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Anglo-normand (cheval)

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Anglo-normand
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Gravure d'un cheval Anglo-normand en 1860.
Gravure d'un cheval Anglo-normand en 1860.

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Normandie, Drapeau de la France France
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle
Taille 1,55 à 1,70 m
Robe Généralement alezane
Tête Profil convexe
Autre
Utilisation Cavalerie (légère et lourde), Attelage léger, Saut d'obstacles

L'Anglo-normand est une race de cheval de selle originaire de Normandie, en France. Issue de croisements entre des Pur Sangs, des trotteurs du Norfolk et des chevaux normands lourds, elle naît dans les années 1830 et prend forme jusqu'au début du XXe siècle, en absorbant des chevaux locaux comme le Merlerault et le carrossier noir du Cotentin. « Cheval à deux fins », utilisé tant comme trotteur que comme carrossier et sous la selle, l'Anglo-normand devient très populaire sous le Second Empire et constitue la principale monture de la cavalerie française. La loi Bocher, votée en 1873, augmente significativement les effectifs de la race et leur utilisation militaire, bien qu'il soit peu réputé comme cheval de troupe.

Au XXe siècle, la modernisation des transports et des armées entraîne la fin de l'utilisation militaire et carrossière de ces chevaux, ainsi qu'une réorganisation de leur élevage. Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, l'Anglo-normand devient une monture de sport équestre, en particulier de saut d'obstacles. La race s'illustre grâce à des champions comme Lutteur B, médaille d'or aux jeux olympiques d'été de 1964, et plus tard des raceurs comme Condor, Furioso II, Almé Z et Cor de la Bryère. La fusion de toutes les races de demi-sang françaises en 1958 inclut ce cheval régional à la race nationale du Selle français. Son influence y est primordiale, les origines normandes restant les plus représentées chez le Selle français. Bien que l'Anglo-normand n'existe officiellement plus depuis cette date, certains éleveurs normands souhaitent le retour de cette race régionale en raison de fréquents croisements avec des chevaux d'origine étrangère chez la race Selle français.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Élevage du cheval en France.

L'histoire du cheval Anglo-normand peut être mise en parallèle avec celle de nombreuses autres populations chevalines régionales durant le XIXe siècle, époque à laquelle des programmes de zootechnie transforment les chevaux autochtones des provinces françaises en introduisant des étalons étrangers via les haras nationaux. Le cheval arabe et le Pur Sang sont considérés comme des améliorateurs. Ce type de croisement, à savoir une jument autochtone, à orientation carrossière ou militaire[1] et un étalon Pur Sang, est reconnu en 1914 sous le nom de « demi-sang ». On trouve des chevaux « demi-sang » dans de nombreuses régions françaises, régions dont ils tirent généralement leur nom[2].

Origine[modifier | modifier le code]

Gravure d'un anglo-arabe conduit à pied par un homme.
Un étalon normand d'avant 1830, dans l'Encyclopédie pratique de l'agriculteur, publiée par Firmin-Didot et Cie, t. 5, 1877.

Durant l'Antiquité, la Bretagne et la Normandie hébergent de petits chevaux de type « bidet », introduits par les Celtes depuis leurs migrations asiatiques[réf. nécessaire]. Les Romains ont vraisemblablement croisé ces chevaux avec des juments plus lourdes. Dès le VIe siècle, la pratique des courses de chevaux est documentée dans la région[3] et au Xe siècle, la qualité des « chevaux normands » suscite la convoitise dans toute l'Europe. Au XVIe siècle, ce sont de petits bidets lourds et résistants, aptes à tracter sur de longues distances et à servir de diligenciers ou de chevaux d'artillerie. Des croisements ont lieu avec le Barbe et l'Arabe à l'époque de Louis XIV[4],[5],[6].

