Augeron (cheval)

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Augeron
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Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Pays d’Auge, Drapeau de la France France
Caractéristiques
Morphologie Cheval de trait
Taille 1,58 m à 1,70 m
Poids Environ 715 kg
Robe Gris
Autre
Utilisation Traction lourde

L’Augeron, également nommé Caennais ou Virois, est une ancienne race de grand cheval de trait française originaire du pays d’Auge, fortement influencée par le Percheron, et de robe grise. Elle doit son inscription par la Société hippique du trait augeron comme race distincte à la rigueur des éleveurs de Percherons, qui ont longtemps refusé l’inscription des chevaux nés hors du Perche. Elle a été désignée comme une race dérivée et incluse au stud-book du Percheron en 1966.

Histoire[modifier | modifier le code]

Localisation du pays d'Auge.
Article connexe : Percheron.

Le statut de race a plusieurs fois été débattu pour le cheval Augeron, puisqu'il s'agit à l'origine de chevaux percherons élevés dans le pays d'Auge, qui se sont légèrement modifiés au fil des années sous l'influence du sol et du climat[1].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle et selon Jean-Henri Magne, l'existence de cette population de chevaux est, malgré leur popularité, « généralement passée sous silence par les auteurs ». À Paris, ils sont nommés des « Caennais » ou « Virois », en fonction de leur provenance[2], bien que plusieurs spécialistes regroupent les chevaux Caennais et Virois avec l'Augeron, l'ingénieur agronome Paul Diffloth dissocie les trois dans son ouvrage paru en 1904[3]. Ces chevaux sont vendus aux foires d'Argences et de Bayeux vers le Nord et l'Est de la Basse-Normandie, les poulains sont vendus aux cultivateurs des plaines, et du côté de Bernay, une partie d'entre eux arrivent dans le pays de Caux, la Beauce et la Brie[4]. Des poulains boulonnais envoyés dans le pays d'Auge peuvent être ensuite vendus comme des Augerons[5].

Sans avoir d'originalité dans son modèle, ce cheval est remarqué plusieurs fois pour son homogénéité et sa beauté[6], et estimé de grande valeur[7]. En 1858, il se vend de 600 à 1 200 francs[8].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Un percheron, race avec laquelle les chevaux Augerons ont été fusionnés en 1966.

La « Société hippique du trait augeron » se constitue en 1913 entre les éleveurs du pays d'Auge, afin d'inscrire ces chevaux dans un registre d'élevage particulier. Une raison est à chercher dans la volonté de protection du berceau d'élevage des chevaux percherons : seuls les animaux nés près du Perche ont longtemps eu droit à l'inscription dans le stud-book et par-là à la dénomination « Percheron », ce qui exclut plusieurs populations de chevaux de trait proches, mais nées dans d'autres régions, comme le trait du Maine et l'Augeron[9],[10].

En 1924, la race compte 2 300 représentants[1]. Dans les années 1930, un classement savant établit que deux races de chevaux de trait français ayant leur propre stud-book, le trait Augeron et le trait du Maine, sont des variétés du percheron[1]. L'Augeron décline en nombre dans les années 1950, comme toutes les races de trait affectées par la motorisation de l'agriculture[9]. Finalement, il est fusionné avec le Percheron en 1966, en même temps que le trait du Maine, le Berrichon, le Nivernais, le Bourbonnais, le trait de la Loire et le trait de Saône-et-Loire[11],[12],[13].

Cela n'empêche pas les éleveurs de Percherons du pays d'Auge de rester en activité. En 1982 est créée l'« Association régionale pour la relance de l'élevage du cheval lourd en Normandie », neuf ans plus tard, cette association change son nom en « Association pour la relance du cheval de trait en Basse-Normandie », et change aussi de présidence en élisant M. Spruytte, qui dirige le syndicat du trait Augeron, promouvant l'attelage et les activités sportives avec le cheval de trait. Depuis septembre 1997, elle est dirigée par M. Hurel, secrétaire du syndicat du trait Augeron depuis 18 ans[14].

Description de la race[modifier | modifier le code]

La robe est toujours gris clair, c'est un cheval énergique, fort et bien découplé, de haute taille[2],[8],[15],[16] soit de 1,58 à 1,70 m[1], les chevaux des environs de Vire, les Virois, étant plus petits. La race ressemble beaucoup au Percheron, et se distingue du Boulonnais en ce qu'elle est plus élancée et plus légère[2].

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.

Il est massif[15] et très solidement constitué, mais plus souvent long et élancé que court et trapu[2]. Eugène Gayot le décrit, en 1861, comme un cheval distingué aux formes agréables[17], Jean-Henri Magne ajoute qu'il se distingue aussi par la finesse de sa peau, et évoque un solide cheval pesant 715 kg, dont les harnais, collier, sellette et courroies pèsent pour 90 kg, et le collier seul, 40 kg[2].

Leur tête est droite en avant, et leurs oreilles souvent bien plantées sont proches de celles du Percheron[2]. L'Augeron a « de la branche, du corps, de la longueur de hanche », mais il est quelquefois un peu décousu[17]. La croupe est peu inclinée. Plus généralement, ils ont, surtout ceux à corps trapu et épais, une croupe double qui masque leurs hanches[2].

