Jacques-Antoine Dulaure

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Jacques-Antoine Dulaure
Illustration.
Fonctions
Député du Puy-de-Dôme

(3 ans, 1 mois et 19 jours)
Gouvernement Convention nationale
Député au Conseil des Cinq-Cents

(4 ans, 2 mois et 12 jours)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Girondins
Modérés
Profession Ingénieur-géographe
Ecrivain
députés du Puy-de-Dôme

Jacques-Antoine Dulaure, né le à Clermont-Ferrand et mort le à Paris, est un archéologue, historien et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dulaure fit de bonnes études au collège de Clermont, cultiva le dessin, étudia les mathématiques. Avant de commencer sa carrière littéraire, il s’adonna successivement à l’architecture et à la topographie. Il se rendit à Paris au mois d’octobre 1779, et fut admis comme élève chez l’architecte Rondelet, qui, après la mort de Soufflot, avait été chargé d’achever les travaux de l’église de Sainte-Geneviève, et, avant tout, de renforcer les piliers qui semblaient ne pouvoir plus soutenir le dôme. Un jour que Dulaure, chargé de prendre des mesures verticales, marchait dans l’intérieur, sur de hautes corniches, il fut saisi d’un éblouissement, et près de tomber et de se briser sur les dalles du monument. Dès lors dégoûté de l’architecture, il voulut être ingénieur-géographe.

Il devait travailler, sous la direction d’un ingénieur en chef, à la confection d’un canal projeté entre Bordeaux et Bayonne. la guerre de l’indépendance américaine ayant fait manquer cette entreprise, Dulaure se mit à donner des leçons de géométrie. Il inventa un instrument propre à la levée des plans et des cartes topographiques. Il soumit, en 1781, son invention à l’Académie des sciences : chargés de l’examiner, Rossut et Cousin firent un rapport favorable.

Débuts littéraires[modifier | modifier le code]

L’année suivante Dulaure commence une carrière littéraire, qui dure plus d’un demi-siècle. Ses premiers écrits sont des critiques sur quelques monuments de Paris, principalement sur l’Odéon qui venait d’être bâti sur l’ancien terrain de l’hôtel de Condé. Dulaure en fait une critique où il fait dialoguer, raisonner et critiquer les loges, les décorations et les murailles du bâtiment. Inspiré par les premières expériences aérostatiques, en 1784, il publie un court Retour de voyage dans la Lune[1], précédant ainsi Beffroy de Reigny, le « Cousin Jacques », qui, l'année suivante, commence son journal intitulé les Lunes.

Il parait avoir été chargé en 1785-1786 du compte-rendu des pièces de théâtre, dans Le Courrier lyrique et amusant, ou Passe-temps des toilettes de Dufrénoy, publication dans laquelle il introduit une partie archéologique[2].

En 1786, avec son essai sur la Pogonologie[3] (voir bibliographie) il se lance dans un essai, que l'on qualifierait aujourd'hui de psycho-sociologique, sur le port de la barbe dont il fait l'apologie, dans un siècle où il est de bon ton d'être glabre[4].

Il publie ensuite divers ouvrages où perce sa détestation des abus, des injustices, des fausses doctrines de l’Ancien Régime. On note ainsi sa Description de Paris et une Nouvelle Description des curiosités de Paris, où se mêlent des recommandations de voyage en forme de guide pour les étrangers et es attaques contre la monarchie. (1785), sa Description de Paris et de ses environs, ses Singularités historiques, etc. (1re éd., 1786). Vivement attaqué dans L'Année littéraire, Dulaure y opposa une réponse vigoureuse.

Il était attelé à la rédaction d’une imposante Description de la France par provinces (1788-1789, 6 vol.) lorsque le début de la Révolution, dont il adopte les principes, l'amène à interrompre ce travail.

Dulaure se lance alors dans l’action politique par ses brochures et par ses écrits périodiques publiés pendant près de trois ans. En 1790, il lance et rédige les journal Les Évangélistes du jour, éphémère publication de 16 numéros, « lourde et impuissante catapulte » contre les auteurs des Actes des Apôtres[5]. Puis du 1er août 1791 au 25 août 1793, il fait paraître Le Thermomètre du jour, journal politique[6],[7].

Député[modifier | modifier le code]

À la Convention nationale[modifier | modifier le code]

Constamment attaché au club des Jacobins, il est élu, en septembre 1792, à la Convention nationale par l’assemblée électorale du département du Puy-de-Dôme. Siégeant d’abord avec le Marais, il se prononce, lors du procès de Louis XVI, d’abord pour l’appel du peuple, avant de voter la mort sans sursis et sans appel. Le jour de la mise en accusation de Jean-Paul Marat, il est absent. Comme de nombreux députés, il correspond avec ses électeurs et rend public au moins une fois ses impressions sur le climat qui règne à la Convention dans les premiers mois de 1793 [8].