L'origine de l'Anglo-normand remonte véritablement au XIXe siècle. Après les guerres napoléoniennes, il ne reste quasiment plus de chevaux de selle en France, phénomène accentué par l'amélioration des routes, qui entraîne une grosse demande en carrossiers au détriment des chevaux de selle. La crise du cheval de selle dure d'environ 1815 jusqu'aux années 1850, seuls les secteurs du luxe et de l'armée restent demandeurs[7]. Ephrem Houël signale toutefois à cette époque l'existence d'une race de selle normande à Merlerault[8].

En Basse-Normandie, au début du XIXe siècle, il s'élève surtout des carrossiers normands, ancêtres de l'actuel Cob normand et du Trotteur français[9]. Par croisement avec le Pur Sang, les juments normandes donnent un demi-sang connu sous le nom d'Anglo-normand[10]. Les éleveurs de la région commencent vraisemblablement ces croisements dans les années 1830[11],[3]. Des juments indigènes sont croisées avec des étalons Pur Sangs et Arabes, mais les premiers résultats sont décevants[12].

Sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

L'Anglo-normand devient réellement une race populaire à l'arrivée du Second Empire, en concurrence avec le Pur Sang. Il est réputé pour être le type même du cheval polyvalent, apte tant à la selle qu'à la traction d'attelages pour les particuliers[13]. De 1840 à 1860, la race est influencée par des croisements avec des chevaux trotteurs demi-sang provenant d'Angleterre[14]. Les juments locales normandes sont croisées avec des Pur Sangs importés et des trotteurs du Norfolk, trotteurs Orlov importés de Russie et autres demi-sangs, issus eux-mêmes de chevaux du Norfolk et de Mecklembourgeois[15],[9]. En 1855, la qualité des animaux issus de cet élevage assure sa réussite et l'Anglo-normand s'implante dans toute la France au détriment notamment d'une race de selle venue du sud, le cheval limousin[13].

En 1864 est fondée la Société du cheval français de demi-sang qui deviendra plus tard la société d'encouragement à l'élevage du cheval français[16]. D'après Denis Bogros, les éleveurs de chevaux carrossiers normands trompent longtemps l'État français en parvenant à lui vendre des « rebuts d'élevage » comme remontes militaires, grâce à un puissant lobbying. C'est pourquoi ces éleveurs répandent la notion de « cheval à deux fins », concernant en particulier l'Anglo-normand. La conquête de l'Algérie entraîne pour eux une concurrence en la présence des chevaux Barbes[17].

La loi Bocher et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Gravure par Thomas von Nathusius d'une jument anglo-normande dans un enclos extérieur.
Gravure d'une jument Anglo-normande par Thomas von Nathusius, vers 1890.

La loi dite « Bocher », ou « loi des haras et remontes », est votée en 1873 et instaure des primes pour les producteurs de chevaux de la métropole, tout en taxant les importations[18]. Ce protectionnisme est le résultat du désir des éleveurs métropolitains de protéger leurs intérêts face aux importations venues des colonies françaises. Toujours d'après Bogros, le député Bocher, ancien préfet du Calvados, présente un argumentaire en faveur d'un soutien à l'élevage et l'utilisation de l'Anglo-normand, qui est « un véritable modèle de dialectique parlementaire »[19] :

« L'Anglo-normand est le cheval de l'époque… apte à tous les services… au montoir comme à l'attelage. Ce cheval est recherché autant par le commerce que par l'armée »

— Édouard Bocher, Journal officiel de la République française[20]

D'après Alfred Gallier[Note 1], cette loi augmente significativement l'effectif des étalons nationaux et développe la production de chevaux de demi-sang, en particulier de l'Anglo-normand, à destination des armées[21]. La mode du cheval carrossier retarde longtemps la production d'un véritable cheval de selle Anglo-normand, les militaires doivent imposer une « révolution » aux éleveurs, souvent ignorants des emplois de leurs chevaux. Cette situation entraîne des conflits[22].

