Pierre Clastres

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Pierre Clastres, né le [1] à Paris et mort accidentellement le à Gabriac en Lozère[2], est un anthropologue et ethnologue français. Il est notamment connu pour ses travaux d'anthropologie politique, ses convictions et son engagement anti-autoritaires et sa monographie des indiens Guayaki du Paraguay.

Biographie[modifier | modifier le code]

Étudiant, membre de l'Union des étudiants communistes, Pierre Clastres est influencé par Socialisme ou Barbarie[3]. Il retrouvera plusieurs anciens membres de Socialisme ou Barbarie, en 1977 lorsqu'il participera à la fondation de la revue Libre, aux côtés de Miguel Abensour, Cornelius Castoriadis, Marcel Gauchet, Claude Lefort et Maurice Luciani[4].

Philosophe de formation, il s'est intéressé à l'anthropologie américaniste sous l'influence de Claude Lévi-Strauss et d'Alfred Métraux. Il place d'emblée son œuvre dans le sillage du Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie dont il se réclame.

Pierre Clastres a effectué de nombreux travaux de terrain. Il passe l'année 1963 auprès des indiens Guayaki au Paraguay[5]. En 1965, il est en mission chez les Guaraní, de nouveau au Paraguay[5]. Il se rend à deux reprises chez les Chulupi en 1966 puis 1968[5]. Il effectue en 1970 un court séjour chez les Yanomami avec son collègue Jacques Lizot[5]. Enfin, il séjourne brièvement en 1974 chez les Guarani du Brésil[5]. La même année, il devient chercheur au CNRS, et publie le recueil d'articles La société contre l'État. Critique du structuralisme, en conflit direct avec Claude Lévi-Strauss, dont il dénonce notamment la vision de la guerre comme échec de l'échange, il quitte le Laboratoire d’anthropologie sociale[6]. En 1975, il devient directeur d'études à la cinquième section de l'École Pratique des Hautes Etudes.

En 1977, il meurt à l'âge de 43 ans dans un accident de la route, laissant son œuvre inachevée et éparpillée.

Travaux[modifier | modifier le code]

La société contre l'État[modifier | modifier le code]

Dans son œuvre la plus connue, La société contre l'État, Clastres critique à la fois les notions évolutionnistes qui voudraient que l'État organisé soit la finalité de toute société et rousseauistes de l'innocence naturelle de l'homme. Ce faisant, il expulse paradoxalement l'État de la place centrale qu'il occupait alors en anthropologie politique pour recentrer la problématique de son apparition autour de la notion de pouvoir coercitif. La connaissance de cette notion de pouvoir est innée dans toute société, ce qui explique cette tendance naturelle de l'homme à préserver son autonomie vis-à-vis de celui-ci. Les sociétés sont donc perçues comme étant des structures faites d'un réseau de normes complexes qui empêchent activement l'expansion d'un pouvoir despotique et autoritaire. En opposition, l'État est alors cette constellation législative émanant d'un pouvoir hiérarchique qu'elle légitime, tout particulièrement dans ces sociétés qui ont échoué à maintenir en place des mécanismes naturels qui l'empêchent de prendre cette forme. Il oppose ainsi les grandes civilisations andines aux petites unités politiques formées par les chefferies amazoniennes dont l'ensemble du corps social se met continuellement en branle pour empêcher le chef de transformer son prestige en pouvoir.

On retiendra sa thèse principale : les sociétés premières ne sont pas des sociétés qui n'auraient pas encore découvert le pouvoir et l'État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l'État n'apparaisse. Dans Archéologie de la violence, Clastres s'oppose ainsi aux interprétations structuralistes et marxistes de la guerre dans les sociétés amazoniennes. Selon lui, la guerre entre tribus est une façon de repousser la fusion politique, et donc empêcher la menace d'une délégation de pouvoir menant aux dérives intrinsèquement liées à la trop grande taille d'une société.

Les sociétés "primitives" (ou segmentaires) refusent la différenciation économique et politique en interdisant le surplus matériel et l'inégalité sociale. Clastres refuse l'appellation de "sociétés sans États", car il juge que cela constitue un parti pris, celui selon lequel l’État serait indispensable dans une société, alors que ses convictions quelque peu anarchistes le conduisent à juger favorablement ces sociétés dans lesquelles il n'y a pas d’État, pas d'exploitation d'hommes par d'autres hommes. Il est à signaler toutefois que ces tribus disposent chacune d'un chef ; mais ce chef n'a qu'un rôle de diplomate ou de chef de guerre et n'exerce pas véritablement de pouvoir politique. Le chef joue aussi parfois le rôle de médiateur en cas de litige entre des membres de la tribu Si le chef veut exercer un véritable pouvoir sur sa tribu, s'il a trop d'ambition et de prétentions, il peut se faire évincer de son poste honorifique, voire être éliminé. La société primitive est une "société par essence égalitaire" selon Clastres. Clastres ne prend alors pas en compte l'inégalité existante entre hommes et femmes. Ces sociétés segmentaires connaissent une économie de subsistance, c'est-à-dire que les hommes ne produisent que ce qui leur est nécessaire pour vivre : ce sont des "sociétés de refus du travail" selon Jacques Lizot. Ils travaillent donc peu, du moins moins que dans les sociétés connaissant l'économie de marché ; Clastres dit qu'ils travaillent moins de quatre heures par jour.

« L'histoire des peuples sans histoire, c'est [...] l'histoire de leur lutte contre l'État. »

— Pierre Clastres, La société contre l'État

Le prophétisme tupi-guarani[modifier | modifier le code]

Pierre Clastres s'est longuement intéressé à la culture Tupi-Guarani, caractérisée par l'apparition d'un prophétisme bien particulier, différent du chamanisme que les Tupi-Guarani connaissent aussi, et que Clastres analyse comme une réponse à l'évolution de la Chefferie. Selon Clastres, lors de la Conquête, la société Tupi-Guarani était en train de perdre son statut de société première sous l'influence grandissante de la chefferie qui tendait à prendre un pouvoir effectif. Le prophétisme a entraîné une série de migrations des Indiens en direction de la "Terre sans mal", phénomène qui a duré plusieurs dizaines d'années.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Tous les articles sont repris dans les livres ci-dessus.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'esprit des lois sauvages. Pierre Clastres ou une nouvelle anthropologie politique, sous la direction de Miguel Abensour, Seuil, 1987.
  • La terre sans mal. Le prophétisme Tupi-Guarani", Hélène Clastres, Seuil, 1975.
  • L'anti-autoritarisme en ethnologie, actes du colloque ethnologique de Bordeaux du 13 avril 1995, Presse universitaire de Bordeaux, 1997.
  • Pierre Clastres, ouvrage collectif sous la direction de Miguel Abensour et Anne Kupiec, Sens & Tonka, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF
  2. Christian Delacampagne, « Un ethnologue contre l'État », in L'anti-autoritarisme en ethnologie, Colloques ethnologiques de Bordeaux II, p. 103-108
  3. Philippe Gottraux, « Socialisme ou Barbarie », un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre, Payot Lausanne, 1997, p. 205.
  4. Philippe Gottraux, « Socialisme ou Barbarie », un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre, Payot Lausanne, 1997, p. 363.
  5. a, b, c, d et e Miguel Abensour, « Présentation », in L'esprit des lois sauvages. Pierre Clastres ou une nouvelle anthropologie politique, Seuil, 1987, pp. 7-17.
  6. Barbara Glowczewski « Guattari et l'anthropologie : aborigènes et territoires existentiels », Multitudes 3/2008 (n° 34), p. 84-94.