Georges Claude

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Georges Claude

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Georges Claude en 1926

Naissance 24 septembre 1870
Paris (France)
Décès 21 mai 1960 (à 89 ans)
Saint-Cloud (France)
Nationalité Drapeau : France française
Champs chimie et énergie
Institutions Air liquide
Diplôme ESPCI
Renommé pour Liquéfaction de l’air
Distinctions Membre (exclu) de l'Académie des sciences

Georges Marie Auguste Claude, né à Paris 11e le 24 septembre 1870 et mort le 21 mai 1960 à Saint-Cloud[1], est un physicien et chimiste français. Il fut un inventeur industriel et praticien remarquable par l’étendue et la diversité de ses travaux. Plusieurs de ses découvertes ont mené à la fondation de la société Air liquide, mais ayant collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, son prestige en souffrira.

Biographie[modifier | modifier le code]

Scientifique et industriel[modifier | modifier le code]

Chimiste de formation, ingénieur de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (5e promotion)[2], il commence sa carrière d'ingénieur par ses travaux sur la dissolution de l’acétylène dans l’acétone, découverte qui conduit à l’utilisation industrielle de ce gaz. Indépendamment de Carl von Linde, il met au point en 1902 un procédé industriel de liquéfaction de l’air. Les brevets qu’il prend à cette occasion (avec l'appoint d'André Helbronner) sont à l’origine de la société Air liquide. Il préconise en 1910, mais en vain, l’utilisation de l’oxygène liquide en sidérurgie. Ce procédé ne sera adopté qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Il est élu membre de l'Académie des sciences le 1er décembre 1924 [3].

Militant d'extrême droite[modifier | modifier le code]

Hostile au régime parlementaire, il adhère à l'Action française en 1933 et donne de nombreuses conférences[4]. Il est membre du Cercle Jacques Bainville parisien à partir de 1936. Après la défaite de 1940, il abandonne ses convictions germanophobes, rompt avec l'Action française et se déclare favorable à la collaboration franco-allemande : il multiplie alors les conférences, à Paris et en province, et les écrits, édités notamment par l'agence de presse Inter-France, en faveur de la collaboration[5]. Quelque peu passionné sinon dérangé, il tente de se suicider à l'issue d'une conférence donnée à Bordeaux le 19 décembre 1942. Interrompant sa conférence, il déclare au public : « J'ai fait mon devoir et je vais le prouver. » Il avale le contenu d'un flacon, puis affirme qu'il vient de s'empoisonner, afin de produire sur le peuple français un choc psychologique. Un simple vomitif suffit à contrecarrer l'effet du poison[6].

Il est membre du comité d'honneur du groupe Collaboration, fondé en septembre 1940. Il est nommé par Vichy membre du Conseil national consultatif en 1941. Son attitude collaborationniste lui vaut d'être radié de l'Académie des sciences le 4 septembre 1944 [7], interné le 2 décembre 1944 et jugé. Condamné en cour de justice à la réclusion perpétuelle en 1945, il est libéré de prison en 1950 et se consacre ensuite à des recherches sur l'utilisation de l'énergie des mers.

Travaux[modifier | modifier le code]

Liquéfaction de l'air[modifier | modifier le code]

Claude imagine un procédé de liquéfaction de l'air qui améliore le rendement de celui imaginé par Linde et où le travail fourni par la détente adiabatique de l'air après sa compression est utilisé dans le compresseur. Le refroidissement qui l'accompagne (effet Joule-Thomson) est mis à profit dans un échangeur de chaleur qui refroidit l'air à la sortie du compresseur. Claude réalise ainsi la séparation par distillation fractionnée de l'oxygène, de l'azote, de l'argon.

Le froid nécessaire à la liquéfaction industrielle de l'air est obtenu par détente, en tirant parti des 2 propriétés suivantes de l'effet Joule-Thomson:

- l'abaissement de température provoqué par la détente est proportionnel à la différence entre les pressions initiale et finale, tandis que,

- l'énergie dépensée au moment de la compression est proportionnelle au logarithme du rapport des pressions, ce qui signifie que la dépense est la même pour comprimer une masse de gaz de 1 à 10 atmosphères ou de 10 à 100. Dans ce second cas, pour la même dépense d'énergie, l'abaissement de température après la détente est dix fois plus fort que dans le premier. En pratique, l'air est dépoussiéré, débarrassé de son gaz carbonique et de son humidité, comprimé vers 200 atmosphères, refroidi dans un échangeur, puis détendu jusqu'à 25 atmosphères. Une série de compressions et de détentes aboutit à la liquéfaction. Dans la plupart des usines, l'air liquide est immédiatement soumis à une distillation fractionnée qui sépare l'oxygène, l'azote et les gaz nobles. Les installations industrielles sont importantes et il n'est pas rare de voir traiter plusieurs centaines de milliers de mètres cubes d'air à l'heure.

