Cornus mas

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Le cornouiller mâle ou cornouiller sauvage (Cornus mas) est une espèce de cornouiller originaire du sud de l'Europe et de l'Asie.

L'espèce doit son nom latin (cornu = corne) au fait que son bois est dur comme la corne, Mas (Mas = mâle) car son bois exceptionnellement dur était utilisé dans l'Antiquité pour fabriquer des armes de guerre, dont les sarisses et les xyston en usage dans l'armée macédonienne[1].

On rencontre le cornouiller mâle plutôt dans l'est de l'Europe et au Proche-Orient. Il est relativement peu répandu en France mais on le rencontre en lisière des bois dans la région grenobloise. Il est commun dans le nord où il est surnommé « olivier de Normandie »[2], l'est, supra-méditerranéen. Il est absent dans l'ouest. En Suisse, on le rencontre principalement dans la région lémanique et au Tessin [3].

Il est parfois appelé cornier ou fuselier. Largement utilisé par les Géorgiens, Azéris, Arméniens, Turcs et Iraniens[4], on lui prête de nombreuses vertus. Ses baies (cornouilles) sont comestibles[5].

Description[modifier | modifier le code]

Le cornouiller mâle est un arbre rustique (Zone USDA 5)[6] mesurant jusqu'à 12 m de haut et appréciant les sols calcaires. Sa longévité est supérieure à 100 ans jusqu'à 300 ans.

Il rejette de souche et drageonne

Il peuple les forêts claires, les lisières, fruticées, haies, taillis.

Le cornouiller mâle est entomogame, sa reproduction s'effectue à l'aide d'insectes pollinisateurs[7].

Les feuilles caduques de 4 à 10 cm de long sur 2 à 4 cm de large sont entières, opposées, légèrement gaufrées, au revers vert sombre. Elles tombent de façon assez précoce en automne.

Les fleurs jaunes sont petites (5 à 10 mm de diamètre) et apparaissent en février–mars avant les feuilles[8]. Cette floraison précoce, avant celle du Forsythia, fait du cornouiller une excellente plante mellifère.

Les fruits, appelés cornouilles sont des drupes rouges de 15 à 35 mm de long contenant un noyau allongé. Elles ont un goût acidulé, sont comestibles[9] et parfois commercialisées. On les consommera de préférence blettes comme les nèfles, par exemple quand les fruits viennent de tomber sur le sol. Elles ont un goût rappelant celui de la griotte.

Branche ensoleillée portant des fruits brillants allant du vert pâle au rouge vif.
Petits fruits oblongs, très brillants, virant du blanc au rouge, rappelant certaines variétés de cerises bigarreau
Détail (fruits, dits cornouilles).
Gros plan sur des graines fusiformes, couleur bois très clair, et sur des fruits séchés, noirs et fripés comme des raisins secs
Graines et fruits secs - MHNT.

Variétés[modifier | modifier le code]

Il existe quelques cultivars fruitiers tels que :

  • 'Elegant' : variété précoce ukrainienne
  • 'Jolico' : cultivar allemand à gros fruit sucré
  • 'Pioneer' : gros fruit de 3,5 cm de long en forme de poire, juteux, sucré et aromatique
  • 'Redstone' : gros fruit hâtif ; arbre très rustique
  • 'Yellow Fruited' : fruit jaune

Culture[modifier | modifier le code]

Photo en gros plan avec quelques jeunes pousses dont on voit les cotylédons très allongés et, perpendiculairement, les premières vraies feuilles lancéolées
Plantules de cornouillers mâles de semis.

Le cornouiller apprécie les sols frais et calcaires. Selon une autre source, il préfère les sols secs et bien drainés[10]

Il supporte bien la taille et peut être formé en haie.

La fructification est sujette à l'alternance.

Il se propage habituellement par marcottage ou bouture à talon en automne. Le semis peut nécessiter deux ans avant de lever puis 8 à 10 ans avant de fructifier, et ne garantit pas la fidélité au fruit d'origine.

Les semis de noyaux donnent les plus beaux sujets[10].

Propriétés et utilisations[modifier | modifier le code]

Consommations de baies[modifier | modifier le code]

On les consommera de préférence blettes comme les nèfles, par exemple quand les fruits viennent de tomber sur le sol. Elles ont un goût rappelant celui de la cerise. Elles sont donc consommées bien mûres ; sinon, elles sont laxatives. Les cornouilles contiennent 8 à 9 % de sucres (surtout du glucose et du fructose), de 2 à 3 % d'acide malique et de 70 à 125 mg de vitamine C pour 100 g[réf. souhaitée]. Elles sont surtout consommées cuites, en gelée et marmelade. Elles peuvent être conservées en saumure et lacto-fermentées[11]. Autrefois, cet arbre était très cultivé car ses fruits étaient très appréciés[12].

Les fruits se consomment généralement une fois tombés à terre, sinon ils sont trop acides. Les cornouilles sont climactériques, elles continuent de mûrir hors de l'arbre[13].

Elles sont parfois fermentées pour donner un vin de cornouilles (notamment en Arménie), lequel peut être distillé en eau de vie, ou encore transformées en confitures.

Le bois et l'arbre[modifier | modifier le code]

Le bois est dur, dense, élastique et droit. Cette densité le rend précieux pour l'artisanat, l'ébénisterie, les poignées d'outils, les pièces pour des machines, des engrenages, des rayons de roues, des manches d'outils, des lances, des javelots et des arcs (pour sa souplesse, un bois concurrent de l'if) [14]. Les artisans le considérant souvent bien supérieur à tout autre bois [15].

