Mélioïdose

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Description[modifier | modifier le code]

La mélioïdose est une maladie infectieuse bactérienne. Elle est due à un bacille tellurique, le Burkholderia pseudomallei (ou bacille de Whitmore[1]), un germe invasif transmis par voie aérienne ou cutanée[2].

Bien que la mélioïdose puisse apparaître à tout âge, elle est plus présente chez les personnes âgées de 40 à 60 ans.

La période d’incubation peut varier de deux jours à plusieurs années.

C’est une maladie orpheline, sévère, avec un taux de mortalité élevé. De plus, c’est une maladie à forte récurrence, c’est-à-dire que la tendance aux rechutes est élevée.

Trois formes cliniques sont décrites : les formes aiguës, chroniques, et latentes[3].

La forme aiguë[modifier | modifier le code]

La forme aiguë de la mélioïdose présente des symptômes tels que des infections respiratoires.

Il existe deux types de mélioïdose sous forme aiguës. La première est la forme septicémique suraiguë, et la seconde est aiguë localisée.

La forme septicémique suraiguë est une maladie systémique. Le début est brutal, l’état général du malade est atteint. Une défaillance multi-viscérale s’installe à la suite d’un état de choc septique (insuffisance respiratoire, atteinte neurologique, etc.). Se manifestant par une septicémie, elle est donc accompagnée de vomissements, fièvre élevée, diarrhées profuses, lésions cutanées et des abcès. La mortalité spontanée est inévitable.

La forme aiguë localisée quant à elle, vient de lésions suppurées. De manière générale, l’état du patient est déjà atteint et en dégradation. S’ajoute à cela un état de fièvre persistant et une détérioration des poumons (toux, expectoration purulente, etc.). Cette forme de la mélioïdose s’apparente souvent à une tuberculose. Elle implique également de nombreux abcès aux niveaux viscéral abdominal, uro-génital, cutané et neurologique.

La forme chronique[modifier | modifier le code]

Cette forme de la mélioïdose apparaît chez les patients ayant séjourné en zone d’endémie, même si ce séjour s’est terminé plusieurs années auparavant. Les symptômes d’une mélioïdose chronique sont une fièvre persistante dans le temps et une dégradation de l’état général du malade. Si les poumons sont atteints, cela peut s’étendre sur plusieurs années, jusqu’à s’apparenter à une tuberculose ou une sarcoïdose (dans ce cas-là, la mise sous corticoïdes entraînerait de nombreuses complications de la mélioïdose).

La forme latente[modifier | modifier le code]

La principale cause de la mélioïdose sous forme latente est le portage asymptotique du bacille de Whitmore. Le risque premier est la récurrence avec extériorisations cliniques très éloignées de la contagion, jusqu’à 30 ans.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le bacille responsable fut identifié pour la première fois en 1912 en Birmanie par un médecin militaire, le capitaine A. Whitmore et son assistant C.S. Krishnaswami dans des abcès d'opiomanes décédés[4],[5].

La mélioïdose est endémique en Asie.

Le tsunami de décembre 2004 lui a conféré un regain d’actualité.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

En règle général, les hommes sont plus touchés par la mélioïdose que les femmes (selon un rapport de 1,4 contre 1 pour les femmes).

Burkholderia pseudomallei étant une bactérie saprophyte qui vit dans les sols et à la surface de l'eau, plusieurs cas ont été décrits après des catastrophes naturelles[3] (inondations, tsunami ...).

Entre autres, plusieurs cas ont été signalés après le tsunami de 2004, notamment dans l’océan Indien (à Maurice, La Réunion, Madagascar, mais également en Thaïlande et en Indonésie). La bactérie a alors affecté à la fois les habitants locaux, mais également les touristes à leur retour dans leur pays.

