Harmonium (groupe)

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Harmonium
Pays d'origine Drapeau : Québec Québec Drapeau : Canada Canada
Genre musical Folk rock, rock progressif
Années actives 1972 à 1978
Labels Polydor, CBS, Quality, Zone 3
Composition du groupe
Anciens membres Serge Fiori
Michel Normandeau
Louis Valois
Pierre Daigneault
Serge Locat
Denis Farmer
Monique Fauteux
Robert Stanley
Libert Subirana
Jeffrey Fisher

Harmonium est un groupe musical québécois qui fut l’un des plus populaires du Québec dans les années 1970. Initialement formé en novembre 1972 par Serge Fiori (voix, guitare acoustique, cuillères, flûte traversière, etc.) et Michel Normandeau (voix, guitare acoustique, accordéon, etc.), ils furent rejoints par Louis Valois (voix, basse) en 1973. Plusieurs autres musiciens se joindront au groupe durant leur courte carrière. Les trois albums studio du groupe seront inclus dans la liste des meilleurs disques canadiens de l'histoire dans le livre The Top 100 Canadian Albums (en) publié en 2007 par le journaliste Bob Mersereau[n 1],[1].

Historique[modifier | modifier le code]

1972, Serge Fiori étudie en communications et gagne sa vie comme musicien au sein de l'orchestre de son père Georges en plus de jouer dans quelques bars de Montréal[2]. Michel Normandeau, journaliste au Journal de l’Université de Montréal mais passionné de théâtre, projette de faire la mise en scène d'une pièce de son ami et colocataire Claude Meunier. Normandeau demande à Fiori de composer une musique pour cette pièce de théâtre mais le projet est finalement abandonné. Meunier décide de déménager et Normandeau invite alors Fiori à loger chez lui. Comme tous deux jouent de la musique, pour s'amuser ils commencent à écrire des chansons en anglais. Intéressés par une carrière musicale, ils enregistrent une démo et rencontrent celui qui deviendra leur premier gérant, Yves Ladouceur, programmateur à la station radio CKVL-FM [n 2],[3], qui leur propose de chanter plutôt en français. Début 1973, ils invitent le bassiste Louis Valois, qui étudie en optométrie[n 3], à compléter la formation. Avec un répertoire embryonnaire, ils se produisent quand même dans des boîtes à chansons de Montréal (Chez Dieu, l'Évêché, l'Iroquois et surtout le Patriote) où leur son se peaufine et où ils trouvent un public fidèle[3].

Le 25 juin 1973, ils participent au spectacle de la St-Jean présenté dans le vieux-Montréal devant 300 000 personnes et diffusé en direct sur les ondes de CKVL-FM. En novembre, ils sont invités à participer à l’émission Son Québec de CHOM-FM [n 4] où ils interprètent Pour un instant, Un musicien parmi tant d’autres et une chanson qui ne sera jamais endisquée, Un refrain parmi tant d’autres.

Harmonium[modifier | modifier le code]

La gravure Habit de musicien qui apparaît sur la pochette du premier disque

Entretemps, Ladouceur approche les maisons de disque Capitol, Barclay, Polydor, London Records, CBS et Warner pour produire le premier disque du groupe, mais tous refusent, trouvant les pièces trop longues et sans intérêt commercial. Enfin, en 1973, la formation signe un contrat avec la compagnie ontarienne Quality Records (dont l'étiquette québécoise est Célébration). L'année suivante, ils enregistrent en quatre jours[3] leur album éponyme, un disque folk à saveur progressive. On y entend principalement des harmonies vocales, les guitares et la basse mais s'y mêlent aussi du piano, de la flûte, des percussions, un peu de batterie (jouée par Réjean Émond) et un solo de bugle (flugelhorn) (joué par Alan Penfold sur la pièce Harmonium)[4]. Le groupe remporte un succès considérable au Québec, comme en témoignent tant la vente de 125 000 exemplaires[3] du disque que le nombre de concerts donnés par le groupe. Les titres Un musicien parmi tant d'autres, Harmonium et surtout Pour un instant en sont les plus populaires. De plus, certaines chansons évoquent les aspirations souverainistes de l'époque : « Des inconnus vivent en rois chez moi / Moi qui avais accepté leurs lois » (extrait de Pour un instant).

