Lip

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Lip
logo de Lip

Création 1867
Fondateurs Emmanuel Lipmann
Personnages clés Fred Lip, Charles Piaget, Jean-Claude Sensemat, Jean-Luc Bernerd, Philippe Berard
Siège social Besançon
Drapeau de France France
Activité Horlogerie
Produits Montres
Société mère SMB Horlogerie
Site web lip.fr

Lip est une marque horlogère française originaire de Besançon (Doubs) , fondée en 1867 et qui avait ses derniers ateliers dans la zone industrielle de Palente, avant sa liquidation judiciaire en 1977.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers pas[modifier | modifier le code]

« En 1800, le futur empereur qui n’est encore que premier consul, est de passage à Besançon. À cette occasion, un artisan horloger lui offre une montre au nom du consistoire israélite dont il est le président. C’est un personnage de roman qui porte calotte de velours et barbe abondante. »[1].

À l’origine, Emmanuel Lipmann était un artisan horloger qui, « lorsqu’il n’était pas penché sur ses montres, la loupe à l’œil, parcourait la plaine alsacienne, réparant les pendules ou vendant sa propre fabrication, mi-colporteur, mi-médecin d’horloges. L'hiver, il regagne son village, son atelier, son établi et prépare la saison suivante. (…). Mais notre homme, lui, restera fidèle à sa Franche-Comté natale. Il porte un nom qui, amputé de sa seconde syllabe, est aujourd'hui le plus populaire de l’industrie horlogère. (…) Il est l’ancêtre de tous les LIP qui, d’une petite entreprise de quinze personnes installée en 1868 par Emmanuel Lipmann dans la Grande Rue à Besançon, firent la plus puissante des manufactures françaises. »[1]

Après la loi Le Chapellier en 1791 et l'abolition des corporations de métiers, nécessairement catholiques, les transformations dues aux nouvelles lois de la jeune République française et la liberté de cultes ont ouvert l'accès à tous ou presque d'un grand nombre de métiers liés à la mécanique dont l'horlogerie. Les anciennes provinces, transformées en 83 départements en 1790, qui entouraient la Suisse en ont profité pour détaxer certains métiers (horlogerie, tissage, papeterie, etc.) et créer des écoles, de façon à attirer les ouvriers qualifiés, y compris des israélites et des protestants, et relancer ainsi l'économie. Ainsi, de nombreux horlogers ont pu s'installer dans le Jura, la Savoie (territoire qui ne devient français qu'en 1860) ou l'Isère, pour produire à moindre coût et vendre aussi bien en France qu'en Suisse, où la haute horlogerie est présente depuis la Renaissance, et dans d'autres pays[2].

En 1807, une montre de gousset est offerte à Napoléon Bonaparte par la communauté juive de Besançon.

En 1867, Emmanuel Lipmann, avec ses fils Ernest et Camille, fonde un atelier d’horlogerie sous l’enseigne Comptoir Lipmann. L'atelier devient, en 1893, la Société anonyme d’horlogerie Lipmann Frères.

L'essor[modifier | modifier le code]

Réclame de 1924.

En 1896, le Chronomètre Lip est lancé, cette désignation devient la marque de la Manufacture horlogère et apparaît sur tous les cadrans des montres. La fabrication s’élève alors à environ 2 500 pièces par an.

En 1931, la marque LiP devient LiP S.A. d’Horlogerie. Des actions de la société sont alors données aux distributeurs pour accélérer les ventes. Les trois directeurs sont alors : James Lipmann (fils de Camille) responsable du commercial, Fred Lipmann (fils d'Ernest) responsable de la technique et Lionel Lipmann (fils d'Ernest) responsable de la communication.

Un mouvement Lip R25 utilisé dans une montre bracelet Prim d'origine tchèque.

Le 14 juillet 1942, le générateur des usines, qui avaient été réquisitionnées par les Allemands car LIP était considérée comme étant une entreprise indispensable pour le Reich allemand et , de surcroît, comme entreprise devant être " aryanisée ", ses dirigeants étant d'origine israélite, est plastiqué par Pierre Georges, dit le Colonel Fabien.

