Cyrus le Grand

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Cyrus le Grand
Illustration.
Copie d'un génie ailé, bas-relief de Pasargades.
Titre
Grand roi achéménide,
fondateur de l'Empire perse.
v. 
Prédécesseur Cambyse Ier
Successeur Cambyse II
Biographie
Dynastie Achéménides
Date de naissance v. [1] ou .
Lieu de naissance Perse
Date de décès [1]
Lieu de décès Le long du Syr-Daria
Père Cambyse Ier
Mère Mandane
Conjoint Cassandane
Neithiyti
Amytis
Enfants Cambyse
Bardiya
Roxane
Atossa
Artystonè

Cyrus II (en vieux perse 𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁, Kūruš), dit Cyrus le Grand, est le fondateur de l'Empire perse, de la dynastie des Achéménides, régnant d'environ à Son règne a été marqué par des conquêtes d'une ampleur sans précédent : après avoir soumis les Mèdes, il a placé sous sa domination le royaume de Lydie et les cités grecques d'Ionie, puis l'Empire néo-babylonien (comprenant alors la Mésopotamie, la Syrie, les cités phéniciennes et la Judée). Il trouva la mort au cours d'une campagne militaire contre les Massagètes. Son règne marque un tournant dans l'histoire du monde antique, puisqu'il signe la fin de l'ère des grands royaumes mésopotamiens et une nouvelle étape dans la construction d'empires multinationaux, son empire lui survivant deux siècles.

Cyrus est rapidement devenu une figure majeure dans le monde antique. Les Grecs le connaissent comme un grand conquérant et un modèle de roi sage, magnanime envers les vaincus. La Bible hébraïque l'a également érigé en modèle, lui attribuant la décision de laisser les Juifs retourner en Judée pour reconstruire le temple de Jérusalem. De ce fait, son souvenir s'est préservé par ces deux canaux dans la tradition européenne. En Iran, il est considéré comme une figure fondatrice de premier ordre dans l'histoire nationale.

Origines[modifier | modifier le code]

Le contexte politique et culturel dans lequel naît Cyrus reste mal connu. Le sud-ouest iranien est en plein bouleversement à la fin du VIIe siècle av. J.-C. et au début du VIe siècle av. J.-C. Selon ce que rapporte le cylindre de Cyrus, il descend de la lignée des rois d'Anshan (ou Anzan), mot qui désigne un pays et une ville situés dans le Fars (l'actuel site de Tell e-Malyan) à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Persépolis. Selon Hérodote, Cyrus est né dans une famille du clan Achéménide, lui-même partie de la tribu perse des Pasargades, dont il serait la lignée la plus éminente. L'archéologie indique que les élites du Fars de cette période sont dans un milieu culturel mixte, mêlant des éléments Iraniens, arrivés dans la région quelques siècles plus tôt, aux populations locales ayant un ancrage très ancien dans la région, les Élamites, et c'est de ce mélange que seraient nés les Perses amenés à constituer l'empire achéménide. La place de l'élément élamite dans les origines de l'empire a donc été réévaluée par la recherche récente. Anshan est d'ailleurs une ancienne capitale élamite, prospère au IIe millénaire av. J.-C. Les trouvailles archéologiques et artistiques, ainsi que des tablettes datées approximativement de cette période provenant de Suse, située plus loin vers l'ouest, confirment que le paysage culturel de la région à cette période est « élamo-perse », tout en étant marqué par l'influence de la Mésopotamie voisine, les Assyriens ayant conduit plusieurs expéditions à Suse et en pays élamite, et les Babyloniens ayant été à plusieurs reprises alliés de rois élamites contre ces mêmes Assyriens. La puissance de l'Élam ayant périclité sous les coups assyriens, le sud-ouest iranien s'est divisé en plusieurs royaumes, dirigés par des sortes de « seigneurs de la guerre » selon D. Potts, aux noms élamites ou iraniens, mentionnés par des sources éparses qui rendent difficile leur datation exacte. Des tombes au riche matériel funéraire indiquent que l'élite locale est prospère et dispose d'objets témoignant de relations avec des régions extérieures. Concernant les ancêtres de Cyrus qui s'inscrivent manifestement dans ce contexte, les sources sont maigres. Dans son Cylindre, Cyrus mentionne ses aïeux Teispès (ou Seispès), Cyrus Ier et Cambyse Ier. Cyrus Ier est connu par un sceau encore employé durant l'époque de Darius Ier, dont l'inscription l'identifie comme « roi d'Anzan » et « fils de Seispès », et dont le style artistique est « élamo-perse » selon les mots de P. Amiet. En revanche aucune trace de construction de cette période n'a été identifiée sur le site d'Anshan[2]. De ce fait certains se sont montrés sceptiques sur la question des liens entre Cyrus et Anshan et l'Élam : le titre de « roi d'Anzan » serait repris au regard de son prestige antique, plutôt qu'en raison de liens entre la dynastie perse et cette ville et la tradition élamite[3].

Je suis Cyrus, (...)
le fils de Cambyse, le grand roi, le roi d'Anshan,
le petit-fils de Cyrus, le grand roi, le roi d'Anshan,
l'arrière-petit-fils de Téispès, le grand roi, le roi d'Anshan,
l'éternel rejeton de la royauté.

— Passage du cylindre de Cyrus donnant la généalogie du roi perse[4].

Selon Hérodote, la principale puissance au nord de la Perse est celle des Mèdes, un autre peuple d'origine iranienne établi dans la région de l'actuelle Hamadan. C'est effectivement là que les sources mésopotamiennes et archéologiques situent diverses entités politiques, unifiées quand les Mèdes sont avec les Babyloniens les vainqueurs de l'empire assyrien. En revanche, elles ne confirment pas l'image d'un empire puissant et structuré évoquée par Hérodote[5].

Concernant la naissance de Cyrus, les auteurs grecs lui donnent bien pour père Cambyse, et pour mère Mandane, fille du roi mède Astyage[6]. Les récits de sa naissance et de son enfance, rapportés principalement par Hérodote (voir plus bas), relèvent de la légende et ne sont pas jugés fiables pour reconstituer l'histoire des origines de Cyrus. Selon P. Briant, « les différentes versions (de l'histoire) se sont construites sur une trame moyen-orientale très ancienne, bricolée au gré de l'inspiration des conteurs populaires et des objectifs de la propagande politique. » De plus ces récits n'accordent pas d'importance à la situation des Perses avant la naissance de ce roi, le présentant comme un fondateur[7].

