Berrichon (cheval)

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Berrichon
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Chevaux berrichons dans l’Atlas statistique de la production de chevaux en France, 1850
Chevaux berrichons dans l’Atlas statistique de la production de chevaux en France, 1850

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Berry, Drapeau de la France France
Caractéristiques
Morphologie Cheval de trait moyen

Le berrichon est un type de cheval élevé dans la région du Berry. Évoqué depuis le Moyen Âge, il ne forme probablement pas encore une race, puis devient au tournant du XXe siècle un cheval de trait de format moyen, sous l'influence du Percheron. Il se fait notamment employer à la traction des omnibus parisiens. Son stud-book ouvre en 1923, son syndicat d'élevage l'année suivante.

Ce cheval disparaît tant en raison de la concurrence du Percheron pour l'agriculture, que par absorption dans les croisements demi-sangs. Il est définitivement inclus à la race percheronne en 1966.

Histoire[modifier | modifier le code]

La qualité des chevaux du Berry est connue dès le Moyen Âge[1], et d'après Henri Trotignon, « jusqu'à l'époque de Louis XIV ils sont considérés parmi les meilleurs »[2] même si leur statut de race à part entière est discuté plusieurs fois[3].

Le Percheron a influencé les chevaux berrichons, fusionnés avec cette race en 1966.

Au XIXe siècle, il est moins estimé que le Percheron[4], auquel il ressemble pourtant beaucoup selon certaines sources anciennes[5], d'autres sources plus récentes évoquant sa parenté avec le cheval limousin, un cheval de selle[2]. Dans le Midi de la France, il a une bonne réputation[5].

En 1923, le « Stud-book du cheval de trait berrichon » est ouvert et l'année suivante, le « syndicat d'élevage du cheval de trait berrichon » se constitue entre plusieurs éleveurs désireux de s'inspirer de la sélection du Percheron[6]. Dès lors considéré comme une race, le cheval berrichon accède à ses propres concours régionaux, en particulier à Sens-Beaujeu, et aux Haras nationaux, notamment celui de Charenton-du-Cher.

Dans l'entre-deux-guerres, l'élevage de ce cheval périclite à cause de la motorisation[7], mais aussi de l'emploi des chevaux de trait plus lourds favorisés par les exploitants agricoles, en particulier le Percheron. L'armée est sollicitée pour acheter des animaux et ainsi soutenir les éleveurs[8] : c'est dans ce cadre qu'un commandant de Rancourt défend l'utilisation du « bidet Sancerrois » pour affronter l'Allemagne nazie en 1939[9].

D'après une thèse publiée en 1946, le cheval berrichon est issu de l'ancien cheval de la Sologne, un animal peu étoffé et de petite taille, mais réputé rustique.

Le cheval berrichon est également absorbé par les croisements dits « demi-sang », avec l'Anglo-normand et l'Anglo-arabe[6]. Le type trait est fusionné avec le Percheron en 1966, en même temps que l'Augeron, le trait du Maine, le Nivernais, le Bourbonnais, le trait de la Loire et le trait de Saône-et-Loire[10],[11],[12].

Description[modifier | modifier le code]

Article connexe : morphologie du cheval.

Amples de formes mais avec des rayons courts[13], les chevaux berrichons présentent les formes raccourcies du cheval commun[14]. La taille des animaux dans les riches parages des bords de l'Allier et de la Loire est élevée, contrairement à ceux du Sud et des cantons peu fertiles[15]. Il existe dans la taille et la conformation des animaux de grandes différences. Ceux des arrondissements de Sancerre, de Blois et de Saint-Amand-Montrond sont forts, contrairement à ceux des arrondissements de Loches, Le Blanc et La Châtre[15]. Les principaux reproches faits aux chevaux sont leur manque de taille et leur lenteur. Les membres sont de très bonne qualité, et les animaux, d'un naturel « doux et franc »[13], sont réputés vigoureux[16].

