Marcel Barbu

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Marcel Barbu
Illustration.
Fonctions
Député
Gouvernement IVe République
Groupe politique URR
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Nanterre
Date de décès (à 77 ans)
Lieu de décès Paris
Sépulture Sannois
Nationalité Français
Père François Barbu
Mère Alphonsine Maugendre
Conjoint Pierrette Françoise Barbu née Vaillant (née en 1910)
Enfants Cinq garçons et cinq filles
Profession Ouvrier bijoutier puis monteur de boîtiers de montre, créateur d'entreprises
Religion Catholicisme

Marcel Barbu, né le et mort le , est un entrepreneur et homme politique français, député et candidat à l'élection présidentielle française de 1965.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Marcel Barbu, fils de François Barbu et d'Alphonsine Maugendre, naît dans un bidonville de Nanterre, d'une famille éclatée, son père ayant quitté le domicile conjugal. Après la Première Guerre mondiale, alors qu'il est âgé de douze ans, il est, avec sa sœur, retiré à leur mère et recueilli dans l'orphelinat catholique d’Élancourt, dans les Yvelines[1].

En , à 14 ans, il entre au petit séminaire de Versailles[1]. Renvoyé du petit séminaire, il devient apprenti-bijoutier chez Person en région parisienne en 1923 et apprend vite le métier[1]. Il se marie avec la jeune polisseuse de 18 ans et demi rencontrée chez Person, Pierrette Françoise Vaillant, le à Arras (Pas-de-Calais)[2] et monte avant-guerre à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d'Oise) une entreprise de bijouterie florissante qui lui permet de créer en 1936 à Besançon une usine de boîtiers de montres avec l'aide de Fred Lippman (Lip plus tard) qui met des machines à sa disposition[3].

Ces deux expériences, sa découverte de la religion et sa réussite personnelle par le travail, sont déterminantes pour lui.

Création d'une communauté de travail[modifier | modifier le code]

Après un bref passage par l'organisation des Compagnons de France[Quoi ?] créée en juillet 1940 et dont il partageait l'idéologie proche du régime[4], en septembre 1940, pendant l'Occupation allemande de la France, Marcel Barbu quitte ses ateliers du 43 avenue Georges-Clemenceau à Besançon et part à Valence en zone libre où il monte une communauté de travail du nom de « Boimondau » pour « BOItiers de MONtres du DAUphiné », rejoignant Fred Lip qui y avait déjà installé sa société SAPROLIP[5].

Ayant pris des responsabilités chez les Compagnons de France, il sera, à ce titre, rémunéré jusqu'à fin décembre 1940[6]. Mystique, il rêve de créer à Valence la communauté de travail idéale avec le soutien des jeunes des Compagnons de France, qui lui proposent des candidats apprentis dont ils doivent assurer l'encadrement et l'hébergement dans le cadre d'un accord signé en novembre 1941, et celui du Comité d'organisation de l'industrie de la montre, séduit par ses expériences industrielles et qui adhère sans réserve à son projet d'atelier-école. Marcel Barbu gardera de solides amitiés de son passage aux Compagnons de France, notamment avec le chef Gustave Coureau[7].

La « Société Marcel Barbu : Boîtiers de Montres du Dauphiné » sera déclarée le et domiciliée rue Montplaisir à Valence, dans les locaux d'une ancienne vinaigrerie[8].

Dès le début, il est patent qu'il travaille dans une optique communautaire ; l'apprentissage technique y passe par un apprentissage humain : « la correction fraternelle est admise ». Les conflits sont discutés en assemblée générale hebdomadaire[1]. Il faut noter la gymnastique en commun, les promenades, les séjours dans la ferme commune, l'incorporation et la rémunération des femmes et des enfants, l'éducation des ouvriers par des cours de culture hebdomadaires[1]. Il abandonne ses droits de propriété à ses ouvriers[1] et décide que le patron de l'usine, tout comme les responsables à tous les échelons, sont élus chaque année sur leurs capacités[1].