De ce fait, il reste difficile de déterminer les conditions dans lesquelles Cyrus serait parvenu à l'hégémonie dans l'ouest iranien. Selon R. Boucharlat, « la dynastie de Cyrus n'était probablement pas plus importante que les autres petits royaumes (du sud-ouest iranien), mais l'unité culturelle élamite a pu faciliter la domination de la famille de Teispès sur d'autres royaumes du Fars. Cambyse, le père de Cyrus, était considéré par le Mède Astyage comme un bon parti pour sa fille. La domination d'Anshan ou sa capacité à unir les forces d'autres royaumes aurait permis à Cyrus de lever une armée puissante dans sa confrontation avec les Mèdes vers [8]. »

Constitution de l'Empire perse[modifier | modifier le code]

Guerre médo-perse[modifier | modifier le code]

Le premier fait militaire connu du règne de Cyrus est sa victoire contre les Mèdes dirigés par le roi Astyage, documentée par des sources babyloniennes, le Songe de Nabonide et la Chronique de Nabonide, et par Hérodote. Elle se déroule autour de . Les sources babyloniennes et grecques ne s'accordent pas sur la responsabilité du conflit. Si Hérodote présente la marche contre Ecbatane du fait de Cyrus, la Chronique de Nabonide indique qu'Astyage « mobilise son armée et marche contre Cyrus, roi d'Anshan, en vue de la conquête »[9].

Selon le récit d'Hérodote, Astyage aurait placé Harpage à la tête de l'armée mède de manière très imprudente[10] : ce dernier n'aspirant qu'à se venger de ce souverain qui lui avait fait dévorer son propre fils, exhorte l'armée à se retourner contre Astyage lors de la première bataille, qui voit une victoire des armées perses. Mais contrairement à ce que prétend Hérodote (I, 130), cette bataille ne suffit pas à emporter sa décision. Selon Ctésias (cité par Diodore, IX, 23), Astyage renvoie alors ses officiers, en nomme de nouveaux et prend lui-même en main la conduite de la guerre. Nicolas de Damas et Polyen (VII, 6-9) évoquent des combats violents en Perse et en particulier près de Pasargades. Cyrus finit par retourner la situation et remporte la victoire. Il se lance alors dans la conquête de la Médie, et Ecbatane finit par tomber. Il reçoit ensuite les hommages des peuples soumis aux Mèdes, notamment les Bactriens[11].

Les sources babyloniennes font de Cyrus un instrument de la volonté des dieux de Babylone, Marduk et Sîn : le roi babylonien Nabonide se voit ordonner par le premier de reconstruire le temple du second à Harran, mais il ne peut pas tant que les Mèdes occupent la région. Marduk suscite alors contre le roi mède son vassal Cyrus. Selon le Songe de Nabonide, une inscription figurant sur un cylindre de ce roi mis au jour à Sippar : « Cyrus, le roi d'Anshan, son second en rang, dispersa les nombreuses hordes mèdes avec sa petite armée. Il captura Astyage, le roi des Mèdes, et l'emporta captif dans son pays. (Tels furent) les mots du grand seigneur Marduk, et de Sîn, la lumière du Ciel et du Monde souterrain, dont les commandements ne peuvent être changés. » Cela pourrait indiquer que Nabonide a soutenu Cyrus contre Astyage. Selon la Chronique de Nabonide, rédigée après la conquête de Babylone par Cyrus, Astyage est capturé par ses propres troupes et livré au Perse[9],[12].

Hérodote indique que Cyrus épargne Astyage, qui conserve un train de vie princier, et se pose même comme son successeur : selon Ctésias et Xénophon, il épouse sa fille Amytis[13].

Conquête de la Lydie[modifier | modifier le code]

On ne connaît pas précisément les campagnes que mène Cyrus dans les années suivant sa victoire sur Astyage. Mais c'est probablement vers (l'autre option étant un conflit plus tardif, vers -[14]) que Crésus, roi de Lydie, attaque l'Empire perse : selon Hérodote (I, 46) :

« L'Empire d'Astyage, fils de Cyaxare, détruit par Cyrus, fils de Cambyse et celui des Perses, qui prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, lui firent mettre un terme à sa douleur (liée à la mort de son fils Atys). Il ne pensa plus qu'aux moyens de réprimer cette puissance avant qu'elle devînt plus formidable[15]. »

La volonté de conquête s'ajoute à ces motifs de prudence : Hérodote explique plus loin que « Crésus partit donc avec son armée pour la Cappadoce, afin d'ajouter ce pays à ses États […] et par le désir de venger Astyage, son beau-frère » (I, 73). Le Lydien s'est préparé en interrogeant l'oracle de Delphes lequel, comme à son habitude, a fourni une réponse ambiguë, lui assurant que « s'il entreprenait la guerre contre les Perses, il détruirait un grand Empire » (I, 53), et lui conseillant de rechercher « l'amitié des États de la Grèce qu'il aurait reconnus pour les plus puissants » (Ibid.). Aussitôt, Crésus avait noué un traité d'alliance avec Sparte[16].

La contre-attaque de l'armée perse ne se fait pas attendre. Lorsque Cyrus le Grand arrive en Cappadoce, il propose à Crésus de devenir satrape de Lydie, autrement dit d’accepter la domination perse, mais celui-ci refuse. Crésus est confiant, car il a noué des alliances non seulement avec Sparte mais aussi avec l'Égypte d'Ahmôsis II et Babylone — mais ce dernier n'intervient pas, peut-être parce que ce conflit entre deux de ses rivaux potentiels l'arrange. De son côté, Cyrus a demandé aux cités grecques d'Ionie de faire défection, mais sans succès (Hérodote, I, 76)[16].

Après la bataille de la Ptérie en Cappadoce, Crésus ne s'avoue pas vaincu et fait marche arrière. L'hiver venu, il démobilise son armée en espérant profiter de la saison froide pour mettre sur pied une nouvelle armée encore plus puissante. Contre toute attente, Cyrus le Grand lance son offensive en plein hiver. Après plusieurs batailles, il finit par forcer Crésus à se réfugier dans sa citadelle de Sardes. Au quatorzième jour du siège, la ville tombe, probablement en Comme pour Astyage, Cyrus laisse la vie sauve à Crésus, lui attribuant les revenus d’une ville de la côte pour maintenir son train de vie[16].

