Première République espagnole

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Caricature de la revue La Flaca (1869-1876) publiée en 1873. On y voit Francesc Pi i Margall débordé par le fédéralisme (représenté par les enfants portant différentes tenues traditionnelles régionales) et Emilio Castelar essayant de remettre de l'ordre en instruisant les enfants.

La Première République espagnole (en espagnol, Primera República española) est le régime politique de l'Espagne du , date de la proclamation par les Cortes, au , quand le coup d'État militaire du général Martínez-Campos entraîne la restauration des Bourbons.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La République est la conséquence directe des difficultés que connait l'Espagne depuis le règne mouvementé d'Isabelle II et de son mari le roi consort François Ier. Après leur fuite en France en 1868, il faut quelque temps pour trouver un candidat au trône d'Espagne. Le choix se porte finalement sur Amédée de Savoie mais ce dernier, en butte à de grandes difficultés, finit par abdiquer le . Le lendemain, une partie de la population madrilène, à l'instigation de militants républicains, proclame la République.

La première tentative républicaine dans l'Histoire de l'Espagne sera brève et caractérisée par l'instabilité politique. Quatre présidents se succèdent lors des onze premiers mois, tous issus du Parti républicain fédéral. Le coup d'État du général Pavía le met fin à la république fédérale proclamée en juin 1873 et instaure une république unitaire sous la dictature du général Serrano, chef conservateur du Parti constitutionnel (es).

Ces deux années sont marquées par trois conflits armés simultanés : la troisième guerre carliste, le soulèvement cantonal et la guerre des Dix Ans à Cuba. La Première République se situe dans le cadre du Sexenio Democrático, qui commence avec la révolution de 1868 et se termine avec le coup d'État militaire du général Arsenio-Martínez Campos qui met également fin à la Première République et prépare la restauration bourbonienne en Espagne.

La République parlementaire[modifier | modifier le code]

L'abdication d'Amédée Ier[modifier | modifier le code]

Le roi Amédée Ier renonce au trône d'Espagne le 11 février 1873. Il justifie son abdication en raison des difficultés auxquelles il a dû faire face durant son bref règne comme la guerre des Dix Ans à Cuba, la troisième guerre carliste, l'opposition des monarchistes favorables au retour des Bourbons en la personne d'Alphonse (futur Alphonse XII, fils d'Isabelle II), les différentes insurrections républicaines et la division entre ses propres partisans. En plus de cela, le monarque bénéficie d'un soutien populaire pratiquement inexistant.

Le lundi 11 février, le journal La Correspondencia de España informe dans ses colonnes que le roi a abdiqué. Des Madrilènes souhaitant l'instauration d'une fédération descendent alors dans la rue pour demander la proclamation de la République. Le gouvernement du Parti radical de Ruiz Zorrilla se réunit pour discuter des différentes options.

La proclamation du nouveau régime[modifier | modifier le code]

Le lendemain, le 12 février, les chefs de district républicains menacent le Congrès des députés : si celui-ci ne proclame pas la République avant trois heures de l'après-midi, ils lanceront une insurrection. Les républicains à Barcelone adressent un télégramme à leurs députés à Madrid dans le même sens. Les ministres démocrates avec Martos à leur tête et les présidents du Congrès et du Sénat, Rivero (es) et Figuerola (es), décident de réunir les deux chambres. L'abdication d'Amédée est lue et, en raison de l'absence du chef du gouvernement Ruiz Zorrilla, le ministre d'État Cristino Martos déclare que le gouvernement remet ses pouvoirs dans les mains des Cortes pour les transformer en Convention et pour qu'elles exercent tous les pouvoirs de l'État. Plusieurs députés républicains et radicaux déposent une motion pour que les deux chambres, réunies en Assemblée nationale, approuvent la République comme mode de gouvernement et élisent un pouvoir exécutif responsable devant elles.

Des élections sont alors organisées pour élire de nouvelles Cortes destinées à élaborer une Constitution. Néanmoins, l'unité n'existe pas parmi les républicains et l'Espagne est partagée entre deux tendances, une tendance favorable à la décentralisation mais résolument unitaire, et une tendance fédéraliste. Un peu partout, des régions, des provinces voire de simples villages proclament leur « indépendance » ou du moins leur « autonomie » au sein de l'État, créant une situation proche de l'insurrection connue sous le nom de révolution cantonale. Le pouvoir central hésite devant cette situation, avant de décider un mouvement de répression. La République est marquée par une forte instabilité et la démission de plusieurs présidents successifs. Pendant ce temps-là, le pouvoir de l'armée va grandissant.

Le gouvernement d'Estanislao Figueras[modifier | modifier le code]

Le premier gouvernement de la République doit faire face à une situation économique, sociale et politique très difficile avec notamment un déficit budgétaire de 546 millions de pesetas. Le Corps d'artillerie avait été dissous au moment critique de la troisième guerre carliste et de la guerre contre les indépendantistes cubains car il ne disposait pas de suffisamment de soldats, d'armements et d'argent. Cette grave crise économique coïncide avec la crise mondiale de 1873 et est aggravée par l'instabilité politique provoquée par l'augmentation du chômage qui causera des grèves, des marches et l'occupation des terres abandonnées.

Mais le problème le plus urgent est le rétablissement de l'ordre mis en danger par les républicains fédéralistes qui concevaient la proclamation de la République comme une nouvelle révolution et avaient pris le pouvoir en différents endroits en créant des juntes révolutionnaires qui ne reconnaissaient pas le gouvernement de Figueras car il s'agissait d'un gouvernement de coalition avec les anciens monarchistes.

La République unitaire : la dictature de Francisco Serrano[modifier | modifier le code]

C'est d'ailleurs un coup d'État, organisé par des partisans de la monarchie, qui met fin à la République démocratique dès janvier 1874. Commence alors le gouvernement provisoire du général Francisco Serrano, qui gouverne de manière autoritaire, sans les Cortes qui ont été dissoutes, jusqu'en décembre 1874.

La restauration de la dynastie des Bourbons prend du retard car Serrano cherche à gagner du temps, dans l'espoir de conserver un régime républicain à son profit. Finalement, en janvier 1875, la monarchie est restaurée au profit d'Alphonse XII, qui met en place une monarchie constitutionnelle.

Références[modifier | modifier le code]