Les parents de Fred et Lionel Lipmann sont arrêtés et conduits à Drancy le 5 novembre 1943, puis déportés le 20 novembre 1943 par le convoi no 62. Ils ne reviendront pas d'Auschwitz. En l'absence de son frère Lionel et de celle de James Lipmann, devenu l'un des principaux collaborateurs de Jean Monnet à Washington, Fred Lipmann devient président de Lip en 1945.

Ni Lionel ni James Lipmann ne reviendront dans l'affaire qui se développe par des accords de fabrication avec les Russes. Lip, qui est une des rares manufactures à savoir entièrement maîtriser le processus de fabrication des ressorts spiraux de ses montres, lance des calibres d’une grande modernité comme le T18 conçu par André Donat[3] et le R25 créé par Jean-Georges Laviolette[4].

En 1950, les expéditions françaises dans l'Himalaya (lire Annapurna, premier 8000) sont équipées de montres Lip appelées Himalaya dont le boîtier au fonds vissé est plus large pour plus de robustesse avec une couronne de remontoir partiellement enchâssée, créant ainsi en prémisse la montre de sport qui fleurira bien plus tard au catalogue des plus grandes maisons d'horlogerie. Le mouvement était équipé d'un ressort Elgiloy (en) conçu pour résister aux grands froids. Ce pourrait être la première montre équipée de ce ressort bi-métallique, repris ensuite par toutes les grandes marques, Lip apparaissant ainsi comme précurseur. Le cadran de ces montres était signé Lip Himalaya avec en dessous, la mention Elgiloy, première montre de la célèbre gamme Himalaya, qui sera suivie jusqu'à l'extinction de la Maison française et régénérée ensuite par les repreneurs et continuateurs de la marque, en 2016.[réf. souhaitée].

En 1952, Lip présente l'Electronic, première montre électronique (considérée comme telle et non pas électrique, en raison de la présence d'une diode), qui est le fruit d'un investissement massif dans ce type de technologie considérée alors comme avant-gardiste[5]. Cette montre hors du commun fut offerte en 1958 au président des Etats-Unis Eisenhower lors de sa venue en France ainsi qu'au général de Gaulle, après son retour au pouvoir en 1958.

Au début des années 1960, LIP passe des accords commerciaux avec Breitling, Blancpain et reçoit de nombreuses récompenses pour la précision de ses mouvements et le design de ses montres.[réf. nécessaire] En 1963 est présenté le R136[6], calibre extra-plat de 3,3 mm. Le modèle phare de cette décennie est alors la Lip Himalaya équipée de mouvements automatiques allemands PUW d'une grande précision.

Outre l'horlogerie, l'entreprise Lip fabriquait également jusqu'en 1973 des machines-outils dans son usine d' Ornans : rectifieuses planes P250, P300, P400 et P500, rectifieuse cylindrique R250, des alimentations de pièces pour les presses, et des presses à vérin pneumatique. Les rectifieuses planes P250, P300 et P400 ont été installées dans de nombreux lycées techniques français. Vu leur niveau de précision et leur grande fiabilité, les rectifieuses Lip ont été également très vendues à l'exportation, y compris chez des constructeurs suisses de machines-outils. Ces machines, ou leurs évolutions, sont toujours fabriquées par Lipemec[7] dans l'usine d'Ornans. Lip distribuait aussi en France des presses à genouillère (marque allemande Berger).

Un autre département de l'usine de Besançon, de loin le plus rentable[réf. nécessaire], fabriquait du matériel militaire, et des pièces destinées à des satellites, avec usinage de formes spéciales en titane.

L'usine de Besançon (quartier de la Palente) avait un système de contrôle qualité très performant, en particulier la fabrication et le contrôle systématique de plus de 60 000 tampons, jauges de mesure et autres instruments de précision utilisés pour la production de l'usine, ainsi que la vérification physico-chimique de toutes les matières premières utilisées dans les pièces fabriquées.
Elle comportait également un service de traitement thermique pour la trempe — revenu de toute la visserie horlogère, ainsi qu'un service de galvanoplastie pour les revêtements des boites de montre.

