Chronographe

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Un chronographe-bracelet du XXe siècle.

Un chronographe Prononciation du titre dans sa version originale Écouter dans l’acception moderne du terme, est une montre équipée d’une aiguille indépendante que l’on peut démarrer, stopper et remettre à zéro, en vue de mesurer un intervalle de temps. Dans le langage commun, on utilise souvent et abusivement le terme chronomètre pour désigner un chronographe. Le nom est dérivé du grec khrónos (χρόνος), signifiant le temps ; et gráphô (γράφω), écrire.

Lorsque l’heure est absente, on parle de « compteur ».

Le plus souvent, le chronographe est actionné par des poussoirs permettant d'enclencher le comptage (départ ou start), de l'arrêter (arrêt ou stop) et de faire la remise à zéro (reset). Dans la terminologie horlogère, c’est une complication, c'est-à-dire une fonction additionnelle ajoutée à une montre, au même titre que la date, les phases de la lune ou la sonnerie.

Historique[modifier | modifier le code]

« Compteur de Tierces » de Louis Moinet, 1816.
Un chronographe de poche Electa du XIXe siècle.
Détail du mécanisme d'un chronographe Junghans J88.

Les premières montres capables d'indiquer la durée d'une observation furent les montres à secondes indépendantes ou à secondes mortes. On attribue leur invention à l'horloger genevois Jean Moïse Pouzait en 1776. Sur ces montres qui « battent la seconde » on peut arrêter et faire repartir l'aiguille des secondes, mais il n'y a pas de remise à zéro. En 1788, l’horloger belge Hubert Sarton (1748-1828) a présenté à la société d’émulation de Liège une « montre chronométrographique » qui pourrait être précurseur du chronographe moderne. John Arnold père (1736-1799) et Louis Moinet (1768-1853), ont fabriqué des compteurs capables d'indiquer le 1/60e de seconde. Louis Moinet a appelé son compteur, fabriqué vers 1816, « compteur de tierces ». C'est un instrument remarquable puisque l'aiguille centrale, qui fait un tour en une seconde, peut être démarrée, arrêtée et remise à zéro. Mais ce n'est pas un chronographe au sens moderne du terme puisque ce compteur ne donne pas l'heure.

Le mot « chronographe[1] » a été utilisé plus tard pour la première fois en horlogerie par Nicolas-Mathieu Rieussec (1781-1866), horloger installé à Paris, qui a créé, et fait breveter en 1821, un système de mesure des temps courts, à l’aide d’un cadran tournant surmonté d’une aiguille fixe munie d'un petit réservoir d'encre. La trace de l’encre laissée sur le cadran permettait de déterminer le laps de temps que l’on souhaitait mesurer.

Louis-Frédéric Perrelet (1781-1854), conçut en 1827 une montre avec deux aiguilles des secondes : l’une des aiguilles pouvait être arrêtée à volonté, et par un deuxième appui sur le poussoir elle reprenait la place qu’elle aurait eue si elle ne s’était pas arrêtée[2]. C'est l'ancêtre des systèmes à rattrapante modernes.

Vers 1836, Joseph Thaddeus Winnerl (1799-1886) a inventé le cœur de chronographe, une came en forme de cœur permettant facilement la remise à zéro de l'aiguille des secondes[3].

Enfin en 1861 Henri-Ferréol Piguet, qui travaillait pour la maison Nicole & Capt à Londres, a réalisé le premier chronographe moderne, montre dotée d'une aiguille supplémentaire commandée par un poussoir unique permettant le départ, l'arrêt et la remise à zéro[4],[5].

Le mécanisme de chronographe est ajouté à un mouvement de montre. Il peut alors être sous le cadran, donc invisible lorsque l'on regarde le mouvement, ou ajouté sur les ponts, on dit alors « en vue ».

Développement du chronographe à la fin du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

À partir des années 1860, la fabrication du chronographe va s'étendre rapidement, principalement en Suisse[6].

C'est d'abord dans la Vallée de Joux et à Genève que sont produits des pièces de grande qualité, souvent en or. Le plus souvent les mouvements sont produits dans la Vallée de Joux par des ateliers spécialisés comme ceux de Louis-Elisée Piguet[7] au Brassus, Meylan-Truan & Fils au Sentier, ou la société LeCoultre & Cie qui, entre 1870 et 1900 a créé pas moins de 128 calibres chronographe.