Une chronique babylonienne présente apparemment les mêmes événements, mais avec une fin différente pour le roi lydien : son pays est vaincu en (entre mars et mai), il est mis à mort, et les Perses installent une garnison dans son pays, ce qui signifie sa conquête[17]. Néanmoins, pour P. Briant, ce texte ne fait pas référence à ce conflit[14].

Les cités grecques d'Asie Mineure refusent quant à elles de se rendre, mais des révoltes à Babylone et en Asie centrale obligent Cyrus à rentrer d'urgence à Ecbatane. Il confie la mission de lever les tributs à un Lydien, Paktyès ; mais celui-ci se révolte, rassemble les Lydiens et marche sur Sardes. Cyrus dépêche son général Mazarès pour régler l'affaire. Il finit par capturer Paktyès et met l'armée lydienne entièrement sous commandement perse. Mazarès commence à conquérir une à une les cités grecques ; puis, à la mort du général, Cyrus envoie Harpage achever la conquête, qui dure quatre ans[18].

Conquêtes dans le plateau iranien et l'Asie centrale[modifier | modifier le code]

Après son départ de Sardes, Cyrus se dirige vers la partie orientale de son empire. On ne connaît pas la chronologie des nouvelles conquêtes que Cyrus accomplit vers l'Asie centrale car Hérodote ne développe pas ce point pour passer directement au cas de Babylone, et qu'aucune source fiable ne vient compenser cette lacune. Quoi qu'il en soit lorsqu'il marche sur Babylone en se sont ajoutés à l'empire de Cyrus la Parthie, la Drangiane, l'Arie, le Khwarezm, la Bactriane, la Sogdiane, le Gandhara, la Scythie, la Sattagydie, l’Arachosie et le Makran[19].

Conquête de Babylone[modifier | modifier le code]

La Chute de Babylone, par John Martin, 1831.

L'empire néo-babylonien de Nabonide, après avoir approuvé la victoire de Cyrus contre les Mèdes, devient alors la cible du roi perse. Le roi babylonien est alors contesté dans son pays : il a passé plusieurs années en Arabie à Tayma, laissant la régence de Babylone à son fils Balthasar, pour des raisons indéterminées. Cette situation est due en partie aux vues religieuses de Nabonide, qui est un fervent dévot du dieu-lune Sîn auquel il accorde une plus grande importance qu'au grand dieu babylonien Marduk, ce qui froisse sans doute son clergé. Il existe en tout cas une opposition politique au roi babylonien dans sa propre capitale. Il revient en Babylonie en . La situation politique des années suivantes échappe à la documentation, jusqu'à l'été de l'année , quand les Babyloniens se préparent à l'invasion perse[20].

Les hostilités avec Babylone commencent sans doute dans les années , mais les sources n'évoquent que les derniers jours de la guerre, à la fin de l'été . Les Perses profitent de la trahison d'Ugbaru, le gouverneur babylonien du pays de Gutium. Il s’agit probablement de Gobryas qui est mentionné par Xénophon dans la Cyropédie : le personnage est présenté comme un Assyrien qui souhaite venger le meurtre de son fils par Nabonide, jaloux des exploits du jeune homme à la chasse (IV, 6, 1–11). L'armée de Cyrus remporte une première victoire à Opis (), puis à Sippar, mettant Nabonide en fuite, et enfin assiège Babylone qui tombe rapidement. Hérodote et Xénophon évoquent les difficultés des assaillants devant cette ville solidement fortifiée et qui dispose de réserves pour un long siège. Mais les Perses détournent le cours de l'Euphrate pour permettre à un détachement conduit par Ugbaru de s'emparer de la citadelle, pendant que les Babyloniens célèbrent une grande fête religieuse. Quatre jours plus tard, le , l'armée perse entre dans Babylone[21],[20].

« Au mois de Teshrit, Cyrus ayant livré bataille à l'armée d'Akkad (Babylone) à Upû (Opis), sur la [rive] du Tigre, le peuple d'Akkad reflua. Il se livra au pillage et massacra la population. Le 14, Sippar fut prise sans combat. Nabonide s'enfuit. Le 16, Ugbaru, gouverneur de Gutium, et l'armée de Cyrus firent, sans combat, leur entrée dans Babylone. Plus tard, étant revenu, Nabonide fut pris dans Babylone. Jusqu'à la fin du mois les (porte-)boucliers de Gutium cernèrent les portes de l'Esagil (le grand temple de Babylone) mais il n'y eut nulle interruption (des rites) d'aucune sorte dans l'Esagil ou dans quelque autre temple et aucune échéance (festive) ne fut manquée. Au mois d'Arahsamnu, le 3e jour, Cyrus entra dans Babylone. On emplit devant lui les chalumeaux (à boire) (?). La paix régna dans la ville. Cyrus décréta la paix pour Babylone toute entière. »

— Extrait de la Chronique de Nabonide rapportant la chute de Babylone[22].

Le cylindre de Cyrus, inscription royale de Cyrus II dans un style babylonien. British Museum.

Là encore, Nabonide est épargné et exilé, en Carmanie (Kerman en Iran) selon Bérose[20]. Cyrus est à Babylone le . Il est alors reconnu comme roi de Babylone, et met en place une propagande discréditant Nabonide (qui fait sans doute le lit de l'impopularité de celui-ci chez une partie des élites babyloniennes). Nabonide est présenté comme un roi impie, qui néglige le culte des dieux et en particulier celui de Marduk. Ce dernier aurait donc cherché un nouveau roi digne de diriger Babylone, Cyrus. Cela ressort en particulier dans le célèbre cylindre de Cyrus, mais aussi dans la Chronique de Nabonide. La main des prêtres de Marduk est sans doute à l'origine de ces aspects de l'idéologie babylonienne mise au service d'un conquérant étranger. De fait, le cylindre de Cyrus glorifie celui-ci en tant que roi de Babylone choisi par Marduk. Il commémore la reconstruction des murailles de la ville comme le fait tout bon roi babylonien, et proclame que les habitants de Babylonie se sont soumis avec enthousiasme. L'interprétation moderne du cylindre de Cyrus comme une sorte de « déclaration des droits de l'homme antique », qui a pu être proclamée pour des motifs politiques et culturels, résulte d'anachronismes et de la méconnaissance des discours politiques babyloniens traditionnels[23],[24].

