où l'influence nazie se fait de plus en plus pressante.

Il fuit d'abord en 1936 en Suisse, émigre en France en 1938 et part l'année suivante au Royaume-Uni.

L'été 1939 à Zurich, l'agent de presse et éditeur Emery Reves persuade Rauschning de noter ses rencontres avec Adolf Hitler avec autant de citations directes que possible[2]. Le livre, paru sous le titre Hitler m'a dit, qui prétend relater les confidences qu'il aurait reçues de Hitler lors d'entretiens particuliers, est un best-seller. Il est publié dans de nombreuses langues dont le français.

En 1941, Rauschning achète finalement une exploitation agricole à Portland, dans l'Oregon, qu'il ne devait plus quitter.

Hitler m'a dit, une source discréditée[modifier | modifier le code]

L'authenticité des propos attribués à Hitler par Hermann Rauschning dans Hitler m'a dit (de) n'est plus que rarement admise. L'historien britannique Ian Kershaw juge notamment : « Je n'ai pas une seule fois cité le Hitler m'a dit de Hermann Rauschning, ouvrage dont l'authenticité apparaît désormais si mince que mieux vaut carrément l'oublier[3] ». Après Theodor Schieder[4], Wolfgang Hänel[5], Fritz Tobias (de)[6] et Eckhard Jesse (de)[7] ont mis en évidence le peu de crédibilité de l'intimité avec Hitler revendiquée par Rauschning. Celui-ci n'aurait en fait rencontré Hitler que quatre fois, jamais seul à seul, n'aurait donc pu recueillir de telles confidences notamment politiques, et aurait puisé son inspiration essentiellement dans la littérature de l'époque. Son témoignage est en particulier jugé invraisemblable à propos de supposées convictions cachées de Hitler à l'encontre de la religion chrétienne, dont il est le seul à faire état[8].

En 1985, l'historien Wolkgang Koch, citant approbativement les conclusions de Henry Ashby Turner selon lesquelles on doit accorder peu de confiance au livre I Paid Hitler, publié sous le nom de Fritz Thyssen mais écrit par Emery Reves, ajoute que le même Emery Reves aida Hermann Rauschning à écrire le livre Hitler m'a dit[9].

La Révolution du nihilisme, une longue postérité[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Hitler m'a dit, Paris, éd. Coopération, 1939 (nouvelle impression pour les éditions Somogy, en Suisse, en 1940[10]). Réédité avec un avant-propos (de 1979) de Raoul Girardet, Hachette, 2005, (ISBN 2012792391)
  • La Révolution du nihilisme, Gallimard, 1940
  • L'Allemagne entre l'ouest et l'est - la révolution européenne, Julliard, 1952.
  • Le Temps du délire (die Zeit des Deliriums), Luf Paris, Egloff Fribourg, 1948.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pia Nordblom, « Wider die These von der bewussten Fälschung. Bemerkungen zu den Gesprächen mit Hitler », in Jürgen Hensel et Pia Nordblom (éd.), Hermann Rauschning. Materialen und Beiträge zu einer politischen Biographie, Varsovie, Fondation Friedrich Ebert, 2002; 2e éd., Osnabrück, Fibre Verlag, 2003. (Sur la question de l'authenticité / véracité de « Hitler m'a dit ». Conseillé dans la note précédant la réédition française de 2005.)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud de la Croix, Hitler et la franc-maçonnerie, Paris, Ed. Tallandier, 2014, p. 146, note 1.
  2. Martin Broszat, « Enthüllung? Die Rauschning-Kontroverse », dans Hermann Graml, Klaus-Dietmar Henke, Nach Hitler: der schwierige Umgang mit unserer Geschichte : Beiträge von Martin Broszat, R. Oldenbourg, 1986, 326 p. (ISBN 978-3486538816), p. 249-251.
  3. Voir Ian Kershaw, Hitler, tome I, Flammarion, 2000, p. 11.
  4. (de) Hermann Rauschning « Gespräche mit Hitler » als Geschichtsquelle (Opladen, Westdeutscher Verlag, 1972)
  5. Wolfgang Hänel, Hermann Rauschnings "Gespräche mit Hitler : eine Geschichtsfälschung", Ingolstadt, 1984, 136 p.
  6. « Auch Fälschungen haben lange Beine. Des Senatspräsidenten Rauschnings „Gespräche mit Hitler“ », Karl Corino, Gefälscht! Betrug in Politik, Literature, Wissenschaft, Kunst und Musik, Greno, 1988 (ISBN 3-89190-525-4,[à vérifier : isbn invalide]) p. 91–105
  7. « Hermann Rauschning. Der fragwuerdige Kronzeuge », Ronald Smelser et al. Die braune Elite II: 21 weitere biographische Skizzen, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1993.
  8. Richard Steigmann-Gall (en), The Holy Reich: Nazi Conceptions of Christianity, 1919-1945, Cambridge University Press, 2003, 294 p. (ISBN 978-0521823715) p. 28-29.
  9. H. W. Koch, « 1933 : The Legality of Hitler's Assumption of Power », in H.W. Koch, ed., Aspects of the Third Reich, New York, St. Martin's Press, 1985, p. 39 et 55, cité par Samuel W. Mitcham, Jr., Why Hitler, the Genesis of the Nazi Reich, Praeger, Westport and London, 1996 p. 137
  10. Voir Avertissement de Raoul Girardet à l'édition de 1979, reproduit dans l'édition de 2005, p. 29.