Morelle noire

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Solanum nigrum

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La morelle noire (Solanum nigrum), est une plante herbacée de la famille des Solanacées, appartenant à l'important genre Solanum, qui contient notamment la pomme de terre, l'aubergine, la tomate, et la douce-amère.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jadis, Solanum nigrum, était considéré comme une plante magique associée à la magie noire.
Selon la légende, les sorcières transformaient la plante en onguent dont elles se recouvraient le corps pour aller au sabbat y rencontrer le diable.

Si le sabbat n’est pas une pure invention de malheureuses femmes et de pauvres hommes soumis à la torture de l’Inquisition, il semblerait que le pouvoir narcotique de la Morelle noire et autres solanacées y soit pour quelque chose. En tous cas, c’était l’opinion dès le XVIe siècle du médecin du pape Jules III, Andrès Laguna. Dans ses commentaires à l’œuvre de Dioscorides, à propos de la Morelle noire, il considère que son utilisation permettait aux sorcières de se rendre au Sabbat en songe. Il raconte que lors d’un voyage à Nancy il assista à un procès où deux vieillard accusés de sorcellerie furent condamnés au bûcher après qu’ils eurent avoués d’abominables méfaits. Chez eux, on trouva une marmite avec un onguent de couleur verte composé de cigüe, de morelle noire et de mandragore. Le Docteur Laguna voulut vérifier leur effet. Une de ses patientes souffrait d’insomnie. Il la fit enduire de la tête aux pieds de cet onguent. Selon ses dires, la femme s’endormit aussitôt profondément et ne se réveilla que trente-cinq heures plus tard en disant « Vous m’avez réveillée à un bien mauvais moment car j’étais entourée de tous les plaisirs et charmes du monde. ». Ensuite, elle se serait adressée à son mari en lui disant : « Radin, je te fais savoir que je t’ai cocufié avec un beau gars plus jeune et plus allongé que toi » (d’après Maria Tausiet Carlès, 1993)[1]

La Morelle noire fait aussi partie des onguents dont devaient s’enduire ceux qui souhaitaient se transformer en loup-garou. Un moyen simple et paraît-il efficace, était de se mettre nu et de porter une peau de loup à la manière d’un pagne après s’être frotté le corps avec une mixture composée du suc de feuilles, de branches et de bourgeons de peuplier, de feuilles de jusquiame, de morelle noire, de pavot, d’axonge et d’alcool fort[2],[3].


Claude Seignolle écrit dans son ouvrage Histoire et légendes du diable : « Ses voyages la nuit, sur la lande des morelles, le faisait frissonner lorsqu'il y songeait, et ses rencontres avec le diable le glaçaient d'effroi »[4].

Dénominations[modifier | modifier le code]

Le nom du genre Solanum viendrait du latin sol, soleil ou bien du verbe solari : je console, allusion aux propriétés narcotiques de nombreuses espèces du genre. Quant au nom de l’espèce, il est transparent, nigrum, noir est la couleur du fruit.

La morelle noire se dit en allemand Schwarzer Nachtschatten, en anglais, European Black nightshade (par opposition à Solanum Americanum 'American Black nightshade'), common nightshade, garden nightshade, wonderbeery ou plus rarement garden huckleberry ou sunberry ; Zwarte nachtschade en néerlandais.

Elle a aussi beaucoup de nom vernaculaires : Amourette, Tomate du diable, Herbe aux magiciens qui font allusion à son usage en sorcellerie ; Crève-Chien, Tue chien, Raisin de loup qui renvoient à ses propriétés toxiques ; Herbe à gale à ses propriétés médicinales ; Myrtille de jardin sans doute en raison de ses baies qui ressemblent à celles de la Myrtille ; Herbe maure, Morette, Mourelle …

Description[modifier | modifier le code]

