Rafael Correa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Correa (homonymie).
Rafael Correa
Rafael Correa en novembre 2013.
Rafael Correa en novembre 2013.
Fonctions
Président de la République de l'Équateur
En fonction depuis le
(9 ans 6 mois et 5 jours)
Élection
Réélection
Vice-président Lenín Moreno Garcés
Jorge Glas
Prédécesseur Alfredo Palacio González
Président pro tempore de
l'Union des nations sud-américaines
Prédécesseur Michelle Bachelet
Successeur Bharrat Jagdeo
Ministère de l'Économie et des Finances
Président Alfredo Palacio González
Prédécesseur Mauricio Yépez
Successeur Magadalena Barreiro
Président de Alianza País
En fonction depuis le
Prédécesseur Fonction créée
Biographie
Nom de naissance Rafael Vicente Correa Delgado
Date de naissance (53 ans)
Lieu de naissance Guayaquil (Équateur)
Nationalité équatorienne
Parti politique Alianza País
Conjoint Anne Malherbe
Enfants Sofía Correa Malherbe
Anne Dominique Correa Malherbe
Rafael Miguel Correa Malherbe
Diplômé de Université catholique de Louvain
Université de l'Illinois
Universidad Católica Santiago de Guayaquil
Profession Économiste
Religion Catholicisme
Résidence Palais de Carondelet (Quito)

Signature de Rafael Correa

Rafael Correa Rafael Correa
Présidents de la République de l'Équateur
Président de l'Union des nations sud-américaines

Rafael Vicente Correa Delgado est un économiste et homme d'État équatorien, né le 6 avril 1963 à Guayaquil, la plus grande ville équatorienne. Le 26 novembre 2006, il remporte l'élection présidentielle et est investi officiellement dans cette fonction le 15 janvier 2007.

Après son élection, une nouvelle constitution - comprenant notamment un renforcement de l’aspect social de la politique gouvernementale et une plus large reconnaissance des droits des indigènes - est adoptée par référendum avec 64 % de suffrages favorables, et est suivie de nouvelles élections. Le 26 avril 2009, il est élu pour un second mandat dès le premier tour de l'élection présidentielle anticipée avec 52 % des voix[1], puis est réélu pour la troisième fois en février 2013 avec 57 % des voix au premier tour[2].

En décembre 2015, un amendement de la constitution voté par le parlement équatorien lève les restrictions imposées aux chefs d’État relatives au nombre de mandats dont ils ont la possibilité d'effectuer ; néanmoins, à la demande de Rafael Correa, cette mesure est rendue inopérante au président en fonction au moment de son inscription dans la constitution. Rafael Correa avait effectivement annoncé ne pas se représenter pour un quatrième mandat et se retirera en conséquence de la présidence équatorienne en 2017[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il effectue des études d'économie à l’Université catholique de Santiago de Guayaquil avant d'obtenir une bourse pour les poursuivre à l'université catholique de Louvain (Belgique) puis à l’université de l'Illinois (États-Unis).

De 1993 à 2005, il enseigne les sciences économiques au sein de l'université San Francisco de Quito.

Il devient le conseiller économique du vice-président Alfredo Palacio. Lorsque le président Lucio Gutiérrez est destitué en 2005, Palacio devient président et Correa ministre de l’Économie et des Finances (en octobre 2005). Correa renonce à cette fonction quatre mois plus tard en raison de différends politiques avec le président Palacio.

Durant cette brève période, il promeut une politique de gauche, opposée aux propositions de la Banque mondiale et du FMI.

Il est marié à la Belge Anne Malherbe et a trois enfants.

Élection présidentielle de 2006[modifier | modifier le code]

Correa est le candidat d'une alliance entre différents partis de gauche, l'Alianza País, à l'élection présidentielle de 2006.

Il se définit comme humaniste et chrétien de gauche. Partisan d’une politique souverainiste et d’intégration régionale, il est opposé à la dollarisation et au Traité de libre-échange (TLC) avec les États-Unis et soutient une plus grande participation de l’État en ce qui concerne l’exploitation du pétrole et la gestion des ressources pétrolières, ainsi qu’une renégociation de la dette extérieure.

Au début du mois d'août 2006 il annonce le choix de Lenín Moreno comme colistier et candidat à la vice-présidence. Correa refuse cependant de présenter des candidats aux élections législatives, estimant le Parlement discrédité par la « partitocratie » et annonce son intention, en cas de succès, de promulguer une nouvelle constitution.