Réorientation de l'élevage vers les sports équestres[modifier | modifier le code]

Avec la modernisation des transports et de l'armée au XXe siècle, les chevaux Anglo-normands perdent leurs débouchés militaires et carrossiers. La Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande sont des désastres pour le berceau d'élevage de la race. D'une part, les combats détruisent les fermes et la moitié des chevaux du Haras national de Saint-Lô périssent. D'autre part, le cheval a totalement perdu son statut d'animal de luxe et de loisirs, les animaux restants sont surtout de type Cob normand. Les éleveurs repensent leur activité en partant d'élevages en ruines. Le plan Marshall les convainc de ne pas s'orienter vers le cheval de labour, amené à disparaître[3]. Ils font figure de pionniers en se réorientant vers les sports équestres et en ouvrant un stud-book pour la race Anglo-normande dès le 7 décembre 1950, à Saint-Lô[10]. Dans les années 1950 et 1960, l'Anglo-normand devient le principal cheval de sport de la scène internationale[23].

Un observateur anglophone suggère toutefois que les français obtiendraient de meilleurs résultats en sélectionnant plus rigoureusement les juments poulinières. En dépit de ces critiques, les Anglo-normands obtiennent d'excellents résultats en saut d'obstacles, notamment grâce à Lutteur B, médaille d'or aux Jeux olympiques d'été de 1964 à Tokyo[24]. Ils sont régulièrement retrempés dans le sang du Pur Sang, entre autres sous l'influence d'Ibrahim, un demi-sang particulièrement prolifique.

Fusion avec le Selle français[modifier | modifier le code]

Article connexe : Selle français.

L'Anglo-normand est fusionné en 1958 dans la race nationale du cheval de Selle francais et l'état français soutient activement, via un gros investissement financier, l'utilisation des étalons Anglo-normands pour la constitution de cette race de sport nationale[25]. Les étalons issus de la race Anglo-normande, comme Condor, Furioso II, Almé Z et Cor de la Bryère, sont à l'origine de lignées de chevaux de sport parmi les plus performantes d'Europe[25]. Parmi les Selle français issus d'Anglo-normands figurent entre autres Jalisco B, Quito de Baussy, Narcos II, Quidam de Revel, Baloubet du Rouet, Le Tot de Sémilly, Diamant de Sémilly, Nabab de Rêve, Jus de Pomme, Dollar du Murier et Papillon Rouge[23]. Durant des décennies, la race Selle français apparaît composite et les chevaux de souches normandes présentent des différences de morphologie bien visibles[25].

Demande de réouverture du stud-book[modifier | modifier le code]

En août 1996, l'éleveur Fernand Leredde du célèbre haras des rouges (naisseur de Rochet Rouge et Papillon Rouge) dépose la marque « Cheval de Sport Anglo-Normand »[26] (CSAN) pour préserver le patrimoine génétique des Selle français issus d'Anglo-normands sur quatre générations. L'idée se concrétise en août 2008 grâce à l'aide et au soutien actif d'autres professionnels, aboutissant à la création d'un label[23],[26]. Le Selle français est, en effet, de plus en plus croisé avec d'autres races européennes depuis l'arrivée de l'insémination artificielle dans les années 1980 et l'ouverture du stud-book aux chevaux de races étrangères dans les années 2000[25]. Le droit du sol autorise un cheval d'origine étrangère à porter le nom de « Selle français » s'il est né en France. D'autres éleveurs, entre autres ceux du Theil[27], ont rejoint l'idée d'un retour de l'Anglo-normand comme cheval de sport français régional. Les éleveurs normands appelés à voter dans leur ensemble ont toutefois rejeté l'idée d'une modification du stud-book[25].

Le projet de stud-book est auditionné en décembre 2009 et novembre 2011 par la Commission des livres généalogiques, puis le 24 mai 2013[26] au ministère de l'agriculture. Le président de l'Association nationale du selle français Bernard Le Courtois s'est prononcé ouvertement contre le 18 juin 2013, arguant que la concurrence des autres pays est déjà forte dans le monde de l'élevage du cheval de sport, et qu'il faudrait éviter d'en créer une en France[28]. Il qualifie ce projet de réouverture de « criminel », affirmant qu'il s'agirait d'un retour en arrière mené par un « groupuscule d'éleveurs fantaisistes et sans scrupules »[29]. Le Syndicat des Éleveurs et Cavaliers professionnels de chevaux et poneys de sport s'est défendu en répondant que l'éleveur à l’origine du projet du stud-book Anglo-normand figure parmi les plus réputés au monde, tandis que le stud–book SF est « le plus assisté et le plus en déclin d’Europe »[30].