La morelle noire est une plante annuelle hermaphrodite dïoique et entomogame, aux formes très variables, mais généralement assez basse (moins de 60 cm). Ses tiges sont le plus souvent glabres, vertes à noirâtres, à rameaux dressés ou étalés. Ses feuilles sont ovales à lancéolées, entières ou légèrement lobées. En France, elle fleurit de juin à début décembre et parfois plus tard en hiver. Il n’est pas rare de voir sur la même plante, les fleurs et les fruits à différents stades de maturité. L'inflorescence est une cyme unipare scorpioïde de cinq à dix fleurs, à corolle blanche (environ 1 cm), à pétales souvent réfléchis, et étamines jaunes saillantes. Le fruit est une baie globuleuse, noire à maturité, contenant de nombreuses graines disséminées par endozoochorie[5].

Solanum Nigrum var. red MakoÏ

La variété Red Makoï de la morelle noire à la particularité de posséder des baies rouges et non noires. Cette variété peut être confondu avec la Solanum villosum qui a des baies oranges.

On peut aussi rencontrer, outre Solanum Villosum, d’autres morelles comme Solanum Americanum, Solanum Retroflexum, Solanum Ptychanthum, Solanum Douglasii, Solanum Scabrum classées parfois comme une sous-espèce de Solanum nigrum.

Habitat et distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce commensale des cultures a une distribution cosmopolite.

La Morelle noire est considérée en Europe comme une « mauvaise herbe » Elle pousse dans les cultures maraichères, les platebandes de fleurs, les cultures sarclées, les jardins. Elle aime les sols riches en nitrates et bien arrosés. En ville, on la trouve au pied des murs, des arbres, dans les haies et sous les plantations horticoles. Elle prospère jusqu’à 1500 m d’altitude. Son origine exacte est inconnue. Ce serait sans doute une Eurasienne.

Toxicité et utilisation[modifier | modifier le code]

Toxicité[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de Solanacées, la morelle noire est une plante contenant de la solanine.

En 1998, les méthodes de cuisson couramment utilisées pour les pommes de terre (solanum tuberosum) ont montré que la cuisson faisait varier la teneur en solanine. La cuisson par ébullition, par friture ou par micro-onde a un effet variable sur les glycoalcaloïdes[6].

Par exemple faire bouillir les pommes de terre réduit la teneur en α-chaconine et α-solanine de 1.2% à 3.5 % tandis que la diminution via micro-onde est de 15%. La friture à 150°C n’apporte pas de changement mesurable. Un changement significatif débute à 170°C et à partir de10 minutes à une température de 210°C il est possible de noter une baisse de 40%[6]

La solanine est inoffensive à faible dose pour l'homme mais peut être toxique si l'on en consomme en excès. De mauvaises conditions de stockage, ainsi que des délais trop longs entre les opérations de récolte et de cuisson, sont très favorables à la synthèse de la solanine.

On considère qu'une plante est comestible lorsque leur teneur moyenne en glycoalcaloïdes n'excède pas 20 mg/100 g

La morelle noire est toutefois beaucoup moins toxique que d'autres plantes de la même famille, comme la belladone.

Usage culinaire[modifier | modifier le code]

Culture de morelle noire

Le fruit, une fois complètement mûr, devient comestible, mais il est difficile de cerner quand le consommer ; dans certains pays[Où ?] on confit les fruits dans le vinaigre pour s'en servir comme condiment à la façon des câpres.

Les feuilles et les baies mûres de la plante ont un usage alimentaire dans plus d’une douzaine de pays. Les feuilles sont cultivées à grande échelle en Afrique subsaharienne dans les petites exploitations et les jardins potagers en périphérie des villes.

Les feuilles sont utilisées en légumes comme épinards en Australie, Cameroun, Éthiopie, Nigeria, Somalie, Tanzanie, Ouganda, en Amérique du Sud, ainsi qu’en Crête et en Grèce. En Grèce, elles peuvent constituer un des 80 légumes des Χόρτα (Horta), salades de légumes cuits, abondamment arrosées d’huile d’olive, assaisonnées avec du citron et servies tièdes ou froides avec de la feta[1].

