Classe Le Fantasque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Classe Le Fantasque
Image illustrative de l'article Classe Le Fantasque
Le Fantasque en 1944 après sa modernisation aux États-Unis
Caractéristiques techniques
Type contre-torpilleur
Longueur 132.40 m
Maître-bau 11 à 13 m
Tirant d'eau 5.3 m
Déplacement 2 569 à 3 800 tonnes
Propulsion vapeur
4 chaudières au mazout
2 groupes de turbines Rateau ou Parsons
2 hélices
Puissance prévue 74 000 cv
atteinte 100 000 cv
Vitesse maximum aux essais : de 42,71 nds (Le Fantasque) à 45,02 nds (Le Terrible)
Caractéristiques militaires
Armement 5 canons de 138 mm, modèle 1929
8 canons Bofors 40 mm
4 canons AA 37 mm
10 canons Oerlikon de 20 mmm
4 mitrailleuses AA 13 2 mm
(3x3) tubes lance-torpilles de 550 mm.
Rayon d’action 5 000 milles à 15 nœuds
2 500 milles à 25 nœuds
800 milles à 40 nœuds
Autres caractéristiques
Équipage 210 hommes : 13 officiers, 34 officiers mariniers, 163 quartiers maîtres et matelots.
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine française Marine nationale française
Commanditaire Marine nationale française
Date début commande 1930
Période de
construction
1931-1932
Période de service 1935-1964
Précédent classe Vauquelin classe Mogador Suivant

La classe Le Fantasque est une série de six contre-torpilleurs de la Marine nationale parmi les plus rapides de leur catégorie, mis en construction au début des années 1930 et qui ont principalement servi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les unités de la classe Le Fantasque[modifier | modifier le code]

Le Triomphant fut le premier mis sur cale en août 1931 et Le Terrible entra le premier en service en octobre 1935.

Cette série fait suite à la classe Vauquelin. Ces bâtiments sont plus longs (132 mètres au lieu de 129), plus puissants (74 000 cv au lieu de 64 000 cv) et donc capables de soutenir des vitesses plus élevées que les précédents. leur armement est plus moderne. Elle est suivie par la classe Mogador, qui furent les deux derniers contre-torpilleurs de la marine nationale construits avant la guerre avec un déplacement supérieur, une artillerie plus puissante pour une vitesse équivalente. Après modernisation en 1943 et 1944, quatre d'entre eux ont été reclassés en croiseurs légers.

Historique[modifier | modifier le code]

La construction est votée par le Parlement dans la loi de finances du 12 janvier 1930[1], dans le cadre du programme de reconstruction de la flotte française après la Première Guerre mondiale, entrepris, par tranches annuelles, à partir de 1922 et conforme au traité de Washington[2]. Le Conseil Supérieur de la Marine, présidé par Georges Leygues (alors ministre de la Marine) définit les grandes lignes des cahiers des charges qui seront ensuite affinés lors des études techniques puis de la construction et attribue des numéros provisoires aux six futurs navires : Da16 à Da21[1].

Environ un an plus tard, après les premières études techniques, le Conseil décide à quels chantiers sera confiée la construction[3] :

Les lancements s'effectuent entre août 1933 (Le Malin) et avril 1934 (Le Triomphant) et les entrées en service entre novembre 1935 (L'Audacieux et Le Malin) et septembre 1936 (L'Indomptable). Ils seront affectés à la 2ème escadre légère commandée par le vice-amiral François Darlan[4] de la Force de Raid.

Initialement, Le Fantasque, L'Audacieux et Le Terrible forment la 10ème division légère (DLg)[4] tandis que L'Indomptable, Le Malin et Le Triomphant sont réunis au sein de la 8ème division légère[5]. Début octobre 1936, les deux formations prendront respectivement les noms de 10ème et 8ème divisions de contre-torpilleurs (DCT) et les navires recevront les numéros X101, X102, X103 (10e DCT : Le Fantasque, L'Audacieux, Le Terrible) et X81, X82, X83 (8e DCT : L'Indomptable, Le Malin, Le Triomphant)[6].

Ultérieurement, après modernisation aux États-Unis en 1943 et reclassement en croiseurs légers, Le Fantasque, Le Terrible puis Le Malin constituent la 10e division de croiseurs légers (DCL)[7],[8].

Avec Le Triomphant, ces quatre rescapés de la Seconde Guerre mondiale servent encore en Indochine, sont rebaptisés escorteurs d'escadre en 1951[9] selon la norme OTAN, puis sont progressivement placés en réserve et rayés des effectifs. Le dernier en date, Le Malin est condamné par arrêté ministériel du 3 février 1964[10].

Caractéristiques et performances[modifier | modifier le code]

Le cahier des charges initial prévoit, par rapport à la classe précédente, des bâtiments plus longs de 3,40 mètres, avec un mât simple à la place du tripode avant soumis à vibrations, et développant une puissance de 74 000 chevaux au lieu des 68 000 précédents, pour une vitesse attendue dépassant les 37 nœuds[11]. D'autre part, l'armement devra être renforcé.