En fin de compte, la transition entre les pouvoirs babylonien et perse semble se dérouler dans le calme après la conquête. Cyrus reprend à son compte la titulature royale babylonienne dans son cylindre[4]. Vers , les territoires issus de l'empire néo-babylonien sont réorganisés pour former une grande « province de Babylone et de Transeuphratène », qui inclut la Mésopotamie et le Levant, confiée à Gobryas. Il n'y a pas de remaniement à la tête des grands temples babyloniens documentés pour cette période (Uruk, Sippar, Borsippa). Cyrus a laissé deux autres inscriptions à Uruk et à Ur, mais elles ne font pas référence à des travaux. Ni lui ni ses successeurs ne vont plus loin que les discours, et ils ne reprennent pas le rôle de bienfaiteurs des temples qu'avaient traditionnellement les souverains babyloniens, y compris ceux d'origine étrangère : ils restent étrangers aux traditions du pays et ne sont pas assimilés par sa culture, ce qui constitue un grand changement puisque c'est la première fois qu'un conquérant de Babylone se comporte ainsi[25].

Je suis Cyrus, le roi du monde, le grand roi,
le roi puissant, le roi de Babylone, le roi de Sumer et d'Akkad,
le roi des quatre régions du monde, (...)
celui dont Bêl et Nabû ont chéri le règne,
celui dont ils souhaitaient la royauté pour la joie de leur cœur.

— Passage du cylindre de Cyrus donnant la titulature babylonienne de Cyrus[4].

Pasargades[modifier | modifier le code]

À la suite de ses conquêtes, Cyrus avait mis la main sur les résidences royales des vaincus, ce qui lui permettait de disposer de palais à Ecbatane, Bactres, Sardes, Suse et Babylone[26]. Pour ce qui concerne le pays perse, comme vu précédemment rien n'indique que les premiers rois perses aient fait des constructions à Anshan et donc qu'ils y aient résidé[3]. Donc, après avoir résidé on ne sait où au début de son règne lorsqu'il était en Perse, Cyrus fait construire une résidence royale à Pasargades (vieux perse Batrakataš), dans l'actuel Fars, une quarantaine de kilomètres au nord-est de Persépolis. Selon ce que rapporte bien plus tard Strabon, ce choix est dû au fait que c'est là qu'il a vaincu les Mèdes et donc posé les premiers jalons de son empire. La date de la décision de construction du site est débattue : Herzfeld a pu proposer une datation haute dès les années - (donc avant même la victoire sur les Mèdes), mais l'aspect ionien de certains édifices plaide plutôt pour un début des travaux après la conquête de la Lydie et de l'Asie mineure, donc après . Pour D. Stronach le gros des constructions se déroule entre cette date et la mort de Cyrus en . Il est probable que les travaux aient continué par la suite, jusqu'au début du règne de Darius Ier, qui est sans doute à l'origine des inscriptions en vieux perse cunéiforme au nom de Cyrus qui se retrouvent sur plusieurs monuments du site, car c'est sous son règne à lui qu'est mise au point cette écriture[27],[28].

Ce vaste site comprend plusieurs monuments. Le groupe central comprend plusieurs portes monumentales et palais (Palais P et S) organisés autour de jardins, qui en font les archétypes des constructions palatiales achéménides, dont les exemples les plus illustres sont construits par la suite à Persépolis et Suse ; une tour (Zendan-i Sulaiman) pourrait servir de lieu de cérémonies de couronnement. Le tombeau de Cyrus est isolé, environ 700 mètres au sud-ouest. Des constructions manifestement postérieures au règne de Cyrus se trouvent au nord-est (Tall-i Takht) et un kilomètre au nord-ouest (« enceinte sacrée »). Les 300 hectares que couvrait le site n'ont pas tous été bâtis dans l'Antiquité, mais certaines constructions monumentales restent à dégager. Il ne faut pas envisager une ville très peuplée, même si elle ne peut être réduite à une capitale-campement comme cela a pu être proposé. Après la mort de Cyrus le site reste occupé et utilisé par le pouvoir malgré la construction des nouvelles deux capitales, puisqu'on sait par des tablettes de Suse qu'on y trouve un trésor, et que le tombeau de Cyrus et la tour servent sans doute lors de cérémonies officielles[29],[27].

Cyrus et les Judéens[modifier | modifier le code]

Cyrus le Grand et les Hébreux, miniature de Fouquet.

Cyrus bénéficie d'une image très positive dans les textes bibliques. De la même manière que les textes babyloniens en font l'élu choisi par Marduk pour libérer Babylone de l'impie Nabonide, le Deutéro-Isaïe (41:3 ; 45:2) en fait l'« oint » (donc le messie) de Yahweh, tout mécréant qu'il soit, venu pour permettre le retour de l'Exil et la reconstruction du Temple de Jérusalem après sa destruction et la déportation sous Nabuchodonosor II[30].

Dans le Livre d'Esdras (1:1-4, décret en hébreu ; 3:6), Yahweh inspire à Cyrus un décret proclamant l'autorisation de reconstruire le Temple de Jérusalem, avec pour le financer la restitution des trésors dérobés par Nabuchodonosor II lors de la destruction du sanctuaire. Un autre décret du même Cyrus (cette fois-ci en araméen, la langue officielle de la chancellerie perse), redécouvert au temps de son successeur Darius Ier est de la même teneur (6:2-12). Des doutes ont été soulevés quant à l'authenticité de ces décrets[31]. Si certains les prennent pour véridiques, la majorité des spécialistes sont sceptiques. Ainsi L. Grabbe a relevé plusieurs points problématiques : les proclamations sont en accord avec la théologie judéenne, il évoque « Israël » alors que les documents authentiques émis par le pouvoir perse parlent de « Juïfs » et de « Juda », la langue araméenne employée dans plusieurs des textes et leur formulaire présentent des traits qui plaident en faveur d'une rédaction postérieure à la période perse ; du reste il n'est pas dans les habitudes du pouvoir perse de soutenir les cultes locaux, a fortiori pour des sommes aussi importantes que celles évoquées dans la Bible, et il juge peu probable que Cyrus se soit occupé personnellement de cette affaire concernant en fin de compte une petite communauté. De ce fait selon lui il faut envisager la possibilité que certains de ces document soient des faux (notamment le décret de Cyrus en hébreu qui présente le plus d'incohérences), même s'il préfère envisager qu'il s'agisse de réécritures postérieures à partir d'originaux effectivement émis par l'administration perse, dont le sens originel a pu être modifié. Et du reste s'il y a bien eu des retours d'exilés en Judée par la suite, il est généralement estimé que cela n'a concerné qu'un nombre limité de personnes, contrairement à l'image d'un retour massif qui se trouve dans la Bible[32],[33].

