Pont Notre-Dame

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Pont Notre-Dame
Pont Notre-Dame
Pont Notre-Dame
Géographie
Pays France
Région Île-de-France
Département Paris
Localité Paris
Coordonnées géographiques 48° 51′ 23″ N 2° 20′ 56″ E / 48.856389, 2.348889 ()48° 51′ 23″ N 2° 20′ 56″ E / 48.856389, 2.348889 ()  
Fonction
Franchit le grand bras de la Seine
Fonction pont routier
Caractéristiques techniques
Type Pont en arc
Longueur 106 m
Largeur 20 m
Matériau(x) Acier, pierre
Construction
Construction 1910-1914
Architecte(s) Aron, J. Drogue, J. Résal,
Retraint, Binet

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Pont Notre-Dame

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Pont Notre-Dame

Le pont Notre-Dame est un pont situé à Paris et traversant le grand bras de la Seine, reliant le quai de Gesvres au quai de la Corse sur l'île de la Cité. Construit en 1853, lors des transformations haussmanniennes, il mesure 106 m de longueur pour une largeur de 20 m, ses cinq arches initiales ayant été réduites à trois en 1912, dont une arche centrale métallique de 60 m. Il occupe l'emplacement de l'un des tout premiers ponts de la capitale : le Grand-Pont, remplacé par les planches de Milbray puis deux répliques du pont Notre-Dame, l'une en bois, l'autre en pierre.

Situation[modifier | modifier le code]

(M) Ce site est desservi par la station de métro Pont Marie. Il est situé au niveau de l'Hôtel-Dieu et du marché aux fleurs et aux oiseaux, qu'il relie à la rive droite. Dans l'axe du pont, au sud de la rue de la Cité, le Petit-Pont relie l'île à la rive gauche.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les différents ponts[modifier | modifier le code]

Le pont romain[modifier | modifier le code]

C'est à son emplacement que se trouvait l'un des deux premiers ponts parisien qui permettait dès l'Antiquité à l'axe du cardo maximus de franchir la Seine sur son grand bras, dans le prolongement du Petit-Pont.

Le pont du Xe siècle[modifier | modifier le code]

En 886, le siège de Paris et les attaques normandes le condamnent, et il est remplacé par un pont de planches jeté sur les anciennes piles de bois auxquelles sont fixés des moulins à grains[1] : les Planches de Milbray[2], qui tiendront jusqu'aux inondations de 1406. Le toponyme Milbray provient vraisemblablement de la contraction de emmi le brai, signifiant « au milieu du marais », pour indiquer que l'on retirait ces planches de bois jusqu'au milieu du fleuve dans sa partie marécageuse, afin de protéger l'accès à l'île de la Cité[3],[4].

Le pont de 1421[modifier | modifier le code]

Le , Charles VI baptise le nouveau pont de Notre-Dame, un solide ouvrage de bois reliant l'île de la Cité à la rue Saint-Martin sur dix-sept rangées de piles et dont les travaux s'achèvent en 1421. La municipalité avait reçu l'autorisation de bâtir sur ce pont de 354 pieds de long[5] par 90 de large : on construira jusqu'à soixante-cinq maisons réparties de chaque côté avec, à leur pied, de riches boutiques[4], dont plusieurs librairies et armureries qui faisaient la réputation du pont[1]. Plusieurs moulins sont aussi installés sur les piles. Les revenus que la Ville prélève sur les maisons ne sont cependant pas utilisés pour pourvoir à son entretien.

Le pont s'effondrera le lors d'une crue de la Seine[2]. Tenus pour responsables d'avoir négligé les avertissement sur l'état de délabrement du pont, le prévôt des marchands, Jacques Piédefer, et quatre échevins sont emprisonnés avant d'être condamnés à de lourdes amendes de dédommagement et remplacés[6].

Le pont de 1507[modifier | modifier le code]

Le pont Notre-Dame en 1576, gravure de Jacques Androuet du Cerceau.

En 1500, on décide alors de le reconstruire en pierre de taille, en le dotant de six grandes arches de six-sept mètres d'ouverture[7], sous la direction de l'architecte Jean Joconde, qui avait déjà restauré le Petit-Pont, et du maître maçon Didier de Felin, frère de l'architecte de la Tour Saint-Jacques. Un octroi spécial levé pendant six ans sur le poisson, le bétail et le sel aide à son financement[7]. Un bac provisoire est installé sur le fleuve.

L'ouvrage, terminé en 1507, sera encore surplombé de demeures et de boutiques et deviendra vite un endroit commerçant très fréquenté et prestigieux : François Ier y fait son entrée triomphale dans Paris en 1515[7]. Ces soixante et une habitations[8] de six étages sont les premières dotées d'un numéro à Paris. On les a aussi ornées de grands termes d'hommes et de femmes et de portraits de rois et, aux quatre extrémités, on a placé des niches avec des statues royales[4],[9].

