Leptospirose

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Les leptospiroses sont des maladies infectieuses, de gravité variable, dues à des bactéries du genre Leptospira, ordre des spirochètes.

C'est une anthropozoonose, maladie commune à l'homme et aux animaux. Les réservoirs principaux sont les rongeurs sauvages (porteurs sains), puis les chiens et les animaux d'élevage (porc[1], chevaux, bovins..). Ces animaux éliminent les bactéries pathogènes par leur urine contaminant le sol et les eaux, source directe ou indirecte des infections humaines (activités en eaux douces ou usées). Il n'existe pas de transmission interhumaine.

La maladie se retrouve partout dans le monde, plus souvent en zone tropicale humide. En France métropolitaine, elle est relativement peu fréquente (autour de 5 cas par million d'habitants et par an), mais jusqu'à 20 (La Réunion) ou 100 fois plus outremer (Nouvelle-Calédonie).

La grande variété des signes cliniques, la diversité des organes touchés, l'absence ou la lenteur de biologie spécifique rendent le diagnostic difficile. Il existe un traitement antibiotique efficace, y compris sur les formes graves. La vaccination n'est recommandée que pour des risques professionnels, au cas par cas.

Historique[modifier | modifier le code]

La forme grave et humaine de la maladie a été décrite par le médecin allemand Adolf Weil en 1886 comme « une forme bruyante d'ictère flamboyant » (jaunisse intense), dans un article médical intitulé « Au sujet d’une maladie infectieuse caractéristique qui provoque splénomégalie, néphrite et ictère », d'où son ancien nom de maladie de Weil.

Rétrospectivement, on peut penser à une infection par le sérovar icterohaemorragiae, qui donne les formes graves et complètes de la maladie . Toutefois, au XXIe siècle, on ne considère plus qu'une forme clinique particulière corresponde à une forme type du leptospire en cause. N'importe quelle forme clinique peut être due à n'importe quel sérovar ou sérotype[2], et tout type de sérovar peut être responsable d'une forme bénigne, sévère ou mortelle[3].

Les bactéries[modifier | modifier le code]

Le premier agent causal L. icterohaemorragiae a été découvert au Japon par Inada et Ido en 1914, qui reproduisent aussi l'atteinte hépatique chez le cobaye. Presque simultanément, cette découverte est confirmée durant la Première Guerre mondiale sur les fronts de guerre par les Allemands, les Français (Pettit isole la souche Verdun), et les Britanniques (dans les Flandres).

En 1916, Costa et Troisier montrent que la maladie peut évoluer en atteinte méningée où l'ictère est absent (formes non ictériques). En 1918, Martin et Pettit mettent au point un séro-diagnostic dont le principe est toujours utilisé de nos jours.

Par la suite, de nombreuses autres bactéries proches, également responsables de troubles analogues, ont été découvertes. Durant la première moitié du XXe siècle, chaque auteur a cru possible d'attribuer une forme clinique particulière à chaque découverte. Ces variétés cliniques et bactériologiques, sans parallélisme strict et constant entre les deux, et selon les zones géographiques et les circonstances, expliquent la multitude de dénominations historiques des leptospiroses.

Par exemple, Nicolas Petrovitch Wassilieff ou Vassiliev (1852-1891), médecin-chef à Saint-Pétersbourg, traita également du sujet, d'où le nom de maladie de Vassiliev. Près d'une centaine de dénominations ont été utilisées, parmi les plus connues : leptospirose canicolaire (L. canicola), fièvre des marais (L. grippo-typhosa), fièvre de 7 jours du Japon (L. hebdomadis), maladie des porchers ou des fruitières (L. pomona), fièvre de la canne à sucre (L. australis), fièvre automnale du Japon (L. autumnalis), etc..

Ces bactéries survivent très bien dans les milieux tels que la boue (la leptospirose comme cause possible des fièvres, ictères et néphrites dites des tranchées de la première guerre mondiale[4]). Selon Noguchi (1918) ce sont des parasites, qui ne peuvent pas se multiplier dans l'eau, elles meurent en 7 jours dans de l'eau distillée. Buchanan (1927) en trouve en quantité considérable dans un biofilm boueux formé sur le plafond de galeries de mines ; Alston (1935) dans la vase des égouts[4].