En tout cas il n'y a pas lieu de surinterpréter le choix de permettre le retour à Juda des Judéens exilés en Babylonie en le considérant comme une faveur exceptionnelle, au contraire il est courant à cette période qu'un conquérant autorise le retour de personnes et de divinités déportées par un de ses prédécesseurs, a fortiori si celui-ci est un roi d'un pays qu'il a vaincu[34]. Ainsi la Chronique de Nabonide comme le cylindre de Cyrus indiquent que ce roi permet après sa conquête de Babylone à divers temples mésopotamiens de reprendre leur culte, ce qui se fait notamment grâce à la restitution de leurs statues divines qui avaient été capturées auparavant par les Babyloniens. C'est par exemple le cas d'Assur, ancienne capitale et ville sainte assyrienne, où le culte du grand dieu local (également appelé Assur) semble restauré vers la même période[35].

Fin du règne et mort[modifier | modifier le code]

La dernière décennie de la vie de Cyrus est mal connue. Peut-être envisageait-il de poursuivre ses conquêtes occidentales en s'attaquant à l'Égypte, le dernier grand royaume continuant à lui faire face. Mais il est rattrapé par la situation instable de l'Asie centrale, où il conduit en personne une expédition en 530. Hérodote rapporte qu'il est tué lors d'une bataille contre Tomyris, reine des Massagètes, qui a lieu sur l'Oxus, l'actuel Amou Daria (Hérodote, Histoire, livre I, 214). Cette campagne et la mort de Cyrus font l'objet de récits romancés dès cette période (voir plus bas), ce qui indique que son influence sur les contemporains a été très forte, mais cela empêche de bien connaître le déroulement des faits[36]. Quoi qu'il en soit, Cambyse II succède à son père en à Suse (Hérodote, I, 208) et fait ramener son corps à Pasargades (dans l'actuel Fars).

Funérailles et tombeau[modifier | modifier le code]

Selon ce qui est rapporté par Ctésias, le cadavre de Cyrus est rapatrié en Perse sur ordre de son fils Cambyse, pour y être inhumé. L’ensevelissement est apparemment le mode normal de traitement des morts dans la Perse achéménide, la pratique zoroastrienne de l'exposition et du décharnement des cadavres n'y semblant pas normalement pratiquée, pas plus que l'incinération. Selon ce que relate Arrien quand il évoque la visite du tombeau de Cyrus par Alexandre deux siècles après la mort du roi perse, des sacrifices à l'intention de ce dernier ont été institués dès le règne de Cambyse. Ils sont conduits par des « mages » qui se succèdent à cette charge de père en fils, sont rétribués en rations quotidiennes (un mouton, de la farine et du vin) et reçoivent chaque mois un cheval à sacrifier en l'honneur du roi défunt. Cette pratique semble conforme à celle attestée dans les tablettes administratives provenant de Persépolis qui documentent de telles distributions de rations et offrandes sacrificielles. En revanche le sacrifice d'un cheval semble un privilège exceptionnel lié au culte royal[37].

Arrien décrit le tombeau de Cyrus comme un édifice construit disposant d'une chambre funéraire où se trouve le sarcophage du roi, à côté d'un lit et d'une table luxueux, et de ses armes[38]. L'édifice identifié à Pasargardes comme correspondant au tombe du roi est une construction érigée sur un podium à six degrés, comprenant une seule chambre sépulcrale, surmontée d'un toit à pente. Si on suit la description des auteurs grecs, elle se trouvait dans un jardin irrigué (un « paradis »), comprenant un bois sacré[39]. C'est un cas unique dans la dynastie achéménide, puisque les autres tombeaux royaux sont taillés dans la roche, à Naqsh-e Rostam près de Persépolis[40].

Un personnage de légende[modifier | modifier le code]

Dès l'époque d'Hérodote, quelques décennies après sa mort, plusieurs récits circulent sur Cyrus, présentant un lien plus ou moins lointain avec la réalité, en tout cas ayant enveloppé la vie du roi perse d'éléments fantastiques, leur donnant un caractère semi-légendaire, une histoire mythifiée. Sa naissance est relatée par les auteurs grecs suivant des motifs folkloriques issus du répertoire proche-oriental, tandis que les récits sur sa mort circulent déjà selon plusieurs variantes romancées.

Légendes sur sa naissance[modifier | modifier le code]

Harpagus remet Cyrus aux bergers
par Sebastiano Ricci, 1705-1710
Hamburger Kunsthalle[41].

La naissance de Cyrus fait l'objet de légendes orales qui entourent traditionnellement dans le Proche-Orient ancien les figures de fondateurs d'empires, à l'instar de Sargon d'Akkad[42].

Selon Hérodote (I, 107-130), Cyrus le Grand serait le fils de Cambyse Ier, fils du roi perse Cyrus Ier, et de Mandane, fille du roi mède Astyage. Ce souverain voit en rêve son petit-fils devienir roi à sa place : il ordonne donc à Harpage, l'un de ses parents, de faire disparaître l'enfant. Harpage, ne voulant pas en être le meurtrier, confie le bébé à Mithridate — bouvier royal de la cour mède — dont la femme, qui vient de perdre un enfant mort-né, le convainc de ne pas l'exposer aux bêtes sauvages, mais de le garder et de l'élever comme leur enfant. Mithridate substitue donc à Cyrus son fils mort-né, dont il abandonne le corps dans la montagne, paré des habits du prince. La ruse est découverte lorsque Cyrus a dix ans : lors d'un jeu dans lequel il tient le rôle de roi, il punit sévèrement le fils d'Artembarès — dignitaire mède — qui le dénonce à Astyage. Reconnaissant son petit-fils, le roi, pour se venger d'avoir été trahi, sert à Harpage les restes de son propre fils au cours d'un festin. Puis, les mages l'ayant assuré qu'il n'a plus rien à craindre de Cyrus qui a porté le nom de roi, il renvoie le garçon auprès de ses parents véritables.