Un atelier usinait par sciage des rondelles de barreaux monocristallins de silicium destinées aux produits informatiques de l'époque. Les scies étaient circulaires, à dentures intérieures.

Les premières difficultés[modifier | modifier le code]

Publicité Lip de 1934.

Dans les années 1960, la situation financière de l'entreprise se dégrade.

En 1967, Fred Lipmann, devenu Fred Lip, décide d'ouvrir le capital et cède 33 % de ses parts à Ébauches S.A. (filiale de l'ASUAG, un important consortium horloger suisse qui deviendra plus tard le Swatch Group).

En 1970, Lip emploie près de 1 300 personnes et son chiffre d'affaires est de 83 millions de Francs[8]. Ébauches S.A. dirige à présent l'entreprise car il devient l'actionnaire principal avec 43 % du capital[9].

En 1971, Fred Lip est exclu de son ancienne entreprise : il est " remercié " par le conseil d’administration et est alors remplacé par Jacques Saint-Esprit.

En 1973, Lip fabrique les premières montres à quartz françaises. Mais les difficultés s'accentuent : les concurrences américaine et japonaise mettent déjà l'entreprise en péril. Le , Jacques Saint-Esprit démissionne et Lip dépose le bilan. Dans les semaines qui suivent, l'usine Lip devient alors le théâtre d'une grève qui va connaître une audience nationale. C'est le point de départ d'un conflit emblématique de l'après 68, qui va durer plusieurs années.

1973-1976 : L’affaire Lip[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Lip.

En juin 1973, des ouvriers de Lip apprennent l'existence d'un plan de licenciement et d'un projet de gel des salaires. L'usine de Palente est aussitôt occupée par une grande partie des personnels et des manifestations sont organisées, à la fois dans le secteur de Besançon mais aussi dans les grandes villes en France . Malgré une tentative de négociation durant le mois d'août, la lutte continue avec plus d'intensité en septembre. En janvier 1974, Lip est repris par Claude Neuschwander, alors numéro deux du groupe Publicis et membre du PSU.

Claude Neuschwander démissionne le 8 février 1976. L'entreprise dépose le bilan en avril et l'usine est de nouveau occupée le mois suivant.

Face à l’absence de repreneurs, Lip est définitivement liquidée le 12 septembre 1977. Le 28 novembre 1977, après de longs débats, les personnels de Lip, attachés viscéralement à leur entreprise, fondent six coopératives parmi lesquelles figure notamment une société coopérative de production Les Industries de Palente dont les initiales sonnent toujours LIP.

Marque achetée par Kiplé[modifier | modifier le code]

En 1984, la marque Lip est rachetée par la société Kiplé[10] de Morteau mais le secteur se porte décidément mal. Kiplé est mis en liquidation en 1990.

Reprise par l'industriel Jean-Claude Sensemat[modifier | modifier le code]

En 1990, Jean-Claude Sensemat, industriel du Gers, acquiert la marque horlogère auprès du tribunal de commerce de Besançon et tente de la développer avec une approche marketing plus moderne et plus directe.

Les ventes se développent au point de distribuer un million de montres par an, principalement grâce à la vente de montres de premier prix avec des offres faites par les services "abonnements" de la grande presse nationale, avec une diffusion par la grande distribution et par des offres directes par la vente par correspondance. La réédition de la montre du général de Gaulle, que Jean-Claude Sensemat offrit à Bill Clinton, amorça le redémarrage de la marque.

Manufacture Générale Horlogère[modifier | modifier le code]

En 2002, Jean-Claude Sensemat signe un contrat de licence mondiale de Lip avec Jean-Luc Bernerd qui crée à cet effet La Manufacture Générale Horlogère (MGH) à Lectoure dans le Gers. En 2007,1,2 million de montres frappées du logo LIP sont écoulées[11].

Le studio de conception et le SAV sont en France mais la production a été confiée à un partenaire (FIZZ Watches) implanté à Hong Kong[12]. La marque n'emploie plus que 50 personnes et Jean-Luc Bernerd cherche à adosser LIP à un autre groupe ou trouver un nouvel investisseur.