Effrayé de la marche des évènements, il finit par se ranger cependant parmi les girondins. Le 3 octobre 1793, lorsque Amar fait son rapport contre les chefs de ce parti, le nom de Dulaure s’y trouva plusieurs fois cité parmi ceux des conspirateurs ; mais il ne se figurait pas sur la liste des quarante-et-un députés qui furent décrétés d’accusation. Lorsque Amar vint réparer cette omission, le 20, le décret d’accusation est adopté sans discussion. Dulaure tente de se soustraire à ce danger, et, après s’être tenu caché pendant près de deux mois à Paris et à Saint-Denis se réfugie en Suisse, où il passe un an comme employé dans une manufacture d’indiennes.

Après le 9 thermidor, il écrit a la Convention pour lui demander des juges. Le manufacturier chez lequel il travaillait lui fournit tous les moyens nécessaires pour rentrer en France. Il était en chemin pour se rendre à la frontière, lorsqu'il apprend par les journaux qu’un décret le rappelle dans le sein de la Convention.

Il est nommé membre du comité d’instruction publique, le 20 germinal an III, et est ensuite envoyé en mission dans les départements de la Corrèze et de la Dordogne.

Au Conseil des Cinq-Cents[modifier | modifier le code]

À la fin de son mandat de Conventionnel il se représente devant le corps électoral. Il est réélu par trois départements, le Puy-de-Dôme, qu'il choisit, la Corrèze et la Dordogne. N'ayant pas atteint l’âge de quarante ans, il rejoint le conseil des Cinq-Cents, où le sort le maintient en germinal an V.

En germinal an VI, le département du Puy-de-Dôme le réélit député pour la troisième fois.

Au Conseil des Cinq-Cents, il se signale par ses réflexions sur l’instruction publique.

Après le 18 brumaire[modifier | modifier le code]

Après le coup d'État du 18 brumaire, Dulaure, qui s’était écrié « À bas le dictateur ! », renonce à la politique et rentre dans la vie privée, pour reprendre le cours de ses études historiques. Il obtient néanmoins, en 1808, dans une administration financière, une place de sous-chef, qui lui était devenue nécessaire par suite de la faillite d’un notaire de Paris, dépositaire de toute sa fortune.

Sous la Restauration[modifier | modifier le code]

En 1814, à la première Restauration, une circulaire, datée du 1er juillet, lui annonce qu’il n’est pas conservé dans la nouvelle organisation. Se voyant, dans un âge avancé, sans autres ressources autres que son talent, Dulaure y trouve des compensations suffisantes aux rigueurs du sort. Cantonné désormais dans les travaux historiques, il écrit beaucoup et fonde l’Académie celtique, ancêtre de la Société des antiquaires de France.

Il a publié dans les Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France plusieurs dissertations sur les Gaulois et laisse des manuscrits inédits.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ses nombreux ouvrages se rapportent presque tous à Paris, à la France et à la Révolution. Le plus important est son Histoire civile, physique et morale de Paris. Cet ouvrage, plein de recherches curieuses et de faits peu connus, qui accumule les accusations encourues par les rois et le clergé, souleva contre l’auteur les attaques les plus violentes des partisans de l’Ancien régime.