Les premières études techniques sont effectuées par le Service Technique des Constructions et Armes Navales à Paris afin de déterminer les meilleures formes de carène et répartition des masses possibles pour allier rapidité, stabilité et facilité de manœuvre. Mais c'est au fur et à mesure de la construction et des essais que les choix définitifs des équipements sont effectués[1].

Puissance et vitesse[modifier | modifier le code]

Finalement, les six bâtiments sont équipés de chaudières et de turbines de modèles différents : Le Fantasque, L'Audacieux et Le Terrible reçoivent des turbines Rateau tandis que l'Indomptable, Le Malin et Le Triomphant sont équipés de turbines Parsons[12]. Selon Paul Carré, le motif de ces différences tient à la nécessité de diversifier les fournisseurs pour des « raisons de sécurité des approvisionnements »[13] et posera des problèmes aux chantiers américains lors de la modernisation des navires en 1943. Ils utilisent de la vapeur à 27 kg/cm2 et à 325 °C en sortie des surchauffeurs[14].

Aux essais, ces turbines permettent de développer une puissance de 100 000 chevaux et d'atteindre des vitesses, inégalées parmi les destroyers. Le Fantasque : 42,71 Nds, L'Indomptable : 43,02 Nds, Le Malin 43,11 Nds, L'Audacieux : 43,18, Le Triomphant : 43,24 Nds. Le record étant établi par Le Terrible à 45,02 nœuds (83,4 km/h)[15] Les deux chaises de lignes d'arbres porte-hélices du Terrible n'étaient pas prêtes au moment de sa mise à flot. Elles ont été remplacées par un jeu de rechange d'un contre torpilleur de la classe Vauquelin. Il semble que celles-ci aient été mieux dessinées que celles prévues pour cette série car c'est la seule raison qui explique que Le Terrible ait obtenu une vitesse aux essais plus élevée de près de deux nœuds que ses cinq sister-ships[réf. nécessaire]. Avec une vitesse de plus de 43 nœuds, le modèle Le Fantasque est resté jusqu'en 2010, la classe de navire avec déplacement supérieur à 2500t la plus rapide du monde avant d'être détrôné par les LCS américains.

Déplacement[modifier | modifier le code]

Le déplacement est élevé, les chiffres dépendant essentiellement des paramètres pris en compte[16] :

  • Déplacement standard de référence, appelé déplacement Washington, sans combustible ni eau de réserve : 2 569 tonnes Washington
  • Déplacement en tonnes métriques (la tonne Washington valant 1017 kg) : 2 612 tonnes
  • Déplacement moyen aux essais : 2 800 tonnes (y compris 100 tonnes de mazout et 80 tonnes d'eau)
  • Déplacement en pleine charge : 3 300 tonnes
  • Déplacement après refonte en 1953 : 3 800 tonnes

Rayon d'action[modifier | modifier le code]

Le rayon d'action théorique (ou distance franchissable)[17], est en moyenne de 2 500 nautiques à 25 nœuds[18]. Par exemple, Paul Carré donne les distances franchissables suivantes pour Le Malin : 700 nautiques à 42,5 nœuds, 800 nq à 40 nd, 950 nq à 36 nd, 1750 nq à 26 nd, 3 000 nq à 21 nd, 3 600 nq à 17 nd et 5 000 nautiques à 15 nœuds.

Armement[modifier | modifier le code]

Côté armement, les navires sont équipés de nouveaux canons de 138 mm, modèle 1929, qui accroît la portée à 20 000 mètres et de neuf tubes lance-torpilles de 550mm au lieu de sept pour les tranches précédentes[19]. Comme dans toutes les marines militaires (sauf la marine japonaise) qui n'ont pas su appréhender le danger de l'aviation, l'artillerie anti-aérienne est insuffisante : seulement 4 canons de 37 mm et 4 mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm[20].

Divers[modifier | modifier le code]

Les bâtiments sont prévus pour un équipage de 13 officiers, 34 officiers-mariniers, 163 quartiers-maîtres et marins soit 210 hommes, mais ils pourront embarquer près de 310 hommes pendant la guerre[21].

En février 1932, le Comité technique étudiant le rapport d'essai d'une tranche précédente, les Guépard remarque que les quatre « tuyaux » typiques des contre-torpilleurs français rendent ces navires trop facilement identifiables à la veille optique. La décision sera prise de modifier tous les bâtiments en cours de construction. C'est ainsi que la classe Le Fantasque verra les évacuations des deux chaudières avant et des deux chaudières arrière regroupées en seulement deux cheminées plus courtes et plus larges que celles de leurs prédécesseurs, donnant aux navires une coupe plus « standard »[13].

Refonte aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le Fantasque lors d'essais de vitesse aux États-Unis en juin 1943

L' Indomptable, sabordé le 27 novembre 1942 à Toulon ainsi que L'Audacieux, coulé à Bizerte, après avoir été gravement endommagé au combat de Dakar, ne sont pas concernés par cette refonte.