Au Nigéria et au Cameroun, les feuilles sont parfois préférées à d’autres légumes. Les inflorescences et les baies sont enlevées. Elles sont cuites ou bouillies. En général, elles sont bouillies dans plusieurs eaux qui sont jetées à chaque fois. Dans le sud-ouest du Nigeria, les fleurs sont ensuite utilisées comme condiment pour relever la soupe, ces fleurs ayant un goût très amer.     [1]  

Dans l’ouest du Kenya, les feuilles de Solanum nigrum L stricto sensu sont utilisées comme substitut à la viande. Elles sont cuites dans du lait. On presse le produit de cette cuisson et on le laisse sécher quelques jours jusqu’à ce qu’il devienne solide et prenne une couleur noirâtre. On en coupe des tranches réputées riches en protéines que l’on sert avec du manioc accompagné de légumes frais[7]. Cette cuisson dans du lait que l’on expulse ensuite doit faire disparaitre les principes toxiques. Pour évacuer ces principes toxiques, une autre méthode est utilisée au Malawi (Sud de l’Afrique) on ajoute de la potasse ou de la soude, de la pâte d’arachide et du sel à l’eau dans laquelle on fait bouillir les feuilles de Morelle noire. La potasse est obtenue en filtrant les cendres de plants d’amarantes ou de haricots[8],[9].

En Éthiopie, les fruits et les feuilles sont consommées en période de famine. Les baies sont rassemblées et aimées par les enfants dans des temps normaux tandis que pendant des périodes de pénurie alimentaire tous les gens affectés mangeraient des baies. En plus des baies, les femmes et les enfants rassembleront les feuilles qui sont cuisinées dans l'eau salée et consommées comme un autre légume. Cependant les feuilles ont un gout amer, par conséquence, les populations arrêtent de les consommer quand d'autres produits alimentaires deviennent disponibles et les récoltes se préparent. Les fermiers Konsos ont rapportés que la plante mûrit avant le maïs et par conséquent elle est consommée d’ici à ce que le maïs soit récolté. Si les feuilles de solanium sont consommées régulièrement et plusieurs fois une semaine, ils peuvent développer un mal de ventre. Le mal de ventre est causé par la solanine[10].

En Côte d'Ivoire, les feuilles sont consommées à la façon des épinards[1]. À Madagascar et à la Réunion les feuilles avec pétioles et les extrémités sont consommées comme brèdes (légume) sous les noms d'anamamy ([anamami, brèdes Morelle) et anamafaitra ([anaˈmafai̯ʈʳ], brèdes Martin).

Dans les pays anglo-saxons il est possible de trouver des recettes de tarte, de confiture, de sirop ou de glace confectionée à partir des baies mûres de la morelle noire. Le fruit vert étant considéré comme toxique du fait de sa teneur encore élevé en solanine[11].

Usage agricole[modifier | modifier le code]

La morelle noire est une adventice à germination printanière qui peut devenir très gênante, principalement dans des cultures estivales comme celle du maïs. Elle est parfois utilisée en compagnonnage car elle attire les doryphores qui la préfèrent aux pommes de terre.

Usage médical[modifier | modifier le code]

La plante a une longue histoire d'utilisation médicinale, datant de la Grèce antique. "... Au quatorzième siècle, nous entendons parler de la plante sous le nom de Petite Morelle […] utilisée pour l'ulcère et en mélange avec du Marrube blanc et du vin pour l'hydropisie."[12] C'était une médecine européenne traditionnelle utilisée comme fort sudatoire, analgésique et sédatif avec des propriétés narcotiques puissantes, mais a été considérée comme "un remède quelque peu dangereux"[13],[12]. Cette utilisation est tombée en disgrâce en faveur d’une utilisation dans la phytothérapie Occidentale en raison de sa chimie variable et toxicité, mais la morelle noire est toujours utilisée actuellement comme un traitement pour le l’herpès[14],[15],[16],[17].