« Destruction des maisons sur le pont Notre-Dame en 1786 » - Hubert Robert

On a gravé sur une des arches ce distique de Sannazar, en l'honneur de l'architecte :

Jucundus geminum posuit tibi, Sequana, pontem ;
Hunc tu jure potes dicere Pontificem[10].

En 1659, le pont est remis en état et redécoré pour honorer l'arrivée à Paris de la fille du roi d'Espagne Philippe IV, Marie-Thérèse d'Autriche, qui devient alors reine de France et de Navarre en épousant Louis XIV, conformément au traité des Pyrénées. Les boutiques sont alors presque toutes occupées par des marchands d'art[1] : Watteau en fait une représentation dans son tableau « L'Enseigne de Gersaint ». En 1763, par lettres patentes du roi, on doit détruire les habitations devenues insalubres qui le surmontent, ce qui ne sera finalement réalisé qu'en 1786. Dans le cadre de la déchristianisation, le pont sera renommé pont de la Raison durant la Révolution française[3].

Le pont de 1853[modifier | modifier le code]

Derrière le pont d'Arcole, la version à 5 arches

Le pont qui lui succède en 1853 sur les mêmes fondations est construit en maçonnerie d'après les projets de Lagalisserie et Darcel, dans la lignée des transformations haussmanniennes et suite à la décision d'abaisser le niveau de la rue Saint-Martin[1]. Il n'a que cinq arches de 17 m à 19 m d'ouverture, son tablier est abaissé de 2,7 m et ses piles sont ornées de chaque côté d'une tête de bélier. Suite à de nombreux accidents fluviaux qui y ont lieu (pas moins de 35 entre 1891 et 1910), il se voit baptiser le pont du Diable.

Le pont de 1919[modifier | modifier le code]

Début du XXe siècle

C'est donc pour faciliter le passage des bateaux et l'écoulement du fleuve qu'on remplace les trois arches du milieu par une arche métallique unique. C'est ce nouvel ouvrage, réalisé par Jean Résal, déjà concepteur du pont Mirabeau et du pont Alexandre-III, et l'entreprise Daydé & Pillé, inauguré en 1919 par Raymond Poincaré, président de la République, qui est encore en place de nos jours.

La pompe Notre-Dame[modifier | modifier le code]

La pompe en 1815 - Auguste Régnier, musée Carnavalet
La pompe en 1857

Paris a toujours manqué d'eau dans le passé. En 1670, Daniel Jolly, directeur de la pompe de la Samaritaine, proposa au corps municipal d’établir, près du pont Notre-Dame, un appareil semblable à celui dont l’administration lui était confiée, lui offrant d’élever, au prix de 20 000 livres, 30 à 40 pouces d’eau de la Seine à 80 pieds au-dessus du niveau de cette rivière, soit environ 400 litres par minute. Sa proposition fut acceptée par arrêté du . On transforma alors les deux moulins à blé qui avaient été établis au début du XVIe siècle sous les troisième et quatrième arches du pont[1].

Un projet analogue fut soumis à la même époque au conseil par Jacques De Manse qui proposait, pour une somme de 40 000 livres d'élever 55 pouces d’eau au moyen d’une nouvelle machine hydraulique. Ses offres furent accueillies avec la même faveur[11].

Les deux ingénieurs se mirent à l’œuvre simultanément. Le résultat de leur travail fut de livrer à la consommation parisienne un volume supplémentaire de 80 pouces d’eau. Un nouveau réseau de conduites assurait la distribution de ces eaux vers des fontaines en création. Les pompes, actionnées par deux roues à aube, étaient placées sur un échafaudage et furent renfermées dans un pavillon dont la porte d'ordre ionique, dessinée par Pierre Bullet, attira surtout les regards des artistes et des lettrés. Cette porte, ornée de deux bas-reliefs, chef-d’œuvre de Jean Goujon, et débris d’un édifice antérieur, portait au-dessous d’un médaillon de Louis XV une inscription en vers latins du poète Santeul. Elle fut traduite en vers français par Pierre Corneille[12].

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« Que le dieu de la Seine a d'amour pour Paris !
Dès qu'il peut en baiser les rivages chéris,
De ses flots suspendus la descente plus douce
Laisse douter aux yeux s'il avance ou rebrousse :
Lui-même à son canal il dérobe ses eaux,
Qu'il y fait rejaillir par de secrètes veines,
Et le plaisir qu'il prend à voir des lieux si beaux,
De grand fleuve qu'il est, le transforme en fontaines. »

— Pierre Corneille

Ces pompes furent réparées à différentes époques et notamment en 1678, 1708 et 1795, avec un succès chaque fois mitigé, l'eau ne cessant de manquer dans Paris. La première pompe cessa de fonctionner en 1786. La seconde pompe continua, en application d'un décret impérial du 2 mai 1806, d'alimenter vingt-neuf fontaines[13] :

