Virgil Gheorghiu

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Virgil Gheorghiu

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Virgil Gheorghiu en 1979

Nom de naissance Constantin Virgil Gheorghiu
Activités Écrivain
Naissance 15 septembre 1916
Valea Albă, Roumanie
Décès 22 juin 1992 (71 ans)
Paris
Langue d'écriture roumain, français

Œuvres principales

Compléments

  • Prix Royal de poésie 1940 (Roumanie)

Constantin Virgil Gheorghiu, né le 15 septembre 1916 à Valea Albă, en Moldavie, dans le nord de la Roumanie, et mort le 22 juin 1992 à Paris, est un écrivain roumain. Écrivant tant en roumain qu'en français, il est notamment connu pour son roman phare La Vingt-cinquième Heure.

Biographie[modifier | modifier le code]

Virgil Gheorghiu est né à Valea Albă, un hameau de la commune de Războieni, dans le județ de Neamț en Roumanie. Son père, comme ses ancêtres, est prêtre orthodoxe du Patriarcat de toute la Roumanie à Petricani. Sa famille le destine tout d'abord au séminaire et à la prêtrise, mais doit y renoncer faute d'argent.

De 1928 à 1936, il fait ses études à l'école militaire de Chișinău, une période durant laquelle il compose des poèmes dont certains sont publiés dans la presse. Il fait ensuite ses débuts littéraires à Bucarest où il vit de divers petits emplois tout en suivant des études à la faculté de philosophie. Il se marie en 1939 avec Ecaterina Burbea. Il reçoit en 1940 le Prix Royal de poésie pour son recueil Calligraphies sur la Neige.

Sous la dictature fasciste du général Ion Antonescu, Gheorghiu devient diplomate travaillant d'abord en 1942 au secrétariat de la légation du ministère des Affaires étrangères, puis l'année suivante à l'ambassade de Zagreb en tant qu'attaché culturel. C'est en Croatie qu'il apprendra en août 1944 la capitulation sans condition de la Roumanie.

Opposé à l'occupation de son pays par les troupes de l'Armée rouge, il fuit la Croatie avec son épouse. La Roumanie ayant combattu aux côtés de l'Allemagne nazie pendant la guerre, sa qualité d'ancien diplomate lui porte préjudice et le couple sera arrêté puis emprisonné entre 1945 et 1947 dans une prison américaine en Allemagne. A leur libération, ils vivent un temps à Heidelberg où, en dépit d'une situation précaire et d'une santé devenue défaillante après deux années de détention, Gheorghiu poursuit des cours à la faculté de théologie et reprend l'écriture. En 1948, après trois tentatives infructueuses, le couple parvient à traverser la frontière et à s'installer en France.

Virgil Gheorghiu a rédigé La Vingt-cinquième heure durant les quelques mois passés à Heidelberg. Une fois installé à Paris, il propose le manuscrit au philosophe et écrivain Gabriel Marcel, directeur littéraire chez Plon qui préfacera la première édition française. Sorti au printemps 1949, le livre connaît un succès rapide et bénéficie de multiples traductions à travers le monde, à l'exception des pays du bloc de l'est.

En 1952, Virgil Gheorghiu fait face à une violente campagne de presse, l'accusant d'antisémitisme. L'accusation, vraisemblablement venue de Bucarest, porte sur certains passages de ses reportages, alors qu'il était correspondant de guerre accrédité par la Wehrmacht sur le front russe, lesquels avaient été publiés en 1941 sous le titre Les Rives du Dniestr brûlent (Ard malurile Nistrului). Selon Alexandra Laignel-Lavastine, il s'y demandait notamment « pourquoi les troupes roumaines n'abattaient pas directement à la mitrailleuse les Juifs qu'elles déportaient en colonnes vers les camps de Transnistrie »[1]. En proie aux attaques les plus diverses, Virgil Gheorgiu refusera de démentir publiquement, provoquant la rupture avec Gabriel Marcel. Ce dernier exigera par la suite le retrait de sa préface des éditions ultérieures de La Vingt-cinquième Heure.