Cette communauté veut se distinguer à la fois du capitalisme et du corporatisme : elle se forme à l'occasion du travail, mais prétend être un centre de vie totale et même avoir « la responsabilité du bonheur de tous ses membres », notamment parce que l'accession à tous les échelons est possible pour tous et qu'elle est contrôlée par tous.

Après le discours aux Français de Pierre Laval du , après discussion avec les compagnons de la Communauté, Marcel Barbu refuse de donner la liste des salariés de son entreprise. Par arrêté du préfet de la Drôme du , il est interpellé par la Gendarmerie le et conduit au centre d'internement à fort Barraux (Isère) puis transféré au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le . Il est libéré le . Il se replie dans le Vercors à Combovin où la communauté crée un maquis. Le , il est de nouveau arrêté par la Gestapo à Paris et déporté à Buchenwald[1].

Après-guerre, lors de l'élection de l'Assemblée constituante, sa communauté soutient un candidat dans la Drôme dont il est suppléant. Son candidat élu, mais rapidement démissionnaire, Marcel Barbu se retrouve député et s'apparente au groupe de l'Union des républicains résistants. Il propose trois lois sur les communautés de travail, qui ne seront jamais adoptées. Son bilan à l'Assemblée est mitigé. Souvent chahuté par les autres députés, il se met à dos aussi bien les démocrates chrétiens du MRP que les communistes. Il ne se représente pas à la fin de son mandat, aux élections de juin 1946[9].

La communauté, sous l'influence de Marcel Mermoz, fils d'agriculteur pauvre jurassien et anarchiste, puis adhérent au parti communiste en 1929[10], évolue du christianisme social vers le socialisme. Marcel Barbu s'en éloigne alors progressivement car il ne partage plus les buts simplement matérialistes de la communauté.

En , il crée avec des mal-logés une association pour la construction et la gestion immobilière de Sannois, ville de la grande banlieue parisienne. Son nouveau combat est le logement social. Il refuse la construction d'appartements HLM et souhaite que chacun puisse avoir son propre pavillon[1]. En 1965, cela sera un des leitmotivs de sa candidature à l'élection présidentielle, pour lequel il sera beaucoup moqué.

Candidature à l'élection présidentielle[modifier | modifier le code]

En 1965, Marcel Barbu est un des six candidats à la première élection du Président de la République française au suffrage universel direct[11], ayant rassemblé au dernier moment les 100 signatures d'élus nécessaires[1].

Pendant la campagne, il manie l'humour (« Au début, on m’a dit "Barbu, on ne vous connaît pas", maintenant on me dit "on commence à vous connaître !" »)[1] et l'émotion non dissimulée[1] (« Mon Général, je voudrais tant vous voir éviter le sort du maréchal Pétain » — suivi d'un sanglot). Il commence ses discours par « Français, Françaises, mes frères et mes copains »[12]. Il milite pour la création d'un ministère des Droits de l'homme afin de protéger les citoyens en danger[1], la création d'une personnalité morale et juridique pour la famille, considérée comme la cellule de base de la société, l'instauration d'un référendum d'initiative populaire comme pratiqué en Suisse, propose une réforme communale faisant du maire le défenseur de ses administrés, ou un découpage du pays par unités de cinquante foyers dotées de « responsabilités et pouvoirs politiques »[1]. S’il est élu, il se donne deux ans pour appliquer son programme, à la suite de quoi il démissionnera[1]. Mais, ne parvenant pas à se faire comprendre, seule reste l’image d’un candidat emporté par l’émotion[1].

À l'issue du scrutin, il obtient le plus petit nombre de voix, soit 279 685, représentant 1,15 % des suffrages exprimés et 0,98 %[1] des inscrits. Après le premier tour, il donne « sans enthousiasme » pour consigne de voter pour François Mitterrand, qui sera battu par avec 10 % d’écart par De Gaule[1].

