Statut des femmes à l'époque mérovingienne

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Statue de sainte Clotilde du XIIe siècle, en l'église Notre-Dame de Corbeil.

Le statut des femmes à l'époque mérovingienne concerne une période allant du Ve siècle à 751, date du couronnement de Pépin le Bref. Si la société mérovingienne est patriarcale, les femmes libres disposent néanmoins d'un certain nombre de droits et plusieurs personnalités féminines, comme la reine Brunehilde (ou Brunehaut), marquèrent la politique de leur époque.

Continuités par rapport à l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Les Mérovingiens règnent sur un peuple principalement composé d'individus que les textes législatifs désignent comme Romains. À l'instar des autres rois barbares, les souverains mérovingiens prennent soin de conserver l'ancienne législation impériale et ordonnent que chaque individu soit jugé en fonction de son identité ethnique[1]. C'est le principe de personnalité des lois.

Dès lors, la majorité des femmes libres (un droit particulier s'applique aux esclaves) conserve un statut défini par la législation romaine, le statut d'une « éternelle mineure »[2]. En ce qui concerne les documents typiquement mérovingiens, ils témoignent plutôt d'un « accroissement des droits des filles » (Sylvie Joye)[2]. Néanmoins, tout comme les femmes romaines, les femmes franques restent subordonnées à la volonté des hommes de leur entourage, qui détiennent le droit et le devoir du mund.

De la même façon, les droits romain et franc s'accordent sur les contraintes liées au mariage (limites d'âge, interdiction du mariage consanguin...) - les filles peuvent être mariées à l'âge de 12 ans, contre 15 pour les garçons[2] - même s'ils diffèrent sur le plan du transfert des biens.

Droits et devoirs[modifier | modifier le code]

Manuscrit du XVe siècle représentant le mariage de Sigebert Ier et Brunehilde.
  • Wergeld : la loi salique indique que le wergeld d'une femme libre est équivalent à celui d'un homme libre, soit 200 sous. Il est doublé si la femme est en âge de procréer[2] et triplé si elle est enceinte. Au contraire, si la femme est ménopausée l'amende est moindre.
  • Héritage : les femmes mérovingiennes peuvent hériter de leurs parents et de leurs maris, sauf lorsqu'il s'agit de terres saliques (tant qu’il reste des héritiers mâles). C'est pourquoi certaines filles sont placées au couvent, afin de préserver les patrimoines[2].
  • Mariage : Le mariage n'est pas christianisé (il apparaît pour la première fois comme un sacrement dans un décret de Lucien III en 1184). Contrairement au droit romain, qui impose au père de la mariée de verser une importante dot, le droit mérovingien prévoit que le plus gros transfert de biens se fasse du marié vers le père de la future épouse (versement d'arrhes pour l'achat du mund de la femme). Il prévoit également qu'un tiers des biens du marié (la tertia[2], un douaire) revienne à sa femme à son décès. « Il ne s'agit pas d'acheter sa fiancée : cette somme scelle le lien entre les deux familles et marque le consentement du père ». Elle peut gérer ce bien mais pas l'aliéner. Le Morgengabe (« don du matin ») est un autre transfert de biens, dont bénéficie la mariée au lendemain de ses premières noces, seulement si elle est vierge, et qui est destiné à pourvoir les enfants du couple[2]. Dot et Morgengabe servaient en principe à constituer le douaire de la future veuve.
  • Veuvage : Les veuves mérovingiennes sont traditionnellement vouées à Dieu et leurs intérêts sont protégés par l'Église, ce qui peut les protéger des pressions des prétendants, ceux-ci cherchant à mettre la main sur leur patrimoine en les épousant en seconde noces. Les veuves sont ainsi plus libres que les femmes mariées dans leur façon de mener leur existence[2]. Elles peuvent cependant prononcer des vœux sans être consacrées ce qui rend les prétendants « moins regardants »[2] et implique des remariages assez fréquents.

En résumé et selon Sylvie Joye, le droit mérovingien garantit aux femmes une plus grande autonomie économique que le droit romain, mais dans les faits, leur capacité d'action, notamment en politique, est réduite[2].

Une image déformée[modifier | modifier le code]

L'image contemporaine des femmes mérovingiennes est en partie déformée par la vision qu'en ont les clercs de l'époque. Ainsi, Grégoire de Tours peut parfois rendre certaines reines - comme Brunehilde et Frédégonde - responsables des intrigues et des querelles successorales. Il les montre influentes mais aussi insidieuses et caractérielles.

L'analyse que les historiens allemands du XIXe siècle ont faite du mariage chez les peuples germaniques est également sujette à caution. La réalité des mariages polygames est plutôt douteuse, même si les concubines royales sont avérées, et le mariage par rapt (ou Raubehe) n'est pas plus légal chez les barbares que chez les Romains[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Magali Coumert et Bruno Dumézil, Les royaumes barbares en Occident, Paris, Presses universitaires de France, 2010, p. 97.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k L'Histoire n°358, novembre 2010, page 58-61.

Reines mérovingiennes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger-Xavier Lantéri, Les Mérovingiennes, 486-714, Paris, Perrin,‎ 2000 (ISBN 2-7028-5215-6[à vérifier : ISBN invalide]).
  • Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident, II. Le Moyen Âge, Paris, Perrin,‎ 2002 (ISBN 2-262-01870-2[à vérifier : ISBN invalide]).

Articles connexes[modifier | modifier le code]