Albert Hirschman

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Albert Hirschman

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Nom de naissance Albert Hirschmann
Naissance 7 avril 1915
Berlin
Décès 10 décembre 2012 (à 97 ans)
Ewing Township, New Jersey
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Pays de résidence États-Unis d'Amérique
Profession Professeur d'économie

Albert Otto Hirschman (né le 7 avril 1915 à Berlin sous le nom de Hirschmann, et mort le 10 décembre 2012[1]) est un économiste américain de formation et un socio-économiste hétérodoxe. Ses recherches pluridisciplinaires rendent difficile sa classification dans une des disciplines auxquelles il a contribué telles que l'économie, les sciences politiques ou la sociologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hirschman est né à Berlin (Allemagne) de Carl et Hedwig Marcuse Hirschmann (famille juive). Il est le frère cadet de Ursula Hirschmann, qui deviendra la femme de Altiero Spinelli. Il fait ses études au Lycée français de Berlin. À 16 ans, il adhère aux Jeunesses socialistes du Parti social-démocrate (SPD) allemand avec lesquelles il s'opposera, parfois violemment, aux nazis.

En 1933, après la prise de pouvoir d'Adolf Hitler, il quitte l'Allemagne pour la France, où il poursuit ses études supérieures à l'École des hautes études commerciales et à la Sorbonne, puis au Royaume-Uni à la London School of Economics. En 1936, il part en Espagne pour combattre le franquisme. Jusqu'en 1938, il étudie à l'université de Trieste, où il obtient son doctorat d'économie et s'engage dans l'opposition clandestine à Benito Mussolini. Contraint à l'émigration à cause des lois anti-juifs, on le retrouve dans un groupe de volontaires allemands et italiens de l'armée française. Après la signature de l'armistice, il participe activement, avec le journaliste Varian Fry, à la protection et à l'exfiltration de personnes menacées par le régime de Vichy.

En décembre 1940, il est lui-même obligé de fuir vers les États-Unis, où il obtient une bourse de recherche Rockefeller à l'université de Californie, Berkeley (1941-1943). Il sera fait citoyen américain en 1943. Par la suite, il revient en Afrique du Nord au service de l'armée des États-Unis (1943-1946) puis travaille à la réserve fédérale (1946-1952) pour la reconstruction économique de l'Europe sous l'égide du Plan Marshall.

En 1952, il choisit de se rendre en Colombie pour être conseiller économique du Concejo de Planificacion Nacional puis à partir de 1956, conseiller dans le privé. De retour dans le monde académique, il obtient des postes dans les plus grandes universités américaines : Yale (1956-1958), Columbia (1958-1964), Harvard (1964-1974) et Princeton (1974-1985). En 1985, il prend sa retraite et est nommé professeur émérite.

Recherches[modifier | modifier le code]

Économie du développement[modifier | modifier le code]

En 1958, Hirschman publie un ouvrage sur l’économie du développement, The Strategy of Economic Development qui sera un des textes fondateur de ce nouveau champ de recherche. Il affirme la spécificité des pays en développement, ce qui le conduit à rejeter l'analyse économique standard pour étudier ces pays. Ce livre s'inscrit dans une trilogie dans laquelle Hirschman voulait célébrer, chanter l'épopée du développement, son défi, son drame, sa grandeur. En 1963 paraît ainsi Journeys Toward Progress puis en 1967, Development Projects Observed.

Dans son livre de 1958, il présente ses stratégies de développement économique. L'idée de croissance déséquilibrée, qui rencontra un vif intérêt parmi les pays en développement dans les années 1960, y est formulée. Hirschman voit dans la croissance une succession de déséquilibres, car la croissance se manifeste d'abord dans certains secteurs ou certaines régions avant de s'étendre au reste.

« Our aim must be to keep alive rather than eliminate the disequilibria of which profits and losses are symptoms in a competitive economy. If the economy is to be kept moving ahead, the task of development policy is to maintain tensions, disproportions, and disequilibria. That nightmare of equilibrium economics, the endlessly spinning cobweb, is the kind of mechanism we must assiduously look for as an invaluable help in the development process. »

— The Strategy of Economic Development, p.66

Il existe des liaisons entre les branches industrielles : dans le cas de liaisons en amont (backward linkages), la mise en place d'une industrie va créer une demande pour des intrants (ou input, par exemple l'industrie automobile a besoin d'acier) ; dans le cas de liaisons en aval (forward linkages), le produit d'une industrie peut devenir le facteur de production d'une autre industrie (le forage pétrolier permet la création d'une filière de pétrochimie). Il préconise donc de concentrer les efforts d'investissement sur un nombre limité de secteurs, qui auront été sélectionnés pour leurs effets d'entraînement, afin de créer des pôles de croissance. Les secteurs clés seront l'industrie lourde[2].

