Livre de Tobie
| Livre de Tobie | ||||||||
| Datation traditionnelle | vers 200 av. J.-C. | |||||||
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| Nombre de chapitres | 14 | |||||||
| Canon biblique | Littérature sapientiale, Littérature Didactique | |||||||
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Le Livre de Tobie, parfois appelé Livre de Tobit (Tobie étant le fils du vieux Tobit et d'Anne, dans la Septante[1]), est un livre deutérocanonique de l'Ancien Testament. Ce livre relate l'histoire d'un jeune israélite de la tribu de Nephthali, nommé Tobie (Tobias dans le texte latin de la Vulgate). C'est presque le même nom que celui de son père Tobit. Déporté à Ninive avec sa femme Anne, le père devient aveugle après avoir reçu de la fiente d'oiseau dans les yeux. Plus tard, devenu vieux, Tobit envoie son fils Tobie recouvrer une dette d'argent en Médie, auprès de leur parent Gabaël.
Le texte est écrit en grec et figure dans la Septante. Rédigé sans doute initialement en hébreu ou en araméen, l'original a été perdu. Un fragment en araméen avec une version grecque a été retrouvé dans les années 1950, dans la grotte no 4 près des ruines de Qumrân parmi les manuscrits de la mer Morte. Ce livre ne figure pas au canon des Écritures hébraïques. Étant largement utilisé par les différentes communautés chrétiennes, il est déclaré formellement canonique par l'Église nicéenne au 3e concile de Carthage en 397. Il figure ainsi dans le canon deutérocanonique de l'Église catholique et des Églises orthodoxes.
Il est repris par la Vulgate. Clément d'Alexandrie le reconnaît comme partie intégrante de la Sainte Écriture et Ambroise de Milan le qualifie de liber propheticus.
Le Livre de Tobie est le seul de la Bible où la Terre promise est qualifiée de « Terre d'Abraham »[2].
Récit biblique
[modifier | modifier le code]Le père de Tobie, un juste exilé à Ninive, est rendu aveugle après avoir reçu dans son sommeil de la fiente de moineau. Il est mis au désespoir après une dispute avec sa femme. À Ecbatane, Sarra, une parente de Tobie, a vu mourir ses sept maris, à cause d'un démon nommé Asmodée.
Au même moment, Tobith et Sarra, désespérés, adressent une prière au Seigneur, pour présenter leur désespoir et pour demander à Dieu d'être délivrés de la vie. L'ange Raphaël (ou archange Raphaël pour les églises nicéennes) est alors chargé de guérir Tobith et Sarra.
Il conduit Tobie à Ecbatane, en se faisant passer pour une personne de sa parenté, Azaria, sous prétexte d'aller rechercher une forte somme d'argent que Tobith a laissée à Raguès[3]. Le premier soir de son périple, Tobie pêche un poisson dans le Tigre. Sur les conseils de Raphaël, il en extrait le cœur, le foie et le fiel.
Arrivé à Ecbatane, Tobie y rencontre Sarra.
L'ange Raphaël, qui a expliqué précédemment à Tobie qu'il devait prendre cette femme pour épouse, lui indique comment la délivrer du démon (en mettant sur un brûle-parfum le foie et le cœur du poisson). Après un festin de noces de quatorze jours, Tobie retourne à la maison paternelle et guérit la cécité de son père Tobit. Tobie se concerte avec son père pour savoir comment remercier et récompenser son guide :
« Mon père, quelle récompense pouvons-nous lui offrir ? Y a-t-il quelque chose qui soit en rapport avec ses services ? Il m'a conduit et ramené sain et sauf ; il a été lui-même recevoir l'argent de Gabaël ; il m'a fait avoir une femme, dont il a éloigné le démon, et il a rempli de joie ses parents ; il m'a sauvé moi-même du poisson qui allait me dévorer ; il t'a fait voir la lumière du ciel, et par lui nous avons été comblés de toutes sortes de biens. Que pouvons-nous lui donner qui égale ce qu'il a fait pour nous ? Mais je te prie, mon père, demande-lui s'il ne daignerait pas accepter la moitié de tout le bien que nous avons apporté. »
— Tobie 12:2-4.