C'est une maladie infectieuse qui est endémique en Asie du sud[6] et au nord de l'Australie, mais bien qu'elle soit rare, cette affection est également retrouvée en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Sa manifestation est plus fréquente chez le diabétique et l'alcoolique[7] les néphropathes et pneumopathes chroniques, etc..,

Bien que le mode de transmission reste mal connu, plusieurs sources ont aujourd’hui été soulevées. La transmission percutanée et plus souvent par l'intermédiaire d'une plaie est le plus souvent décrite. La contamination se fait sur une peau lésée, à partir des eaux, boues ou encore sols infectés. Néanmoins, la contamination peut aussi être aérienne (par inhalation) ou digestive.

La mélioïdose étant une zoonose, l’infection passe à travers les animaux. En effet, elle contamine de nombreux mammifères domestiques et sauvages. C’est d’ailleurs pourquoi la bactérie a été retrouvée chez les porcs de Madagascar en 1936, ainsi que chez les chevaux du Jardin des plantes à Paris en 1975. Le transports d’animaux infectés peut être à l’origine de l’implantation de la bactérie dans des territoires vierges, loin du foyer initial.

Le germe peut pénétrer dans les macrophages et y rester quiescent de nombreuses années, pouvant expliquer une incubation qui peut atteindre quelques décennies.

D’autres cas ont été identifié : 1 aux Seychelles en 2013, 1 en Guadeloupe en 2010, 13 en Australie en 2009, et 1 cas mortel chez un voyageur revenant de Martinique en 2010. Cela atteste de la présence de la mélioïdose aux Caraïbes.

Diagnostic[8][modifier | modifier le code]

Consultation médecin[modifier | modifier le code]

L’examen médical utilise la palpation du patient. Elle peut mettre en évidence une augmentation de volume du foie, et de la rate (hépatosplénomégalie).

Les patients souffrant de la forme suppurée de mélioïdose, ont des abcès en grand nombre, et des diarrhées aiguës.

Diagnostic bactériologique[9][modifier | modifier le code]

C’est le diagnostic de certitude de la mélioïdose. Il repose sur la mise en évidence de l'agent pathogène après culture. Le bacille de Whitmore se trouve à l'intérieur du pus prélevé dans les abcès, dans le sang ou dans l'urine.

La culture dure 24 à 48 heures. Cela représente un délai trop long pour une maladie potentiellement mortelle, mais le diagnostic bactériologique reste l’examen de référence[9].

La sérologie classique (détection d’anticorps)[modifier | modifier le code]

Elle consiste en la mise en évidence des anticorps spécifiques à la maladie (les IgG et les IgM). C’est la réaction de déviation du complément qui permet d'orienter le diagnostic.

L’intérêt de cette méthode de diagnostic est limité en région d’endémie où la séroprévalence dans certains groupes dépasse 40 %. De plus les techniques sérologiques manquent de spécificité et de sensibilité.

L’examen anatomopathologique[modifier | modifier le code]

Cet examen montre des lésions granulomateuses chez les patients atteints de mélioïdose. C’est aussi un diagnostic différentiel avec la tuberculose.

Les tests de diagnostic rapide (TDR)[modifier | modifier le code]

Leur intérêt vient du long délai de la culture et de l’identification bactériologique sur lesquels repose le diagnostic de certitude.

On retient trois types de TDR :

- anticorps : immunochromatographie (ICT). Meilleure sensibilité (87%)

- antigènes : immunofluorescence directe. Meilleure spécificité (97%)

- génome : RT-PCR.

Parmi les différents sites de prélèvements, le pus à la meilleure sensibilité (84%) et le crachat la meilleure spécificité (99%). Sur les prélèvements sanguins, l’ICT reste la méthode la plus sensible (87%) et la RT-PCR la plus spécifique (95%).

Ces recherches peuvent être utiles au diagnostic mais aussi aider à préciser la prévalence de l'infection dans une population donnée.

L'imagerie[modifier | modifier le code]

Une fois le diagnostic établi, l'imagerie permet d'évaluer l'étendue de la maladie.

Les diagnostics différentiels[modifier | modifier le code]

A noter que les diagnostics différentiels sont : la tuberculose, la pneumonie et d'autres maladies infectieuses (peste, syphilis et fièvre typhoïde)[10].

