Abram Kardiner

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Abram Kardiner est un psychiatre, psychanalyste et anthropologue né à New York en 1891 et mort dans le Connecticut en 1981. Il est connu pour avoir suivi une analyse avec Freud et pour avoir contribué au développement de la psychanalyse aux États-Unis dans une perspective anthropologique et culturaliste.

Analyse avec Freud[modifier | modifier le code]

Kardiner s'est d’abord dirigé vers la psychiatrie avant de commencer une première psychanalyse avec Horace Frink (qui avait été analysé par Freud) et dont il fut mécontent[1]. Il va donc rencontrer Freud à Vienne et suivre avec lui une analyse didactique pendant deux ans en 1921 et 1922[1], puis suivra un contrôle avec Franz Alexander[réf. nécessaire]. Il écrira à l'issue de sa vie un ouvrage portant sur cette analyse, intitulé Mon analyse avec Freud, qui est selon Plon et Roudinesco « un ouvrage éblouissant […] le plus beau témoignage jamais écrit sur l'ordinaire de la pratique du maître »[1] même si Kardiner, tout comme Sandor Ferenczi, lui reproche une attention trop exclusive à l'homosexualité inconsciente et de laisser de côté le transfert négatif[2],[3],[4]. À cette période Freud ne s'occupait plus de « cas » mais recevait des « élèves », l'objectif n'étant plus tant thérapeutique mais consistait plutôt en la formation de futurs psychanalystes[1],[3].

Ainsi Freud répond un jour à Kardiner qui lui demande quel jugement il porte sur lui-même : « À dire les choses franchement, les problèmes thérapeutiques ne m’intéressent plus beaucoup. Je suis à présent beaucoup trop impatient. Je souffre d’un certain nombre de handicaps qui m’empêchent d’être un grand analyste. Entre autres, je suis beaucoup trop un père. Deuxièmement, je m’occupe tout le temps de théorie, je m’en occupe beaucoup trop, si bien que les occasions qui se présentent me servent plus à travailler ma propre théorie qu’à faire attention aux questions de thérapie. Troisièmement, je n’ai plus la patience de garder les gens longtemps. Je me fatigue d’eux et je préfère étendre mon influence. »[5] Kardiner note que « c’était là que Freud montrait toute sa maîtrise : maîtrise des hommes, maîtrise des problèmes »[5] et se souvient d’un « être aimable et attachant, un homme charmant, plein d’esprit et d’érudition et qui avait un grand sens de l’humour »[5].

Culturalisme : entre psychanalyse et anthropologie[modifier | modifier le code]

À son retour à New York, Kardiner tint un séminaire sur la psychologie des sociétés dites « primitives » à la New York Psychoanalytic Society (en) (NYPS) au sein de l’Institut psychanalytique[6]. Il enseigne également aux universités de Cornell et Columbia[6]. Kardiner s'intéresse alors à l'anthropologie, bien qu'il ne fut jamais allé sur le terrain, et fit connaître les recherches de nombreux ethnologues qu'il invitait en conférence, tels Ruth Benedict, Ralph Linton, Edward Sapir[6]. Kardiner est ainsi associé au mouvement culturaliste et à l'anthropologie culturelle et développe le courant « Culture et Personnalité » qui a été l'un des canaux d'implantation de la psychanalyse aux États-Unis[1].

Il se démarque de Freud, selon qui le psychisme est unique à chaque individu, en mettant en avant l'idée d'un psychisme propre aux membres d’une même culture qu'il appelle « personnalité de base »[1]. Cette notion, associée à celle de « pattern », sera reprise par les anthropologues culturalistes, telle Margaret Mead[6]. Dans cette perspective, Kardiner distingue ainsi les institutions primaires (la famille ou le système éducatif), des institutions secondaires (travail, Église, partis politiques, etc. ou système de croyances)[6] où la famille exerce une pression sur l'individu et le façonne mais où les institutions secondaires sont une manière de compenser la frustration de sa personnalité de base, conçue par la famille. Il proposa ainsi une conception de la « personnalité de base » du Noir américain et de l’Américain moyen[6].

En 1937, avec Emil Oberholzer (en), il interprétera, à l’appui de ses thèses, des tests de Rorschach que Cora Dubois (en) avait menés avec des membres des îles d'Alor en Indonésie[6].

Contributions à l’institutionnalisation et au développement de la psychanalyse aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1942, avec Sandor Rado et bien qu'en désaccord théorique avec lui, il fonde l'Association de médecine psychanalytique, ce qui entraîne une deuxième scission au sein de la NYPS[6], puis ils créèrent en 1947 un institut psychanalytique de formation au sein de la faculté de médecine de Columbia et qui sera reconnu par l'American Psychoanalytic Association (APsaA)[6].

En 1955, Kardiner s'oppose définitivement à Rado et ouvre une clinique psychanalytique[6].

De 1961 à 1968, il enseigne à l'université Emory à Atlanta[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Individu dans sa société : essai d'anthropologie psychanalytique, éd. Gallimard, 1969 (Bibliothèque des Sciences humaines), ASIN B0000DLOQR
  • Mon analyse avec Freud, 1978, éd. Belfond, (ISBN 978-2-7144-1127-3)
  • Introduction à l'ethnologie, éd. Gallimard-Idées no 102, 1966, (ISBN 978-2-07-035102-2)
  • Les Névroses traumatiques de guerre, 1941.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 836
  2. Nina de Spengler « Des psychanalystes témoignent de leur analyse personnelle », Psychothérapies, 3/2004 (vol. 24), p. 131-137. DOI:10.3917/psys.043.0131 L’auteur remarque tout de même que Kardiner se trouve bien pris dans cette problématique qu'il rejette.
  3. a et b Claude Girard, « La part transmise » in Revue française de psychanalyse, tome 48, no 1, 1948, Paris, p. 100
  4. « En comparant mes notes avec celles d'autres étudiants, je me suis aperçu que l'homosexualité inconsciente, tout comme le complexe d'Œdipe, faisait partie de la routine d'une analyse. […] Une fois que Freud avait repéré le complexe d'Œdipe et conduit le patient jusqu'à son homosexualité inconsciente, il ne restait pas grand-chose à faire. On débrouillait le cas du patient et on le laissait recoller les choses ensemble du mieux qu'il pouvait. Quand il n'y réussissait pas, Freud lui lançait une pointe par-ci par-là afin de l'encourager et de hâter les choses. » Mon analyse avec Freud, Paris, Belfond, 1978, p. 92-125
  5. a, b et c A. Kardiner, Mon analyse avec Freud, Belfond, Paris, 1976
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 837
  7. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 838

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Le culturalisme de Kardiner : unifr.ch