Les montres complètes sont commercialisées par les grandes maisons de Genève comme Golay Fils & Stahl, Benjamin Haas Jeune & Cie, etc. Certaines de ces maisons sont toujours actives de nos jours, comme Audemars, Piguet & Cie, Patek Philippe & Cie ou Vacheron & Constantin.

Très vite la fabrication de chronographes va gagner les régions de Neuchâtel et de Berne. C'est là que va débuter l'industrialisation du chronographe à partir des années 1880. La fabrication en série permettant une forte réduction des coûts, le chronographe va devenir un instrument courant pour ses applications industrielles et sportives. Les entreprises pionnières sont Longines à St-Imier (création en 1862), Guinand Frères aux Brenets (création en 1865), Henchoz Frères au Locle, Stauffer/Nicolet à La Chaux-de-Fonds (création en 1830), Breitling à La Chaux-de-Fonds (création en 1884), Jules-Frédéric Jeanneret[8] et sa descendance à St-imier (création en 1866) ou encore Édouard Heuer à Bienne (création en 1860).

La fabrication de chronographes est attestée également en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais c'est surtout aux États-Unis que cette production atteindra des proportions non négligeables. L'American Waltham Watch Co. en a produit dès 1874, sur la base des brevets du Suisse Henri-Alfred Lugrin, de même que la Trenton Watch Co. vers 1891. La fabrication de chronographes de poche bon marché, à 1 ou 7 rubis, se poursuivra au XXe siècle chez la New England Watch Co, la New York Standard Watch Co., la Sterling Watch Co., et la New York Chronograph Watch Co. Enfin, Hamilton produira de remarquables chronographes de poche pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chronométrage aux épreuves olympiques[modifier | modifier le code]

Lors des Jeux olympiques d'été de 1932, à Los Angeles, Omega devient le premier chronométreur officiel de l'évènement en fournissant 30 chronographes issus des ateliers Lemania[9]. Ils permettent de mesurer les résultats aux dixièmes de seconde près. Aux Jeux de 1948, à Londres, est introduite la caméra photo finish ; la machine commence donc à avoir une précision supérieure à l'œil humain. Aux Jeux de 1952, à Helsinki, on utilise le quartz et l'électronique, alors que les résultats sont enregistrés au centième de seconde. Lors des Jeux de 1960, à Rome, c'est la dernière fois qu'un résultat final est jugé par un œil humain. Aux Jeux de 1964, à Tokyo, les résultats sont affichés sur un panneau en temps réel, à destination du public. Aux Jeux de 1968, à Mexico, le chronométrage est stoppé par la main du nageur sur un panneau de contact ; les juges sur le bord du bassin disparaissent[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Bovay, « Le chronométrage sportif », Culture Technique, no 13,‎ , p. 200-217 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot chronographe existait déjà mais avait d’autres significations telles qu’un recueil de dates historiques, ou encore une date cachée dans les lettres d’une phrase.
  2. Exposition Universelle de 1855, Rapports du Jury Mixte International, Tome I, Paris, , p.413 p.
  3. « Revue Chronométrique », Revue Chronométrique, éditée à Paris, 56e année, Vol. 3, p.165,‎
  4. « Journal Suisse d'Horlogerie », Journal Suisse d'Horlogerie, p.309,‎
  5. Marcel Piguet, Histoire de l'horlogerie à la Vallée de Joux, Le Sentier, Imprimerie Jules Dupuis, , 97 p. (lire en ligne), p. 72
  6. Joël Pynson, Le chronographe de poche suisse, La Chaux-de-Fonds, Chronométrophilia, , 239 p. (ISBN 978-2-88380-036-6)
  7. Gilbert Marion, « Piguet, Louis Elisée » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  8. « Excelsior Park, Saint-Imier (1866-1984) », sur DIJU - Dictionnaire du Jura (consulté le 16 septembre 2016)
  9. Michel Jeannot, « Omega réédite le modèle d'un ancien chronographe », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  10. Romain Clergeat, « Pas de chrono, pas de JO », Paris Match, semaine du 4 au 10 août 2016, page 96.