Rafael Correa, le 16 juin 2006.

Arrivé en deuxième position avec 22,84 % des votes au premier tour de l'élection, le 15 octobre, il affronte le magnat de la banane Álvaro Noboa au second tour le 26 novembre 2006. Obtenant le soutien des principales formations de gauche et des organisations indigènes (CONAIE), il est élu avec une confortable avance (56,8 %). Il déclare alors que « grâce à Dieu, nous avons gagné » et « qu'après des années de politique de fermeture socio-économique, ils n'ont pas pu nous enlever notre espoir ».

Projet politique[modifier | modifier le code]

Durant la campagne électorale, certains analystes l’assimilent au courant latino-américain de la gauche incarnée par le Vénézuélien Hugo Chávez et le Bolivien Evo Morales. Cette identification est mise en avant par certains autres candidats des partis traditionnels. On peut déceler une similitude dans la volonté d’indépendance politique vis-à-vis des États-Unis, de progrès social et une volonté de rapprochement régional.[réf. nécessaire] Le directeur de thèse de Correa, le professeur Baer de l'université de l'Illinois, suggérait que Rafael Correa n'est pas hostile à l'économie de marché et anticipait, en cas d'élection, une attitude plus proche de celle du président brésilien Lula que d'Hugo Chávez[4].

Chrétien conservateur, il s'oppose à certaines évolutions sociales ayant ainsi menacé de remettre son mandat si les députés de sa coalition parvenaient à autoriser l'avortement en cas de viol[5].

Présidence de la République[modifier | modifier le code]

Conformément à sa promesse électorale, Correa annonce lors de son investiture[6] la tenue d'un référendum le 18 mars 2007 dans le but d'autoriser la création d'une assemblée nationale constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution. L'objectif de cette nouvelle constitution serait de limiter le rôle des partis politiques[7].

Correa a par ailleurs annoncé sa volonté de renégocier la dette équatorienne qui s'élève à 10 milliards d'euros, de renégocier les contrats de la société énergétique PetroEcuador avec les partenaires étrangers[8]. Correa a par ailleurs annoncé la diminution par deux de son salaire ainsi que la diminution des salaires des hauts fonctionnaires équatoriens[9]. Le pays s'est déclaré en défaut de paiement sur sa dette extérieure en décembre 2008. Le président a argué d'« irrégularités » pour justifier sa décision[10]. Ces irrégularités sont constatées par un audit. La finalité, sur la base de la notion de « dette illégitime », dite « dette odieuse » (initiée par Alexander Sack, et utilisée de nombreuses fois par les États-Unis d'Amérique) sera le rachat de sa propre dette à un coût nettement inférieur du coût exigé initialement.

Le jeudi 10 octobre 2013, une dizaine de jeunes militantes se sont dévêtues à l'Assemblée nationale pour marquer leur engagement dans la lutte en faveur de la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse en Équateur, pays marqué par le conservatisme et le poids religieux. À la suite de l'incident, le président Rafael Correa a déclaré qu'il démissionnerait si la loi sur la dépénalisation de l'IVG venait à être votée[11].

Engagement écologiste[modifier | modifier le code]

À l'assemblée générale des Nations unies de septembre 2007, Correa s'est engagé « à ne pas exploiter 920 millions de barils de pétrole afin d'éviter l'émission de près de 111 millions de tonnes de carbone dues à la combustion de matières fossiles.» Il a noté cependant que cette décision impliquera « une diminution de l'ordre de 720 millions de dollars en termes d'investissements étrangers, ce qui ne manquera pas d'affecter fortement l'économie équatorienne »[12] (L'Équateur est un petit producteur de pétrole mais ses réserves sont relativement importantes, environ 4,5 milliards de barils)[13].

La nouvelle constitution[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 2008, une nouvelle constitution est approuvée par l’Assemblée nationale constituante par 94 voix sur 130. Cette nouvelle constitution, qui représente le projet principal du début de mandat du président Correa, est d’après lui le moyen d’enterrer le « modèle néo-libéral » appliqué par ses prédécesseurs. Elle renforce les pouvoirs présidentiels en particulier en ce qui concerne les matières économiques et monétaires et lui permet de promulguer des décrets-lois d’urgence et de dissoudre le Parlement suivant certaines modalités, au cas où celui-ci « empêche l’exécution du plan national de développement ». La nouvelle loi fondamentale octroie à l’exécutif représenté par l’État un plus grand contrôle des secteurs stratégiques tels que les secteurs énergétiques, les mines, les télécommunications et l’eau. Parmi les innovations, le texte autorise la réélection du président pour un second mandat consécutif et renforce la reconnaissance des peuples indigènes par l’accession au statut de langues officielles des langues kichwa et shuar[14].

