Scythie

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Carte de la Scythie en 100 av. J.-C.

La Scythie (en grec Σκυθία Skuthia) est le territoire habité par les Scythes du VIIIe siècle av. J.-C. au IIe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon Hérodote[1], les Scythes habitaient originellement de l'autre côté de l'Araxe : nom qui désignerait l'actuelle Volga. Ils délogèrent de la steppe pontique les Cimmériens, peuple proto-scythe qui a laissé son nom à la Crimée, du nord de la mer Noire. Ce nom viendrait du grec ϰιμή (kimè) désignant les « marges », le « bout du monde ». Poursuivant les Cimmériens, les Scythes les poussèrent vers l'Anatolie et les Balkans, avant d'atteindre l'Assyrie, où ils s'allièrent au roi Assurbanipal contre les Mèdes (-669 à -626). Les textes assyriens ont donné les noms de deux chefs scythes : Iskpakāy et Partatûa. Changeant ensuite d'alliance, les Scythes contribuèrent à la chute des Assyriens, puis ils dominèrent et pillèrent la Mésopotamie et la Judée pendant 28 ans, laissant des traces archéologiques de leur présence tel le trésor de Ziwiyé. Ils ont également envahi l’Égypte où leur départ a été acheté par le pharaon Psammétique Ier venu à leur rencontre. Puis ils retournèrent dans la la steppe pontique. L'archéologie montre que les Scythes étaient établis dans cette région au début du VIIe siècle av. J.-C.. Les linguistes pensent que le nom antique de la mer Noire, Πόντος ευξεινός (Pontos euxinos) en grec, Pontus euxinus en latin, vient du scythe axaina (« bleu sombre »).

Les Scythes ont également pénétré à plusieurs reprises en Europe centrale, où de nombreuses traces archéologiques de leur présence sont attestées, notamment en Transylvanie et dans la plaine hongroise. Les habitats fortifiés de la culture proto-celte de Hallstatt en Slovaquie furent attaqués par les Scythes dans la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C.. Leur présence a également été attestée en Pologne et en Tchéquie (kourganes avec trésors scythes). On soupçonne aussi qu'ils sont à l'origine de la chute de la culture lusacienne.

Le collier-pectoral gréco-scythe en or du Kourgane royal de Ordjonikidzé, Ukraine - seconde moitié du IVe siècle av. J.-C.

À cette époque, les Grecs fondent des colonies au nord de la mer Noire, comme la cité d'Olbia pontique où séjourne Hérodote. Cette présence grecque au Nord de la Mer Noire met les Scythes en contact direct avec la civilisation grecque. Leurs relations commerciales, culturelles et artistiques ont été très intenses, une véritable culture gréco-scythe riche en productions a fleuri sur le territoire de l'actuelle Ukraine et de la Crimée, en dépit des inévitables conflits entre les Grecs sédentaires et les Scythes nomades[2]. Le terme « Scythe » désigne parfois au sens strict seulement ces Scythes de la mer Noire qui formaient un sous-groupe distinct parmi les peuples scythiques, mais les Grecs utilisaient le terme également pour nommer tout l'ensemble des populations scythiques d'Asie[3]. Souvent, les deux populations n'entretiennent pas de relations continues, mais se rencontrent au gré de la remontée des fleuves par les marchands grecs[4].

L'armée Perse compte de nombreux Scythes d'Asie centrale (Saces ou Sakas) durant les guerres médiques contre les Grecs. Ceux-ci se distinguèrent aux batailles de Marathon et de Platées.

Au IVe siècle av. J.-C., un roi scythe, Ateas, rassembla sous son autorité de vastes territoires scythes d'Europe entre le Danube et la mer d'Azov, et effectua une tentative d'expansion vers l'ouest qui fut peut-être liée à une pression exercée à l'est par les Sarmates, un autre peuple scythe venu de l'actuel Kazakhstan occidental. En 339 av. J.-C., à l'âge de 90 ans, Ateas fut tué par les Macédoniens, sous Philippe II de Macédoine, lors d'une bataille sur le Danube.

Au IIIe siècle av. J.-C., les Sarmates, un peuple scythique donc, repoussèrent les Scythes proprement dits de la steppe pontique en Crimée, et les remplacèrent dans la majeure partie des steppes européennes. Sédentarisés et hellénisés, les anciens Scythes de la mer Noire constituèrent sous l'autorité du roi Scilurus un royaume réduit entre le bas Dniepr et le nord de la Crimée. La cité grecque d'Olbia pontique, l'un des plus importants ports d'échange de la Scythie vers la Méditerranée, fut intégrée comme vassale de ce royaume mixte gréco-scythe dont la capitale était Neapolis. Les Scythes de la mer Noire ont constitué une ethnie distincte jusqu'au IIIe siècle de l'ère chrétienne.

D'autres peuples scythiques plus tardifs, et notamment dérivés des Sarmates, ont joué un rôle dans l'histoire européenne durant l'Antiquité tardive et jusqu'aux grandes invasions, comme les Iazyges, les Taïfales, les Roxolans et enfin les Alains.

La Scythie dans la culture[modifier | modifier le code]

Boccace et Geoffrey Chaucer situèrent en Scythie le royaume des Amazones. Dans l’univers du cinéma, les personnages originaires de Scythie sont plutôt négatifs, tels le kurgan dans Highlander ou les sith dans Star Wars.

Géographie[modifier | modifier le code]

Selon Lucien de Samosate, le Tanaïs (l'actuel Don) marque la limite entre le territoire des Scythes à l'Ouest et celui des Sauromates à l'Est[5]. Sa localisation et son étendue ont varié au cours des siècles. Sous la plume des auteurs classiques de la Littérature antique, le terme de Scythie a pu désigner :

On rencontre aussi le terme de « Petite Scythie », qui peut renvoyer à :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] (IV, 11-12)
  2. Véronique Schiltz, Les Scythes et les nomades de steppes : VIIIe siècle av. J.-C.Ier siècle apr. J.-C., Paris, Gallimard, coll. « L'Univers des Formes », , 742 p. (ISBN 978-2-07-011313-2), page 334
  3. I.Lebedynsky, Les Scythes, 2e éd 2011, chap IV
  4. Véronique Schiltz, Op. cit., même page.
  5. Lucien de Samosate (2015), p. 844