  • la fontaine Maubuée ;
  • la fontaine Sainte-Avoie ;
  • la fontaine Saint-Leu ;
  • la fontaine Grenetat ;
  • la fontaine Saint-Denis ;
  • la fontaine Saint-Martin ;
  • la fontaine Saint-Côme ;
  • la fontaine Saint-Séverin ;
  • la fontaine Saint-Benoît ;
  • la fontaine Sainte-Anne ;
  • la fontaine de la place Maubert ;
  • la fontaine de la rue des Fossés-Saint-Bernard ;
  • la fontaine Saint-Victor ;
  • la fontaine du marché Saint-Jean ;
  • la fontaine des Blancs-Manteaux ;
  • la fontaine des Haudriettes ;
  • la fontaine du marché Saint-Martin ;
  • la fontaine du Temple ;
  • la fontaine de l'Echaudé ;
  • la fontaine des Enfants-Rouges ;
  • la fontaine Boucherat ;
  • la fontaine Sainte-Catherine ;
  • la fontaine Saint-Louis ;
  • la fontaine des Tournelles ;
  • la fontaine Trogneux ;
  • la fontaine Bas-Froid ;
  • la fontaine du marché Lenoir ;
  • la fontaine de la Petite-Halle ;
  • la fontaine du Ponceau.

Arrêtée en 1858, elle fut démolie en 1861[14].

Description[modifier | modifier le code]

Le pont actuel est composé de trois arches, deux en pierres et une centrale métallique.

Vue d'ensemble.

Art[modifier | modifier le code]

  • C'est en 1756, alors que le pont est en plein apogée commerçant, que Nicolas Raguenet réalise son tableau « La joute de mariniers entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change », grâce auquel on prend conscience des imposantes bâtisses qui occupaient le pont.
  • En 1856, le peintre Charles Meryon réalise son tableau «L'Arche du pont Notre-Dame».
  • Dans Les Misérables de Victor Hugo, l'inspecteur Javert se suicide en sautant de ce pont ; description précise des remous de la Seine à cet endroit (in 5° partie "Jean Valjean", livre 4, chapitre 1 "Javert déraillé").
Raguenet, La joute des mariniers-2 denoised.jpg Antoine Watteau 047.jpg
La joute des mariniers
Nicolas Raguenet
L'Enseigne de Gersaint
Antoine Watteau

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e L'Île de la Cité et ses ponts , op. cit., pp. 109-112
  2. a et b Philippe Lorentz et Dany Sandron, Atlas de Paris au Moyen Âge, Paris, Éditions Parigramme,‎ 2006, 200 p. (ISBN 978-2-84096-402-5), p. 25
  3. a et b Félix et Louis Lazare, Dictionnaire historique des rues et monuments de Paris en 1855 avec les plans des 48 quartiers, Maisonneuve & Larose, 796 p. (ISBN 2-86877-184-X), p. 588
  4. a, b et c Jean de Marlès, Paris ancien et moderne, ou Histoire de France divisée en douze périodes, 1837, t. 1, p. 63, lire en ligne
  5. soit environ 150 m.
  6. Amédée Gabourd, Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, 1864, t. III, p. 5, lire en ligne
  7. a, b et c Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris : Évolution d'un paysage urbain, Paris, Éditions Parigramme,‎ 2007, 200 p. (ISBN 978-2-84096-485-8), pp. 78-79.
  8. 30 d'un côté et 31 de l'autre ; le nombre s'était élevé à 70, mais on en avait abattu 9 qui gênaient la circulation.
  9. On y trouve les statues de Saint Louis, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.
  10. Alexandre Monnier, Histoire de l'assistance dans les temps anciens et modernes, 1856, p. 274, lire en ligne
  11. Jacques-Antoine Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, t. V, Paris, Baudouin frères,‎ 1837, 6e éd., 499 p. (lire en ligne), p. 326
  12. Montalant-Bougleux, J.-B. Santeul ou la Poésie latine sous Louis XIV, Paris, 1855, p. 351.
  13. Jacques-Antoine Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, t. IX, Paris, Baudouin frères,‎ 1825, 3e éd. (lire en ligne), p. 223–227
  14. Philippe Krief, Paris Rive Droite, Paris, Massin, coll. « Petites histoires et grands secrets »,‎ 2004, 213 p. (ISBN 2-7072-0488-9) pp. 15-16

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Félix et Louis Lazare, Dictionnaire historique des rues et monuments de Paris en 1855 avec les plans des 48 quartiers, Maisonneuve & Larose, 796 p. (ISBN 2-86877-184-X)
  • François-Christian Semur (ill. Emmanuel Pain), L'Île de la Cité et ses ponts, Éditions Ouest-France,‎ 2010, 144 p. (ISBN 978-2-7373-4619-7), pp. 108-112 Document utilisé pour la rédaction de l’article
En aval Situation sur la Seine En amont
Pont au Change
Situation sur la Seine dans Paris
Pont d'Arcole