En 1967, Henri Verneuil réalisera le film tiré de cette œuvre, avec Anthony Quinn dans le rôle du paysan Iohann Moritz, et Serge Reggiani dans celui du fils du prêtre Koruga, Traian, qui prend conscience que la vingt-cinquième heure est arrivée.

Le 23 mai 1963, Virgil Gheorghiu est ordonné prêtre de l'Église orthodoxe roumaine de Paris. En juin 1966, il reçoit la croix de patriarchie roumaine des mains du patriarche de Roumanie, récompensant ses activités liturgiques et littéraires.

Gheorghiu meurt le 22 juin 1992, à Paris, où il est enterré au cimetière de Passy.

Virgil Gheorghiu a écrit ses derniers livres directement en français.

La Vingt-cinquième Heure[modifier | modifier le code]

Ce roman est une remise en question radicale de l'homme du XXe siècle, de son indifférence à autrui, de sa cruauté. La menace de la robotisation de la société y est dénoncée tant dans le totalitarisme hitlérien que dans la démocratie simpliste à l'américaine, sans parler du communisme soviétique, qui n'apparaît qu'en arrière-plan, mais comme repoussoir absolu. La politique par catégories et idées toutes faites n'est pas une menace passée, aussi ce livre garde-t-il toute son urgente actualité.

Le roman raconte l'épopée de Iohann Moritz, paysan roumain de Moldavie, qui traverse la Seconde Guerre mondiale comme victime inconsciente de la société arrivée à la 25e heure, quand les individus ne sont plus considérés en tant que tels, mais traités comme membres de catégories ; Iohann Moritz est successivement ballotté entre les Juifs, les Roumains, les Hongrois, les Allemands et les Américains, chacun le considérant comme élément d'une catégorie à laquelle finalement il n'appartient pas, incapable d'exercer sa liberté d'homme en face d'une société déshumanisée.

«  De toute ma vie, je n'ai désiré que peu de choses : pouvoir travailler, avoir où m'abriter avec ma femme et mes enfants et avoir de quoi manger. C'est à cause de cela que vous m'avez arrêté ?

Les Roumains ont envoyé le gendarme pour me réquisitionner – comme on réquisitionne les choses et les animaux. Je me suis laissé réquisitionner. Mes mains étaient vides et je ne pouvais lutter ni contre le roi ni contre le gendarme qui avait des fusils et des pistolets. Ils ont prétendu que je m'appelle Iacob et non Ion comme m'avait baptisé ma mère. Ils m'ont enfermé avec des juifs dans un camp entouré de barbelés, – comme pour le bétail – et m'ont obligé à faire des travaux forcés. Nous avons dû coucher comme le bétail avec tout le troupeau, nous avons dû manger avec tout le troupeau, boire le thé avec tout le troupeau et je m'attendais à être conduit à l'abattoir avec tout le troupeau. Les autres ont dû y aller. Moi je me suis évadé. C'est à cause de cela que vous m'avez arrêté ? Parce que je me suis évadé avant d'être conduit à l'abattoir ? Les Hongrois ont prétendu que je ne m'appelais pas Iacob mais Ion et ils m'ont arrêté parce que j'étais Roumain. Ils m'ont torturé et m'ont fait souffrir. Ensuite ils m'ont vendu aux Allemands. Les Allemands ont prétendu que je ne m'appelais ni Ion ni Iacob, mais Ianos et ils m'ont torturé à nouveau, parce que j'étais Hongrois. Puis un colonel est venu qui m'a dit que je ne m'appelais ni Iacob ni Iankel – mais Iohann – et il m'a fait soldat. D'abord il a mesuré ma tête, il a compté mes dents et mis mon sang dans des tubes en verre. Tout cela pour démontrer que j'ai un autre nom que celui dont m'a baptisé ma mère. C'est à cause de cela que vous m'avez arrêté ? Comme soldat, j'ai aidé des prisonniers français à s'évader de prison. C'est pour cela que vous m'avez arrêté ? Lorsque la guerre a pris fin et que j'ai cru que j'aurais, moi aussi, droit à la paix, les Américains sont venus et ils m'ont donné, comme à un seigneur, du chocolat et des aliments de chez eux. Puis, sans dire un mot, ils m'ont mis en prison. Ils m'ont envoyé dans quatorze camps. Comme les bandits les plus redoutables qu'ait jamais connus la terre. Et maintenant je veux moi aussi savoir : pourquoi. »

