Harcèlement scolaire

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Initiative contre le harcèlement scolaire. La lutte contre les harceleurs passe par des actions publiques comme cet affichage ou des patrouilles de surveillance anti-harcèlement organisées par les écoliers[1].

Le harcèlement scolaire ou, au Canada, intimidation (voir également brimade, bizutage) décrit des comportements de harcèlement en milieu scolaire. Il est caractérisé par l'usage répété de violences physiques, mais aussi de moqueries et autres humiliations.

Les récents développements dans les technologies de la communication viennent compliquer le problème du harcèlement scolaire. Au moyen du « cyberharcèlement » (ou, au Canada, « cyberintimidation », « cyberbullying »), les enfants harceleurs peuvent poursuivre leurs méfaits hors des murs de l'école, anonymement ou pas.

Définition[modifier | modifier le code]

Le concept du harcèlement scolaire a été forgé au début des années 1970 par le psychologue Dan Olweus à l'occasion d'études réalisées dans des établissement scolaires scandinaves, à l'issue desquelles il a établi trois caractères permettant de définir le harcèlement :

  1. Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire. Ce critère a toutefois été contesté, les enfants n'ayant pas nécessairement la même perception de l'intentionnalité que les adultes[2] ;
  2. Les agressions sont répétées et s'inscrivent dans la durée ;
  3. La relation entre l'agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique[3].

Le dernier point exclut donc les conflits (bagarres et disputes) entre élèves : pour qu'il y ait harcèlement, il faut que la victime ne soit pas, ou ne se considère pas comme étant en situation de se défendre. La pratique du harcèlement scolaire est inséparable de la mise en place d'une situation de domination.

Formes prises par le harcèlement scolaire[modifier | modifier le code]

La violence physique est la forme de harcèlement la plus manifeste mais n'est pas la seule.

Si la violence physique constitue bien l'une des formes prises par le harcèlement scolaire, celui-ci ne saurait se restreindre à ce type de passage à l'acte. Dans la définition qu'il en donne, Dan Olweus indique que doivent être considérées comme des formes de harcèlement scolaire, au même titre que les menaces physiques : les moqueries, l'ostracisation, ou encore la propagation de fausses rumeurs à l'encontre de la victime, si tant est que celles-ci visent à la faire rejeter par les autres[2].

Les formes traditionnelles de harcèlement comme les insultes, le racket, les jeux dangereux (le jeu du taureau, la gard'av, le jeu de la couleur, jeu du foulard) tendent à céder la place à des pratiques comme le happy slapping ou le « cyberbullying », abordé plus bas.

Profils d'agresseurs, d'agressés et d'agressés-agresseurs[modifier | modifier le code]

Les profils de harceleurs et de victimes seraient suffisamment différenciés pour ne pas être interchangeables : « les intimidateurs ne sont pas des victimes à d'autres moments, et [...] les victimes n'ont pas tendance à manifester de comportements d'intimidation envers les autres », notent les auteurs du rapport sur le harcèlement chez les écoliers canadiens[3]. D'autres études semblent pourtant indiquer qu'il existe un nombre important de victimes/agresseurs : entre 20 % et 46 % des victimes de harcèlement reproduiraient ces mêmes types d'agressions qu'ils ont (eu) à subir[4].

Profil du harceleur[modifier | modifier le code]

L'agresseur éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un « dur » aux yeux des autres enfants. Il est en général impulsif, voire hyperactif. Il est souvent plus fort et plus grand que la moyenne, ou dans certain cas petit et complexé ce qui peut le rendre agressif . Ses résultats scolaires peuvent varier (l'élève peut être bon, mais également médiocre). Sans avoir de problème d'estime de soi, il présente des troubles d'anxiété marqués[5]. On peut également signaler une tendance à se sentir « provoqué », une faible culpabilisation et peu d'empathie.

Selon Dan Olweus, il n'est pas possible « d'expliquer le statut d'agresseur ou de victime d'un élève comme étant la conséquence des mauvaises conditions socio-économiques de sa famille ». Le pourcentage d'élèves agressifs est le même à tous les niveaux de la société. Le manque d'affection et un modèle parental valorisant l'agressivité constituent selon cet auteur des facteurs favorisants.

Le harcèlement scolaire est parfois le fait d'un groupe d'élèves. Ce groupe, outre un ou des meneurs dont le profil vient d'être décrit, comporte des « agresseurs passifs »[6] qui sont avant tout entraînés par l'effet de groupe et peuvent présenter un profil de personnalité dépendante et manquer d'assurance.

Le harceleur est le plus souvent un garçon, notamment pour les violences physiques et le racket. Les filles ont plus souvent une participation indirecte (agresseur passif décrit ci-avant) et qui repose sur la propagation de rumeurs, les insultes ou l'ostracisme.