L'archange Raphaël, sa mission divine désormais accomplie, quitte la famille de Tobie dans une vision fulgurante en révélant sa nature angélique :
« Je suis l'Ange Raphaël. L'un des sept qui nous tenons en la présence du Seigneur. Lorsqu'ils eurent entendu ces paroles, ils furent troublés et, saisis de frayeur, ils tombèrent le visage contre terre. Et l'Ange leur dit : la paix soit avec vous. Ne craignez point. Lorsque j'étais avec vous, j'y étais par la volonté de Dieu. Bénissez-le donc et chantez ses louanges. Il vous a paru que je mangeais et buvais avec vous ; mais je me nourrissais d'un aliment invisible et d'une boisson que l'œil de l'homme ne peut atteindre. Il est temps que je retourne vers Celui qui m'a envoyé. Vous, bénissez Dieu et publiez ses merveilles. Et après avoir ainsi parlé, il disparut à leurs regards et ils ne purent plus le voir. Alors, s'étant prosternés encore pendant trois heures, le visage contre terre, ils bénirent Dieu et, s'étant levés, ils racontèrent toutes ses merveilles. »
— Tobie 12:15-22.
Canonicité du livre
[modifier | modifier le code]Ce livre affirme l'existence de Raphaël, le troisième archange reconnu par l'Église, qu'il est le seul à mentionner.
Et de fait, quoiqu'il s'agisse d'un récit dont la datation exacte n'est pas prouvée, il laisse supposer que les Hébreux de l'époque de la rédaction du livre croyaient à l'existence de Raphaël.
Ce livre est sujet à controverse pour les protestants du fait qu'il est un écrit deutérocanonique et qu'il est exclu du canon hébraïque. Il est donc exclu de la Bible protestante. En revanche, il est pleinement reconnu par l'Église catholique et par les Églises orthodoxes.
La période que couvre la vie de Tobie va de la révolte des tribus du Nord, qui est fixée traditionnellement dans les années 990 av. J.-C., après la mort du roi Salomon (Tobie 1:4,5), à la déportation à Ninive de la tribu de Tobie en 740 av. J.-C., soit 257 ans. Pourtant, Tobie 14:1-3 parle de la mort de Tobie à l'âge de 103 ans. Le comput des années est sujet à controverse.
Ce qui prime dans le livre, c'est avant tout la leçon spirituelle, qui consiste dans la fidélité au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, la foi de Tobie, alors que le royaume d'Israël, dont il est originaire, aurait largement succombé au polythéisme des peuples environnants, contrairement au royaume de Juda qui, pour sa part, serait resté largement fidèle à cette foi.
Composition
[modifier | modifier le code]Datation
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L'histoire que relate le livre de Tobie est placée au VIIIe siècle av. J.-C., et traditionnellement, il était estimé qu'il avait été écrit à cette époque[4]. Des erreurs historiques excluent sa création contemporaine[5] et, aujourd’hui, la plupart des érudits situent la composition de Tobie entre 225 et 175 av. J.-C.[6]. La citation directe du Livre d'Amos dans Tobie 2:6 (« Vos fêtes seront changées en deuil, et tous vos rires en lamentations »[7]) indique que les livres prophétiques étaient déjà fixés et qu’ils faisaient autorité, ce qui indique une date post-exilique[8] Par ailleurs, la référence au Livre de Moïse (6:13, 7:11-13) et à la "Loi de Moïse" (7:13) renvoient à la phraséologie identique à celle des Livres des Chroniques, dont certains estiment qu’ils ont été composés après le IVe siècle av. J.-C.[9]. En se fondant sur le contexte, renvoyer la composition de Tobie après 175 av. J.-C. pose une difficulté, car l'auteur semble ignorer les tentatives des Séleucides pour helléniser la Judée (à partir de 175 av. J.-C.), ainsi que la Révolte des Maccabées contre les Séleucides (165 av. J.-C.) et qu’il n’épouse pas les attentes apocalyptiques ou messianiques qui sous-tendent les écritures plus tardives[10]. Et pourtant, certains spécialistes adoptent une date ultérieure pour la composition d'au moins certaines parties de Tobie[11].