Prise en charge thérapeutique[modifier | modifier le code]

La mélioïdose possède un traitement curatif. Il consiste en une antibiothérapie d’attaque en intraveineuse. Ce traitement se fait sur une dizaine de jours au minimum par ceftazidime (120 mg/kg/j) ou carbapénème. Une fois que les fièvres ont disparu, un traitement d’entretien par antibiotique est mis en place. Ce traitement se fait sur 3 à 5 mois par voie orale (sulfaméthoxazole et triméthoprime)[11]. Des récidives sont possibles, souvent en rapport avec une antibiothérapie écourtée ou mal respectée[12]. Ce schéma de traitement a été proposé par N.J. White dans sa synthèse sur la mélioïdose de 2003. [13]. On trouve parfois, associé à cette antibiothérapie, des ponctions et drainages des lésions contaminées[3].

Sans traitement la maladie est mortelle. Le traitement est donc mis en place dès que la mélioïdose est suspectée avant même qu’elle soit confirmée. Même avec la mise en place du traitement, la maladie reste mortelle à 50% sous sa forme septicémique et à 20% sous les formes localisées[3].

Une double voir triple associations antibiotiques est recommandé, ce qui rend le traitement coûteux et parfois dur à suivre[3].

Prévention[modifier | modifier le code]

La maladie étant mal connue, il n’existe que peu de prévention possible, outre le fait de limiter les expositions. En cas de voyage dans une des zones endémiques, il est conseillé de bien protéger la peau dans les zones humides, surtout si elle présente des plaies.

B. pseudomallei semble très peu immunisante et les essais vaccinaux avec B. thailandensis, ou des souches atténuées de B. pseudomallei, ont été peu fructueux. La mise au point d’un vaccin semble donc lointaine et intéresse peu les industries pharmaceutiques, car la maladie reste endémique de pays pauvres, et elle présente une forte complexité pathogénique[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Vulgaris Médical : Mélioïdose
  2. Pierre Aubry, « Mélioïdose - Actualités 2005 », sur http://medecinetropicale.free.fr,‎ (consulté le 2 décembre 2009)
  3. a, b, c, d et e Piere Aubry, "Mélioïdose - Actualités 2014", sur http://medecinetropicale.free.fr/cours/melioidose.pdf, 13 octobre 2015 (consulté le 12 Janvier 2017)
  4. Jean-Michel Alonso, « Mélioïdose », Encyclopedia Universalis,‎ (consulté le 2 décembre 2009)
  5. Y. Buisson, Mélioïdose. Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Maladies infectieuses [8-036-C-10], 2009. Elsevier Masson SAS.
  6. Wuthiekanun V, Chierakul W, Langa S et al. Development of antibodies to Burkholderia pseudomallei during childhood in melioidosis-endemic northeast Thailand, Am J Trop Med Hyg, 2006;74:1074-1075
  7. Currie BJ, Ward L, Cheng AC, The epidemiology and clinical spectrum of melioidosis: 540 cases from the 20 year Darwin prospective study. PLoS Negl Trop Dis, 2010;4:e900
  8. « Mélioïdose », sur http://www.orpha.net/,‎ (consulté le 13 janvier 2017)
  9. a et b « Seminar burkholderia », sur Slideshare.net,‎ (consulté le 13 janvier 2017)
  10. INSERM US14 -- TOUS DROITS RESERVES, « Orphanet: Mélioïdose », sur www.orpha.net (consulté le 13 janvier 2017)
  11. (en) Wiersinga WJ, Currie BJ, Peacock SJ, « Melioidosis », N Engl J Med 367,‎ , p. 1035-1044
  12. (en) Currie BJ, Fisher DA, Anstey NM, Jacups SP, « Melioidosis: acute and chronic disease, relapse and re-activation [archive] », Trans R Soc Trop Med Hyg;94,‎ , p. 301-304
  13. (en) White NJ, « Melioïdosis », Lancet,‎
  14. V. Keluangkhot, R. Pethsouvanh, M. Strobel, « Revue générale Mélioïdose », Médecine et maladies infectieuses 35,‎ , p. 469-475 (lire en ligne)