Il est critiqué par Latin Reporters pour sa décision de fermer trois chaînes de télévision privées qui représentent plus de la moitié de l'audience, ainsi qu'une chaîne de radio musicale[15]. Il défend de son côté que les chaînes, appartenant aux banques les plus importantes du pays, ont fait faillite, laissant une dette de plus de 600 millions de dollars. Les propriétaires se sont exilés à Miami pour ne pas payer cette dette, qui a été rachetée par le gouvernement équatorien. Une partie des actions de ces chaînes de télévision a été redistribuée aux employés.[réf. nécessaire][16]

Le 28 septembre, la Constitution est approuvée par les citoyens équatoriens, par voie référendaire[17].

Politique économique et sociale[modifier | modifier le code]

Souvent comparée à celle menée par Hugo Chavez au Venezuela et Evo Morales en Bolivie, la politique mise en œuvre par Rafael Correa en Équateur s'inscrit dans la mouvance du « socialisme du 21ème siècle » et se traduit notamment par un refus du paiement des pans illégitimes de la dette, des nationalisations, et par un accroissement significatif des investissements publics. Ainsi, les budgets consacrés à la santé et l'éducation sont triplés [18], ce qui entraine une augmentation de deux ans de l’espérance de vie entre 2007 et 2016 et permet de réduire l'analphabétisme d'un taux de 9,3 % en 2007 à 2,7 % en 2009 [19]. A cette date, en reconnaissance des progrès accomplis, l'Unesco déclare l’Équateur « libre d’analphabétisme »[20]. Par ailleurs, les aides apportées par l’État aux familles en détresse économique sont renforcées et le salaire minimum est doublé [21]. En écho à cette seconde mesure, le gouvernement propose également l'introduction d'un salaire maximum au sein des entreprises privées [22].

Parallèlement aux programmes sociaux développés sous la présidence de Rafael Correa l’État équatorien engage aussi une modernisation des infrastructures du pays : le réseau routier se voit étendu de 7 000 km supplémentaires, huit centrales hydroélectriques sont construites et des projets de construction ou d'extension d'aéroports, de tramways et de métros sont mis en chantier [18][23]. Ces mesures, visant à l’améliorer le niveau de vie de la population et au développement du potentiel économique de l’Équateur, sont financées grâce à l'intervention croissante de l’État dans les secteurs les plus lucratifs de l’économie et des exportations, qui étaient auparavant bien souvent entre les mains de propriétaires étrangers. Ainsi, des contrats plus contraignants sont imposés aux investisseurs et des nationalisations sont décidées[24][25]. Mais surtout l’Équateur a dégagé de nouvelles sources de financements après avoir dénoncé de larges portions de la dette du pays, dont 40 % sont reconnus illégitimes après un audit, ce qui lui a permis de réorienter ses dépenses budgétaires [26][27].

Selon la Banque mondiale la pauvreté en Équateur a fortement reculé en l'espace de quelques années, pour passer d'un taux de 36,7 % en 2007 à 22,5 % en 2014 [28]. Le chômage demeure très faible, évoluant entre un taux minimum de 3,8 % pour atteindre son niveau le plus élevé depuis le début du mandat de Correa en 2016 avec 5,7% de la population active privée d’emploi [29].

Élection présidentielle de 2009[modifier | modifier le code]

Correa, élu en 2007, est candidat à un second mandat. Le scrutin se tient en même temps que les élections législatives[30].

Crise politique équatorienne de 2010[modifier | modifier le code]

Le 30 septembre 2010, à la suite d'une rébellion d'éléments des forces de police, Rafael Correa est séquestré par des policiers dans un hôpital de Quito. Selon les organes officiels, tels que l'OEA[31], et l'UNASUR[32], reprenant la terminologie de Rafael Correa (« Lo que pasó el día de hoy fue un intento de golpe de Estado »)[33], il s'agit d'une tentative de coup d'État. Dans la soirée, le président est libéré par une intervention des forces armées[34].