Description[modifier | modifier le code]

Gravure encyclopédique de l'anglo-normand présenté sur son profil gauche.
Cheval Anglo-normand d'après une gravure de Brockhaus et Efron, parue dans l'Encyclopedic Dictionary entre 1890 et 1907.

Généralités[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.

« -— Race anglo-normande. — Il faut appeler de ce nom la population chevaline d'une partie de l'Orne, du Calvados et de la Manche, pays de gras herbages, de succulents fourrages, où prospère le cheval propre à l'attelage, contrée privilégiée où l'élève des animaux en général et du cheval en particulier est abondant et facile; terre de promission où le cheval de pur sang et la race carrossière de demi-sang, riche pépinière pour le cheval de luxe et de commerce, réussissent à souhait, plus et mieux qu'en aucun autre lieu. »

— Eugène Gayot, La connaissance générale du cheval : études de zootechnie pratique[31]

Par le passé, la Normandie possédait plusieurs races distinctes : celle du Merlerault, celle de la plaine de Caen, la cotentine et le cheval de la Hague, ainsi que d'autres variétés. Toutes ces divisions se sont effacées dans les croisements avec le Pur Sang pour former un seul et même type, l'Anglo-normand. Les distinctions entre les anciens types ne proviennent plus que de la taille dès les années 1860, d'après Eugène Gayot[32]. L'Anglo-normand est un cheval très imprégné de sang Pur Sang. Hayes, dans la description qu'il en fait en 1966, lui attribue une taille de 1,55 à 1,70 m, voire davantage. La tête possède un profil convexe, l'encolure est longue, les épaules et l'arrière-main puissantes, bien que les premières aient tendance à être droites. Toutefois, un autre auteur les décrit comme « … [composés] de deux pièces inharmonieuses et mal réunies, l'une étant normande, l'autre anglaise »[24]. La robe est le plus souvent alezane et les marques blanches sont fréquentes. De nos jours, les Selle français issus des souches normandes présentent fréquemment une robe de ce type et un modèle plus charpenté que les Selle français issus des autres régions[33].

Types[modifier | modifier le code]

Alfred Gallier étudie les chevaux Anglo-normands en 1909 et les décrit comme des « métis, issus de croisements divers avec des juments ayant plus ou moins d'origine ». Il en distingue trois types : les trotteurs d'hippodromes, les carrossiers et les chevaux de l'armée, destinés tant à la cavalerie lourde, de ligne, légère que pour l'artillerie de selle et de trait[34]. Le but poursuivi est d'après lui d'équilibrer la race avec des apports de sang d'étalons anglais et de juments normandes[35], le premier étant considéré comme un améliorateur universel[36].

Merlerault[modifier | modifier le code]

Gravure encyclopédique d'un anglo-normand demi-sang trottant sans cavalier dans la nature.
Cheval Anglo-normand du Merlerault en 1852, dans l'Encyclopédie pratique de l'agriculteur publiée par Firmin-Didot et Cie, t. 5, 1877.

Originaires de la généralité d'Alençon, les chevaux Anglo-normands dits « de Merlerault » sont d'une « race probablement artificielle », créés par la Noblesse à partir de Pur Sang et très appréciés à la fin de l'Ancien Régime[37]. D'une taille moyenne, le Merlerault est réputé élégant et porte une tête carrée sur une encolure bien sortie. L'épaule est bien faite, les reins sont courts, les membres sont beaux mais parfois un peu grêles. Les jarrets peuvent manquer de netteté et l'animal est peu étoffé, doté d'une bonne liberté d'épaules, de légèreté et de vitesse. Il est particulièrement propre au service de la selle et à la traction du tilbury[38].

