Albert Hirschman

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Albert Hirschman

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Nom de naissance Albert Hirschmann
Naissance
Berlin
Décès (à 97 ans)
Ewing Township, New Jersey
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Pays de résidence États-Unis d'Amérique
Profession Professeur d'économie

Albert Otto Hirschman (né le à Berlin sous le nom de Hirschmann, et mort le [1]) est un économiste américain de formation et un socio-économiste hétérodoxe. Ses recherches pluridisciplinaires rendent difficile sa classification dans une des disciplines auxquelles il a contribué telles que l'économie, les sciences politiques ou la sociologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hirschman est né à Berlin (Allemagne) de Carl et Hedwig Marcuse Hirschmann (famille juive). Il est le frère cadet de Ursula Hirschmann, qui deviendra la femme de Altiero Spinelli. Il fait ses études au Lycée français de Berlin. À 16 ans, il adhère aux Jeunesses socialistes du Parti social-démocrate (SPD) allemand avec lesquelles il s'opposera, parfois violemment, aux nazis.

En 1933, après la prise de pouvoir d'Adolf Hitler, il quitte l'Allemagne pour la France, où il poursuit ses études supérieures à l'École des hautes études commerciales et à la Sorbonne, puis au Royaume-Uni à la London School of Economics. En 1936, il part en Espagne pour combattre le franquisme. Jusqu'en 1938, il étudie à l'université de Trieste, où il obtient son doctorat d'économie et s'engage dans l'opposition clandestine à Benito Mussolini. Contraint à l'émigration à cause des lois anti-juifs, on le retrouve dans un groupe de volontaires allemands et italiens de l'armée française. Après la signature de l'armistice, il participe activement, avec le journaliste Varian Fry, à la protection et à l'exfiltration de personnes menacées par le régime de Vichy.

En décembre 1940, il est lui-même obligé de fuir vers les États-Unis, où il obtient une bourse de recherche Rockefeller à l'université de Californie, Berkeley (1941-1943). Il sera fait citoyen américain en 1943. Par la suite, il revient en Afrique du Nord au service de l'armée des États-Unis (1943-1946) puis travaille à la réserve fédérale (1946-1952) pour la reconstruction économique de l'Europe sous l'égide du Plan Marshall.

En 1952, il choisit de se rendre en Colombie pour être conseiller économique du Concejo de Planificacion Nacional puis à partir de 1956, conseiller dans le privé. De retour dans le monde académique, il obtient des postes dans les plus grandes universités américaines : Yale (1956-1958), Columbia (1958-1964), Harvard (1964-1974) et Princeton (1974-1985). En 1985, il prend sa retraite et est nommé professeur émérite.

Recherches[modifier | modifier le code]

Économie du développement[modifier | modifier le code]

En 1958, Hirschman publie un ouvrage sur l’économie du développement, The Strategy of Economic Development qui sera un des textes fondateur de ce nouveau champ de recherche. Il affirme la spécificité des pays en développement, ce qui le conduit à rejeter l'analyse économique standard pour étudier ces pays. Ce livre s'inscrit dans une trilogie dans laquelle Hirschman voulait célébrer, chanter l'épopée du développement, son défi, son drame, sa grandeur. En 1963 paraît ainsi Journeys Toward Progress puis en 1967, Development Projects Observed.

Dans son livre de 1958, il présente ses stratégies de développement économique. L'idée de croissance déséquilibrée, qui rencontra un vif intérêt parmi les pays en développement dans les années 1960, y est formulée. Hirschman voit dans la croissance une succession de déséquilibres, car la croissance se manifeste d'abord dans certains secteurs ou certaines régions avant de s'étendre au reste.

« Our aim must be to keep alive rather than eliminate the disequilibria of which profits and losses are symptoms in a competitive economy. If the economy is to be kept moving ahead, the task of development policy is to maintain tensions, disproportions, and disequilibria. That nightmare of equilibrium economics, the endlessly spinning cobweb, is the kind of mechanism we must assiduously look for as an invaluable help in the development process. »

— The Strategy of Economic Development, p.66

Il existe des liaisons entre les branches industrielles : dans le cas de liaisons en amont (backward linkages), la mise en place d'une industrie va créer une demande pour des intrants (ou input, par exemple l'industrie automobile a besoin d'acier) ; dans le cas de liaisons en aval (forward linkages), le produit d'une industrie peut devenir le facteur de production d'une autre industrie (le forage pétrolier permet la création d'une filière de pétrochimie). Il préconise donc de concentrer les efforts d'investissement sur un nombre limité de secteurs, qui auront été sélectionnés pour leurs effets d'entraînement, afin de créer des pôles de croissance. Les secteurs clés seront l'industrie lourde[2].

À l'époque, ce concept s'opposait à l'idée de croissance équilibrée prônée notamment par Rosenstein-Rodan, Nurkse, Arthur Lewis et Scitovsky (en).

Économie politique[modifier | modifier le code]

En 1970, il publie son ouvrage le plus connu, Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Il montre que les individus ont à leur disposition trois choix lorsqu'ils sont mécontents :

– la réaction silencieuse (exit) : un consommateur insatisfait peut changer tout simplement de marque de produit ;
– le renoncement à l'action : le consommateur reste fidèle (loyalty) à la marque ;
– enfin, la protestation, prise de parole (voice) : la manifestation contre les mauvaises performances de l'entreprise concernée.

Les distinctions d'Hirschman permettent ainsi de penser les conditions d'émergence ou de non-émergence de l'action collective (analyse transférable en sociologie politique).

Récompenses[modifier | modifier le code]

Hirschman remporta de nombreux prix, dont celui de l'académie américaine des sciences le prix Talcott Parsons pour les sciences sociales en 1983, le prix Toynbee 1997-98 et la médaille Thomas Jefferson de la société de philosophie américaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LeMonde.fr (21 décembre 2012)
  2. À l'époque, le développement économique d'un pays n'était conçu que par le développement de son appareil industriel.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]