Élection présidentielle de 2013[modifier | modifier le code]

Correa est candidat à sa réélection lors des élections générales de 2013. Il est réélu dès le premier tour avec 57,17 % des voix[2].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Ecuador: de Banana Republic a la No República, éditions Random House, Quito, 2009. Traduit en français sous le titre : Équateur : de la République bananière à la Non-République - Pourquoi la révolution citoyenne ?, éditions Utopia, Paris, novembre 2013.
  • Rafael Correa, « L’Europe endettée reproduit nos erreurs : L’avertissement du président équatorien », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. (es) Consejo Nacional Electoral
  2. a et b (en) Correa declares victory in Ecuador polls], Al Jazeera English, 18 février 2013
  3. lefigaro.fr, « L'Équateur accepte à son tour la réélection sans limite du président », sur Le Figaro (consulté le 1er juin 2016)
  4. (en) lire l'opinion du professeur Baer
  5. Jean-Baptiste Mouttet, « Les chefs d’État latinos opportunément sous le charme du pape François », Mediapart,‎ (consulté le 17 août 2015)
  6. (es) Discurso de Posesión del Presidente de la República, Econ. Rafael Correa
  7. L'Amérique latine confirme son virage à gauche avec l'investiture du Président Correa en Équateur, Euronews, 16 janvier 2007
  8. Rafael Correa : nouveau président de l'Équateur, Xinhua, 16 janvier 2007
  9. Le président Correa réduit son salaire de moitié, Romandie News, 16 janvier 2007
  10. [1]
  11. (fr) « Équateur, les féministes font corps pour obtenir le droit à l'avortement », Fabien Palem, Le Journal International, 14 octobre 2013
  12. L'ONU appelée non seulement à réaliser mais aussi à dépasser les Objectifs du Millénaire, Centre de nouvelles de l'ONU, 27 septembre 2007.
  13. CIA - World Factbook
  14. La nueva Constitución de Ecuador refuerza los poderes de Correa El Pais, 26 juillet 2008.
  15. Équateur: razzia du président Correa sur les médias avant un référendum constitutionnel
  16. (es) « Interview par Ana Pastor dans l'émission espagnole 24 horas » (consulté le 16 mai 2015)
  17. (en) Ecuadoreans back new constitution, BBC, 29 septembre 2008.
  18. a et b « L'Équateur prospère va réélire le chaviste Rafael Correa à la présidence », sur www.latinreporters.com (consulté le 6 juin 2016)
  19. (es) « Ecuador, un país 'libre de analfabetismo' », sur www.publico.es (consulté le 6 juin 2016)
  20. « L’Unesco déclare l’Equateur libre d’analphabétisme », sur www.horizons-et-debats.ch (consulté le 6 juin 2016)
  21. Paul Conge, « En Equateur, le « socialisme du XXIe siècle » est à l'œuvre », sur Marianne,‎ (consulté le 6 juin 2016)
  22. « L'Equateur sur le chemin d'un salaire maximum ! », sur Marianne,‎ (consulté le 6 juin 2016)
  23. « CIM – Equateur : Le premier tramway de la ville de Cuenca est en route », sur www.cimgroupe.com (consulté le 6 juin 2016)
  24. (fr) « L'Equateur prévoit à son tour de nombreuses nationalisations », sur La Tribune (consulté le 6 juin 2016)
  25. « Le gouvernement équatorien nationalise une compagnie pétrolière US. », sur Le Grand Soir (consulté le 6 juin 2016)
  26. « Rafael Correa : l'homme qui a redressé l'Équateur en défiant le FMI », sur www.levif.be,‎ (consulté le 6 juin 2016)
  27. « RFI - Quito suspend le paiement de 40% de sa dette extérieure », sur www1.rfi.fr (consulté le 6 juin 2016)
  28. « Ratio de la population pauvre en fonction du seuil de pauvreté national (% de la population) | Données | Graph », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le 8 juin 2016)
  29. (es) EL UNIVERSO, « Desempleo en Ecuador se ubica en el 5,7%, dice el INEC », sur El Universo (consulté le 6 juin 2016)
  30. http://pdba.georgetown.edu/Elecdata/Ecuador/pres09.html
  31. La OEA repudia unanimamente el "intento de golpe de Estado" en Ecuador, abc.es,
  32. La Unasur condenó el intento de golpe en Ecuador, Présidence de l'Argentine,
  33. (es) Rafael Correa acusa de 'intento de golpe de Estado' al ex presidente Lucio Gutiérrez
  34. Équateur: retour à la normale au lendemain d'une rébellion policière, AFP, 2 octobre 2010