Le Cornus mas a été utilisé à partir du septième siècle avant J.-C. par les artisans grecs. L'association du bois avec l'armement était si commune que le nom grec employé comme synonyme pour le verbe « lancer » dans la poésie, pendant les quatrième et troisième siècles avait la même racine. En Italie, le mazzarella, l'uncino ou l'bastone, le bâton porté par les butteri ou les bergers de la région de la Maremme, est traditionnellement fait de cornouiller, appelée crognolo ou grugnale, dialectes italiens: corniolo.

Le colorant rouge utilisé pour faire des fezzes a été produit à partir de son écorce, et le tanin est produit à partir de ses feuilles.

Ses racines puissantes permettent de lutter contre l'érosion des sols.

L'espèce est utile à la faune car lièvres et cerfs apprécient son feuillage, tout comme les abeilles apprécient ses fleurs précoces à la fin de l'hiver, et les oiseaux ses fruits en été.

Arbuste très souvent planté dans les jardins (ainsi que ses cultivars).

Plante mellifère.

Excellent bois de chauffe, très bon charbon de bois.

Compte tenu de sa très longue longévité, on le choisit pour définir les limites des forêts[16].

Curiosités[modifier | modifier le code]

Photo d'un vieil arbre dans le jardin d'une riche ferme ancienne de brique et de pierre à toit d’ardoise et chiens-assis.
Un Cornus mas multiséculaire.
  • Pour un orthodoxe serbe, cette plante a une valeur sacrée. Ses bourgeons sont cueillis la veille de Noël, célébré par eux selon le calendrier julien, soit 6 janvier. Le matin en se levant ils les consomment avec une gorgée de vin rouge, en faisant le signe de croix, dans l'espoir de rester en bonne santé tout au long de l'année. Le cornouiller est considéré par les Serbes comme un symbole de bonne santé; en effet le dicton populaire « Zdrav kao dren » signifie littéralement « sain comme le cornouiller ».
  • Le cheval de Troie a été réalisé par les Grecs en bois de cornouiller. Bois sacré d'Apollon situé sur le mont Ida[17].
  • Le nom de famille « Cournoyer », surtout répandu au Québec, vient du nom du cornouiller.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les cornouillers sur le site booksofdante.wordpress.com
  2. Boisvert, Clotilde,, La cuisine des plantes sauvages (ISBN 2-205-02637-2 et 978-2-205-02637-5, OCLC 13363687, lire en ligne)
  3. Lauber, Konrad., Gfeller, Ernest. et Gygax, Andreas., Flora Helvetica : flore illustrée de Suisse, P. Haupt, (ISBN 978-3-258-07206-7 et 3-258-07206-X, OCLC 717930974, lire en ligne)
  4. http://www.lefestindedoudette.fr/ingredients/fruits-et-derives/cornouille-4700
  5. Jean Claude Bruneel, Alimentaire mon cher espace vert ; Plantes voisines à savourer gratuitement pour le plaisir et la santé ; Flore gourmande anthropique en Flandres - Artois - Hainaut ; URL=http://floregourmande.org/wp-content/uploads/2016/06/AMCEV.pdf (voir tableau)
  6. Flowerdew, Bob., Bob Flowerdew's the complete book of fruit : a practical guide to growing and using fruits and nuts., Penguin Studio, (ISBN 0-670-86752-7 et 978-0-670-86752-3, OCLC 34776996, lire en ligne)
  7. Francis Hallé, Les arbres amoureux ou comment se reproduire sans bouger, Paris, salamandre, , 143 p. (ISBN 9782940584307), p. 37
  8. Jean Sabot, 150 plantes mellifères : culture multiplication, Paris, La maison rustique, coll. « Faire soi-même », , 96 p. (ISBN 2-7066-0105-1), p. 30
  9. Petit atlas... des plantes comestibles, éd. Soregraph, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-01550-6)
  10. a et b Brosse, Jacques., Larousse des arbres et des arbustes, Larousse, (ISBN 2-03-505172-X, OCLC 44481748, lire en ligne)
  11. Couplan, François, 1950- ..., La Cuisine sauvage : comment accommoder mille plantes oubliées, vol. 2, Équilibres aujourd'hui, (ISBN 2-87724-025-8 et 978-2-87724-025-3, OCLC 462042665, lire en ligne)
  12. Joel Reynaud, La Flore de Pharmacien, Ed TEC et DOC,2002
  13. http://www.fruitiers-rares.info/articlesA-141a146/article144-Cornus-mas-Cornouiller-male.html
  14. (en) F. Demir et Hakki Kalyoncu, I., « Some nutritional, pomological and physical properties of cornelian cherry (Cornus mas L.) », Journal of Food Engineering, vol. 60, no 3,‎ , p. 335–341 (DOI 10.1016/S0260-8774(03)00056-6) :

    « The wood is heavier than water and does not float, therefore it is used for tools, machine parts, etc. »

  15. (en) Minor M., III Markle, « The Macedonian Sarrissa, Spear and Related Armor », American Journal of Archaeology, vol. 81, no 3,‎ , p. 323–339 [324] (DOI 10.2307/503007, JSTOR 503007)
  16. Lieutaghi, Pierre, 1939- ..., Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux, Arles, Actes Sud, , 1322 p. (ISBN 2-7427-4778-8, OCLC 470419220, lire en ligne)
  17. (it) Mario Giannitrapani, « Ierobotanica rituale e fitonimie sacre greco-italiche » [archive du ] [PDF] (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Poplin, « Du cornouiller magique à Mars sanguineus », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 154, no 1,‎ , p. 139–162 (DOI 10.3406/crai.2010.92788, lire en ligne, consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]