L'image qui apparaît sur la pochette, qui deviendra en quelque sorte le logo du groupe, est une gravure intitulée Habit de musicien de l'artiste français Nicolas II de Larmessin (1632-1694)[n 5], tirée du recueil Les Costumes grotesques et les métiers paru en 1695[5],[6],[7].

Si on avait besoin d'une cinquième saison[modifier | modifier le code]

Le deuxième album, communément appelé Les cinq saisons, est plus progressif et beaucoup plus musicalement complexe. Pierre Daigneault (flûtes, saxophones et clarinettes) et Serge Locat (piano et synthétiseurs) se greffent au groupe en plus de Marie Bernard, invitée spéciale aux ondes Martenot[8]. Le groupe y raconte comment Montréal survit tant bien que mal aux quatre saisons et en invente même une cinquième avec Histoire sans paroles, morceau instrumental épique de 17 minutes, qui clôt l'album et sur lequel on entend des vocalises interprétées par Judi Richards[n 6]. L'un des morceaux de l'album ayant une faveur particulière de la critique et du public est sans aucun doute Dixie, chanson joyeuse et colorée dans le style dixieland et qui représente l'été. Fiori y inclut aussi un bref conte, La cinquième saison, qui apparaît sur la pochette entouré des illustrations fort poétiques de Louis-Pierre Bougie. En moins de deux semaines, 15 000 exemplaires de l’album sont vendus et on en écoulera jusqu'à 100 000 copies[3].

Le groupe participe à OK nous v’là !, le spectacle de la Fête Nationale québécoise de 1976 sur le Mont Royal, partageant la scène avec Beau Dommage, Octobre, Contraction, Raôul Duguay et Richard Séguin[9]. Quelques mois plus tard, le troisième et dernier album est publié: c'était alors l'apogée et le début de la fin d'Harmonium.

L'Heptade[modifier | modifier le code]

Enregistré à la maison de campagne de Fiori à St-Césaire en Montérégie, l'Heptade compte sept chansons basées sur les sept niveaux de conscience de la vie d'un personnage à travers son quotidien[10].

Paul Dupont-Hébert devient le nouveau gérant et, peu après le début de l'enregistrement de cet album-concept, Michel Normandeau, pour des raisons qui restent nébuleuses, décide de quitter le groupe après avoir substantiellement contribué à l'écriture des chansons. Ce départ laisse donc Fiori et Valois seuls membres survivants de la formation originale avec Locat, toujours aux claviers. La sonorité de ce disque est très différente de celle des précédents en raison de l'arrivée de Denis Farmer (percussions), Monique Fauteux (voix[n 7] et claviers), Robert Stanley (guitare électrique), Libert Subirana (intruments à vent, en remplacement de Pierre Daigneault) et surtout de l'Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Neil Chotem (chef d'orchestre et arrangeur)[10]. Pierre Bertrand de Beau Dommage, Estelle Ste-Croix du groupe Ville Emard Blues Band et Richard Séguin sont invités comme choristes[11]. Au coût de 90 000$ dollars cet album devient, à époque, la production la plus coûteuse de l'histoire du disque québécois[10].

Malgré des ventes qui atteindront plus de 100 000 copies, cet album double se vend moins bien que les précédents, probablement à cause de la longueur des pièces (une dizaine de minutes en moyenne) qui se prêtent mal à la diffusion radiophonique; aucun 45-tours n'en sera tiré. Par contre, une énorme tournée de 110 représentations suit la sortie de l'album. Le groupe se produit partout au Canada, dont un concert qui est enregistré à Vancouver en juin 1977. Contre l'avis du groupe, cet enregistrement sera néanmoins lancé en 1980 sous le titre Harmonium en tournée par la Société Radio-Canada. Après des procédures judiciaires, il fut retiré du marché et ne sera désormais plus disponible, sauf en versions piratées [n 8], jusqu'en 2002 où une version officielle sera enfin publiée sur CD. Ce disque se démarque musicalement à plusieurs égards et ce, de manière notable, du disque original et, comme l'affirme Olivier Cruchaudet du magazine Big Bang, transforme cette œuvre tellement intime, presque introvertie, en même temps fragile et intense, en une fastueuse splendeur, rutilante, débarrassée de son étouffante gangue orchestrale au profit d’un son électrique, puissant et envoûtant, incroyablement dynamique[3] .

