Dioscorea communis

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Le Tamier commun (Dioscorea communis), est une espèce de plantes grimpantes monocotylédones de la famille des ignames (Dioscoreaceae).

Elle est commune en Europe, en Asie et dans le nord de l'Afrique, régions dont elle est originaire.

Elle est parfois appelée haut liseron, racine-vierge, vigne noire, herbe aux femmes battues, raisin du Diable ou sceau de Notre-Dame. Dans le sud de la France, elle est surtout désignée par son nom occitan reponchon[2] (qui se prononce répountsou ou répountchou) ou respountchou.

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • (≡) Tamus communis L. (basionyme)
  • (=) Tamus edulis Lowe

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1753, Linné créa l'espèce Tamus communis, en empruntant le nom de genre Tamus à une plante citée par Pline l'Ancien sous le nom de taminia.

Des analyses morphologiques et moléculaires[3] récentes ont indiqué que les Dioscoreaceae devaient être reclassées en quatre genres distincts : Dioscorea, Stenomeris, Tacca et Trichopus. C'est ainsi que le genre Tamus se retrouve inclus dans les Dioscorea.

Description[modifier | modifier le code]

C'est une espèce[4] de plante à tige grêle, volubile, pouvant atteindre 3 m de long. Elle est vivace grâce à une grosse racine, noirâtre, tubérisée, en forme de navet et qui émet chaque année de nouveaux bourgeons[5].

Les feuilles alternes, à pétiole muni de deux glandes, sont cordées (en forme de cœur), à sinus très ouvert, acuminées, minces, luisantes. Fait exceptionnel pour une monocotylédone, le limbe est constitué d'un réseau de nervures non parallèles.

Les fleurs jaune-verdâtre sont petites (3-6 mm de diamètre) et réunies en grappes. Les sexes sont séparés (plante dioïque). Les fleurs mâles[6] sont disposées le long de racèmes grêles de 5-10 cm de long, les femelles en groupes serrés. La floraison a lieu en avril-mai-juin, suivant le climat.

Les fruits sont de petites baies rouges, brillantes, juteuses, de 12 mm de diamètre, persistantes l'hiver après la sénescence des feuilles.

Attention à ne pas faire de confusion avec la Bryone dioïque d'aspect approchant mais entièrement toxique, ou avec la Salsepareille à la tige épineuse.

Écologie[modifier | modifier le code]

Le tamier commun est présent dans toute la France métropolitaine, l'Europe centrale et méridionale. On le trouve aussi en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie) et en Asie tempérée (Turquie, Liban, Syrie, Iraq, Iran, Palestine)[7].

Il croît sur les sols riches et frais, dans les bois et les buissons.

Composition et propriétés[modifier | modifier le code]

Le tamier contient des glycosides de spirostanes et de furostanes (des saponosides à génine stéroïdique), des stérols, histamines et phénanthrènes (dotés d'activités cytotoxiques)[8]. La batatasine I, un dérivé de phénanthrène, est un inhibiteur de croissance des plantes[9].

Les stérols détectés dans les feuilles et les tiges du tamier commun, comme des autres Dioscorea, sont principalement le β-sitostérol, le stigmastérol et le cholestérol[10]. Ils contiennent aussi de la diosgénine et de l'yamogénine, dans des proportions variables suivant le moment de l'année ou l'âge de la plante.

Cette espèce contient aussi des cristaux en forme d'aiguille d'oxalate de calcium. La consommation des fruits, ou du tubercule, peut provoquer de graves troubles digestifs. Elle est à considérer comme toxique. Le contact des fruits mûrs ou des rhizomes peut provoquer des dermatites[11] en raison de la pénétration dans la peau de cristaux d'oxalate de calcium en forme de fines aiguilles.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Pharmacopée traditionnelle gréco-romaine[modifier | modifier le code]

La pharmacopée gréco-romaine connait le tamier sous divers noms : Dioscoride la nomme ampelos malaina alors que Pline utilise plusieurs termes, ampelos agria, apronia, tamnus etc.[12].

Pour le médecin pharmacologue grec du Ier siècle Dioscoride (MM, IV, 183)

« άμπελος μέλαινα Ampelos melaina. Ses jeunes pousses sont utilisées comme légume. Elles sont diurétiques, déclenchent les règles, réduisent la rate et conviennent bien aux épileptiques, aux paralytiques et aux personnes souffrant de vertiges.
La racine possède les mêmes propriétés que la bryone et elle est appropriée pour les mêmes buts, bien qu'elle soit moins efficace.
Les feuilles sont placées avec du vin sous forme de cataplasme sur le cou des animaux de trait lorsqu'il est ulcéré; elles sont également utilisées de la même manière pour les entorses. »
[13].

À la même époque, l’encyclopédiste romain Pline l’Ancien indique HN, XXVII, 44

« Sa racine...relâche légèrement le ventre. Les petites grappes corrigent les défectuosités de la peau sur le visage des femmes. Il est bon également d’employer cette herbe pour la sciatique, pilée avec ses feuilles et appliquée en liniment avec son suc. »[14].

L’ouvrage de Dioscoride, connu sous son nom latin de Materia medica, fut un manuel de référence dans le domaine de la pharmacopée européenne et musulmane jusqu’à l’époque moderne. Avec le développement des sciences biologiques et chimiques, s’ouvrit un nouveau paradigme de l'évaluation des remèdes, l'objet de la recherche passa de la matière médicale aux principes actifs, de l'écorce de quinquina à la quinine.