Trotteur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trotteur français.

Du type Anglo-normand, les trotteurs sont les plus rapides[34]. Les premières courses de trotteurs en France ont lieu en 1836, sur la grève de Cherbourg, à l'instigation d'Éphrem Houël, officier des Haras nationaux[9],[39]. Ce dernier estime que les courses de trot sont le meilleur moyen de sélectionner les étalons de selle[39]. Les principaux chefs de race de l'Anglo-normand trotteur voient le jour dans les années 1820 à 1870 : Conquérant (1858), Lavater (1867), Normand (1869), Niger (1869) et Phaëton (1871). Ces cinq étalons sont à l'origine de la race du trotteur français[40]. Le ministère de l'Agriculture crée le premier livre généalogique du trotteur français en 1906[41], ce qui le sépare alors officiellement de la race Anglo-normande. Les trotteurs Anglo-normands sont réputés, à leur époque, pour être des animaux endurants et durs à la tâche[3].

Carrossier noir du Cotentin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cob normand.

Les Anglo-normands de type carrossier sont destinés au commerce de luxe, ils ont plus de taille et d'étoffe que les trotteurs mais sont moins rapides[34]. Ces chevaux dits carrossiers normands sont à l'origine de la race du Cob normand. Le « carrossier noir du Cotentin » est le type le plus ancien, toisant de 1,50 à 1,60 m, avec une robe noire qui a fait en grande partie son succès, puisqu'elle permet à l'époque de constituer des attelages homogènes[42]. Cheval de tirage et de cavalerie lourde élevé dans les environs de Bayeux et de Caen, il est utilisé en croisement. Jusque vers 1775, il est sans rival en France et dans une partie de l'Europe. Il reste réputé jusqu'au début du XIXe siècle[37],[43], comme le « meilleur carrossier au monde »[42] puis disparaît dans les croisements en raison de la dépréciation de sa robe et de ses allures moins recherchées, les éleveurs normands croisant leurs chevaux noirs avec des bais[44]. Eugène Gayot le décrit comme assez peu élégant, doté d'une tête commune, à l'encolure courte, l'épaule chargée et le dos un peu long, mais il a des membres, de l'étoffe, du tempérament et du fond. Il est propre à tous les services[38].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Dessin d'un anglo-normand attelé et tenu via la bride par le cocher.
Un Anglo-normand mis à l'attelage dans l'ouvrage d'Eugène Gayot paru en 1861, gravure de François Hippolyte Lalaisse.

L'Anglo-normand est, tout au long du XIXe siècle, un cheval dit « à deux fins », tant un trotteur destiné tant à l'attelage léger et aux courses de trot qu'un animal destiné à la selle[13]. La variété de course, réputée pour sa vitesse et « désignée sous le nom de trotteurs »[45], est à l'origine de la race du Trotteur français. Au XXe siècle, ce cheval est sélectionné pour le saut d'obstacles, il devient une excellente monture dans ce sport.

Cheval militaire[modifier | modifier le code]

Des années 1830 à l'entre-deux-guerres, l'Anglo-normand est l'une des montures utilisées par la cavalerie française[46]. Bien qu'Alfred Gallier affirme qu'il forme un bon cheval de service[47], beaucoup d'opinions contraires font valoir que ce n'était pas le cas. Les exigences militaires entrent en conflit avec la production des éleveurs normands, puisque le cheval carrossier possède un équilibre et des allures totalement différents de ce qui est recherché chez le cheval de guerre. Ce dernier doit être porteur (et non « tractionneur »), apte à galoper et à se déplacer en terrain accidenté[22].