Dans les années 1940, la question de l'unification ou de la dissociation des leptospiroses se pose[5]. En effet, un même germe peut provoquer chez l'homme deux affections différentes (ictère infectieux à rechute et une méningite aigüe) ; par ailleurs une même forme clinique peut être provoquée par deux leptospires différents. Enfin sont répertoriés dans la nature des leptospires non pathogènes, tandis qu'on découvre que la leptospirose du chien due à L. canicola peut aussi toucher l'homme. Une réponse sera de distinguer entre la leptospirose dite majeure (forme classique) et toutes les autres dites mineures[6]. À partir des années 1980 cet usage se perd. La question se pose désormais en termes de génétique moléculaire (recherches toujours en cours).

Les réservoirs[modifier | modifier le code]

En 1915, le japonais Miyajima retrouve le leptospire d'Inada et Ido chez le rat, qui est alors considéré comme le réservoir des leptospires. Après la Première Guerre mondiale, en Europe, 40 % des reins du rat gris Rattus norvegicus sont porteurs de leptospires virulents pour l'homme, seuls 8 % du rat noir Rattus rattus en portaient[4]. Les petits rongeurs apparaissent comme des porteurs sains. Des études montrent qu'ils représentent 30 à 40 % de la population des rongeurs des villes ou des champs : au Japon, 39,5 % des campagnols Microtus montebelli [4], en Grande-Bretagne jusqu'à 41 % des rats, de même en Australie, avec le rat indigène Rattus culmorum[7].

En 1931, Klarenbeek découvre L. canicola chez le chien. De proche en proche, en étudiant des cas humains, on découvre de nouvelles contaminations par de nouveaux variants de leptospire et de nouveaux réservoirs : porc, bœuf, renard.., et on a d'abord cru que chaque leptospire avait son propre réservoir. En fait, certains leptospires sont plus fréquemment associés à une espèce animale particulière, mais toutes les espèces de mammifères peuvent être infectées par tout leptospire pathogène.

Bactériologie[modifier | modifier le code]

Leptospira

Le genre Leptospira (ordre des Spirochætales) comprend des espèces saprophytes, non pathogènes, qui vivent dans le sol et l'eau douce, et qui n'infestent pas les animaux ( comme L. biflexa ). Au cours de l'évolution, des espèces ont divergé pour s'adapter aux tubules rénaux des mammifères, d'abord sans provoquer de maladies ( micromammifères ), puis en provoquant des leptospiroses (homme et animaux domestiques)[8].

L'agent pathogène responsable de la leptospirose est la Leptospira interrogans. En 2014, cette espèce se subdivise en près de 250 sérovars selon leurs antigènes de surface, répartis en 24 sérogroupes[9]. Les plus importants sérogroupes sont : icterohaemorragiae, canicola, pomona, australis, grippotyphosa, hyos, sejroe.. Cette diversité rend plus difficile la conception de vaccins efficaces contre l'ensemble des leptospiroses.

La bactérie Leptospira mesure de 6 à 20 micromètres de long et 0,1 de diamètre. Elle est aérobie et se cultive lentement à 27-30° sur des milieux spéciaux. Elle se présente comme un filament spiralé, flexible, mobile, avec des extrémités en crochet, et un endoflagelle terminal fait d'une paire de flagelles périplasmatiques. Cette structure lui assure mobilité et rapidité expliquant sa large diffusion tissulaire et à sa capacité d'échapper à certains mécanismes de défenses immunitaires comme la phagocytose.

Depuis le début du XXIe siècle, une nouvelle classification basée sur le génome tend à se surajouter à la classification basée sur les antigènes.