Médecine populaire[modifier | modifier le code]

De très longue date, la racine du tamier est un remède populaire[15]. Malgré ses propriétés rubéfiante et vésicante (provoquant des ampoules sur la peau), la racine était employée en médecine populaire pour soigner les contusions et les meurtrissures, d'où son nom d’herbe aux femmes battues. La pulpe râpée était appliquée localement. La racine bouillie 2 à 3 heures, écrasée avec du saindoux, servait d'onguent pour les rhumatismes en Haute Provence[15]. Cuite et appliquée en cataplasme, la racine est un antiecchymotique efficace, résolvant rapidement les contusions, les meurtrissures sans plaies.

Le tamier commun est classé sur la liste B des plantes médicinales utilisées traditionnellement en l'état ou sous forme de préparation dont les effets indésirables potentiels sont supérieurs au bénéfice thérapeutique attendu (liste publiée au chapitre IV.7.B de la Pharmacopée française mentionnée à l'article D.4211-12 du code de la santé publique).

Selon Lieutaghi, des herboristes forains vendaient encore des tubercules de tamier, sur la marché de Forcalquier (Alpes-de-Haute Provence) au début des années 1990[15].

Les jeunes pousses, cuites et mangées à la façon des asperges, étaient conseillées dans l’hypertrophie de la rate par les guérisseurs du Nord de la France[16].

Toxicité[modifier | modifier le code]

Toute la plante est âcre et irritante. La racine renferme quantité de cristaux d’oxalate de calcium, capables de produire sur la peau une révulsion d’origine mécanique[16]. Elle contient aussi des saponines et de la diosgénine.

L’ingestion des baies rouges cause des inflammations des voies digestives et urinaires, des vomissements, des coliques avec diarrhée, des troubles nerveux, cardiaques et respiratoires. Il y aurait des accidents mortels chez les enfants.

L’emploi ancien du tamier par voie interne, comme vomitif, purgatif, diurétique, expectorant est donc à proscrire.

Usage culinaire[modifier | modifier le code]

Têtes de reponchons, seule partie non toxique de la plante.

Les jeunes pousses sont parfois consommées comme des asperges (et parfois confondues avec les asperges sauvages). En France, notamment, elles sont couramment consommées au printemps dans les départements de l'Aveyron, du Lot, du Tarn-et-Garonne et du Tarn où elles portent le nom occitan « reponchon »[2] (qui se prononce répountsou) ou « ré(s)pountchou ». Selon Pierre Lieutaghi « Ses jeunes pousses sont comestibles en façon d’asperges mais toute la plante adulte est toxique, en particulier les baies vermillon »[15].

Crues, la saveur des jeunes pousses est très amère. Toutefois si on sait bien les faire cuire, l'amertume disparaît presque : il faut les jeter dans l'eau bouillante salée dès que la cueillette est terminée, une fois le premier bouillon obtenu ensuite, les jeter dans une passoire pour les passer sous l'eau froide afin d'en stopper la cuisson. On peut ensuite les consommer soit en vinaigrette soit en omelette. Dans la région Aveyron, Lot, Tarn-et-Garonne, Tarn, c'est un mets très apprécié et très recherché.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Briane, Philippe Durand, « Le reponchon (Tamus communis), La vraie raiponce (Campanula rapunculus), La vraie asperge sauvage (Asparagus acutifolius) et autres salades », sur Revue Patrimoni, (consulté le 22 mai 2014), p. 4
  2. a et b dictionnaire Occitan Français
  3. (en) Caddick L.R., Wilkin P., Rudall P.J., Hedderson T.A.J., Chase M.W., « Yams reclassified: a recircumscription of Dioscoreaceae and Dioscoreales », Taxon, vol. 51, no 1,‎
  4. Référence Tela Botanica (France métro) : Tamus communis
  5. c'est une géophyte
  6. fleur unisexuée, trimère, actinomorphe, 3+3 T; fleur mâle 3+3 étamines; fleur femelle ovaire infère, 3 styles, 3 carpelles
  7. Kew
  8. (en) Adriana Kovacs, Peter Forgo, Istvan Zupko, Borbala Réthy, Gyorgy Falkay,Pal Szabo, Judit Hohmann, « Phenanthrenes and a dihydrophenanthrene from Tamus communis and their cytotoxic activity », Phytochemistry, vol. 68,‎ , p. 687-691
  9. (en) R. Aquino, I. Behar, F. de Simone, C. Pizza, F Senatore, « Phenantrene Derivatives from Tamus communis », Biochemical Systematics and Ecology, vol. 13, no 3,‎
  10. (en) Gerald Blunden, Colin J. Briggs, Roland Hardman, « Steroidal constituents of the aerial parts of Dioscorea and Tamus species », Phytochemistry, vol. 7,‎ , p. 453-458
  11. (en) Schidt R J, Moult S P, « The dermatitic properties of black bryony (Tamus communis L.) », Contact Dermatitis, vol. 9, no 5,‎ , p. 390-6
  12. Jacques André, Les noms des plantes dans la Rome antique, Les Belles Lettres, , 336 p.
  13. (en) Pedanius Dioscorides of Anazarbus, De materia medica (translated by Lily Y. Beck), Olms - Weidmann, , 630 p.
  14. Pline l'Ancien, Histoire naturelle (traduit, présenté et annoté par Stéphane Schmitt), Bibliothèque de la Pléiade, nrf, Gallimard, , 2131 p.
  15. a b c et d Pierre Lieutaghi, Badasson & Cie : Tradition médicinale et autres usages des plantes en haute Provence, Actes Sud, , 715 p. (ISBN 978-2-7427-8192-8)
  16. a et b Pierre Lieutaghi, « Tamier ou Herbe aux femmes battues », dans coll., Encyclopædia Universalis [en ligne], (lire en ligne)

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Liens externes[modifier | modifier le code]