Skoptzy

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Les Skoptzy (en russe : скопцы, translittéré aussi par Skoptsy, Skoptzi, Skoptsi, Scoptsy ou Scoptes) formaient en Russie et, par migrations, dans les pays voisins, une secte chrétienne secrète. Elle était issue de la secte connue sous le nom de « Peuple de Dieu ». Le nom skoptzy lui-même est un pluriel de skopets (скопец), mot russe archaïque désignant « un individu châtré ».

Comme le nom l'indique, la caractéristique principale de la secte était la castration. Ses adeptes professaient qu'après l'expulsion du Jardin d'Éden, Adam et Ève avaient greffé sur leurs corps les moitiés du fruit défendu formant ainsi des testicules et des seins. Aussi, l'ablation de ces organes sexuels devait restituer le Skoptze dans son état premier, avant le Péché originel.

Il y avait deux sortes de castration : le « petit sceau » et le « grand sceau » (c'est-à-dire la castration partielle et la castration complète). Pour les hommes, la « petite » castration se traduisait par l'enlèvement des seuls testicules, tandis que la « grande » castration sacrifiait aussi le pénis. En cela les Skoptzy soutenaient qu'ils réalisaient le conseil de perfection que le Christ donne dans Évangile selon Matthieu 19,12 et 18,8-9. Les premières traces datées de castration chez les femmes s'observent à partir de 1815. Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, on n'amputait habituellement que les seins. D'autres témoignages suggèrent que les lèvres vaginales, elles aussi, étaient enlevées.

Les Skoptzi croyaient que le mal principal du monde vient du lepost (le charme, la beauté humaine, la sexualité humaine, le sex-appeal...) qui empêche les humains de communiquer avec Dieu. Le chemin de la perfection commence par l'élimination de la cause et il aboutit à la libération de l'âme. La castration garantissait que tous les péchés provoqués par le lepost ne pourraient plus être commis.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers Skoptzy ont été découverts par les autorités civiles russes en 1771 dans la région de l'Oural. Un paysan, Andreï Ivanov, fut condamné pour avoir persuadé treize autres paysans de se châtrer. Son assistant était un autre paysan, nommé Kondratïi Selivanov. Une enquête juridique s'ensuivit. Ivanov fut condamné au knout et envoyé en Sibérie. Selivanov s'évada, mais fut repris en 1775.

Le skoptsisme prospéra malgré tout et Selivanov s'échappa de Sibérie et se proclama Fils de Dieu, incarné dans la personne de feu Pierre III de Russie. Cet empereur avait été populaire parmi les Raskolniks (« révoltés », ou dissidents) parce qu'il leur avait accordé la liberté de conscience, et parmi les paysans parce qu'en expropriant les couvents[1] il avait partagé leurs terres entre les paysans. Selivanov s'était autoproclamé « Dieu des Dieux et Roi des Rois », et annonçait qu'il allait accomplir le salut des croyants par la castration.

Pendant dix-huit ans, il vécut à Saint-Pétersbourg, dans la maison d'un de ses disciples, recevant l'hommage double comme Christ et tsar. En 1797 il fut de nouveau arrêté selon l'ordre du l'empereur Paul Ier et enfermé dans un asile de fous. Sous Alexandre Ier, il est relâché, mais en 1820 fut de nouveau enfermé, cette fois dans un monastère, à Souzdal, où il mourut en 1832 dans sa centième année. Le skoptsisme n'en disparut pas pour autant et les désordres ne cessaient d'augmenter.

Une caractéristique remarquable de cette secte est le type des personnes qui y ont adhéré : on y retrouvait des nobles, des officiers de l'armée de terre et de marine, des fonctionnaires, des popes et des commerçants ; leur nombre crut si rapidement qu'entre 1847 et 1866, 515 hommes et 240 femmes furent déportés en Sibérie sans sérieusement menacer l'existence de la secte. En 1874 elle comptait au moins 5 444 adeptes, dont 1 465 femmes. Parmi eux, 703 hommes et 100 femmes s'étaient castrés.

On essaya le ridicule comme moyen de combat idéologique : des Skoptzy affublés de vêtements féminins et coiffés de bonnets de fous étaient promenés à travers les villages. On tenta aussi de réglementer légalement la pratique : une loi de l'Empire russe obligeant les skoptzy à se déclarer et s'inscrire comme eunuques. Rien n'y fit et le skoptsisme, profitant du messianisme russe, se perpétua. La répression reprit : en 1876, 130 Skoptzy furent condamnées à la déportation. Pour échapper aux poursuites quelques communautés émigrèrent en Roumanie, où certains d'entre eux se mêlèrent à de vieux-croyants exilés appelés Lipovènes. L'auteur satirique roumain Ion Luca Caragiale écrit qu'à la fin du XIXe siècle la plupart des fiacres bucarestois étaient conduits par des skoptzy russes (scopti en roumain, d'où la transcription française « scoptes »).