Profil du harcelé[modifier | modifier le code]

La victime est souvent choisie en fonction d'un handicap, d'une différence physique (origine, couleur de peau ou des cheveux, surpoids) ou autre (fragilité ou isolé socialement), tout critère de différence sociale (plus riche, plus pauvre, profession des parents). Les harcelés peuvent également cumuler ces caractéristiques. Isolés socialement, ayant moins d'amis pour les défendre ces enfants sont des victimes plus faciles.

Une étude[7] menée au Royaume Uni a montré que 25 % des adolescents issus de minorités ethniques étaient victimes de harcèlement scolaires contre 12 à 13 % pour la moyenne de l'échantillon. Dans les établissements scolaires difficiles, les bons élèves peuvent aussi être harcelés pour cette raison. Le profil-type par ailleurs est caractérisé par la timidité, l'anxiété ou la soumission[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La liste des effets possibles du harcèlement sur la victime est longue :

  • Décrochage scolaire, voire déscolarisation (des études montrent que la peur des agressions expliquerait 25 % de l'absentéisme des collégiens et lycéens[5])
  • Désocialisation, anxiété, dépression
  • Somatisation (maux de tête, de ventre, maladies)
  • Suicide. Selon une enquête de l'association britannique Young Voice réalisée auprès de 2 772 élèves en 2000, 61 % des victimes de harcèlement auraient des idées suicidaires[5],[8].

Outre les effets à court terme, le harcèlement scolaire peut avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social de l'enfant et de l'adolescent : sentiment de honte, perte d'estime de soi, difficulté à aller vers les autres avec le développement de conduites d'évitement. Ces conséquences peuvent parfois se faire ressentir durant toute la vie des personnes autrefois victimes de harcèlement.

Étendue du problème[modifier | modifier le code]

À l'issue des études réalisées en Scandinavie sur un panel de 150 000 élèves, Dan Olweus est parvenu aux résultats suivants[9] :

« Environ 15 % des élèves des écoles primaires et secondaires de premier cycle de Scandinavie (âgés à peu près de 7 à 16 ans) sont impliqués assez régulièrement dans des problèmes de brimades, soit comme tyrans, soit comme victimes, ou les deux. Environ 9 % sont des victimes et 7 % persécutent d’autres élèves de façon périodique. Une proportion relativement faible de victimes (15 à 20 %) brutalisent elles-mêmes d’autres enfants. »

Ces chiffres sont sans doute en dessous de la réalité, beaucoup d'enfants n'osant pas avouer qu'ils sont victimes de brimades et de harcèlements de la part de leurs camarades : une étude réalisée en Irlande en 1997 a ainsi établi que « 65 % des victimes dans les écoles primaires et 84 % des victimes dans les écoles secondaires n'avaient pas avoué à leurs professeurs qu'ils étaient persécutés »[10].

Les problèmes de harcèlement scolaire ont été étudiés dans la plupart des pays industrialisés, depuis l'Angleterre jusqu'au Japon, en passant par l'Australie ou le Canada[3],[11].

Une enquête réalisée en France en 2009 auprès de 3 000 collégiens montre qu’environ 10 % des élèves reconnaissent avoir été régulièrement harcelés tandis que 5 % se reconnaissant comme régulièrement harceleurs[12].

Lutter contre le harcèlement scolaire[modifier | modifier le code]

Un problème vient de la difficulté des victimes à extérioriser leur souffrance (honte, culpabilité, peur de représailles). Dans une étude de 2004, une victime sur quatre déclare n'avoir parlé à personne de sa situation, 40 % à aucun adulte[13]. Toutefois, trois enfants sur quatre parviennent à se confier mais ne trouvent pas toujours le soutien dont ils ont besoin.

Lutter contre le harcèlement scolaire demande avant tout de sensibiliser les élèves mais surtout le personnel scolaire afin de permettre de parler publiquement du phénomène. Aussi ce phénomène ne peut souvent exister que parce que les autres élèves et les enseignants assistent au harcèlement sans réagir ou en le minimisant.

Une étude sur de futurs enseignants a montré que le type d'agression, le fait d'être témoin direct de l'agression, les capacités d'empathie et la perception de son rôle sexuel (masculinité, féminité) étaient autant de facteurs conditionnant la reconnaissance chez l'enseignant d'un problème de harcèlement scolaire[14].

Les programmes de prévention doivent avant tout inciter l'entourage à se confronter au problème au lieu de l'ignorer. Par exemple, un jeu 3D mis au point par des chercheurs et intitulé « N'aie pas peur » met les enfants en situation de protecteurs d'une victime de harcèlement et permet d'apprendre la conduite à tenir, notamment à faire la différence entre délation et non-assistance à personne en danger[5].