Selon une autre version, rapportée par Justin (I, 4, 10), Cyrus bébé, abandonné par Mithridate dans la montagne, est recueilli par une chienne qui le nourrit et le protège des bêtes sauvages. Cette version mythologique proviendrait d'une confusion exploitée et propagée par les parents de Cyrus eux-mêmes[43] à partir du nom de la femme du bouvier qui aurait élevé l'enfant[44]. Enfin, une troisième version, probablement recueillie par Ctésias et rapportée par Nicolas de Damas, veut que le père de Cyrus ait été un dénommé Atradatès, de l'ethnie méprisée des Mardes, brigand de son état, et sa mère une gardienne de chèvres. « Donné » à l'échanson royal Artembarès, Cyrus finit par en être adopté et par en hériter la charge.

Récits sur sa mort[modifier | modifier le code]

Les détails sur la mort de Cyrus varient selon les différents récits. Hérodote rapporte qu'il dispose de plusieurs versions, parmi lesquelles ils choisit la plus fiable à ses yeux[45]. Le récit qu'il expose dans ses Histoires est le second le plus long des auteurs antiques. Il raconte que Cyrus trouve la mort dans une bataille contre les Massagètes, une tribu des déserts méridionaux du Khwarezm et du Kyzylkoum dans la partie la plus méridionale des régions de steppe moderne, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, suivant l'avis de Crésus de les attaquer sur leur propre territoire[46]. Les Massagètes étaient apparentés aux Scythes dans leur costume et leur mode de vie ; ils se battaient à cheval et à pied. Afin d'acquérir leur royaume, Cyrus a d'abord envoyé une offre de mariage à leur dirigeante, la reine Tomyris, une proposition qu'elle a rejetée.

Il commença alors sa tentative de prendre le territoire des Massagètes par la force (vers )[47], commençant par construire des ponts et des tours de guerre le long de son côté du fleuve Syr-Daria qui les séparait. Lui envoyant un avertissement pour mettre fin à son empiétement (un avertissement dont elle pensait qu'il ne tiendrait pas compte), Tomyris le défia de rencontrer ses forces dans une guerre honorable, l'invitant à se rendre dans son pays à une journée de marche du fleuve, là où les deux armées s'affronteraient formellement l'une l'autre. Il accepta son offre, mais, apprenant que les Massagètes n'étaient pas familiers avec le vin et ses effets enivrants, il quitta son camp, emportant ses meilleurs soldats et laissant les moins capables en arrière. Le général de l'armée de Tomyris, Spargapises, qui était aussi son fils, et un tiers des troupes massagètes, tuèrent le groupe que Cyrus avait laissé là et, trouvant le camp bien approvisionné en nourriture et en vin, s'énivra, et fut défait par une attaque surprise. Vaincu et fait prisonnier, Spargapises s'est suicidé une fois qu'il a repris la sobriété. En apprenant ce qui s'était passé, Tomyris dénonça la tactique de Cyrus comme une vengeance sournoise et jurée, menant une deuxième vague de troupes au combat elle-même. Cyrus le Grand a finalement été tué, et ses forces ont subi des pertes massives dans ce que Hérodote a appelé la plus féroce bataille de sa carrière et du monde barbare. Quand ce fut fini, Tomyris ordonna de lui apporter le corps de Cyrus, puis le décapita et trempa sa tête dans un vase de sang dans un geste symbolique de vengeance pour sa soif de sang et la mort de son fils[46],[48]. Cependant, certains chercheurs remettent en question cette version, principalement parce qu'Hérodote admet que cet événement était l'une des nombreuses versions de la mort de Cyrus.[réf. nécessaire]

Hérodote raconte aussi que Cyrus a vu dans son sommeil le fils aîné d'Hystaspès (Darius Ier) avec des ailes sur ses épaules, ombrant avec l'aile asiatique, et avec l'aile Europe[49]. L'archéologue Max Mallowan explique cette déclaration d'Hérodote et ses liens avec les quatre figures de bas-relief à ailes de Cyrus le Grand de la manière suivante[49] :

« Hérodote aurait donc pu, comme je le suppose, connaître le lien étroit entre ce type de figure ailée et l'image de la majesté iranienne, qu'il associait à un rêve pronostiquant la mort du roi avant sa dernière et fatale campagne à travers l'Oxus. »

Selon la Chronique de Michel le Syrien (1166-1199) Cyrus le Grand a été tué par sa femme Tomyris, la reine des Massagètes, dans la soixantième année de sa captivité juive[50].

Postérité[modifier | modifier le code]

Un souverain modèle[modifier | modifier le code]

Depuis les récits d'Hérodote, la figure de Cyrus a fasciné plusieurs auteurs grecs qui ont retenu l'image du conquérant mais aussi celle d'un souverain magnanime et juste. La Cyropédie de Xénophon le présente comme un souverain modèle à l'éducation parfaite [51]. Lorsqu'Alexandre le Grand se rend à Pasargades en et , il témoigne de son respect au tombeau de Cyrus[52].

Comme vu plus haut, une image positive se dégage également de la littérature biblique, qui fait de Cyrus un instrument de la volonté de Dieu. Son action est bénéfique pour les enfants d'Israël, puisqu'il met fin à l'Exil à Babylone et permet la reconstruction du Temple de Jérusalem[30].

Par le biais de ces traditions, Cyrus est présent dans Le Prince de Machiavel. Il donne son nom au protagoniste de l'Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry (publié entre 1649 et 1653). Le chevalier de Ramsay rédige au siècle suivant des Voyages de Cyrus, dans lequel le roi perse rencontre les grands sages de l'Antiquité pour parfaire son éducation, un livre qui connaît un certain succès[53].

Usages politiques modernes[modifier | modifier le code]

Médaille commémorant le 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse émise par le gouvernement perse de Mohammed Reza Pahlavi en 1971, avec le cylindre de Cyrus au revers.

