Siège de Sarajevo

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Siège de Sarajevo
Le parlement de Bosnie brûle après avoir été touché par des tanks serbes, 1992.
Le parlement de Bosnie brûle après avoir été touché par des tanks serbes, 1992.
Informations générales
Date 5 avril 1992 - 28 février 1996
Lieu Sarajevo, Bosnie-Herzégovine
Issue Accords de Dayton
Belligérants
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Bosnie-Herzégovine Drapeau : République fédérale de Yougoslavie République fédérale de Yougoslavie
Flag of Republika Srpska.svg République serbe de Bosnie
Commandants
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Mustafa Hajrulahović Talijan
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Vahid Karavelić
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Nedžad Ajnadžić
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Jovan Divjak.
Drapeau : Yougoslavie Milutin Kukanjac
Flag of Republika Srpska.svg Stanislav Galić
Flag of Republika Srpska.svg Tomislav Šipčić
Flag of Republika Srpska.svg Dragomir Milošević
Forces en présence
40 000 hommes (1992) 13 000 hommes (1992)[1]
Pertes
~ 6 500 soldats tués ~ 3 000 soldats tués
Guerre de Bosnie-Herzégovine
Coordonnées 43° 50′ 51″ N 18° 21′ 23″ E / 43.8476, 18.3564 ()43° 50′ 51″ Nord 18° 21′ 23″ Est / 43.8476, 18.3564 ()  

Géolocalisation sur la carte : Bosnie-Herzégovine

(Voir situation sur carte : Bosnie-Herzégovine)
 Différences entre dessin et blasonnement : Siège de Sarajevo.

Le siège de Sarajevo est le plus long siège de l'histoire de la guerre moderne. Il a duré du 5 avril 1992 jusqu'au 29 février 1996 et a opposé les forces de la Bosnie-Herzégovine, qui avaient déclaré leur indépendance de la Yougoslavie, et les paramilitaires serbes qui voulaient rester attachés à la Yougoslavie.

Le nombre de morts civils est estimé à 10 000[2]. Les rapports indiquent une moyenne d'environ 329 impacts d'obus par jour pendant le siège, avec un record de 3 777 impacts d'obus pour le 22 juillet 1993. Les tirs d'obus ont gravement endommagé les structures de la ville, y compris des bâtiments civils et culturels.

Le siège[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Dès sa création après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de la Yougoslavie a étroitement surveillé les nationalismes des peuples yougoslaves, craignant qu'ils puissent mener au chaos et à la dislocation de l'État fédéral yougoslave. À la mort de Tito en 1980, cette politique prend une tournure dramatique. Les Serbes nationalistes, menés par Slobodan Milošević, cherchent à obtenir des changements structurels afin de favoriser les Serbes. Il en a résulté une montée en forte puissance et une réaction similaire des groupes politiques nationalistes parmi les autres peuples de la Fédération. La poursuite de cette politique par Milosević n'a fait qu'exacerber les diverses réactions nationalistes et les forces centrifuges menant à l'éclatement du pays.

Craignant une Yougoslavie dominée par les Serbes, la Croatie et la Slovénie déclarèrent leur indépendance en 1991. Sans ces deux principales républiques non-serbes dans la fédération, la possibilité de domination par les Serbes de n'importe quelle future Yougoslavie était encore plus grande. Le 1er mars 1992, le gouvernement de la république de Bosnie-Herzégovine tint un référendum sur l'indépendance. Les Croates de Bosnie-Herzégovine et les Bosniaques votèrent pour la plupart en faveur de l'indépendance, alors que les Serbes de Bosnie la boycottaient, la considérant comme anticonstitutionnelle (car les Serbes n'étaient pas d'accord pour un référendum). Les résultats finaux indiquèrent que 99 % des votants (qui représentaient eux-mêmes 62 % de la population totale) se prononçaient pour l'indépendance de la Bosnie, menant ainsi le parlement bosnien à déclarer l'indépendance de la république le 5 avril 1992. La Communauté européenne reconnut la Bosnie comme état indépendant le 6 avril. Avant tout acte officiel, la guerre avait commencé.

Guerre[modifier | modifier le code]

Le premier incident de la guerre reste un point de controverse entre les Serbes et les autres groupes. Ce qui semble sûr, c'est que la guerre a commencé à Sarajevo. Les Serbes affirment que le premier incident survint après l'assassinat de Nikola Gardović lors d'un cortège de mariage serbe au premier jour du référendum, le 29 février 1992. Les bosniaques affirment que ce fut après un certain nombre d'assassinats politiquement orientés dans le premier trimestre de cette année. Le début le plus largement admis de la guerre est le 5 avril. Le jour de la déclaration d'indépendance, des marches de paix massives eurent lieu dans la ville, dont le groupe manifestants le plus important se dirigeant vers le bâtiment du parlement. À ce moment, des extrémistes serbes armés ouvrirent le feu sur la foule, tuant une personne. Cette personne, Suada Dilberović, est considérée comme la première victime de la guerre en Bosnie et du siège de Sarajevo. Aujourd'hui le pont où elle a été tuée porte son nom afin d'honorer sa mémoire.