En septembre 1977, Harmonium est responsable de la première partie du concert du groupe britannique Supertramp[3] en tournée européenne.

Séparation du groupe[modifier | modifier le code]

Lors du Quebec Cultural Festival, commandité par le gouvernement québécois, le groupe donne un spectacle, le 3 octobre 1978, au club Starwood de Los Angeles[n 9], qui fera l'objet du film Harmonium en Californie ([1]), réalisé en 1980 par Robert Fortier[12] pour l'Office national du film du Canada. On y entend des extraits de quelques pièces, y compris un pot-pourri des chansons Viens danser et La guitare des Pays-d'en-haut qui apparaîtront en 1978 sur l'album Deux cents nuits à l'heure du duo Fiori-Séguin sur lequel jouent la plupart des membres de la dernière cuvée d'Harmonium[n 10]. Quelques chansons de ce disque avaient été conçues par Fiori et fignolées par les musiciens avant la dissolution du groupe[13].

Après la tournée, tout juste au seuil d'une potentielle carrière internationale[14], épuisé et trouvant le poids du succès très lourd à porter, Fiori décide de mettre fin à l'aventure Harmonium.

Discographie[modifier | modifier le code]

33 tours[modifier | modifier le code]

Au besoin, les auteurs sont identifiés pour leurs contributions ; Paroles / Musique

45 tours[modifier | modifier le code]

  • 1974 : Pour un instant / 100 000 Raisons (Célébration, CEL 2093X)
  • 1975 : Dixie / En pleine face (Célébration, CEL 2132X)

Mini-série[modifier | modifier le code]

En 2003, la mini-série biographique Harmonium a été produite par Zone 3, réalisée par Stephan Milijevic et mettait en vedette Martin Desgagné, Olivier Aubin et Tobie Pelletier [n 13],[16]. Le premier imprésario, Yves Ladouceur, qui a publié en 2000 une biographie du groupe dont les membres réfutent la véracité[3], a réclamé une injonction sur la diffusion de la série pour atteinte aux droits moraux[17] allèguant que « la mini-série consacrée à Harmonium ignore complètement sa présence dans l’histoire du groupe ». Le tribunal a rejeté l'injonction et la mini-série a été diffusée telle que prévue[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Publication assez controversée au Québec car le seul autre artiste québécois dans cette liste est Jean-Pierre Ferland avec son album Jaune.
  2. Qui deviendra CKOI-FM.
  3. Ironiquement, le grand-père de Normandeau, lui aussi opticien, offrira à son petit-fils sa pratique mais celui-ci refusera son offre. Cet incident est raconté, en 2011, dans son conte musical Mademoiselle de Paris.
  4. Station de radio de langue anglaise de Montréal, aujourd'hui orientée vers le classic rock
  5. Il y a trois générations de graveurs avec le prénom Nicolas. Il y a donc confusion quant à l'identité de l'auteur de ces œuvres, il se peut que Nicolas de Larmessin III (1640-1725) soit l'auteur de l'image.
  6. Son prénom est écrit erronément Judy sur la pochette.
  7. En plus des harmonies vocales tout au long du disque, elle chante la chanson Le corridor en solo.
  8. Une version coréenne avec un emballage de grande qualité a même été vendue dans des disquaires du Québec après qu'un imposteur posant pour Fiori assurait que les droits de reproduction étaient respectés.
  9. Le premier concert devait être à l'université de Californie à Berkeley mais le camion transportant l'équipement s'est perdu en route.
  10. Valois n'y participe pas (remplacé à la basse par Michel Dion) et avec Jeffrey Fisher qui remplace Serge Locat aux claviers depuis la tournée en Californie.
  11. Label et code; Réédition CD / Édition 33 tours originale.
  12. Face B du 45 tours couplé à Pour un instant qui ne figurait pas sur le 33 tours original.
  13. Dans les rôles de Fiori, Normandeau et Valois en plus de Caroline Roberge (Anne), Gabriel Sabourin (Paul) et Hugo St-Cyr (Yves).

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]