Localisation
[modifier | modifier le code]Il n'existe pas de consensus scientifique sur le lieu de la composition et « presque toutes les régions du monde antique peuvent être candidates »[12]. Son origine mésopotamienne semble logique du fait que l'histoire se déroule en Assyrie et en Perse, de même que l'invocation du démon persan « aeshma daeva » (divinité de la colère dans la tradition des Perses), dont Tobie fait « Asmodée »[12]. Or, des erreurs importantes dans les détails géographiques (comme la distance d’Ecbatane à Ragès et la topographie des deux villes) rendent douteuse une telle origine[13]. Il existe aussi des arguments sa composition soit en Israël, soit en Égypte[14].
Iconographie
[modifier | modifier le code]Tobie et l'archange Raphaël se retrouvent dans différentes représentations de l'Ange dans l'art et dans l'article Tobie et l'Ange répertoriant les différents tableaux illustrant ce sujet ; parmi les plus célèbres : celui de Rembrandt et du Pérugin.
Rembrandt, possiblement influencé par la cécité de son père, dépeint le récit de Tobie dans de nombreux dessins comme Tobie rendant la vue à son père[15].
Gianantonio Guardi a illustré l'Histoire de Tobie dans trois tableaux en 1750-1755, sur le parapet de l'orgue de l'Église dell'Angelo Raffaele : Le Départ de Tobie, Le Mariage de Tobie et de Sarra et Tobie guérit son père[16].
Un tableau plus ancien datant des années 1570 également, s'appelle : Tobie et l'Ange, du peintre italien Santi di Tito.
- Santi di Tito. Tobie et l'Ange (vers 1575).
- Rembrandt. L'Archange Raphaël quittant la famille de Tobie (1637).
Littérature
[modifier | modifier le code]- Alain Cullière, éd., Tobie sur la scène européenne à la Renaissance, suivi de Tobie, comédie de Catherin Le Doux (1604), Berne, Peter Lang, coll. Recherches en littérature et spiritualité, vol. 24, 2015, 280 p. (ISBN 978-3-0343-1476-3).
- Alain Cullière, « Pour une spiritualité du quotidien. Le Tobit moralisé de Gabriel Fourmennois (1601) », L’Humanisme dans tous ses états ou La Spiritualité plurielle. Mélanges offerts au Pr Raymond Baustert, éd. M. Colas-Blaise, J. Kohnen, F. Stoll et F. Wilhelm, Metz, Université de Lorraine, centre Écritures, coll. Recherches en littérature, 8, 2014, p. 131-145.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Article d'Encyclopædia Unversalis.
- ↑ Codex Sinaiticus, Тов. 14:7: τῇ γῇ Αβρααμ μετὰ ἀσφαλείας.
- ↑ https://topbible.topchretien.com/dictionnaire/ragues/
- ↑ Miller, p. 10.
- ↑ Miller, p. 11.
- ↑ Fitzmyer, p. 51.
- ↑ Tobie 2:5-7 & Amos 8:10.
- ↑ Fitzmeyer, p. 51.
- ↑ Fitzmyer, p. 51 ; Miller, p. 11.
- ↑ Fitzmyer, p. 51-52 ; Miller, p. 11-12.
- ↑ Fitzmyer, p. 52.
- 1 2 Miller, p. 12-13.
- ↑ Miller, p. 13.
- ↑ Miller, p. 12-15.
- ↑ « Les sources de Rembrandt | Musée d'art et d'histoire de Genève », sur www.mahmah.ch, (consulté le ).
- ↑ Giovanna Nepi Sciré, La Peinture dans les Musées de Venise, Editions Place des Victoires, , 605 p. (ISBN 978-2-8099-0019-4), p. 414-416.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Joseph Fitzmyer, "Tobit", (de Gruyter, 2003), Commentaries on early Jewish literature (ISBN 3-11-017574-6)
- Geoffrey David Miller, Marriage in the Book of Tobit, p. 10-15 (Walter de Gruyter 2011) (ISBN 978-3-11-024786-2)
- (de) Helmut Engel: Das Buch Tobit. In: Christian Frevel (de) (Hrsg.): Einleitung in das Alte Testament. 9., aktualisierte Auflage. Kohlhammer, Stuttgart 2016 (ISBN 978-3-17-030351-5), S. 350–362.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Paysage avec Tobie et Raphaël, peinture de Claude Gellée
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Le texte en grec de la Septante (ΤΩΒΙΤ) avec traduction en Anglais de King James Apocrypha
- Le texte en latin de la Vulgate (LIBER TOBIAE), sur le site The Latin Library