Dans l'Iran moderne, Cyrus est vu comme une figure prestigieuse du passé national, quel que soit le courant politique[54]. Le shah Mohammed Reza Pahlavi l'associe aux festivités célébrant en 1971 le 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse (placée donc en ), et obtient pour l'occasion le prêt du cylindre de Cyrus par le British Museum, qu'il considère comme une « charte des libertés ». L'ONU reconnaît la même année à ce texte un statut de vénérable prédécesseur des déclarations des droits de l'homme et le fait traduire dans plusieurs langues[55]. La république islamique d'Iran récupère à son tour la figure de Cyrus lors de son tournant nationaliste pendant la guerre contre l'Irak. Le cylindre de Cyrus est à nouveau prêté en 2010, et à son tour le président d'alors, Mahmoud Ahmadinedjad, en fait une source d'inspiration guidant le combat pour les opprimés[56]. La même année, « lors de la remise du prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi s’est présentée comme une « Iranienne, descendante de Cyrus le Grand » », tandis qu'« en octobre 2016, des opposants au régime ont fait de la tombe de Cyrus un lieu de ralliement pour célébrer la « gloire préislamique » du pays[57]. »

De plus, dans la droite ligne de l'image favorable dont il dispose dans la tradition juive, Cyrus est invoqué comme modèle par les fondateurs de l'État moderne d'Israël, qui du fait de son action en faveur du retour de l'Exil babylonien en font un illustre prédécesseur du roi britannique George V et de la Déclaration Balfour. David Ben Gourion loue par ailleurs son esprit de tolérance et de charité[58].

La présentation du cylindre de Cyrus comme une charte des droits de l'homme est du reste très répandue, en dépit des interprétations scientifiques du texte. Elle se retrouve par exemple dans son exposition itinérante américaine de 2013, aux accents politiques très prononcés[59]. Par la suite, c'est plutôt la facette biblique de Cyrus qui apparaît dans les discours politiques aux États-Unis : pour certains Évangélistes, Donald Trump est un « nouveau Cyrus », à son tour élu de Dieu, notamment par son action en faveur d'Israël[60].

Sa famille[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des potentats de son époque, Cyrus disposait probablement d'un gynécée avec plusieurs épouses et concubines. Certaines de ces épouses sont mentionnées par les historiens grecs :

  1. D'abord Cassandane[61], sa cousine puisque fille de Pharnaspès, noble achéménide, et d'Atossa, elle-même fille de Cyrus Ier[62] ;
  2. Ensuite Neithiyti, princesse d'Égypte, fille du pharaon Apriès (589-570 av. J.-C.)[63] ;
  3. Amytis, fille d'Astyage, roi des Mèdes, et d'Aryenis est mentionnée par Ctésias. Elle serait ainsi la demi-sœur de Mandane, la mère de Cyrus le Grand. Mais cette épouse n'est pas toujours prise en compte[64].

Plusieurs enfants sont nés de ces mariages :