Ecoépidémiologie[modifier | modifier le code]

Réservoirs[modifier | modifier le code]

Le réservoir des Leptospira est principalement le rat et les rongeurs sauvages, puis le chien et le porc. De nombreux autres animaux peuvent être porteurs : ragondins, furets[4], renards, chevaux, bovins, porcins, chats. Les rats sont le réservoir préférentiel de L. Icterohaemorrhagiae[10], les souris (Mus musculus) de L. Ballum, les campagnols de L. Grippotyphosa... Généralement, les animaux infectés sont des porteurs sains qui hébergent des leptospires dans leurs tubules rénaux. Durant leur vie entière, ces animaux éliminent des leptospires dans leurs urines en contaminant le sol et l'eau[3].

Chez les animaux domestiques, le chien et le porc sont les plus sensibles, ils peuvent être porteurs ou malades, et transmettre la maladie à l'homme, comme la fièvre des porchers (L. Pomona).

Chez les bovins et les ovins la leptospirose peut entrainer des pertes économiques pour l'éleveur (troubles de la reproduction du bétail, baisse de production de lait...). En France, une étude de 2014 montre que les sérovars les plus fréquents à cette date, chez les chiens et les bovins, sont L. Australis et L. Grippotyphosa[9].

Chez les chevaux, la leptospirose se manifeste par des complications oculaires (inflammations).

L'homme et ses animaux domestiques apparaissent comme des hôtes accidentels, venant s'interposer dans un cycle sauvage naturel leptospires-micromammifères-sols humides.

Leptospirose canine[modifier | modifier le code]

Elle est due classiquement à Leptospira canicola, mais aussi à L. interrogans icterohæemorrhagiæ, L. Australis, L. pomona, L. grippotyphosa... Les chiens s'infectent par voie cutanée ou muqueuse à partir de l'urine fraîchement émise par un autre chien.

Le chien malade présente rapidement une fièvre accompagnée de violents vomissements, sous deux formes :

  • Dans la maladie de Stuttgart (typhus du chien ou gastro-entérite hémorragique), la fièvre est sévère, avec prostration intense, suivie de signes hémorragiques. En l'absence de traitement, le chien meurt dans les 24 heures.
  • Dans la maladie de Weil (forme ictéro-hémorragique, comme chez l'homme), la fièvre et l'abattement sont moins violents, mais les vomissements restent incessants. Après quelques jours, une atteinte hépatique se manifeste par un ictère flamboyant (jaunisse intense) suivi par des troubles hémorragiques et rénaux. À partir de là, le chien succombe en 3 à 6 jours.

Chez les chiens survivants, la maladie évolue vers des formes subaiguës ou chroniques (atteintes hépatiques ou rénales). Il existe aussi des formes moins fréquentes (atteintes pulmonaires, oculaires, nerveuses, musculaires...). Ces chiens, guéris ou pas, peuvent continuer d'excréter des leptospires dans les urines de façon prolongée (des mois à des années).

Le traitement repose sur l'antibiothérapie.

Il existe un vaccin vétérinaire, très utilisé pour les chiens, dirigé contre L. canicola et L. icterohæmorrhagiæ. Toutefois cette vaccination n'empêche pas l'état de porteur sain, et ne protège pas forcément contre les autres leptospiroses. Elle se fait annuellement chez le chien, voire tous les 6 mois chez les chiens exposés. Ce vaccin peut être associé à d'autres : du bivalent (leptospirose et rage) jusqu'à l'hexavalent (contre 6 maladies du chien)[11].

Épidémiologie humaine[modifier | modifier le code]

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

C'est la plus répandue des anthropozoonoses, car elle est présente partout dans le monde (sauf en Antarctique). Elle est plus fréquente en zone tropicale et subtropicale, en climat chaud et humide, les bactéries survivant plus longtemps dans l'eau boueuse tiède. L'Asie est particulièrement touchée (Japon, Viet-Nam, Indonésie, Inde, Thaïlande). En Afrique (Zaïre, Sénégal, Cameroun, Gabon...) cette maladie semble beaucoup plus répandue que diagnostiquée, et enfin en Amérique latine (Nicaragua, Salvador, Brésil...). L'OMS estime le nombre mondial de cas annuels à plus de 800 000, dont 48 000 décès en 2013[12].