Si Jean-Henri Magne dit que ce cheval est porté « par des membres bien plantés et très solides »[2], pour Eugène Gayot, les membres de l'Augeron ne répondent pas toujours au volume de l'animal, ni ses allures à sa beauté[17]. Les fanons sont quasiment absents[2].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

« Aussi intelligent que fort », le cheval Augeron peut présenter des différences en fonction de sa région d'origine exacte. Ceux qui viennent des rives de la Vire sont remarquables par leur force et leur sobriété : élevés dans des contrées moins fertiles, ils sont moins exigeants que ceux du Bessin et des riches vallées de Lisieux[2].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Jean-Henri Magne les qualifie d'« excellents chevaux »[2], de par ses aptitudes, l'Augeron est apprécié à l'attelage[17], particulièrement par les marchands, au gros transport à allures vives. Ces chevaux occupent souvent le brancard d'énormes voitures sur lesquelles sont transportés des blocs de pierre de taille de 10 000 à 15 000 kg, ils sont « aussi habiles à manœuvrer dans les tournants que solides pour résister aux secousses écrasantes de ces charges vraiment monstrueuses »[2].

Les éleveurs de chevaux Augerons font souvent labourer les champs par les poulains dans leur jeunesse, avant de les vendre au commerce ou à l'étranger[2],[15], en particulier les mâles. Ils gardent généralement les femelles pour l'élevage[4].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Il est historiquement élevé dans le pays d'Auge, qui comprend le Calvados[18], son principal centre de production, mais son élevage est relativement disséminé[4], comprenant une partie des départements de l'Eure et de la Manche, en particulier dans les vallées des arrondissements de Lisieux et de Pont-l'Évêque, mais aussi dans le Bessin, près de Livarot, de Falaise, de Caen, de Bernay, et de Pont-Audemer[1],[4]. Autour de Caen, les éleveurs donnent la préférence au cheval de trait ou au cheval de selle en fonction de la rentabilité[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Mavré 2004, p. 26
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Magne 1857, p. 260
  3. Paul Diffloth, Zootechnie générale : production et alimentation du bétail. Zootechnie spéciale; cheval, âne, mulet, Encyclopédie agricole, J.-B. Baillière et fils, 1904, p. 352
  4. a, b, c, d et e Magne 1857, p. 261
  5. Hippolyte Constant Charles, Histoire du cheval boulonnais, Aux bureaux de la France chevaline, 1883, p. 153
  6. Académie d'agriculture de France, Comptes rendus, volume 39, Académie, 1953, p. 342
  7. H. Vallé de Loncey, Les races de chevaux de trait (France, Belgique, Angleterre), Bureaux de L'Acclimatation, 1888, p. 368
  8. a et b Louis Gossin, L'agriculture française (etc.), Lacroix et Baudry, 1858, p. 316-317 [lire en ligne]
  9. a et b Daniel Faucher, La France, géographie-tourisme, volume 2, Librairie Larousse, 1951, p. 120
  10. Mavré 2004, p. 44
  11. Marie Cegarra, L'animal inventé: ethnographie d'un bestiaire familier, Paris, L'Harmattan,‎ 1999 (ISBN 978-2-7384-8134-4, lire en ligne), p. 83
  12. Bernadette Lizet, « Le sang sous la masse, enjeux de l'émergence d'une race chevaline de gros trait dans la Nièvre », Terrain, Ministère de la culture / Maison des sciences de l’homme, no 10,‎ avril 1988, p. 8-22 (lire en ligne)
  13. Annick Audiot, Races d'hier pour l'élevage de demain : Espaces ruraux, Éditions Quae,‎ 1995, 230 p. (ISBN 9782738005816, lire en ligne), p. 86
  14. Bernadette Lizet, « Rapport Chevaux de trait : le retour ? Aperçus régionaux en Basse-Normandie, fiche n°5 », Hippotese (consulté le 24 janvier 2011)
  15. a, b et c Dechambre 1928, p. 114
  16. Emile Levasseur, La France et ses colonies (géographie et statistique), volume 2 de La France et ses colonies, C. Delagrave, 1890, p. 124
  17. a, b, c et d Moll et Gayot 1861, p. 39
  18. J. Jacoulet et Claude Chomel, Traité d'Hippologie, volume 2, S. Milon fils, 1895, p. 491

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources anciennes[modifier | modifier le code]

  • Jean Henri Magne, Hygiène vétérinaire appliquée : Étude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, vol. 1, Labe,‎ 1857 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Louis Moll et Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval : études de zootechnie pratique, avec un atlas de 160 pages et de 103 figures, Didot,‎ 1861, 722 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Paul Dechambre, Traité de zootechnie: Les équidés, vol. 2 de Traité de zootechnie, Librairie agricole de la maison rustique,‎ 1928

Études récentes[modifier | modifier le code]

  • Marcel Mavré, Attelages et attelées : un siècle d'utilisation du cheval de trait, France Agricole Éditions,‎ 2004, 223 p. (ISBN 978-2-85557-115-7, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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