Utilisation[modifier | modifier le code]

La Compagnie générale des omnibus a fait appel à des chevaux berrichons (la race des deux chevaux sur la photo n'est pas connue).

Ils peuvent convenir pour la traction des voitures de poste[14], et ont été employés, dans le Midi notamment, pour le service des diligences[4]. Les sujets les plus grands et les plus développés sont employés par la Compagnie générale des omnibus de Paris[17] : entre 1855 et 1900, sur les 103 000 chevaux qu'elle a acquis, 6 % sont des berrichons[18]. La compagnie tient le compte du taux de mortalité chez ses chevaux : celui du cheval berrichon est de 6,70 %, soit moins que les Percherons, mais plus que les chevaux cauchois, l'explication étant que les chevaux déjà exploités au travail avant d'être vendus pour les omnibus sont plus résistants[19].

Une expérience de croisement a lieu entre des étalons arabes et des juments berrichonnes, pour obtenir des chevaux de poste élégants[20]. Ils terminent probablement leur carrière dans le roulage[21]. Les modèles plus légers remontent les régiments de chasseurs à cheval[2].

Dans le Berry, l'utilisation du cheval agricole s'est développée à la fin du XIXe siècle, au détriment des bœufs[6].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Les éleveurs berrichons se partagent la production des chevaux, certains les font naître, d'autres les élèvent[22]. À l'époque de Jean-Henri Magne (1850), le Berry n'a pas de race distincte. Les éleveurs achètent des poulains, poitevins principalement, en les choisissant parmi les diligenciers, mais sans s'attacher à un caractère particulier, pas même à une robe plutôt qu'à une autre[14]. La jumenterie du Berry est constituée d'un mélange de traits poitevins, bretons et percherons[2]. C'est pourquoi la plupart des chevaux dits « berrichons » proviennent en réalité de Vendée ou des Charentes[13],[23]. La Bresse vend de jeunes chevaux aux marchands berrichons, qui eux-mêmes les revendent à Paris[24].