À l'époque, ce concept s'opposait à l'idée de croissance équilibrée prônée notamment par Rosenstein-Rodan, Nurkse, Arthur Lewis et Scitovsky (en).

Économie politique[modifier | modifier le code]

En 1970, il publie son ouvrage le plus connu, Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Il montre que les individus ont à leur disposition trois choix lorsqu'ils sont mécontents :

– la réaction silencieuse (exit) : un consommateur insatisfait peut changer tout simplement de marque de produit ;
– le renoncement à l'action : le consommateur reste fidèle (loyalty) à la marque ;
– enfin, la protestation, prise de parole (voice) : la manifestation contre les mauvaises performances de l'entreprise concernée.

Les distinctions d'Hirschman permettent ainsi de penser les conditions d'émergence ou de non-émergence de l'action collective (analyse transférable en sociologie politique).

Récompenses[modifier | modifier le code]

Hirschman remporta de nombreux prix, dont celui de l'académie américaine des sciences le prix Talcott Parsons pour les sciences sociales en 1983, le prix Toynbee 1997-98 et la médaille Thomas Jefferson de la société de philosophie américaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LeMonde.fr (21 décembre 2012)
  2. À l'époque, le développement économique d'un pays n'était conçu que par le développement de son appareil industriel.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • WorldCat
  • 1958, The Strategy of Economic Development, New Haven, Yale University Press, (ISBN 0300005598). Stratégie du développement, Paris, Les Éditions Ouvrières, 1974.
  • 1961, Latin American issues; essays and comments, New York, Twentieth Century Fund.
  • 1963, Journeys Toward Progress, New York, Twentieth Century Fund, (ISBN 0837101069)
  • 1967, Development Projects Observed, Washington, D.C., Brookings Institution, (ISBN 0815736509)
  • 1970, Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States, Cambridge, MA, Harvard University Press.(Face au déclin des entreprises et des institutions), (ISBN 0674276604)
  • 1974, Exit, Voice and Loyalty : Further Reflections and a Survey of Recent Contributions, Social Science Information 13 (February): 7–26.
  • 1977,The Passions and the Interests: Political Arguments For Capitalism Before Its Triumph, Princeton, NJ, Princeton University Press, ISBN 0-691-01598-8. Les passions et les intérêts : justifications politiques du capitalisme avant son apogée, Paris, PUF, 1997 (ISBN 2130524311), réédité en 2001; édition poche 2011.
  • 1980, National power and the structure of foreign trade, Berkeley, University of California Press.
  • 1982, Shifting involvement, private interest and public action (Bonheur privé, action publique), Paris, Fayard 1983; édition poche, Paris, Hachette, "collection Pluriel", 2006 (ISBN 2012792812) : Hirschman y explique les transitions entre la participation à la vie publique et le repli vers la sphère privé et réciproquement, par un mécanisme impliquant frustrations et déceptions.
  • 1984, L'Économie comme science morale et politique, Paris, Le Seuil (ISBN 2020068230)
  • 1986, Vers une économie politique élargie, Paris, Minuit (ISBN 2707310778)
  • 1991, The Rhetoric of Reaction: Perversity, Futility, Jeopardy, Cambridge, MA, The Belknap Press of Harvard University Press. ISBN 0-674-76867-1 (cloth) and ISBN 0-674-76868-X (paper). Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, 1991.
  • 1995, Défection et prise de parole, Paris, Fayard, 1995 (ISBN 2213592381)
  • 1995, A propensity to self-subversion, Cambridge, Mass., Harvard University Press. Un certain penchant à l'autosubversion, Paris, Fayard, 1995 (ISBN 2213594422)
  • 1997, La Morale secrète de l'économiste, (entretiens), Paris, Les Belles-Lettres (ISBN 2251441107)
  • 2011, Exit, voice, loyalty. Défection et prise de parole, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles (ISBN 978-2-8004-1503-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]