Carte du siège de Sarajevo au plus fort avancement des troupes serbes.

Durant les mois précédant la guerre, l'armée populaire yougoslave et les milices en présence dans la région ont commencé à se positionner sur les collines ceinturant la ville. L'artillerie et divers autres équipements impliqués plus tard dans le siège de la ville furent déployés. Au mois d'avril 1992, le gouvernement de la république de Bosnie-Herzégovine exigea du gouvernement yougoslave le retrait de ces forces. Il n'accepta de soustraire au dispositif que les forces ne dépendant pas de la république socialiste de Bosnie-Herzégovine. Les éléments serbes de Bosnie de l'armée furent rapidement transférés dans l'armée de la République serbe de Bosnie (qui avait elle-même déclaré son indépendance de la Bosnie quelques jours après que la Bosnie l'eut fait de la Yougoslavie). Ces troupes composaient la majeure partie des forces autour de Sarajevo, ce qui rendait le retrait de Milošević relativement insignifiant.

Un blocus complet de la ville fut alors officiellement établi par les forces serbes. Les routes principales menant à la ville furent bloquées, stoppant les envois de nourriture et de médicaments. L'eau, l'électricité et le chauffage furent coupés. Les forces serbes autour de Sarajevo, bien que mieux équipées, étaient numériquement inférieures aux défenseurs bosniaques retranchés dans la ville. Par conséquent, au lieu de tenter de prendre la ville, ils l'assiégèrent et la bombardèrent en continu pour l'affaiblir, sans quitter les collines.

Pour contourner le blocus, l'aéroport de Sarajevo fut ouvert par les Nations unies au transport aérien en juin 1992. La survie de Sarajevo en était dépendante.

C'est entre le second semestre 1992 et la première moitié de 1993 que le siège de Sarajevo connut son paroxysme. De nombreuses atrocités furent commises, et de violents combats eurent lieu au point que de nombreux analystes considèrent qu'il s'agit du siège militaire le plus meurtrier depuis le Siège de Léningrad. Les forces serbes bombardèrent continuellement les défenseurs de la ville. Certains Serbes à l'intérieur de la ville se rallièrent à la cause des assiégés. La plupart des armureries et des approvisionnements militaires de la ville étaient sous le contrôle de Serbes. Des tireurs isolés hantaient la ville, à tel point que « Pazite, Snajper ! » (Prenez garde, tireur isolé !) était devenu un avertissement courant. Quelques rues étaient si dangereuses qu'elles furent surnommées Sniper Alley. Les Serbes prirent certaines zones de la ville au cours d'offensives victorieuses, notamment la municipalité de Novo Sarajevo.

Les défenseurs de la ville disposaient d'un armement inférieur aux assaillants. Il n'était pas rare que des pistolets soient fabriqués avec du matériel de récupération, tel que des tuyaux domestiques. Des opérations de reprise de positions serbes dans la ville ont considérablement aidé la cause bosniaque. Contournant un décret d'embargo international sur les armes, quelques bosniaques qui avaient rejoint l'armée au départ de la guerre ont passé des armes en contrebande dans la ville à travers les lignes serbes.

Maisons détruites à proximité de l'aéroport de Sarajevo en juin 1994

Les bombardements ne firent pas d'exceptions ni de subtilités. En septembre 1993, les rapports ont conclu que pratiquement tous les bâtiments de Sarajevo avaient subi des dommages, et 35 000 ont été complètement détruits. Parmi ces bâtiments visés et détruits figuraient des hôpitaux et des complexes médicaux, les sièges des médias et les centres de communication, les industries, les bâtiments gouvernementaux, les installations militaires et les centres des Nations unies. Parmi les destructions remarquables il y eut le bâtiment de la présidence de la Bosnie-Herzégovine et la bibliothèque nationale, qui a brûlé avec des milliers de textes irremplaçables.

Bombarder la ville eut un coût énorme en vies humaines. Les massacres de masse, principalement aux obus de mortier, ont fait les unes des journaux de l'Ouest. Le 1er juin 1993, quinze personnes furent tuées et quatre-vingt blessées lors d'un match de football. Le 12 juillet de la même année, douze personnes furent tuées pendant qu'elles faisaient la queue pour de l'eau. Un attentat devant une boulangerie ainsi que deux explosions sur le marché de Markale, qui firent plusieurs dizaines de victimes, furent également très médiatisés. Ces événements justifièrent l'intervention de l'OTAN.

En réponse au massacre de Markale, l'ONU imposa un ultimatum aux forces serbes pour retirer l'armement lourd au-delà d'une certaine limite dans un délai donné, sans quoi ils feraient face à une attaque aérienne.

À la fin de l'ultimatum les forces serbes se conformèrent aux ordres. Le bombardement de la ville a alors considérablement diminué, ramenant l'espoir d'une issue proche. Un corridor humanitaire fut installé à la mi-1993, ce qui permit d'approvisionner la ville, bien que nul ne puisse en sortir. Ce corridor fut l'un des principaux moyens de contourner l'embargo international d'armes et de fournir aux défenseurs de quoi se défendre, ce qui a peut-être sauvé Sarajevo.