Par ailleurs, au niveau des établissements scolaires, il est nécessaire que l'établissement se positionne sur le problème en mettant en place une politique claire de prévention et de sanctions. En effet, les études mettent fréquemment en évidence une tendance des adultes de référence de l'enfant (enseignants, personnels de direction, parents) à « fermer les yeux » sur le problème. Tandis que la France est extrêmement en retard sur le sujet (à l'exception d'un rapport de 2007 intitulé Les « jeux » dangereux et les pratiques violentes)[6], d'autres pays sont plus avancés : il y a par exemple un National Anti-Bullying Day au Royaume-Uni.

Le harcèlement à l'école est en France un phénomène reconnu, qui a fait l'objet d' Assises nationales sur le harcèlement à l'école[15](2 et 3 mai 2011 à Paris), « dans la continuité des États généraux de la sécurité à l'École d'avril 2010 ». Ces assises ont conclu qu'il était nécessaire de fondamentalement reconnaitre un statut de victime pour l'élève harcelé, de mettre des mots sur les mobiles de l’élève harceleur, de sensibiliser des témoins, de former la communauté éducative et des adultes environnant l'enfant pour déceler, comprendre, et soutenir les élèves harcelés et leur famille[16]. La Fédération des conseils de parents d'élèves souhaite toutefois que des mesures plus significatives soient prises pour atteindre ces objectifs[16].

Le « cyberharcèlement »[modifier | modifier le code]

Le « cyberharcèlement » ou, au Canada, « cyberintimidation » ou « cyberbullying », est une nouvelle forme de harcèlement dont la particularité est qu'elle se fait par Internet ou en utilisant les nouvelles technologies de l'information et de la communication notamment par courrier électronique, sur des forums, par messagerie instantanée (tchats), ou sur les réseaux sociaux en ligne et blogs, mais également par téléphone mobile via des appels ou des SMS[17].

Il se distingue du harcèlement scolaire par les critères suivants :

  1. Il n’est pas cantonné à la cour de recréation ou aux moments où l’enfant est à l’école
  2. Il fait appel à des connaissances techniques des technologies en ligne, dans ce sens c'est une arme utilisable par ceux qui ne peuvent physiquement ou socialement pratiquer le harcèlement scolaire.
  3. Il est la plupart du temps anonyme : la victime ignore l’auteur des méfaits.

Sur les réseaux sociaux comme Facebook, il consiste en la publication de messages humiliants, diffamatoires ou encore dégradants ainsi que la publication de photos embarrassantes.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Pour plus d'informations, voir la catégorie consacrée au harcèlement scolaire disponible dans l'un de ses films :

Dans la lecture[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rue Frontenac. Un écolier se tient debout face à l’intimidation. Gabrielle Duchaine. 30 mars 2011
  2. a et b « Defining Violence: Towards A Pupil Based Definition », sur le site N.O.V.A.S. R.E.S.
  3. a, b et c Wendy M. Craig, Ray DeV. Peters et Roman Konarski, L'intimidation et la victimisation chez les enfants d'âge scolaire au Canada, 1998 [PDF] (Introduction)
  4. Catherine Blaya, art. cit. « Il n'est cependant pas précisé si la victimisation est simultanée à l'agression ou si elle concerne des moments distincts de la vie des jeunes concernés. » (ibid.)
  5. a, b, c et d Florence Motto, Les brimades entre élèves, Sciences Humaines, no 190, février 2008, p. 23-25
  6. a, b et c ÉduSCOL - Prévention de la violence/Les « jeux » dangereux et les pratiques violentes
  7. Adrienne Katz, Ann Buchanan, Victoria Bream, Bullying in Britain, éd. Young Voice, 2001
  8. Intimidation, Encyclopédie sur la mort
  9. Dan Olweus, « Les brimades à l’école : s’attaquer au problème »
  10. Mona O'Moore, « Questions cruciales à aborder dans la formation des enseignants pour contrer les agressions et les persécutions »
  11. Mariko Sanchanta, « Tragedy of school suicides shifts focus to Japan's education system », Financial Times, 30 novembre 2006
  12. Jean-Pierre Bellon et Bertrand Gardette, Harcèlement et brimades entre élèves, La face cachée de la violence scolaire, Paris, Fabert, 2010
  13. James D. Unnever, Dewey G. Cornell, Middle school victims of bullying: Who reports being bullied?, Aggressive Behavior, Volume 30, Issue 5, 2004, pp. 373-388
  14. Wendy M. Craig & coll. « Prospective Teachers' Attitudes toward Bullying and Victimization » School Psychology International. Février 2000 vol. 21 no. 1 5-21
  15. page du Ministère de l'Éducation nationale sur les Assises nationales sur le harcèlement à l'École (2 et 3 mai 2011 à Paris), Actu en images - Luc Chatel 03/05/2011, et Vidéo
  16. a et b Laurence Guillermou Le harcèlement à l’École enfin reconnu !, Fédération des Conseils de Parents d'élèves
  17. Cyberintimidation, sur le site webAverti

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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