Candidat sans parti, se disant persécuté par le ministère de l'Intérieur, celui que le général de Gaulle traitait d'« hurluberlu » et de « brave couillon » (propos rapportés par Alain Peyrefitte[1]), est raillé par une grande partie de la presse comme un populiste[13], ou comme le journal Combat qui en fait un « paranoïaque » ou un « complotiste »[1] ; le journal Le Monde est plus neutre. Au bord des larmes durant l'une de ses allocutions télévisées, il reste dans les mémoires comme le candidat « ému par son propre discours ». Marcel Barbu, qui se disait « le candidat des chiens battus », un héritier des paysans révoltés sous la monarchie[14], a laissé l'image d'une personnalité incomprise.

Rétif à l'autorité, il s'oppose souvent à l'administration centralisée[1] et à sa bureaucratie qui, selon lui, empêche l'initiative et la réalisation de l'individu. Son credo reste le même : sans secours extérieur, une petite communauté, par son travail, sa solidarité et sa foi peut surmonter tous les obstacles.

Il postule une dernière fois comme candidat à l’élection législative de 1967 dans le VIIe  arrondissement de Paris, mais ne recueille 768 voix[1].

Mort et vie privée[modifier | modifier le code]

Marcel Barbu meurt le à Paris à l'âge de 77 ans[1]. Il est inhumé dans l'ancien cimetière de Sannois dans le Val-d'Oise.

Il est le père de dix-sept enfants[1].

Une place de Sannois est baptisée à son nom[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x et y « Présidentielle de 1965 : Marcel Barbu, un "petit" candidat au poil », Pierre Carrey, Libération.fr, 22 avril 2017.
  2. Chaudry, voir supra, p. 27
  3. Bulletin Économie et Humanisme no 13-14 de mai-juillet 1944, pages 291 à 333 ; cité par Michel Chaudy dans Faire des hommes libres. Boimondau et les communautés de travail à Valence 1941-1982, éd. REPAS, 2008, p. 27 (ISBN 2-9520180-5-7)
  4. Chaudy, Ibid., pages 29 et 30 : paragraphe intitulé « Marcel Barbu chez les Compagnons de France ».
  5. Chaudy, Ibid., pages 28 et 29
  6. Chaudry, Ibid., p. 29
  7. Chaudy, Ibid., p. 30
  8. Chaudy, ibid., p. 30
  9. Fiche Sycomore
  10. Marcel Mermoz, L'autogestion c'est pas de la tarte, entretien avec Jean-Marie Domenach, éd. Seuil, 1978, 240 pages.
  11. « Présidentielle : Pourquoi les candidats citoyens ont échoué dans la course à l’Élysée », Coralie Lemke, 20 minutes.fr, 20 mars 2017.
  12. Gérard Courtois, Parties de campagne, Éditions Perrin, 2017.
  13. « M. Barbu est dangereux parce qu’il a derrière lui une foule de Français sans visages qu’on ne peut pas compter et qu’il ne connaît pas lui-même. », cité dans un article de Libération du 22 avril 2017.
  14. « Je ne suis finalement que ce Jacques Bonhomme, vous savez, ce Français moyen de l’histoire », cité dans un article de Libération du 22 avril 2017.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. du Teil, Communauté de travail, l'expérience révolutionnaire de Marcel Barbu, Paris, Presses universitaires de France, 1949.
  • P. Picut, Une expérience autogestionnaire : la communauté de travail Boimondau à Valence, Roanne, CRESCAM, 1992.
  • Jean Vigreux, notice biographique « Marcel Barbu », Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, Paris, Les Editions de l’Atelier, tome 1 : A-Bek, 2006, p. 336-338.
  • Michel Chaudy, Faire des Hommes libres, Boimondau et les communautés de travail à Valence, Éditions REPAS, 2008, 174 p, (ISBN 978-2-9520180-5-0)
  • Une thèse de Pierre Picut, La Communauté Boimondau, modèle d'éducation permanente : une décennie d'expérimentation 1941-1951, université Louis Lumière Lyon 2, 1991.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]