  • Cambyse II, fils et successeur de Cyrus le Grand, qu'Hérodote mentionne comme né de Cassandane, bien que les Égyptiens aient voulu en faire un fils de Neithiyti[61] ;
  • Bardiya, fils de Cyrus et de Cassandane[65] ;
  • Roxane, fille de Cyrus et de Cassandane, mariée à son frère Cambyse[66] ;
  • Atossa, mariée successivement à Cambyse, à Bardiya, puis à Darius Ier. De ce dernier, elle donne naissance à Xerxès. Il n'est pas possible de préciser sa mère avec certitude[67] ;
  • Artystonè, mariée à Darius Ier[67].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Cyrus le Grand dirige le peuple perse dans le jeu vidéo Civilization VI.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b CYRUS iii. Cyrus II The Great – Encyclopaedia Iranica.
  2. (en) Rémy Boucharlat, « Southwestern Iran in the Achaemenid Period », dans Daniel T. Potts (dir.), The Oxford Handbook of Ancient Iran, Oxford, Oxford University Press, , p. 503-506.
  3. a et b (en) D. Stronach, « Cyrus and the Kingship of Anshan: Further Perspectives », Iran, vol. 51, no 1,‎ , p. 55-69 (DOI 10.1080/05786967.2013.11834723) ; (en) A. Zournatzi, «  Cyrus the Great as a “King of the City of Anshan”  », Tekmeria, vol. 14,‎ , p. 149-180 (DOI 10.12681/tekmeria.20241).
  4. a b et c Pierre Lecoq, Les Inscriptions de la Perse achéménide, Paris, Gallimard, , p. 183.
  5. (en) Giovanni B. Lanfranchi, Michael Roaf et Robert Rollinger (dir.), Continuity of Empire (?) Assyria, Media, Persia, Padoue, S.a.r.g.o.n. Editrice e Libreria, .
  6. Briant 1996, p. 25.
  7. Briant 1996, p. 26.
  8. « The dynasty of Cyrus was probably no more important than the other petty kingdoms, but Elamite cultural unity may have facilitated the domination of the Teispes family over other kingdoms in Fars. Cambyses, Cyrus’ father, was considered by the Mede Astyages a good match for his daughter. The domination of Anshan or its ability to unite the forces of other realms might have allowed Cyrus to raise a powerful army in its confrontation with the Medes about 550 BC, probably where Pasargadae (OP Batrakataš), was later founded, 40 km as the crow flies northeast of Persepolis » : Boucharlat 2013, p. 506.
  9. a et b Briant 1996, p. 41-42.
  10. Hérodote I, CXXVII : "[...]Astyage fit prendre les armes à tous les Mèdes ; et, comme si les dieux lui eussent ôté le jugement, il donna le commandement de son armée à Harpage, ne se souvenant plus de la manière dont il l'avait traité".
  11. Briant 1996, p. 42-43.
  12. (en) P.-A. Beaulieu, A History of Babylon, 2200 BC - AD 75, Hoboken et Oxford, Wiley-Blackwell, , p. 241-242.
  13. Briant 1996, p. 43.
  14. a et b Briant 1996, p. 44.
  15. Les passages d'Hérodote sont issus de la traduction de Larcher, disponible en ligne.
  16. a b et c Briant 1996, p. 45-46.
  17. Beaulieu 2018, p. 242.
  18. Briant 1996, p. 46-48.
  19. Briant 1996, p. 49-50.
  20. a b et c Beaulieu 2018, p. 243.
  21. Briant 1996, p. 51-53.
  22. J.-J. Glassner, Chroniques mésopotamiennes, Paris, 1993, p. 204.
  23. Briant 1996, p. 53-55.
  24. Beaulieu 2018, p. 247-248.
  25. Beaulieu 2018, p. 248-249.
  26. Briant 1996, p. 96.
  27. a et b (en) David Stronach et Hilary Gopnik, « Pasargadae », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le ).
  28. Dans le même sens Briant 1996, p. 98 et Boucharlat 2003-2005, p. 353.
  29. Rémy Boucharlat, « Pasargadai (Pasargades) », dans Reallexicon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, vol. X, Berlin, De Gruyter, 2003-2005, p. 351-363.
  30. a et b Briant 1996, p. 56.
  31. Briant 1996, p. 57.
  32. (en) Lester L. Grabbe, History of the Jews and Judaism in the Second Temple Period, vol. 1, Londres et New York, T&T Clark International, , p. 76-78 et 272-276.
  33. Voir aussi (en) Bob Becking, « "We All Returned as One!": Critical Notes on the Myth of Mass Return », dans Oded Lipschits et Manfred Oeming (dir.), Judah and the Judeans in the Persian period,, Winona Lake, Eisenbrauns, , p. 3-18.
  34. Briant 1996, p. 58.
  35. C'est l'avis de (en) K. Radner, « Assur’s ‘Second Temple Period’: The Restoration of the Cult of Aššur, c. 538 BC », dans C. Levin et R. Müller (dir.), Herrschaftslegitimation in vorderorien-talischen Reichen der Eisenzeit, Tübingen, 2017, p. 77–96.
  36. Briant 1996, p. 60.
  37. Briant 1996, p. 106-108.
  38. Briant 1996, p. 106.
  39. Briant 1996, p. 98-99.
  40. Briant 1996, p. 108.
  41. Musée de Hambourg.
  42. Briant 1996, p. 25-26.
  43. Hérodote I, CXXII : "Son père et sa mère se servant de ce nom pour persuader aux Perses que leur fils avait été conservé par une permission particulière des dieux, publièrent partout que Cyrus ayant été exposé dans un lieu désert, une chienne l'avait nourri. Voilà ce qui donna lieu au bruit qui courut".
  44. Hérodote I, CX : "Sa femme [...] se nommait Spaco, nom qui, dans la langue des Mèdes, signifie la même chose que Cyno dans celle des Grecs ; car les Mèdes appellent une chienne spaco."
  45. Nino Luraghi, The historian's craft in the age of Herodotus, Oxford University Press US, , 340 p. (ISBN 978-0-19-924050-0, lire en ligne), p. 155.
  46. a et b « Ancient History Sourcebook: Herodotus: Queen Tomyris of the Massagetai and the Defeat of the Persians under Cyrus », Fordham.edu (consulté le ).
  47. Rene Grousset, The Empire of the Steppes : A History of Central Asia, Rutgers University Press, , 687 p. (ISBN 0-8135-1304-9, lire en ligne).
  48. Tomyris, Queen of the Massagètes, Defeats Cyrus the Great in Battle Herodotus, The Histories.
  49. a et b The Cambridge history of Iran : The Median and Achaemenian periods, Volume 2, Cambridge University Press, , 392–398 p. (ISBN 978-0-521-20091-2, lire en ligne).
  50. https://archive.org/stream/ChronicleOfMichaelTheGreatPatriarchOfTheSyrians/Chronicle_Michael_Syrian#page/n251/mode/2up/search/Ethiopia.
  51. Bomati et Nahavandi 2015, p. 59.
  52. Briant 2019, p. 60.
  53. Bomati et Nahavandi 2015, p. 59-60.
  54. Pierre Briant, « Cyrus l'Iranien », L'Histoire, no 460,‎ , p. 60-61.
  55. Bomati et Nahavandi 2015, p. 61.
  56. Bomati et Nahavandi 2015, p. 61-62.
  57. Mustapha Benchenane, « Iran : Cyrus entravé », Revue Défense Nationale, no 850,‎ .
  58. Bomati et Nahavandi 2015, p. 60.
  59. Briant 2019, p. 61.
  60. Laure Mandeville, « Pour les chrétiens évangéliques, Trump est un « nouveau Cyrus » », sur FigaroVox, (consulté le ).
  61. a et b Hérodote, Histoire, livre III, 2.
  62. Christian Settipani, Nos ancêtres de l'Antiquité : étude des possibilités de liens généalogiques entre les familles de l'Antiquité et celles du haut Moyen-Âge européen, Paris, Christian, , 263 p. (ISBN 2864960508), p. 144.
  63. Hérodote, Histoire, livre III, 1 et 2.
  64. (en) Kathleen Mary Tyrer Atkinson-Chrimes (« The legitimacy of Cambyses ans Darius as King of Egypt », Journal of the American Oriental Society, vol. 78,‎ , p. 167-177) rejette son existence, considérant d'une part que Ctésias est assez fantaisiste dans ses récits, d'autre part qu'Amytis, connue pour avoir épousé Nabuchodonosor II avant 605, peut difficilement se remarier vers 550. Mais Christiant Settipani fait remarquer qu'il y a confusion entre deux Amytis, l'une tante de l'autre (Settipani, op. cit., p. 155).
  65. L'inscription de Bisotoun le dit « fils du même père et de la même mère » que Cambyse (Settipani, op. cit., p. 157).
  66. Settipani, op. cit., p. 157.
  67. a et b Settipani, op. cit., p. 158.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Bomati et Houchang Nahavandi, Les grandes figures de l'Iran, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-04732-0), chap. 3 (« Cyrus le Grand (vers -), le rêve de l’Empire universel »), p. 40-65.
  • Pierre Briant, Histoire de l’Empire perse, de Cyrus à Alexandre, [détail de l’édition].
  • (en) J. Cook, « The Rise of the Achæmenids and Establishment of their Empire », Cambridge History of Iran, no II (1985), p. 200-291.
  • P. Dhorme, « Cyrus le Grand », Revue biblique no 9, (1912), p. 22-49.
  • (en) R. Drews, « Sargon, Cyrus and Mesopotamian Folk History », Journal of Near Eastern Studies, no 33, (1974), p. 387-393.
  • (en) M. Mallowan :
    • « Cyrus the Great (558-529 B.C.) », Iran no 10, (1971), p. 1-17.
    • « Cyrus the Great (558-529 B.C.) », Cambridge History of Iran, no 11, (1984), p. 392-419.
  • (en) A. T. Olmstead, History of the Persian Empire, University of Chicago Press, Chicago, 1959, (ISBN 0-226-62777-2).
  • (en) D. Stronach, « Cyrus the Great », Bastan Chenasi va Homar-e Iran no 7-8, (1971), p. 4-21.
  • (en) Muhammad Dandamayev, « CYRUS iii. Cyrus II The Great », sur Encyclopædia Iranica Online (accessible http://www.iranicaonline.org/), (consulté le ).
  • (en) Touraj Daryaee (dir.), Cyrus the Great : An Ancient Iranian King, Santa Monica, Afshar Publishing, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]