Les rives du Dniester brûlent[modifier | modifier le code]

« Dans ce convoi composé de plusieurs milliers d'individus se trouvent aussi une partie des juifs qui ont dévasté, incendié et pillé la ville de Balti et d'autres villes du nord de la Bessarabie. Je me rapproche du convoi qui répand de lourds effluves. De temps à autre, les youpins jettent des regards furtifs et chargés de joie diabolique sur la ville brûlée. Ces amas de cendres sont leur œuvre. Ce sont eux qui ont détruit la ville de Balti.

Et les voilà maintenant qui défilent avec leurs femmes et leurs vieillards comme la plus criminelle des armées de destruction devant leur œuvre, les voilà qui défilent devant les ruines fumantes de la ville sous laquelle gisent les cadavres de ceux qu'ils ont tués. Ce sont eux les auteurs de ces assassinats! Ce sont eux qui ont enfermé les chrétiens dans les caves, dans les innombrables prisons secrètes de la ville, ce sont eux qui ont posé la dynamite, eux qui l'ont fait exploser. Et combien d'entre eux n'entendirent-ils pas s'élevant de derrière le rideau de flammes, mêlés aux détonations, les cris des victimes implorant du secours. Mais eux ont pris toutes les mesures afin qu'aucun de ceux qu'ils avaient enfermés et condamnés à brûler vifs, n'échappât... Combien la peine de mort est un châtiment clément pour eux et pour leurs crimes. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Ora 25, 1949, traduit en français sous le titre La Vingt-cinquième Heure, Plon, 1956
  • La Seconde Chance, 1952
  • L'Homme qui voyagea seul, 1954
  • Le Peuple des immortels, 1955
  • Les Sacrifiés du Danube, 1957
  • Saint-Jean-bouche-d'or, 1957
  • Les Mendiants de miracles, 1958
  • La Cravache, 1960
  • Perahim, 1961
  • La Maison de Petrodava, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1961
  • La Vie de Mahomet, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1963 ; Éditions du Rocher, 1999 (ISBN 2268032752)
  • Les Immortels d'Agapia, 1964 ; Gallimard, 1998 (ISBN 2070402878)
  • La Jeunesse du docteur Luther, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1965
  • De la vingt-cinquième heure à l'heure éternelle, Plon, 1965 ; Éditions du Rocher, 1990 (ISBN 2268010384)
  • Le Meurtre de Kyralessa, 1966
  • La Tunique de peau, Plon, 1967
  • La Condottiera, Rombaldi, coll. « Le Club de la Femme », 1969
  • Pourquoi m'a-t-on appelé Virgil ? Plon, 1968
  • La Vie du patriarche Athénagoras, Plon, 1969
  • L'Espionne, Plon, 1973 ; Éditions du Rocher, 1990 (ISBN 2268009858)
  • Dieu ne reçoit que le dimanche, Plon, 1975
  • Les Inconnus de Heidelberg, Plon, 1977 (ISBN 2259001955)
  • Le Grand Exterminateur, Plon, 1978 (ISBN 2259003230)
  • Les Amazones du Danube, Plon, 1978 (ISBN 2259004024)
  • Dieu à Paris, Plon, 1980 (ISBN 2259006132)
  • Mémoires : Le Témoin de la vingt-cinquième heure, Plon, 1986 (ISBN 2259014356)
  • Le Christ au Liban, Éditions du Rocher, 1989 (ISBN 978-2268008103)

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Amaury d'Esneval. Gheorghiu. coll. "Qui suis-je ?", Pardès, 2004.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laignel-Lavastine, Alexandra (2008). Cioran, Eliade, Ionesco, L'Oubli du fascisme. Paris, PUF. p. 414.