Polyandrie

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La polyandrie est pour une femme le fait d'avoir plusieurs époux simultanément. Plus généralement, la polyandrie désigne la situation d'une espèce animale dans laquelle la femelle s'accouple avec plusieurs mâles. La polyandrie se distingue de la polygamie séquentielle (ou monogamie sérielle) qui désigne la situation où une femelle se reproduit avec plusieurs mâles au cours de sa vie mais en ayant un unique partenaire sexuel à chaque fois.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Ce terme, de création récente, est formé à partir de deux mots grecs, polus qui signifie « plusieurs » et andros, signifiant « homme (mâle) », sur le modèle de « polygamie » (qui signifie « plusieurs mariages », qu'il s'agisse indifféremment d'hommes ou de femmes). Ce mot polyandrie est donc étymologiquement et sémantiquement incorrect, mais est de plus en plus usités pour discriminer cette pratique de son hyperonyme, et de son antonyme « polygynie », d'origine similaire.

Polyandrie dans les sociétés humaines[modifier | modifier le code]

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La polyandrie a pu être observée, comme forme légitime d'union, dans différentes sociétés humaines.

  • Dans l'Antiquité ou au Moyen Âge :
    • Elle était courante autrefois chez les Guanches aux îles Canaries.
    • Elle est également attestée à Sparte (placée sous l'autorité de son législateur légendaire Lycurgue) dans l'Antiquité, au témoignage de Xénophon, de Nicolas de Damas et de Plutarque, alors que Polybe la décrit en sa forme adelphique ou fraternelle.
    • On la retrouve à la même époque chez les Scythes, peuple nomade originaire des steppes de l'Asie centrale[1]. César attribue cette pratique aux Bretons[2].
  • Au XIXe siècle et au XXe siècle, elle était encore pratiquée entre autres :
  • Aujourd'hui, elle est toujours légale, mais peu pratiquée, au royaume du Bhoutan.

La disparité entre la polygynie, plus courante dans les sociétés humaines, et polyandrie, plus rare, n'est pas bien expliquée par les sociologues. Néanmoins, quelques pistes existent :

  • le déséquilibre numérique entre hommes et femmes (il naît davantage d'hommes, mais ils meurent plus tôt[4]), ou une activité dangereuse exercée par les seuls hommes (guerre) peut inciter la polygynie, que ce soit dans le cadre ou non du lévirat ;
  • à l'inverse, des cas de polyandrie sont relevés de nos jours en Inde, imposés aux femmes (rapt éventuel) dans les régions où elles manquent. (voir article sur la démographie de l'Inde) ;
  • les sociétés matriarcales (qui semblent à certains une exigence préliminaire de la polyandrie, cf. point précédent) sont rares parce que l'homme aurait un avantage lié à sa capacité musculaire ;
  • chez les mammifères, le temps mis par le mâle dans l'acte de procréation est très inférieur à celui de gestation de la femelle; les mâles fécondant plusieurs femelles ayant davantage de descendance que les autres, ils pourraient leur transmettre cette disposition, selon Stephen Jay Gould; un autre point de vue[réf. souhaitée] tout aussi empirique invoque les changements hormonaux de la grossesse pour expliquer une polyandrie naturelle en réponse aux sauts hormonaux qui donnent à beaucoup de femmes enceintes un appétit sexuel plus grand ;
  • la forme adelphique ou fraternelle de la polyandrie favorise le non-partage de la propriété familiale entre plusieurs frères par le sang, ou même classificatoires (Tibet, Népal, Inde).

Polyandrie chez les espèces animales[modifier | modifier le code]

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À l'échelle du règne animal, la polyandrie n'est pas un phénomène exceptionnel avec de nombreux exemples documentés (insectes sociaux, crapauds, oiseaux, chimpanzé, phoque gris…). De nombreuses femelles de mammifères solitaires, comme le putois d'Europe, peuvent consentir à des accouplements avec plusieurs mâles de suite. Plus souvent, on observe une forme de polyandrie sexuelle dans un système sexuel monogame. Ainsi chez certains oiseaux vivant de façon monogame (avec un seul autre individu), on a pu observer un grand nombre de femelles se reproduisant avec un mâle qui n'était pas celui avec lequel elles partageaient le nid (plus de 10 % chez la mésange bleue et jusqu'à 76 % chez le mérion superbe). Dans les espèces plus strictement polyandres, les rôles sociaux sont souvent inversés : les mâles assurent souvent la majeure partie de l'investissement parental et les femelles présentent des caractères sexuels secondaires plus exubérants que les mâles (comme chez le phalarope).

Les principales explications pour expliquer la polyandrie dans le règne animal repose sur l'avantage évolutif pour la femelle de se reproduire avec différents mâles. D'une part, cela peut être un moyen d'obtenir des avantages de la part du mâle courtisan qui peut offrir de la nourriture, de l'aide ou sa protection, lors de la parade nuptiale ; ou alors ce peut être une façon pour la femelle d'économiser des ressources énergétiques sinon consacrées à repousser les avances des mâles. D'autre part, il peut s'agir d'une stratégie pour la femelle d'améliorer le sort de sa descendance quand, par exemple, le mâle courtisan subvient à la protection ou à l'alimentation des petits nés de l'accouplement de la femelle avec un précédent mâle.

La polyandrie animale trouve directement son origine dans le conflit sexuel (Voir aussi la guerre des sexes chez les animaux) et pose des problèmes à la théorie néodarwinienne de l'évolution. On considère toutefois que la principale force évolutionnaire expliquant la polyandrie résiderait dans l'intérêt pour la femelle qu'il y a à augmenter la qualité génétique de sa descendance :

  1. Amélioration : Il peut s'agir d'une stratégie de coping (ou de remédiation) par laquelle la femelle se reproduit avec un mâle de meilleur qualité que le mâle avec lequel elle s'était accouplée au préalable
  2. Diversification : Le fait de se reproduire avec plusieurs mâles augmente la diversité génétique dans la descendance de la femelle
  3. Compatibilité génétique : la femelle cherche par ce biais le mâle dont les caractéristiques génétiques sont les plus compatibles avec son propre génome.
  4. Sélection postcopulatoire : En mettant ainsi le sperme de plusieurs mâles en compétition, elle s'assure que celui qui fécondera ses gamètes sera celui disposant du meilleur capital de fertilisation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Rouche, Attila : la violence nomade, Éditions Fayard, 2009.
  2. De bello Gallico, V, 14. Alors qu'à Sparte les enfants étaient censés appartenir en commun à la cité tout entière, ici les enfants sont réputés appartenir au premier homme qui a épousé la femme.
  3. Voir en particulier les ouvrages de Ralph Linton et Abraham Kardiner où la pratique de la polyandrie y est décrite avec une bonne précision
  4. http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/pourquoi-femmes-survivent-aux-hommes-01-07-1999-88939

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sur la polyandrie en Inde et plus particulièrement sur les « femmes manquantes » en Asie, voir le livre de Bénédicte Manier, Quand les femmes auront disparu : l'élimination des filles en Inde et en Asie, Éditions La Découverte, 2006.
  • Sur la polyandrie à Sparte, voir Stavros Perentidis, « Sur la polyandrie, la parenté et la définition du mariage à Sparte », dans Alain Bresson et alii (éd.), Parenté et société dans le monde Grec de l’Antiquité à l’Âge moderne. Colloque international (Volos 19-20-21 juin 2003), Bordeaux, Éditions Ausonius, 2006 [collection « Études », 12], p. 131-152, avec les renvois aux sources classiques.-

Articles connexes[modifier | modifier le code]