Le Fantasque et Le Terrible arrivent à Boston le 21 février 1943 ; Le Terrible quitte ce port fin mai et Le Fantasque mi-juin. Le Malin, endommagé à Casablanca, arrive juste après, le 26 juin, et ses réparations étant plus conséquentes, ne quitte Boston que le 17 novembre. Quant au Triomphant, manquant d'entretien du fait de son détachement dans le Pacifique, il est plus laborieusement rénové à Charleston de mai 1944 à mars 1945.

La modernisation s'effectue principalement sur les points suivants :

  • Installation, de deux radars (veille surface et veille aérienne)[22]
  • Mise en place d'un ASDIC[23].
  • Ajout de nouvelles soutes à combustible (capacité de 600 tonnes de mazout portée à 700 tonnes)[23],[21].
  • Remplacement de l'artillerie anti-aérienne d'origine par 8 pièces de 40mm Bofors (1 affût quadruple et 2 affûts doubles) et de 10 canons de 20 mm Oerlikons[21].
  • Installation de 2 grenadeurs anti-sous-marins Thornycroft[21].
  • Débarquement d'une tourelle triple de tubes lance-torpilles (2 tourelles triples sont conservés)[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Carré 1996, p. 9
  2. Henri Darrieus-Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942)
  3. Carré 1996, p. 10
  4. a et b Carré 1996, p. 30
  5. Carré 1996, p. 36
  6. Carré 1996, p. 55
  7. Carré 1996, p. 175
  8. Bassot 1988, p. 77
  9. Bassot 1988, p. 175
  10. Bassot 1988, p. 208-209 : « Arrêté n°2 - Condamnation du contre-torpilleur Malin. »
  11. Carré 1996, p. 8
  12. Carré 1996, p. 10-11
  13. a et b Carré 1996, p. 11
  14. Jean Moulin, « Le contre-torpilleur Desaix (ex-Z 5) », Marines & forces navales, no 112,‎ janvier 2008, p. 42 (ISSN 0998-8475)
  15. 45,25 nœuds selon Henri Le Masson dans Les Lévriers de la Mer (1948) et 45,7 nœuds selon Henri Darrieus et Jean Quéguiner dans Historique de la Marine française (1922-1942) (1996). Paul Carré dans Le Fantasque (page 26) indique seulement « plus de 45 nœuds », mais précise (en 1996) que « Le Terrible détient d'ailleurs toujours le record mondial de vitesse pour les bâtiments de sa catégorie ».
  16. données citées par Henri Darrieus et Jean Quéguiner dans Historique de la Marine française (1922-1942), p. 26.
  17. Le rayon d'action théorique est calculé lors des essais avec peu de combustible à bord et par beau temps. De ce fait, il est toujours supérieur au rayon d'action opérationnel qui dépend de nombreux facteurs (essentiellement de la vitesse, mais aussi de l'état de la mer, de celui des chaudières et de la carène, de la charge, de la qualité du combustible, du nombre d'appareils en fonction etc.)
  18. Henri Darrieus-Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), page30
  19. Carré 1996, p. 8-9
  20. Henri Darrieus-Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), pages 60-61 : « Le canon de 37mm semi-automatique tout comme la mitrailleuse de 13,2 mm sont inefficaces contre des avions modernes.»
  21. a, b, c et d Bassot 1988, p. 240
  22. Henri Darrieus-Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (novembre 1942-août 1945), p. 51 et 54
  23. a, b et c Henri Darrieus-Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (novembre 1942-août 1945), page 54

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Carré, Le Fantasque - L'odyssée de la 10ème DCL, Marines édition,‎ novembre 1996 (ISBN 2-909675-25-4)
  • Pierre Bassot, Une vie de Malin - Mémoires d'un croiseur léger, Éditions du Pen Duick,‎ septembre 1988 (ISBN 2-85-513-114-6)
  • Henri Darrieus et Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (1922-1942), Éditions l'Ancre de Marine, dépôt légal 2ème trimestre 1996, (ISBN 2-84141-103-6)
  • Henri Darrieus et Jean Quéguiner, Historique de la Marine française (novembre 1942-août 1945), Éditions l'Ancre de Marine, dépôt légal 2ème trimestre 1994, (ISBN 2-905970-80-4)
  • Henri Le Masson, Les Lévriers de la Mer - Torpilleurs et destroyers, éditions Horizons de France, dépôt légal 3ème trimestre 1948.
  • Bertrand Magueur, Les escorteurs français de l'après-guerre, tome 1, les rescapés du programme naval, magazine Navires et Histoire, hors-série n° 4, février 2006
  • Jean Lassaque, Histoire des croiseurs légers : 1943-1964 (Les contre-torpilleurs de 2800 tonnes du type Le Fantasque), Les Éditions d'histoire navale, 2007, (ISBN 978-2952696005)
  • Henri Le Masson Histoire du torpilleur en France. Académie de marine. 1967.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :