Germain d'Auxerre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint Germain.
Germain d'Auxerre
(Saint Germain)
Image illustrative de l'article Germain d'Auxerre
Sculpture en bois polychrome datée du XVe siècle
Biographie
Naissance v. 380
Appoigny
Décès
Ravenne, Italie
Évêque de l’Église catholique
6e évêque d'Auxerre
418 – 448
Précédent Saint Amâtre Saint Fraterne Suivant
Autres fonctions
Fonction religieuse
Diacre,
Évêque
Apôtre de l'Auxerrois
Fonction laïque
Docteur en droit,
Gouverneur en Gaule
Saint Germain d'Auxerre
Image illustrative de l'article Germain d'Auxerre
Reliquaire en métal doré du XIXe s.,
fragments du grabat qui a ramené Germain de Ravenne à Auxerre après sa mort
Nationalité Gaulois
Vénéré à Cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre,...
Vénéré par Église catholique
Fête 31 juillet

Germain d'Auxerre ou Germain l’Auxerrois (né vers 380 à Appoigny près d'Auxerre, Yonne - mort le à Ravenne, Italie) est un fonctionnaire de l'Empire romain et un religieux gaulois de l'Antiquité tardive, nommé 6e évêque d'Auxerre en 418.

C'est un saint chrétien, le plus célèbre des saint Germain, reconnu pour avoir été l'apôtre de l'Auxerrois[1] et évangélisateur de la Bretagne insulaire. Il est fêté le 31 juillet[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Germain est né à Appoigny. Rustique et Germanille, père et mère de Germain, étaient au IVe siècle seigneurs d'Appoigny. La tradition locale, qui s'est maintenue vivace à travers les âges, veut qu'ils aient été inhumés à Appoigny. En juillet 2008, un sarcophage du Ve siècle en grès ferrugineux était mis au jour aux pieds de la collégiale Saint-Pierre d'Appoigny[4]. Héric écrit qu'ils ont été enterrés sous l'autel dans l'église. Mais il s'agit de l'église dédiée à Saint-Jean, plus ancienne que celle existant à notre époque, vendue et démolie en 1793. Lors de la démolition un tombeau fut découvert sous le grand autel, et détruit en même temps que le reste de l'église[5].

Il est contemporain de Saint Augustin et de Saint Jean Chrysostome. Son époque est celle des grandes invasions, du début de l’effondrement de l’Empire Romain, d'une doctrine chrétienne encore peu encadrée et où foisonnent les divergences.

Fils d'aristocrates, il étudie à Auxerre ou Autun, puis à Rome, et devient un avocat réputé. Il épouse Eustachie, selon Constance de Lyon « une personne de condition élevée, remarquable par ses richesses et ses mœurs »[6]. Il rentre en Gaule, où il est nommé gouverneur (fonctionnaire impérial) sur Auxerre[7]. Il visite lui-même les territoires dont il a la charge. L'évêque d'Auxerre de l'époque est saint Amâtre et leurs relations ne sont pas des meilleures : Germain, comme de nombreux aristocrates, chasse, et exhibe les têtes de ses prises en les suspendant à un grand poirier[6],[8]. Amâtre, qui voit ce fait comme une incitation à l'idôlatrie, fait couper le poirier. Germain le menace de mort, Amâtre se réfugie à Autun où il est reçu par l'évêque Simplice et son clergé, et par le préfet Julius[9],[note 1]. Là, Amâtre a la révélation que Germain est son successeur comme évêque d'Auxerre. Il demande à Jules l'autorisation de faire de Germain un clerc de l'Église[note 2], revient à Auxerre et convertit Germain, lui « donne la tonsure » et en fait un diacre[9] puis un prêtre. Georges Viole, qui a étudié la vie de saint Germain en profondeur, situe cet épisode au plus tard en 410[10],[note 3].

À l'approche de sa mort, Amâtre désigne Germain comme son successeur à l'évêché d’Auxerre ; une charge que Germain accepte, dit-on, fortement contre son gré. Il aura cette charge jusqu'à sa mort, soit de 418 à 448.

Devenu évêque, Germain fonde le monastère Saint-Cosme et Saint-Damien en face d’Auxerre, sur la rive droite de l’Yonne. Saint Patrick, prédicateur et futur premier évêque d’Irlande séjourna à Auxerre[7] de longues années (peut-être 18 ans[11]).

Saint Germain et saint Loup, de passage à Nanterre, reçoivent sainte Geneviève.
Église Sainte-Geneviève de
Saint-Julien-du-Sault

Il lutte contre le pélagianisme, notamment en Bretagne où il fait deux voyages à 16 ans d'intervalle (430 et 448). C'est lors de son premier trajet vers la Bretagne, accompagné par saint Loup, évêque de Troyes[12], qu'il rencontre une petite fille âgée de dix ans, qu'il consacre à Dieu et qui deviendra sainte Geneviève[13]. Dix-sept ans plus tard, il la revoit à Lutèce, lors de son second voyage en Angleterre. « Comme Germain, elle choisit l’Église et l’empire. Ce calcul politique la conduisit à soutenir les Francs païens, à favoriser leur expansion, et à les inciter à se convertir au catholicisme... Ce fut le triomphe posthume de Germain : Geneviève, sa fille spirituelle, permit la construction d’un royaume à la fois chrétien et romain, qui donna naissance à la France »[7].
Il est accompagné pour le deuxième voyage par saint Sévère, 14e évêque de Trèves et disciple de Hilaire archevêque d'Arles[14]. Ils sont accueillis par Elaf. Alors que Germain rentre de cette expédition, sa dernière en Bretagne, il reçoit une délégation des villes d'Armorique. Leur peuple avait participé à une rébellion contre Valentinien III et recevait de la part d'Aetius le même traitement que les bagaudes. Les temps et l'Empire romain sont troublés et instables. Aetius, généralissime de l'Empire romain depuis 429 et consul pour la 3e fois en 446, doit faire face à de multiples pressions. Il a délocalisé les Alains du Rhin vaincus quelques années avant, vers Orléans avec mission pour eux de contrôler (d'attaquer) les bagaudes de la région, particulièrement virulentes à cette époque[14]. Lors de la révolte armoricaine il ordonne au roi des Alains de la Loire[note 4] d'attaquer l'Armorique. Germain négocie une paix, que le roi des Allains accepte à condition que le traité de paix soit ratifié par Aerius[15],[16],[17]. Germain se met donc en route pour Ravenne, où se trouve Aetius.

Après sa mort à Ravenne, son corps est rapporté à Auxerre selon ses dernières volontés. Cinq jeunes filles sont choisies pour accompagner sa dépouille : Pallade ou Pallaye, Magnance, Porcaire, Camille et Maxime. Magnance, Pallade et Camille, éprouvées par leur voyage, meurent avant d'atteindre leur but, donnant nom aux villages de Sainte-Magnance, Sainte-Pallaye et Escolives-Sainte-Camille dans l'Yonne. Porcaire construit un ermitage proche du Serein sur la commune de Héry, à l'est du hameau des Baudières ; après sa mort une chapelle est érigée à cet endroit, en ruines au XIXe siècle mais qui portait toujours le nom de "chapelle Sainte-Porcaire"[1].

Germain est enterré sur le Mons Autricus, appelé vulgairement le Mont-tartre[note 5]. C'est là que s’élève aujourd’hui l’abbaye Saint-Germain d'Auxerre.

Tunique dite de saint Germain (abbaye Saint-Germain d'Auxerre)

Le miracle de saint Germain à Travia[modifier | modifier le code]

Lors de son passage à Travia[note 6] en 447, un miracle se serait produit  : son bâton planté en terre s'est transformé en un grand arbre verdoyant, comme cela se serait produit d'après la Bible pour le bâton d'Aaron (Nombre 17,23). On rapporte également un miracle semblable à propos de Saint-Christophe.[réf. souhaitée]

On bâtit une abbaye royale à cet endroit, dite abbaye de Saint-Germain. Le village a alors pris le nom de Saint-Germain, devenu Saint-Germain-sur-Meuse en 1919. L'abbaye est mentionnée pour la dernière fois dans un acte de 878 et qui a ensuite disparu, probablement avant 1050[18],[note 7].


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Viole, La Vie, les Vertus, et les Miracles du Grand Saint Germain d'Auxerre : Saint-Germain, vol. 2, Auxerre, Éd. Gilles Bouquet,‎ , 261 p. (présentation en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Vaast-Barthélemy Henry, Mémoires historiques sur la ville de Seignelay, département de l'Yonne, depuis sa fondation au VIIIe siècle, jusqu'en 1830 ; précédés de recherches sur l'état du pays au temps des Gaulois et des Romains ; et suivie d'une notice historique sur les communes environnantes, avec les principales pièces justificatives, vol. 1, Avallon, Éd. Comynet,‎ , 369 p. (présentation en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Saint Germain d'Auxerre et son temps : communications présentées à l'occasion du XIXe congrès de l'Association bourguignonne des Sociétés savantes réuni à Auxerre (29 juillet-2 août 1948) pour commémorer le XVe centenaire de la mort de Saint Germain d'Auxerre et le centenaire de la Société des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne, Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne ; avec une introduction de Gabriel Le Bras ; et le discours prononcé... par M. Étienne Gilson, L'Universelle, Auxerre, 1950, 382 p.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le préfet des Gaules de l'époque était Julius selon Baillet et Viole, ou Agricola selon d'autres mais ce dernier ne correspond pas pour les dates.
  2. Amâtre demande cette autorisation à Jules, car l'empereur Honorius avait adressé aux évêques une requête leur demandant de choisir leurs clercs parmi les moines (ou les personnes déjà engagées autrement dans le service de la religion) plutôt que « parmi les hommes déjà exposés aux charges publiques, ou même attachés à une condition particulière qui engageait leur liberté » d'une façon ou d'une autre. Voir Viole 1656, chapitre IV, page 17.
  3. Georges Viole note qu'Amâtre a été reçu à Autun par Simplice, qui avait assisté au concile de Sardique en 347 et à celui dit pseudo-concile de Cologne en 349. Il en déduit logiquement qu'il est fort peu probable que Simplice fût encore en vie en 418 ; ainsi l'épisode du poirier coupé et la subséquente conversion de Germain se sont déroulés assez longtemps avant 418, contrairement à ce que beaucoup affirment.
  4. Les noms divergent pour le roi des Allains chargé de cette mission. Il pourrait s'agir de Goar, ou un certain Eocarich (voir Baillet 1704, p. 490), Eocarix (voir Abbé Dubos, Historie Critique de L'Établissement de la Monarchie Francoise dans les Gaules, 1742, pages 312-313 ; et F. de Mézerai, Histoire de France, depuis Faramond jusqu'au règne de Louis le Juste, tome 1, 1685, page 312.), ou Eochar (voir Abbé Dubos, 1742, page 316). Les sources qui nous restent lui donnent le titre de "roi des Allemans" (voir Abbé Dubos, 1742, page 315).
  5. Mont Autric ou Mons Altricus, parfois nommé Mont Ârtre ou Mont-tartre.
  6. Travia est l'endroit où la Via Regia traverse la Meuse ; le haut de la vallée était occupé par un camp romain. Voir Maurice Toussaint, La Lorraine à l'époque impériale.
  7. Acte de l'an 878, Extrait de « Notice de la Lorraine », Augustin Calmet, p. 406 :

    « Louis-le-Bègue confirme à Arnalde, évêque de Toul, les abbayes de Saint-Evre, de Saint-Germain et de Saint-Martin, qui avaient été autrefois données ou confirmées audit Arnalde, par l'empereur Lothaire, et son fils du même nom, et par l'empereur Charles-le-Chauve, père du roi Louis-le-Bègue ; mais qui lui avaient été ôtées par le roi Lothaire, et ensuite restituées. L'acte est de 878... (L'abbaye) n'est point rappelée dans la bulle du pape Léon IX, de 1051, qui fait le dénombrement des autres abbayes qui appartenaient alors à l'église de Toul... »

    .

Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]