En Europe occidentale, la France est le pays le plus touché. L'incidence diagnostiquée en France métropolitaine est de l'ordre de 0,5 cas/100 000 habitants. Les régions Aquitaine, Île-de-France et Poitou-Charentes sont sur-représentées (50 % des cas)[13], ce qui serait lié à leurs réseaux hydrographiques[14]. En 2014, 628 cas ont été recensés en métropole, soit 0,98 / 100 000, soit la plus forte incidence enregistrée. Cette augmentation se retrouve dans d'autres pays européens[15].

La maladie est plus fréquente dans les DOM-TOM : 12,5/100 000 habitants dans le cas de La Réunion, et, respectivement, 9,12 et 13 pour ce qui est de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe La Nouvelle-Calédonie accuse une incidence de 150/100 000 habitants, et la Polynésie, de 40/100 000 habitants. En 2014, 761 cas ont été recensés dans ces territoires d'outremer.

Facteurs favorisants[modifier | modifier le code]

La maladie touche de 7 à 9 hommes pour 1 femme, les cas pédiatriques sont rares. Il s'agit principalement d'adultes, âgés en moyenne de 40 ans. La différence s'explique par des activités professionnelles et de loisirs majoritairement masculines[3].
Dans les climats tempérés, comme en France, on observe une augmentation des cas en été et en automne, mais la leptospirose peut s'observer tout au long de l'année. La fréquence est augmentée par les pluies et les inondations.

Rizières - Sri Lanka

Dans les pays pauvres, la maladie frappe des communautés rurales en zone humide (riziculteurs, pêcheurs en eau douce) et les quartiers misérables (taudis, égouts à ciel ouvert) des grandes villes. Dans les pays développés, les risques sont professionnels (travail en eau douce ou en eaux usées) et de loisirs, entre autres les loisirs internationaux (tourisme d'aventure, compétitions sportives en eau douce...).

En France métropolitaine, la maladie est due aux loisirs aquatiques dans 75% des cas : baignades en eau douce, sports nautiques (canoë-kayak, rafting, canyoning...) par projection d'eau contaminée, pêche (blessure par hameçon). Les professionnels sont exposés à plus de risques mais sont mieux protégés : vétérinaires, agriculteurs, employés des abattoirs, égoutiers, jardiniers...

En France, comme dans le monde, les leptospiroses seraient favorisées par le changement climatique (réchauffement)[16], la déforestation, l'extension de l'irrigation, l'aquaculture, la création de lacs artificiels[3], et le développement des activités de loisirs en eau douce... Tout ce qui fait la plus grande proximité des rongeurs avec l'homme et ses animaux domestiques en zone humide.

Physiopathologie[modifier | modifier le code]

La porte d'entrée est généralement cutanée ou muqueuse. Une effraction cutanée favorise la pénétration du germe. La contamination se fait par contact direct avec l'animal (morsure, léchage..) ou à partir d'une eau souillée par les urines ou les tissus morts d'un animal infecté. La contamination par les muqueuses chez l'homme peut se faire par projection d'eau souillée dans la bouche, le nez ou les yeux (conjonctives).

Après leur pénétration cutanée ou muqueuse, les leptospires passent dans le sang et peuvent migrer dans tous les tissus. La durée de l'incubation et la gravité de l'infection dépendent de la quantité de leptospires inoculant la maladie. Plus cette quantité initiale est forte, plus l'incubation est courte et la maladie grave.

La phase septicémique est celle où les leptospires se multiplient dans le sang et lèsent les petits vaisseaux par vascularite (apparition d'une fièvre sévère avec douleurs diffuses), puis survient une phase tissulaire où les leptospires se fixent plus ou moins au niveau de certains organes (foie, rein, cerveau, cœur...), de façon variée et apparemment désordonnée, expliquant la difficulté du diagnostic clinique.