En 1840, l'arrondissement d'Issoudun est le principal lieu de commerce de ces animaux[25], ils sont vendus sur de grandes foires, en particulier celles de Sancerre et de Saint-Thibault[23]. En 1857, L'industrie chevaline s'étend dans tout le Berry et se perfectionne avec l'amélioration du sol et de l'agriculture[15]. Les contrées à vallées humides, les arrondissements de Saint-Amand-Montrond, de Le Blanc, de La Châtre et une partie de celui de Sancerre entretiennent des juments poulinières, tandis que les environs de Bourges, d'Issoudun et de Châteauroux, dont les pâturages ne conviennent que pour les bovins et petits ovins, achètent des poulains et les élèvent en les utilisant à des travaux agricoles, pour les fournir ensuite à quelques départements du sud et du sud-est[14]. Beaucoup naissent dans le Poitou, et sont élevés dans le Berry[4].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Le cheval berrichon est mentionné plusieurs fois dans les œuvres de Roger de Beauvoir, en particulier dans Mademoiselle de Choisy[26], et L'abbé de Choisy[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cordeau 1946, thèse citée par la Revue de médecine vétérinaire de Toulouse, volume 99, Écoles Nationales Vétérinaires de Lyon et de Toulouse, 1948, p. 568
  2. a, b, c et d Bernard 2006, p. 37
  3. Journal d'agriculture pratique et de jardinage, À la librairie de la Maison rustique, 1849, p. 315 [lire en ligne]
  4. a, b et c Gilbert-Urbain et M. Guillaumin, Dictionnaire universel théorique et pratique du commerce et de la navigation, volume 1, Guillaumin et Cie, 1839, p. 643
  5. a et b Emile Levasseur, La France et ses colonies (géographie et statistique), volume 2, C. Delagrave, 1890, p. 125
  6. a, b et c Bernard 2006, p. 38
  7. La motorisation des transports routiers se généralise dès les années 1910, mais les chevaux agricoles restent employés plus longtemps, jusque dans les années 1950 à 1960
  8. Ladislas Mysyrowicz, Autopsie D’une Défaite, collection Historica, L'AGE D'HOMME, 1973, (ISBN 2825130117 et 9782825130117), p. 163
  9. Commandant de Rancourt 1939, p. 59-72
  10. Marie Cegarra, L'animal inventé: ethnographie d'un bestiaire familier, Paris, L'Harmattan,‎ 1999 (ISBN 978-2-7384-8134-4, lire en ligne), p. 83
  11. Bernadette Lizet, « Le sang sous la masse, enjeux de l'émergence d'une race chevaline de gros trait dans la Nièvre », Terrain, Ministère de la culture / Maison des sciences de l’homme, no 10,‎ avril 1988, p. 8-22 (lire en ligne)
  12. Annick Audiot, Races d'hier pour l'élevage de demain : Espaces ruraux, Éditions Quae,‎ 1995, 230 p. (ISBN 9782738005816, lire en ligne), p. 86
  13. a, b et c Jacoulet et Chomel 1895, p. 587
  14. a, b, c et d Magne 1857, p. 246
  15. a, b et c Magne 1857, p. 247
  16. Victor Duruy, Chronologie de l'Atlas historique de la France, Librairie de Chamerot, 1849, p. 24
  17. Jacoulet et Chomel 1895, p. 590
  18. Bouchet 1993, p. 90
  19. Bouchet 1993, p. 93
  20. Pierre Mégnin, Le cheval et ses races: histoire des races à travers les siècles et races actuelles, Bibliothèque de l'Éleveur, Aux bureaux de l'Éleveur, 1895, p. 28
  21. Jacques Mulliez, Les chevaux du royaume: histoire de l'élevage du cheval et de la création des haras, Montalba, 1983, p. 38
  22. de Montendre (Comte) 1840, p. 463
  23. a et b de Montendre (Comte) 1840, p. 467
  24. Nicolas Ordinaire et Abel Poitrineau, Le Puy-de-Dôme au soir de la Révolution, volume 35 de Publications de l'Institut d'études du Massif Central, Librairie du bicentenaire de la Révolution française, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1989, (ISBN 2877410471 et 9782877410472), p. 163 [lire en ligne]
  25. de Montendre (Comte) 1840, p. 464
  26. Roger de Beauvoir, Mademoiselle de Choisy, Lévy Fréres, 1859, p. 150 [lire en ligne]
  27. Roger de Beauvoir, L'abbé de Choisy, Meline, Cans et cie, 1847, p. 250

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Achille de Montendre (Comte), Des institutions hippiques et de l'élève du cheval dans les principaux États de l'Europe: ouvrage composé d'après des documents officiels, des écrits publiés en Allemagne, en Angleterre et en France et des observations faites sur les lieux à différentes époques, Bureau du Journal des haras,‎ 1840 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Henri Magne, Hygiène vétérinaire appliquée : Étude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, vol. 1, Labe,‎ 1857 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • J. Jacoulet et Claude Chomel, Traité d'Hippologie, vol. 2, S. Milon fils,‎ 1895
  • Charles Louis Maurice Cormier, Le cheval berrichon et le cheval limousin: avec de nombreuses simili-gravures hors texte, Châteauroux, A.-F. Patissier, libraire-éditeur,‎ 1905, 490 p.
    M. Cormier est vétérinaire militaire et directeur de l'annexe de remonte du Busson, en Indre
  • Commandant de Rancourt, « Le cheval berrichon et la défense nationale », RC,‎ janvier-février 1939, p. 59-72
  • Pierre Cordeau, Le Cheval de trait berrichon (thèse), Lyon, impr. de Paquet,‎ 1946, 63 p.
  • Ghislaine Bouchet, Le cheval à Paris de 1850 à 1914 : Mémoires et documents de l'École des Chartes, n° 37, Genève/Paris, Librairie Droz,‎ 1993, 410 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Daniel Bernard, Berry: Mémoires d'un terroir, Éditions de Borée,‎ 2006, 160 p. (ISBN 2844944639 et 9782844944634) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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