  • Pogonologie, ou histoire philosophique de la barbe, Paris, Le Jay, 1786, 2 vol. Lire en ligne.
  • Réclamation d’un Citoyen contre une nouvelle enceinte de Paris, élevée par les fermiers généraux, 1787, 32 p.[9].
  • Description des principaux lieux de France, Paris, Lejay, , 6 volumes (notice BnF no FRBNF30371602) lire en ligne sur Gallica : 1. Provence, 2. Languedoc, 3. Aquitaine, 4. Poitou, 5. Auvergne, 6. Lyonnais, Bourbonnais
  • Histoire critique de la noblesse depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours, Paris, Guillot, , 327 p. (notice BnF no FRBNF30371620)
  • Liste des noms des ci-devant nobles, nobles de race, robins, prélats, financiers, intrigants, et de tous les aspirants à la noblesse ou escrocs d'icelle, avec des notes sur leurs familles, Paris, Garnery, c. 1790, 112 p. (notice BnF no FRBNF35995030, lire en ligne)
  • Vie privée des ecclésiastiques, prélats et autres fonctionnaires publics qui n'ont point prêté leur serment sur la Constitution civile du clergé, Paris, Garnéry, , 3 parties en 1 volume (notice BnF no FRBNF30371666)
  • Étrennes à la Noblesse : ou Précis historique et critique sur l'origine des ci-devant ducs, comtes, barons etc., monseigneurs et grandeurs, etc., Londres et Paris, J. Thomas, , 230 p. (notice BnF no FRBNF30371613)
  • Des Cultes qui ont précédé et amené l'idolâtrie : ou l'adoration des figures humaines, Paris, Fournier frères, , 511 p. (notice BnF no FRBNF30371599)
  • Des Divinités génératrices : ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes, des cultes du dieu de Lampsaque, de Pan, de Vénus, etc., Paris, Dentu, , 428 p. (notice BnF no FRBNF30371604)
  • Les deux ouvrages précédents ont été regroupés ultérieurement sous le titre : Histoire abrégée des différents cultes, 2e édit., Paris, Guillaume, 1825, 2 vol.
  • Crimes et forfaits de la noblesse et du clergé depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours, Paris, s.n., s.d. (notice BnF no FRBNF38759695)
  • Causes secrètes des excès de la Révolution : ou Réunion de témoignages qui prouvent que la famille des Bourbons, les chefs de l'émigration, sont les instigateurs de la mort de Louis XVI, du régime de la Terreur et des maux qui ont désolé la France avant et pendant la session de la Convention, Paris, Béchet, , 140 p. (notice BnF no FRBNF30371595)
  • Esquisses historiques des principaux événemens de la Révolution française, depuis la convocation des États-Généraux jusqu'au rétablissement de la maison de Bourbon, Paris, Baudouin frères, 1823-1825, 5 volumes et une table (notice BnF no FRBNF30371608) [lire en ligne sur Gallica : vol. 1, 2, 3, 4, 5 et table
  • Histoire physique, civile et morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, Paris, Guillaume, (réimpr. 1825, 8 vol., avec des additions et des notes par J. L. Belin), 4e éd. (1re éd. 1821-1822), 10 tomes et un atlas, (notice BnF no FRBNF36394803) ; [lire en ligne sur Gallica : tome I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X et Atlas
  • Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, Paris, Guillaume, 1825-1828, 7 volumes (notice BnF no FRBNF36396330)
  • Histoire de la révolution française, depuis 1814 jusqu'à 1830, Paris, Poiré, , 8 volumes (notice BnF no FRBNF36283338)
  • « La Fin de l'Histoire de la Restauration », dans Alphonse Maréchal, Histoire de la Révolution de 1830, Paris, Degorce-Cadot, coll. « Bibliothèque d'histoire », , 504 p. (notice BnF no FRBNF34030999, lire en ligne)
  • Mémoires de Dulaure, avec une introduction de M. L. de la Sicotière, Paris, Poulet-Malassis, 1862. Lire en Ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J.-A. Dulaure (attribué à), Le retour de mon pauvre oncle, ou Relation de son voyage dans la Lune, Paris, Le Jay, 1784, 58 p.Lire en ligne.
  2. Les billets n'étant pas signés, selon l'habitude de l'époque, il est difficile d'attribuer avec certitude à Dulaure les notes des livraisons de 1785 Voir en ligne.
  3. À rapprocher du terme Pogonophore, « adj. Terme de zoologie. Qui porte la barbe. », Littré Dictionnaire de la langue française, 1876, t. 3, p. 1183.
  4. Sophie Chassat, « La barbe ne fait pas le philosophe, ... l'homme à la mode, si! », Le Monde.fr, 9 septembre 2014. Lire en ligne
  5. Eugène Hatin, Bibliographie historique et critique de la Presse périodique, Paris, Firmin-Didot, 1866, p. 170.
  6. E. Hatin, Bibliographie,..., p. 217-218. Consulter en ligne.
  7. Plusieurs numéros sont consultables en ligne à partir du site Le gazetier révolutionnaire.
  8. Observations à mes commettants par J.-A. Dulaure, député à la Convention Nationale par le département du Puy-de-Dôme, 1793, 13 p. Lire en ligne.
  9. La Correspondance Littéraire désigne immédiatement Dulaure comme étant l'auteur de ce pamphlet anonyme (avril 1787, p. 344, Consulter en ligne). Cette attribution est confirmée aujourd'hui (Voir la notice de la Bnf. Le libelle a un temps été attribué à Mirabeau, par exemple par M. Capefigue, Louis XVI, son administration, Paris, Dulin, 1844, t. 3, p. 324. (Consulter en ligne).

Sources[modifier | modifier le code]