L'atteinte rénale entraine une excrétion de leptospires par les urines, mais à un stade trop tardif pour servir d'aide au diagnostic. La guérison entraine l'arrêt de cette élimination, il n'existe pas de porteur sain chez l'homme, ce dernier n'est pas en lui-même un réservoir de transmission.

Manifestations cliniques[modifier | modifier le code]

La maladie se présente sous des formes variées, qui rendent son diagnostic difficile. Cliniquement, il est plus facilement évoqué si la maladie survient en été, avec la notion d'une exposition professionnelle ou de loisir au cours d'activités en eaux douces ou sur les berges.

forme classique : maladie de Weil ou leptospirose ictéro-hémorragique.[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Leptospirose ictéro-hémorragique.

forme pseudogrippale[modifier | modifier le code]

L'incubation dure 7 à 14 jours (extrêmes de 2 à 21 jours). Le début est brutal avec un état infectieux sévère : fièvre dépassant 39°, frissons, céphalées, accompagné de myalgies et douleurs diffuses prédominant sur les membres inférieurs (douleurs invalidantes des mollets, aggravées à la pression).

L'examen peut montrer une hémorragie conjonctivale, un herpès labial, parfois une hépatomégalie douloureuse, plus rarement un exanthème siégeant sur le tronc.

Cette phase initiale peut durer de 3 à 7 jours où la fièvre se normalise progressivement. En l'absence de traitement, une rechute survient. Les signes initiaux réapparaissent, moins intenses mais accompagnés de signes méningés et de troubles neurologiques. Des complications oculaires plus tardives peuvent survenir.

autres formes[modifier | modifier le code]

Dans tous les cas, les deux formes précédentes peuvent s'accompagner ou non d'atteintes rénales, cardiaques, pulmonaires. A cela s'ajoute la variété des formes selon la gravité, qui vont des formes inapparentes et bénignes aux formes très graves avec défaillance multiviscérale mortelle. C'est un des nombreux mystères de cette maladie car on connait mal les raisons de ces différences qui pourraient être : des facteurs de virulence bactérienne, la quantité de bactéries inoculées, les réponses immunitaires propres à l'hôte. La recherche se porte vers des biomarqueurs fiables et prédictifs de ces évolutions.

Depuis 1995, les formes pulmonaires sont apparues comme des formes graves, à la suite d'une épidémie au Nicaragua (en fait exposition commune à un même environnement). Ces atteintes réalisent des inflammations hémorragiques des alvéoles pulmonaires avec détresse respiratoire gravissime (plus de 50 % de mortalité). Quelques cas avaient déjà été décrits en Corée et en Chine, sans attirer l'attention. Depuis cette forme de leptospirose est devenue une des principales causes de fièvre hémorragique dans les pays en voie de développement. La recherche cherche à déterminer s'il s'agit de bactéries plus virulentes ou d'hôtes plus vulnérables (sujets affaiblis et appauvris en zones suburbaines insalubres)[8].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La recherche directe des leptospires (examen direct au microscope, mise en culture, inoculation au cobaye...) n'ont plus qu'un intérêt historique, car trop difficiles, lentes ou fastidieuses.

En pratique courante le diagnostic repose sur la sérologie. Un test ELISA IgM est utilisé en dépistage. En cas de positivité, il faut confirmer le résultat par la technique de référence : le test de Martin et Pettit, aujourd'hui appelé MAT (Micro-Agglutination Test) qui détecte, en 2016, les 24 sérovars les plus fréquents en France. Ce dernier examen n'est réalisé que par quelques laboratoires experts. Son principal inconvénient est de n'être pas utilisable au début de la maladie (le patient n'ayant pas encore développé d'anticorps).

Une nouvelle technique de PCR en temps réel a l'avantage de donner des résultats plus précoces , mais elle est plus coûteuse. Il existe de nombreuses autres techniques en cours d'évaluation, à la recherche du test le plus proche de l'idéal : précoce, rapide, fiable et peu coûteux.