D'après le colonel et cavalier Denis Bogros, le poids économique des éleveurs de chevaux normands est tel qu'ils influencent négativement l'efficacité de l'armée française jusqu'au début du XXe siècle, en ne produisant que de grands chevaux trotteurs corpulents, moins résistants à la fatigue que les Barbes et les Arabes. Les Anglo-normands se vendent bien dans le commerce mais se révèlent sans valeur pour la cavalerie[48]. Cette situation aboutit à la création de la « Société du cheval de guerre », qui en 1906 critique sévèrement l'usage de l'Anglo-normand, ce « cheval d'attelage à deux fins » de type trotteur : « nous voulons un cheval qui ait le galop à fleur de peau et non un cheval auquel il faille arracher cette allure à coups d'éperons »[49]. Denis Bogros en conclut que la cavalerie métropolitaine de la IIIe République devra partir en campagne avec un cheval imposé par la société libérale à son armée[19]. L'Anglo-arabe, produit autour de Tarbes, est d'après lui beaucoup plus efficace pour l'armée que l'Anglo-normand[50].

Croisements[modifier | modifier le code]

Gravure par Joseph Simon Volmar d'un étalon importé en Suisse. L'animal est présenté sous son profil gauche.
Un étalon Anglo-normand importé en Suisse dans le canton de Berne, vu par Joseph Simon Volmar.
Article connexe : Nonius Senior.

L'Anglo-normand a influencé un très grand nombre d'autres races de chevaux, à travers toute l'Europe et l'Asie. Ces races croisées incluents l'Andravida grec, créé à partir de juments locales et d'étalons Anglo-normands[51]. L'unique race Suisse, le Franches-Montagnes, est issu de nombreux croisements avec des Anglo-normands, des Pur Sangs et des chevaux des montagnes du Jura[52]. La race polonaise du Sokolsky provient également en partie de croisements avec lui[53].

La race hongroise du Nonius provient d'un seul étalon Anglo-normand nommé Nonius Senior[54], qui a sailli ses propres filles afin d'en fixer les caractéristiques. Le sang Anglo-normand influence aussi deux races allemandes, le Würtemberger[55] et l'Oldenbourg, qui a été affiné par ces croisements[56] grâce aux étalons Condor (né en 1950) et Furioso II[57]. Enfin, le cheval chinois dit Heihe a été croisé avec des Anglo-normands dans les années 1940[58].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Gravure d'un anglo-normand du Merlerault tenu par les rênes par un homme adossé à une batisse.
L'Anglo-normand du Merlerault, d'après une gravure de Lalaisse, 1850.

Le berceau d'origine de la race est la Basse-Normandie (Caen, Alençon, une partie du Perche et le Pays d'Auge), avec des spécialisations propres à certaines régions. Le sol et l'herbe y sont d'excellente qualité pour l'élevage équin, grâce au climat et aux précipitations abondantes[3]. Le Merlerault est la plus ancienne région d'origine des Anglo-normands[3] et produit essentiellement des chevaux de selle, tandis que le Cotentin et la vallée d'Auge donnent des chevaux d'attelage[13]. Le principal centre d'élevage de la race, en particulier sous le Second Empire, est toutefois la plaine de Caen[59], où de jeunes poulains venus d'autres régions sont placés en pâture. Mis à l'herbe, ces poulains y sont habituellement débourrés à l'âge de trois ans[13].

Le haras national de Saint-Lô et celui du Pin, qui sont des dépôts de remonte militaire à l'époque de la cavalerie, détiennent un bon nombre d'individus de la race. À la fin du XIXe siècle, dans l'Orne, l'Anglo-normand naît presque exclusivement dans l'arrondissement d'Alençon, précisément le Merlerault[60]. Peu de ces chevaux s'élèvent alors dans le département du Calvados[61]. De nos jours, la Normandie héberge 20 % des poulinières de sport nationales de la race Selle Français, la contribution de la région en faveur de la race nationale Selle français sur la scène sportive est très importante[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Alfred Gallier est vétérinaire inspecteur de la ville de Caen et conseiller général du Calvados.