Tube à néon[modifier | modifier le code]

Georges Claude démontrant la production d'électricité par l'énergie thermique des mers à l'Institut de France en 1926

Poursuivant ses travaux sur les gaz rares (qu'il obtient en distillant l'air liquide), Claude met à profit l’émission lumineuse qui accompagne le passage de la décharge électrique dans un tube à gaz : la mise au point d’enduits fluorescents le conduit ainsi, en 1910, à la réalisation de l’éclairage au néon, d’abord utilisé dans les enseignes lumineuses (il s'associe en 1912 aux établissements Paz et Silva qui avaient réalisé la première publicité lumineuse électrique, puis les rachète pour former la société Claude-Paz et Silva qui sera à l'origine de JCDecaux) puis, dans la fabrication des lampes « Claude »[8].

En 1913 avec Arsène d'Arsonval, il constate les propriétés explosives de l’air liquide (qu'on utilisera durant la Première Guerre mondiale pour produire des mines (à air liquide et au noir de fumée). Il met au point (1917) un procédé haute pression, (1 000 atmosphères et 550 °C), améliorant le procédé Haber-Bosch de synthèse de l'ammoniac.

Énergie thermique des mers[modifier | modifier le code]

Claude s'intéresse à la production d'électricité et teste dès 1926 une production électrique basée sur la différence de température entre les eaux de surface (plus chaudes) et le fond (froides) des mers chaudes (énergie maréthermique ou énergie thermique des mers). Avec Paul Boucherot, il construit une turbine utilisant ce gradient de température entre les couches superficielles et profondes (1930). En 1933, tirant les leçons de la démonstration[9] faite à Cuba en 1930, et en vue de réaliser une première expérience industrielle, Claude achète sur ses propres deniers le navire La Tunisie[10], un cargo de 10 000 tonnes. La Tunisie fut transformée aux Ateliers et Chantiers de France-Dunkerque en 1933 pour devenir une usine de réfrigération capable de produire 2 000 tonnes de glace par jour grâce à l'énergie thermique des mers. Cinq cents personnes ont travaillé sur ce projet durant un an[11].

Publications[modifier | modifier le code]

  • De l'hostilité à la collaboration, éditions de la France, Paris, 1941, 60 p.
  • La seule route, Publication du centre d'études de l'AGENCE INTER FRANCE, Paris, 1942, 125p.
  • Ma vie et mes inventions, Plon, 1957, 265p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Les patrons sous l'occupation, Odile Jacob, Paris, 1995, p. 250
  • Rémi Baillot, Georges Claude, le génie fourvoyé, EDP Sciences, 2010 (ISBN 9782759803965)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance no 11/3988/1870 portant mention marginale "décédé à Saint-Cloud le 21 mai 1960", « registres d'état civil 1860-1902 », sur Archives numérisées de Paris (consulté le 17 novembre 2013)
  2. Ingénieurs de la 5e promotion de l'ESPCI
  3. « Liste des membres, correspondants et associés étrangers de l'Académie des sciences depuis sa création en 1666 C », sur Académie des sciences (consulté le 17 novembre 2013)
  4. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, Pygmalion-Gérard Watelet, 2000
  5. Histoire d'une évolution: de l'hostilité à la collaboration, Les Éditions de France, 1941 ; La seule route, Inter-France, 1942 ; Français, il faut comprendre ! Imp. L. Hardy, 1943
  6. René-Gustave Nobécourt, Les secrets de la propagande en France occupée, Fayard, 1962, p. 61-62
  7. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, t. 219, juillet-décembre 1944, p. 264 : « Comité secret » (consulté le 17 novembre 2013)
  8. Pierre Marie Gallois, Le sablier du siècle, L'âge d'homme,‎ 1999 (lire en ligne), p. 37
  9. L'énergie thermique des mers (ETM), pionnier
  10. L'énergie thermique des mers (ETM), George Claude, l'opération Tunisie
  11. La Voix du Nord, 29 janvier 2010