Solanum Nigrum est un ingrédient important dans des médicaments indiens traditionnels. Les infusions sont utilisées contre la dysenterie, les maux d'estomac et la fièvre. Le jus est utilisé pour lutter contre les ulcères et d'autres maladies de peau[18]. Les fruits sont utilisés comme fortifiant, laxatif, stimulant d'appétit et pour traiter l'asthme et "la soif excessive"[18]. Traditionnellement la morelle noire a été utilisée pour traiter la tuberculose[19]. On la connait sous le nom de peddakasha pandla koora dans la région du Telangana. Les feuilles sont utilisées pour traiter les ulcères de bouche qui arrivent pendant les périodes d'hiver dans la région du Tamil Nadu. On la connaît également comme manathakkali keerai dans le Tamil Nadu et kaage soppu dans la région du Karnataka. En plus de son utilisation comme un remède domestique aux ulcères de bouche, elle est utilisée dans la cuisine comme l'épinard. Dans le nord de l'Inde, les extraits bouillis de feuilles et des baies sont utilisés pour soulager des maladies touchant le foie, y compris la jaunisse. Dans la région d’Assam, le jus de ses racines est utilisé contre l'asthme et la coqueluche[20].

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d La morelle noire – Solanum nigrum
  2. Jean de Nynauld, De la lycanthropie, transformation et extase des sorciers, « Mélancholie ou folie louvière à cause de ceux qui en estoient atteints pensent être transformés en loup ou en chien. »,
  3. « Lycantrophe »
  4. Guide de visite, les plantes magiques, du jardin des neuf carrés de l'abbaye de Royaumont.
  5. Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.
  6. a et b (en) « Testing Status of Agents at NTP ( National Toxicology Program) »,
  7. (en) Schippers R, Notes on Huckberry, Solanum scabrum, and related black nightshade species, Natural Resources Institute University of Greenwich, , Page 10
  8. (en) Edmonds, J. M. and Chweya J. A, Black nightshades. Solanum nigrum L. and related species. Promoting the conservation and use of underutilized and neglected crops, Institute of Plant Genetics and Crop Plant Research, Gatersleben - International Plant Genetic Resources Institute, Rome, , Page 57
  9. (en) Thomo, M.A. and M.B. Kwapata, A survey of indigenous fruits and vegetables in villages around Bunda College of Agriculture, Bunda College of Agriculture Research Bulletin,
  10. (en) « Ethiopia: Famine Food Field Guide »
  11. (en) « Solanum nigrum plant Information »
  12. a et b (en) Grieve, M., A Modern Herbal, Penguin, 1984 (first published 1931), pages 582-583
  13. (en) Schauenberg, P. et Paris, F., Guide to Medicinal Plants, Keats Publishing Inc., , Page 53
  14. (en) Schmelzer, G.H., Medicinal Plants 1, PROTA,
  15. Nohara, T., Yahara, S., Kinjo, J, Bioactive Glycosides from Solanaceous and Leguminous Plants, Natural Product Sciences, (présentation en ligne), Pages 203-214
  16. (en) Ikeda, T., Ando, J., Miyazono, A., Zhu, X.H., Tsumagari, H., Nohara, T., Yokomizo, K., Uyeda, M., Anti-herpes virus activity of Solanum steroidal glycosides, Biol Pharm Bull, (présentation en ligne), Pages 363-4
  17. (en) Nohara, T., Ikeda, T., Fujiwara, Y., Matsushita, S., Noguchi, E., Yoshimitsu, H., Ono, M., Physiological functions of solanaceous and tomato steroidal glycosides, Journal of Natural Medicines, p. Volume 61, Number 1 Pages 1-13
  18. a et b (en) Jain, S.K., Medicinal Plants, Thomson Press (India) Ltd, , pp133-134.
  19. (en) Kaushik, D., Jogpal, V., Kaushik, P., Lal, S., Saneja, A., Sharma, C., Aneja, K.R, Evaluation of activities of Solanum nigrum fruit extract
  20. (en) « Traditional Phytotherapy among the Nath People of Assam »,

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Liens externes[modifier | modifier le code]