Références[modifier | modifier le code]

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  17. Bogros 2001, chap. « L'aventure de la cavalerie au Maghreb » et « 1870 - L'humiliation et la gloire »
  18. Bogros 2001, chap. VI : « La loi sur les haras et remontes »
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  42. a et b Abel Poitrineau, L'élevage et la vie pastorale dans les montagnes de l'Europe à l'époque moderne, Presses Univ. Blaise Pascal,‎ 1984, p. 293
  43. Musset et Robien 1917, p. 220
  44. Journal des haras, chasses et courses de chevaux, des progrès des sciences zooïatriques et de médecine comparée, vol. 2, Parent,‎ 1835, p. 248
  45. Gallier 1900, p. 67
  46. Gallier 1900, p. 243-249
  47. Gallier 1900, p. 247
  48. Bogros 2001, chap. « La mise en œuvre de la loi Bocher » et « La société du cheval de guerre »
  49. « Bulletin », Société du cheval de guerre, no 1,‎ 1906, cité par Bogros 2001, chap. VI : « Les chevaux de la cavalerie métropolitaine de la IIIe république : les anglo-normands »
  50. Bogros 2001, chap. « Du demi-sang Anglo-arabe »
  51. Hendricks et Dent 2007, p. 170
  52. Hendricks et Dent 2007, p. 190
  53. Hayes 1969, p. 403
  54. Hendricks et Dent 2007, p. 312
  55. Haras de Marbach, Allemagne, « Le cheval Altwürttemberger ou Württemberger », Les Haras nationaux,‎ mars 2012 (consulté le 17 avril 2013)
  56. Hendricks et Dent 2007, p. 323-324
  57. (en) Nicolas Jane Swinney (photogr. Bob Langrish), Horse Breeds of the World, Globe Pequot,‎ 2006 (ISBN 1592289908, lire en ligne), p. 70
  58. Hendricks et Dent 2007, p. 214-215
  59. Gallier 1900, p. 40
  60. Gallier 1900, p. 228
  61. Gallier 1900, p. 26

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • [Moll et Gayot 1861] Louis Moll et Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval : études de zootechnie pratique, avec un atlas de 160 pages et de 103 figures, Didot,‎ 1861, 722 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Gallier 1900] Alfred Gallier, Le cheval Anglo-Normand : avec photogravures intercalées dans le texte, Paris, Baillière,‎ 1900 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Gallier 1909] Alfred Gallier, Mémoires de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen,‎ 1909 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Bogros 2001] Denis Bogros, Les chevaux de la cavalerie française : de François Ier, 1515 à Georges Clemenceau, 1918, Loudun, PSR éditions, coll. « Les Cavales »,‎ 2001, 111 p. (ISBN 9782908571325, résumé, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Hayes 1969] (en) M. Horace Hayes, Points of the Horse, New York, NY, Arco Publishing Company, Inc.,‎ 1969, 7e éd. (1re éd. 1893), 541 p. (ISBN 9780668018111) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Collectif 2002] Collectif, Chevaux et poneys, Éditions Artémis,‎ 2002, 128 p. (ISBN 978-2-844160256, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Hendricks et Dent 2007] (en) Bonnie L. Hendricks et Anthony A. Dent, International Encyclopedia of Horse Breeds, University of Oklahoma Press,‎ 2007, 486 p. (ISBN 9780806138848) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Bataille 2008] Lætitia Bataille, Races équines de France, France Agricole Éditions,‎ 2008, 286 p. (ISBN 9782855571546, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Musset et Robien 1917] René Musset et Henry Robien (comte de), L'élevage du cheval en France : Précédé d'une bibliographie de l'élevage du cheval en France du XVIIe siècle à nos jours, suivi d'études sur l'élevage du cheval dans le Perche, le Boulonnais et la Basse-Normandie, Librairie agricole de la maison rustique,‎ 1917, 232 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles[modifier | modifier le code]

  • [Tsaag Valren 2012] Amélie Tsaag Valren, « Le Selle français : une race gagnante (I) », Cheval Savoir, no 38,‎ décembre 2012 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Tsaag Valren 2013] Amélie Tsaag Valren, « Le Selle français 1958-2013 : de la mondialisation au retour des valeurs régionales », Cheval Savoir, no 39,‎ janvier 2013 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

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