Ces différents examens ont donné lieu, en France, à une situation conflictuelle[16]. Depuis 2014, la technique MAT n'est plus remboursée et la PCR et l'Elisa Ig M sont maintenant remboursés par l'assurance maladie. « Cette modification devrait entraîner, à court terme, une perte d'information sur les souches qui circulent[15]». En effet seul le MAT peut aujourd'hui permettre d'identifier les sérovars, car on n'a pas retrouvé de parallélisme entre structure génétique et propriétés antigéniques[8].

Toutes les autres méthodes de biologie et d'imagerie peuvent être utilisées, au cas par cas, pour l'aide au diagnostic différentiel.

Finalement le diagnostic de certitude est parfois rétrospectif, c'est-à-dire qu'il est fait quand la maladie est terminée.

Traitement[modifier | modifier le code]

Le traitement de référence fait appel à un antibiotique de la famille de pénicilline (Peni G ou ampicilline) ou à une cycline comme la doxycycline. C'est une antibiothérapie probabiliste qui doit être commencée précocement. La durée de traitement est de l'ordre de 7 à 10 jours[3].

Les méthodes de réanimation peuvent être nécessaires pour des complications viscérales et métaboliques (par exemple dialyse si insuffisance rénale persistante) à la phase aiguë de la maladie, parfois mortelle.

Le patient récupère en 5 à 6 semaines si la maladie était modérée (bien que des bactéries peuvent encore être trouvées dans l'urine du patient plusieurs semaines après la disparition des symptômes). On estime à plus de 500 000 le nombre de cas sévères de leptospirose par an dans le monde avec un taux de mortalité supérieur à 10 %[17]. Cependant, en France ce n'est plus une maladie à déclaration obligatoire[18] depuis 1986.

Prévention[modifier | modifier le code]

En France, la leptospirose est reconnue au tableau des maladies professionnelles (n°19A régime général, n°5 régime agricole)[3], pour les personnes travaillant dans les cadres suivants :

  • curage et/ou entretien de canaux, étangs, lacs, rivières, voies navigables, berges ;
  • activités liées à la pisciculture en eaux douces ;
  • travail dans les égouts, sur certains postes exposés des stations d'épuration ;
  • certaines activités en eaux douces (pêcheurs et plongeurs professionnels, gardes-pêche) ;
  • certaines activités spécifiques aux régions d'outre-mer[19].

Mesures générales et individuelles[modifier | modifier le code]

La prévention générale repose sur les campagnes de dératisation.

Les recommandations individuelles sont l'évitement du contact de plaies cutanées avec l'eau, la protection par combinaisons, gants, bottes et lunettes.

Dans des situations particulières à haut risques d'exposition sur une courte période (compétition sportive en eau douce, rafteurs, randonneurs en rizières, secouristes en zone d'inondation ou de tremblement de terre, militaires en mission....), une antibiothérapie prophylactique peut être proposée.

Pour les activités de loisirs habituelles en eau douce (baignade, pêche, sports nautiques...) les mesures préventives individuelles semblent illusoires (inapplicables). Seule l'information du grand public sur les risques et la maladie, permettrait une prise en charge médicalisée plus précoce des cas déclarés[3].

Le vaccin[modifier | modifier le code]

Le vaccin disponible en France a été mis au point au cours des années 1970 par l'Institut Pasteur à la demande des délégués du personnel des égouts de Paris (29 cas et 3 décès par leptospirose de 1951 à 1979 chez les égoutiers de Paris)[20]. Il s'agit du spirolept, suspension de 200 millions d'unités de leptospires ( L. interrogans sérovar icterohæmorrhagiæ ) inactivés par le formol. Il ne protège que contre ce sérotype qui représente les formes les plus graves de la maladie, et 25-30 % (France métropolitaine) à 40-50 % (France outre-mer) des leptospiroses[21].

Son efficacité est bonne, mais de courte durée (2 ans). Le schéma vaccinal est 2 injections à 15 jours d'intervalle, un rappel 4 à 6 mois plus tard, puis tous les 2 ans si l'exposition persiste. C'est un vaccin injectable par voie sous-cutanée (injection lente). Il n'existe pas de données pour les enfants et les femmes enceintes (utilisation déconseillée).

