Scalpation

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Scalp.
Robert McGee adulte, scalpé par le chef Sioux Petite Tortue en 1864 lorsqu'il était enfant.

La scalpation est une pratique guerrière qui consiste à arracher tout ou partie du cuir chevelu (scalp en anglais) d'un adversaire, mort ou vivant. Le scalp est conservé comme trophée de guerre pour témoigner du nombre d'adversaires vaincus. Dans l'imaginaire occidental, la scalpation est avant tout associée aux Indiens d'Amérique lors de la Conquête de l'Ouest, mais elle a été aussi pratiquée dans d'autres contextes, comme l'Amérique du Nord plus tardive mais aussi dans l'Antiquité, ou le Moyen Âge en Europe.

Chez les Scythes[modifier | modifier le code]

L'historien grec Hérodote est le premier à décrire la scalpation, qui serait selon lui une pratique des guerriers scythes :

« Quant à la guerre, voici les usages qu'ils observent. Un Scythe boit du sang du premier homme qu'il renverse, coupe la tête à tous ceux qu'il tue dans les combats, et la porte au roi. Quand il lui a présenté la tête d'un ennemi, il a part à tout le butin ; sans cela, il en sera privé. Pour écorcher une tête, le Scythe fait d'abord une incision à l'entour, vers les oreilles, et, la prenant par le haut, il en arrache la peau en la secouant. Il pétrit ensuite cette peau entre ses mains, après en avoir enlevé toute la chair avec une côte de bœuf ; et, quand il l'a bien amollie, il s'en sert comme d'une serviette. Il la suspend à la bride du cheval qu'il monte, et s'en fait honneur : car plus un Scythe peut avoir de ces sortes de serviettes, plus il est estimé vaillant et courageux. Il s'en trouve beaucoup qui cousent ensemble des peaux humaines, comme des capes de berger, et qui s'en font des vêtements[1][…] »

— Hérodote, Histoires, livre 4, chapitre 64

Chez les Amérindiens[modifier | modifier le code]

L'explorateur français Jacques Cartier en rapporte ainsi un témoignage : alors qu'il remonte en 1535 le fleuve Saint-Laurent vers le site actuel de Québec, des Stadaconéens lui montrent « les scalps de cinq Indiens étendus sur des cerceaux comme du parchemin[2] ».

Quinzième planche gravée par Théodore de Bry d'après les dessins de Le Moyne qui représente la scalpation, le séchage du scalp et son port comme ornement (1591).

La scalpation est entourée d'un rituel chez les peuples indiens qui la pratiquent. Ainsi le guerrier émet certains cris au moment de scalper son adversaire puis au moment de présenter le scalp à sa communauté, au retour du combat[3]. Le scalp fait alors l'objet de soins pour être conservé et mis en valeur le plus longtemps possible. Il est aussi l'objet de danses particulières puis est publiquement exposé, en tant que trophée de guerre, sur les canoës, les cabanes et les palissades[4]. Enfin les peuples indiens qui pratiquent la scalpation avaient un mot pour désigner le scalp : dans la première moitié du XVIIe siècle, les Hurons désignent ainsi par onontsira le trophée guerrier composé « de la peau de la tête avec ses cheveux[5] ». La première représentation de la scalpation chez les Indiens provient des gravures réalisées par Théodore de Bry en 1591 à partir des dessins de Jacques Le Moyne suite à des observations en Floride en 1564-1565.

Outre les témoignages littéraires et artistiques, l'archéologie atteste également de la pratique de la scalpation avant l'arrivée des Européens. Dans le sud-est des actuels États-Unis ainsi que le long des fleuves Mississippi et Missouri, les archéologues ont notamment retrouvé des crânes de victimes qui ont été scalpées vivantes : la cicatrisation partielle du crâne a laissé une trace circulaire qui est la signature distinctive de la scalpation[6]. À propos des Indiens du sud-est des États-Unis, les anthropologues Douglas Owsley et Hugh Berryman émettent l'hypothèse que le scalp symbolisait l'âme de l'individu. Dans ce système de représentation « la scalpation mettait dangereusement en cause l'accès de la victime à la vie éternelle, à moins qu'elle ne soit vengée par des amis ou des proches[7] ».

Primes des européens[modifier | modifier le code]

Si la scalpation a bien été pratiquée par certains peuples indiens avant l'arrivée des Européens, Français et Anglais ont toutefois périodiquement favorisé la scalpation en offrant des primes ou d'autres récompenses économiques en échange des scalps d'adversaires européens ou amérindiens[8],[9]: « Le , un correspondant du Centinel [un journal de Cincinnati] notait que Colombia, un poste d’observation non loin de là, offrait des primes pour des scalps d’indiens »[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « scalping » (voir la liste des auteurs)

  1. http://hodoi.fltr.ucl.ac.be/concordances/herodote_historiae_04/lecture/7.htm
  2. James Axtell, "Who invented scalping?", American Magazine Heritage, volume 28, 1977. L'article peut être consulté en ligne ici: http://www.americanheritage.com/articles/magazine/ah/1977/3/1977_3_96.shtml «When Jacques Cartier sailed down the St. Lawrence to what is now Quebec City in 1535, he met the Stadaconans, who showed him “the scalps of five Indians, stretched on hoops like parchment.” His host, Donnacona, told him they were from “Toudamans from the south, who waged war continually against his people.”»
  3. James Axtell, "Who invented scalping?", American Magazine Heritage, volume 28, 1977: «scalping was surrounded by a number of rituals and customs [...] scalp yells when a scalp was taken and later when it was borne home on raised spears or poles»
  4. James Axtell, "Who invented scalping?", American Magazine Heritage, volume 28, 1977
  5. James Axtell, "Who invented scalping?", American Magazine Heritage', volume 28, 1977: «A Catholic priest among the Hurons in 1623 learned that an onontsira was a war trophy consisting of “the skin of the head with its hair.” »
  6. James Axtell, "Who invented scalping?", American Magazine Heritage, volume 28, 1977: «In a number of prehistoric sites, circular lesions have been found on the skulls of victims who survived scalping long enough to allow the bone tissue to regenerate partially, leaving a telltale scar.»
  7. Post-scriptum à l'article de James Axtell dans l'American Magazine Heritage par Douglas Owsley et Hugh Berryman qui peut être lu là: http://www.americanheritage.com/articles/magazine/ah/1977/4/1977_4_110.shtml «In the historic period, and likely the prehistoric as well, certain tribes in the southeastern United States considered the scalp symbolic of an individual’s soul. Loss of the scalp had supernaturally dangerous consequences to the victim’s eternal future unless his death was avenged by friends and relatives.»
  8. James Axtell, Natives and Newcomers: The Cultural Origins of North America, Oxford University Press, 2000, page 269. Consulter aussi, même si plus ancien, R. Thevenin et P. Coze, Mœurs et histoire des Indiens d'Amérique du Nord, Payot, 2004 (1928), pages 85 et 86.
  9. Lever des chevelures en Nouvelle-France : la politique française du paiement des scalps
  10. Lee Baker, «La frontière des États-Unis et la Révolution française: l'exemple de Cincinnati », dans Annales historiques de la Révolution française, janvier-mars 2006, p. 147 à 162.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]