Il fallut l'efficacité répressive des polices politiques communistes pour venir à bout du skoptzysme par l'internement psychiatrique en isolement et la déportation au Goulag : l'on estime que la secte des Skoptzy s'est maintenant éteinte.

Autres pratiques et convictions[modifier | modifier le code]

Le Skoptzy ne condamnaient pas la sexualité à finalité reproductive dans le cadre du mariage et professaient que certains puissent avoir un enfant ou deux, avant de devenir membres à part entière. Ce n'étaient pas des misanthropes désirant la fin de l'espèce, mais des idéalistes visant la perfection de l'individu. Leurs cérémonies religieuses incluaient le chant d'hymnes et la danse frénétique finissant dans l'extase, comme c'est le cas chez les khlysts et les derviches tourneurs de l'islam. Des serments stricts de garder le secret étaient exigé de tous les membres, qui formaient une sorte d'association d'aide mutuelle.

Les réunions se tenaient tard dans la nuit dans les caves et duraient jusqu'à l'aube. Les hommes portaient des longues et larges blouses blanches d'une coupe particulière avec une ceinture et un grand pantalon blanc. Les femmes aussi s'habillaient en blanc. Tous ceux qui étaient présents portaient des bas blancs ou étaient déchaussés. Ils s'appelaient eux-mêmes « les Blanches Colombes ».

Les Skoptzy étaient millénaristes et attendaient un Messie qui établirait un empire des saints, c'est-à-dire des « purs ». Mais ils croyaient que le Messie ne viendrait pas avant que que l'on n'eût atteint le nombre de 144 000 Skoptsi (nombre donné dans les Actes des Apôtres 14:1,4, et pris en compte par bien d'autres confessions millénaristes) : tous leurs efforts étaient consacrés à atteindre ce nombre. Le métier préféré du Skoptzi était celui de changeur et à Saint-Pétersbourg, il y eut pendant longtemps un banc connu comme le « Banc des Skoptzy ». Vers 1911, beaucoup de Skoptzy tendaient à considérer qu'ils réalisaient leurs principes simplement en vivant chastement et seuls.

Dans son roman Les Immortels d'Agapia, C. Virgil Gheorghiu évoque des Scoptes en les confondant avec les Lipovènes, dans le chapitre 16 (« Ismaïl le Lipovan et sa terrible religion »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les couvents russes possédaient d'immenses domaines, certains de la taille d'un département français, qui leur avaient été donnés par les Tzars ou les grands boyards au fil des siècles, domaines qu'ils faisaient exploiter par des régisseurs/locataires. Selon le régisseur, le sort des paysans serfs du domaine pouvait être très différent et beaucoup étaient durement exploités : voir Anatole Leroy-Beaulieu, L'Empire des Tsars et des Russes, éd. l'Âge d'Homme.

Annexes =[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Karl Konrad Grass, Die geheime heilige Schrift der Skopzen, Leipzig, 1904
  • (de) Karl Konrad Grass: Die russischen Sekten, Hinrichs, Leipzig [Réimpression anastatique : Zentral-Antiquariat der Deutschen Demokratischen Republik, Leipzig 1966]
Bd. 1: Die Gottesleute oder Chlüsten, nebst Skakunen, Maljowanzü, Panijaschkowzü u. a., 1907
Bd. 2, Hälfte 1, 2: Die Weißen Tauben oder Skopzen, nebst Geistlichen Skopzen, Neuskopzen u. a., 1909-14
  • Abbé Henri Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 1828-1829.
  • Anatole Leroy-Beaulieu, L'Empire des tsars et les Russes, Hachette, Paris 1881-1889, vol. III.
  • (de) Evgenii V. Pelikan: Gerichtlich-medicinische Untersuchungen über das Skopzenthum in Russland, nebst historischen Notizen. Ins Deutsche übers. von Nicolaus Iwanoff, J. Ricker, Gießen 1876 [Orig.: russe : Евгений В. Пеликан: «Судебно-медицинские исследования скопчества и исторические сведения о нем», Saint-Pétersbourg, 1872]
  • (de) James Meek: Un acte d'amour 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]