Cette vaccination est proposée par le médecin du travail, au cas par cas, après évaluation individualisée du risque. Cette proposition se fait après mise en œuvre des autres mesures de prévention, informations sur les comportements à risques, la maladie et le vaccin[19].

Dans le calendrier vaccinal 2016 (France, ministère de la Santé), cette vaccination ne fait l'objet d'aucune recommandation particulière en dehors du risque professionnel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Berliner und Münchener Tierärztliche Wochenschrift 124, Heft 9/10 (2011), Leptospire infections in pigs: epidemiology, diagnostics and worldwide occurrence
  2. « LEPTOSPIROSE / Fièvre ictéro-hémorragique / Maladie de Weil », sur medecine.sante-dz.org (consulté le 2 décembre 2010)
  3. a, b, c, d, e, f et g P. Abgueguen, « Leptospirose », La Revue du Praticien,‎ , p.665-672
  4. a, b, c, d et e (en) J. M. Alston and H. C. Brown ; The Epidemiology of Weil's Disease (Section of Epidemiology and State Medicine) ; Proc R Soc Med. 1937/02/26; 30(6): 741–756. ; PMCID:PMC2076401 (Résumé et article complet, avec résumé en français)
  5. J. Troisier, « Les leptospiroses », Encyclopédie Médico-Chirurgicale Maladies Infectieuses, no 8086 à 8088,‎
  6. H. Mollaret, Leptospiroses, Encyclopedia Universalis, , p.1134-1135
  7. Troughton, Ellis Le G., 1939.  ; Queensland rats of economic importance, and new forms of Rattus and Thetomys. Records of the Australian Museum 20(4): 278–281. [31 March 1939]. DOI:10.3853/j.0067-1975.20.1939.577 ISSN 0067-1975 Published by the Australian Museum, Sydney
  8. a, b et c A.I. Ko, « Leptospira : The Dawn of the Molecular Genetics Era for an Emerging Zoonotic Pathogen. », Nature Reviews Microbiology,‎ , p.736-747
  9. a et b (en) F.C Ayral, « Short Report : Distribution of Leptospira Serogroups in Cattle Herds and Dogs in France. », American Journal of Tropical Medicin and Hygiene,‎ , p.756-759
  10. (en) G. Vinodkumar, Y. B. Rajeshwari, Shivaraj, U. Krishnamoorthy, Ansar Kamran. , Leptospires in field Rats in and around the laboratory animal facilities of Banglore, India ;Vet. World. 2011; 4(9): 410-412 DOI: 10.5455/vetworld.2011.410-412 (Résumé)
  11. Capucine Kosossey Vrain (2004), La leptospirose canine : revue bibliographique, thèse de doctorat vétérinaire (École Nationale vétérinaire d’Alfort), PDF, 135 p.
  12. (en) M. Bandara, « Globalization of leptospirosis through travel and migration », Globalization and health, no 10 : 61,‎
  13. [PDF]« la leptospirose », sur fulltext.bdsp.ehesp.fr (consulté le 2 décembre 2010)
  14. X. Nicolas, « Fièvre paralysante », Le Concours Médical,‎ , p.188
  15. a et b « rapport activité 2014 CNR leptospirose », sur pasteur.fr
  16. a et b M. Picardeau, « Impact du changement de nomenclature médicale sur le diagnostic et la surveillance de la leptospirose en France », Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, no 37,‎ , p.329-331
  17. Site de l'Institut Pasteur
  18. Site de l'Institut de Veille Sanitaire
  19. a et b Ministère de la Santé. Calendrier vaccinal 2016.
  20. E. Benbrik, « Vaccination contre la leptospirose », Le Concours Médical,‎ , p.1938-1946
  21. DGS-CTV, Guide des Vaccinations 2012, INPES, , p.125-126

* Site sur la leptospirose