En 2016, Jean-Claude Sensemat, qui a émigré à Montréal et est ensuite devenu citoyen canadien, cède la marque Lip[13] à son licencié Jean-Luc Bernerd[14], président de JLB Brand[15].

Le retour de LIP à Besançon[modifier | modifier le code]

Début 2014, Philippe Berard, PDG de la Société des montres bisontines (SMB), signe un accord pour assembler à Besançon et commercialiser les montres Lip[16].

En mars 2015, les montres LIP Besançon sont présentées lors du salon Baselworld. Deux collections sont alors révélées : les modèles historiques offerts à des grands hommes du XXe siècle : Winston Churchill, Général de Gaulle, Maurice Herzog, et les montres dessinées par les designers stars des années 1970 : Roger Tallon, De Bashmakoff.

En 2018, les montres LIP diffusent environ 170 modèles de montres pour hommes. Environ 170 euros : tel est le coût du premier prix d'un modèle de montre à quartz. Le prix maximum est d'environ 700 euros pour la montre automatique la plus chère. Environ 45 modèles sont automatiques, le reste - soit 125, étant à quartz. La société avait prévu de refabriquer un modèle limité (environ 1000 exemplaires) de montre à remontage manuel d'une valeur d'environ 1500 euros . Mais ce projet n' a pas encore abouti.

Les modèles de montres pour femmes sont moins nombreux : environ 110 dont environ 10 automatiques, le restant étant à quartz. Le coût des montres pour femmes est d'environ 160 euros, pour le modèle de début de gamme des montres quartz. Le modèle le plus cher pour dame est une montre automatique d'environ 450 euros. A ce jour, il n' a pas été prévu de créer et de diffuser un modèle pour femme à remontage manuel.

LIP diffuse ses montres par vente directe sur son site par internet et également, bien évidemment, par un réseau d'horlogers détaillants en France qui sont environ 770 répartis sur tout le territoire.

A l'étranger, LIP est diffusé par environ 130 commerçants.

Les modèles célèbres[modifier | modifier le code]

Lip Electronic de 1952.

Collaboration avec des designers :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Éliane Maingot, « La mesure du temps, montres et horloges », Miroir de l’histoire, 1970 ?, p. 65-79 (fascicule).
  2. Pierre Léon, La Naissance de la grande industrie en Dauphiné (fin du XVIIe siècle-1869), 2 volumes, Faculté des lettres de Grenoble, PUF, 1954
  3. Le calibre T18
  4. Le calibre R25
  5. « Le calibre R27 », sur watchesz.free.fr (consulté le 21 mars 2016)
  6. « Le calibre R136 », sur watchesz.free.fr (consulté le 24 janvier 2016)
  7. http://www.lipemec.com
  8. François Burgat, Structure de l'offre horlogère mondiale et forme des marchés, Bienne, (lire en ligne), p. 69
  9. Jean-Claude Daumas, Les systèmes productifs dans l'arc jurassien, Besançon, Presses Univ. Franche-Comté, , 338 p. (ISBN 9782848670782), p. 124
  10. http://www.ina.fr/video/CAB8401076401
  11. http://www.lefigaro.fr/conso/2008/02/13/05007-20080213ARTFIG00330-lip-toujours-ponctuelle-.php
  12. http://www.mgh-watches.com/presentation.html
  13. http://www.jcsensemat.com/images/pdf/lettre-2016.pdf
  14. https://www.ladepeche.fr/article/2015/06/16/2125563-un-nouveau-partenariat-pour-les-montres-lip.html
  15. « Exclusif : la vente de LIP », sur http://www.jcsensemat.com
  16. « Les montres Lip de retour à Besançon après 25 ans d’absence » (consulté le 21 mai 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Des heures à conter, de Marie-Pia Auschitzky-Coustan, éditions Libris, 1999 Ouvrage de référence des montres manufacturées en France de la marque LIP.
  • Comment j'ai sauvé Lip de Jean-Claude Sensemat (période 1990-2005) ; voir sur histoire-lip.com
  • Patron mais... de Claude Neuschwander, le Seuil, 1975
  • Laurent Galandon, Damien Vidal, Lip, des héros ordinaires, Dargaud, (ISBN 2505019940)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]