En 1993, alors que les forces serbes allaient parvenir à conclure l'encerclement de la ville au mont Igman, un tunnel passant sous la piste de l'aéroport de Sarajevo, alors zone neutre sous contrôle de l'ONU, permit aux forces bosniaques de contenir l'avancée serbe sur le Mont Igman et d'empêcher la jonction des Serbes qui eut permis à ceux-ci de fermer complètement l'accès totalement libre à la ville pour les Bosniaques. Ce tunnel passait de la ville de Sarajevo, sous l'aéroport et sortait à Butimir, petite localité au pied du Mont Igman. Ce tunnel, encore visible aujourd'hui, n'accueillit qu'un seul étranger lors de son utilisation jusqu'en 1995 et la levée du siège de la ville : un professeur universitaire français[réf. nécessaire]. Les Serbes, ayant appris l'existence de ce tunnel, tentèrent de l'anéantir à plusieurs reprises, soit en bombardant les accès à celui-ci, soit en tentant de l'inonder en creusant un tunnel adjacent relié à la nappe phréatique. Sans ce tunnel, jamais les hommes, les vivres, les armes et les munitions nécessaires à la défense de la ville n'eurent pu entrer dans celle-ci. Il est à noter que les forces de l'ONU étaient au courant de l'existence de celui-ci, mais ne prirent jamais l'initiative de le détruire de peur des éventuelles réactions de la communauté internationale, majoritairement pro-bosniaque, que ce fait aurait entraîné[3].

En 1995, les forces internationales se retournèrent fermement contre les attaquants, notamment lors du combat du pont de Vrbanja à la suite de la prise en otage de plusieurs centaines d'observateurs de l'ONU. Les forces serbes pillèrent aussi un point de collecte d'armes des Nations unies, ce qui entraîna la décision de l'OTAN d'autoriser le bombardement aérien des dépôts de munitions serbes. Les combats se poursuivirent et les Serbes perdirent progressivement du terrain. Le chauffage, l'électricité et l'eau furent rétablis en ville. Un cessez-le-feu fut décrété en octobre 1995, et les accords de Dayton furent ratifiés plus tard dans l'année, apportant la fin des hostilités, la stabilité et un retour à la normale. Le gouvernement de la république de Bosnie-Herzégovine déclara officiellement la fin du siège de Sarajevo le 29 février 1996.

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'ancien bâtiment du gouvernement de Bosnie-Herzégovine

Sarajevo a été fortement endommagée pendant ces quatre années. Le siège de Sarajevo est assurément la plus sombre période dans l'histoire de la ville. Avant la guerre, la ville était en forte période de croissance et de développement. En 1984 les Jeux olympiques d'Hiver ont rapporté une partie de la gloire qu'elle n'avait pas connue depuis la fin du XVIIe siècle. La guerre a stoppé tout ceci, laissant une ville ruinée. D'une population d'avant-guerre d'environ 500 000 habitants, la ville est passée à 250 000.

Sarajevo était un modèle de relations inter-ethniques, mais le siège a engendré des bouleversements considérables. Sans compter les milliers de réfugiés qui quittèrent la ville, un nombre très important de Serbes de Sarajevo s'exilèrent pour la République serbe de Bosnie. Le pourcentage de Serbes dans la population totale de Sarajevo a chuté de plus de 30 % en 1991 à légèrement plus de 10 % en 2002. Les régions de la municipalité de Novo Sarajevo faisant maintenant partie de la République serbe de Bosnie ont formé le Srpsko Sarajevo (Sarajevo serbe), où se trouvent maintenant la plupart des Serbes d'avant-guerre. Depuis les années sombres du début des années 1990, Sarajevo a accompli des progrès énormes, et est sur le chemin du rétablissement comme capitale européenne moderne. En 2004, la majeure partie des dommages faits aux bâtiments pendant le siège étaient réparés, et les ruines et les impacts de balles sont devenus rares. Des projets de construction ont fait de Sarajevo la ville avec la plus rapide croissance de l'ex-Yougoslavie. La population métropolitaine était en 2002 d'environ 401 000 habitants, soit 20 000 de moins qu'en 1991. Avec sa croissance et sa reconstruction actuelle, Sarajevo pourra un jour rejoindre son niveau de la fin des années 1980.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Srećko Latal, « Bosnian Army Says Battle for Sarajevo Will Last Months », Associated Press,‎ 25 June 1995 (consulté le 9 February 2013)
  2. Karadzic: le siège de Sarajevo était une mise en scène des Musulmans, Le Matin, 2/3/2010
  3. « Le Tunnel, le secret du siège de Sarajevo », sur Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle, documentaire de Nedim Loncarevic - Production : 8 et Plus Productions (France)/ Lb Productions (France)/ Archipel Productions (France) / Exclusivement Audiovisuel / RTBF (Belgique) – avec la participation de Public Sénat (France) et France Télévisions Pôle France 3 (France)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]